Santé et médecine

CES 2025 : NeuroClues obtient le marquage CE pour son eye-tracking neurologique

Au CES 2025, la start-up franco-belge NeuroClues annonce avoir obtenu le marquage CE pour sa solution de suivi oculaire assistée par intelligence artificielle. Son casque analyse les mouvements des yeux afin d’extraire, en quelques minutes, des biomarqueurs utiles à l’étude de troubles tels que Parkinson, Alzheimer ou certaines myopathies.

Patient portant un casque de suivi oculaire pendant une évaluation neurologique avec un clinicien.
Illustration : Actu.ai

Les yeux ne servent pas seulement à voir : leurs mouvements mobilisent de nombreux mécanismes du système nerveux. C’est sur cette idée que s’appuie NeuroClues, une start-up franco-belge qui annonce, à l’occasion du CES 2025, avoir obtenu le marquage CE pour sa technologie de suivi oculaire, ou eye-tracking. L’ambition est de fournir aux soignants des mesures objectives, obtenues en quelques minutes, pour accompagner l’identification précoce de troubles neurologiques tels que les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, ainsi que certaines myopathies.

La solution associe un casque de suivi oculaire et des algorithmes d’intelligence artificielle. Elle ne prétend pas lire directement une maladie dans le regard d’un patient. Elle enregistre avec une grande précision la façon dont les yeux réagissent à des sollicitations, puis cherche dans ces données des signaux mesurables, appelés biomarqueurs. Dans un domaine où le diagnostic peut reposer sur un ensemble d’observations cliniques, d’examens et de suivi dans le temps, disposer d’une mesure rapide et non invasive peut constituer un appui utile.

Ce que change le marquage CE pour NeuroClues

Le marquage CE est une étape réglementaire importante pour un dispositif médical destiné au marché européen. Pour NeuroClues, il signifie que sa solution peut être commercialisée en Europe dans le cadre de sa destination médicale déclarée, après un processus de conformité au règlement européen relatif aux dispositifs médicaux, le MDR.

Ce règlement encadre notamment la sécurité, les performances revendiquées, la gestion des risques et la surveillance des dispositifs une fois mis sur le marché. Le marquage CE ne doit toutefois pas être compris comme une garantie absolue concernant toutes les maladies neurologiques, ni comme l’équivalent d’un diagnostic posé automatiquement par une machine. Les indications exactes d’un dispositif sont déterminées par sa documentation réglementaire et son usage prévu.

L’annonce intervient alors que NeuroClues cherche à faire évoluer une technologie testée dans un cadre clinique vers un déploiement auprès d’établissements de santé. Pour une jeune entreprise de la santé numérique, franchir cette étape est décisif : sans cadre réglementaire adapté, même un prototype prometteur ne peut pas être proposé comme dispositif médical sur le marché européen.

RepèreInformations communiquées au 7 janvier 2025
EntrepriseNeuroClues, start-up franco-belge
Statut réglementaire annoncéMarquage CE, dans le cadre du règlement européen MDR
TechnologieCasque d’eye-tracking associé à des outils d’intelligence artificielle
AcquisitionJusqu’à 800 images infrarouges par œil et par seconde
Mesures citéesLatence et auto-erreur, comparées à des échantillons sains
Domaines visésParkinson, Alzheimer et diverses myopathies
Modèle commercialLeasing auprès des établissements de santé

Pourquoi les mouvements oculaires peuvent-ils intéresser la neurologie ?

Bouger les yeux de manière volontaire ou automatique sollicite des circuits nerveux complexes. La capacité à fixer une cible, à déplacer rapidement le regard ou à suivre un objet peut donc fournir des informations sur le fonctionnement neurologique. L’eye-tracking consiste à mesurer ces mouvements avec des caméras, souvent infrarouges, capables de suivre très finement la position des yeux.

Dans le cas de NeuroClues, le casque recueille ces données à une fréquence annoncée de 800 images par œil chaque seconde. Cette cadence permet de relever des variations très rapides, difficiles à apprécier à l’œil nu lors d’une consultation classique. Les données produites servent ensuite à calculer des indicateurs, parmi lesquels la latence, c’est-à-dire le délai de réponse, et l’auto-erreur, deux mesures citées par l’entreprise.

Les algorithmes d’intelligence artificielle ont ici un rôle d’analyse. Ils aident à traiter un volume important de données oculaires et à comparer les résultats obtenus à des échantillons sains. Le terme de biomarqueur désigne justement un indice objectivement mesurable, qui peut être associé à un état biologique ou pathologique. Un biomarqueur ne suffit pas nécessairement, à lui seul, à établir un diagnostic : sa valeur dépend de sa fiabilité, de son interprétation par un professionnel et de son intégration dans le parcours de soins.

Un casque et des résultats en quelques minutes

Le dispositif de NeuroClues prend la forme d’un casque équipé de la technologie de suivi oculaire. Pendant l’évaluation, celui-ci enregistre les mouvements de chaque œil grâce à des images infrarouges. Le logiciel analyse ensuite les signaux collectés et fournit des biomarqueurs en quelques minutes, selon les informations communiquées par la start-up.

Cette combinaison entre matériel de mesure et logiciel est au cœur de la proposition de NeuroClues. Le matériel vise à obtenir une acquisition précise et standardisée. L’intelligence artificielle sert à rendre les données exploitables dans un délai compatible avec les contraintes d’une consultation ou d’un suivi clinique.

La rapidité annoncée ne dispense cependant pas d’une interprétation médicale. Une anomalie d’un mouvement oculaire peut avoir différentes causes et doit être mise en regard des symptômes, des antécédents et des autres examens du patient. L’intérêt potentiel de l’outil est donc moins de trancher seul que d’apporter une information quantitative complémentaire au clinicien.

L’eye-tracking de NeuroClues : apport potentiel et cadre d’usage

Ce que la solution apporte

  • Un examen non invasif fondé sur l’enregistrement des mouvements oculaires.
  • Jusqu’à 800 images infrarouges par œil et par seconde pour des mesures fines.
  • Des biomarqueurs calculés en quelques minutes par des outils d’intelligence artificielle.
  • Des données comparées à des échantillons sains pour objectiver certains écarts.
  • Un format de casque pensé pour les hôpitaux et les cliniques.

Ce que le résultat ne remplace pas

  • L’évaluation complète menée par un neurologue ou un autre professionnel de santé.
  • L’interprétation des symptômes, des antécédents et des autres examens du patient.
  • La validation clinique des performances pour chaque usage et chaque population.
  • La décision médicale, qui ne peut pas reposer sur un seul biomarqueur.
  • Les règles de protection et de gouvernance des données de santé.

Des essais cliniques avec l’Institut du Cerveau

NeuroClues s’appuie notamment sur un partenariat avec l’Institut du Cerveau, en France. Plusieurs dizaines de patients atteints de la maladie de Parkinson y testent le prototype de la start-up. Ces expérimentations sont essentielles pour confronter la technologie à des situations cliniques réelles, bien plus variées que les données recueillies dans un environnement de laboratoire.

Les essais permettent d’affiner les algorithmes, de vérifier la qualité des mesures et d’adapter l’outil aux besoins des équipes soignantes. Ils doivent également aider à comprendre dans quelles conditions les biomarqueurs oculaires sont les plus pertinents : dépistage d’un signal précoce, appui à l’évaluation, suivi dans le temps ou différenciation entre plusieurs profils de troubles.

La jeune pousse indique aussi collaborer avec des institutions aux Pays-Bas et aux États-Unis. Elle prévoit par ailleurs de développer des bases de données avec l’université de Sienne, en Italie, pour couvrir différents diagnostics neurologiques. Ces bases sont un enjeu majeur pour l’intelligence artificielle médicale : plus les données sont représentatives des patients réellement rencontrés en clinique, plus il devient possible d’évaluer la robustesse des analyses.

Un déploiement envisagé dans les hôpitaux et cliniques

NeuroClues prévoit de proposer sa solution selon un modèle de leasing. Au lieu d’acheter immédiatement le matériel, les hôpitaux et les cliniques pourraient ainsi y accéder par une formule de location. Ce choix peut réduire la barrière d’entrée pour des établissements qui souhaitent évaluer l’outil ou l’intégrer progressivement à leurs pratiques.

L’entreprise a récemment levé 5 millions d’euros. Elle prévoit une série A d’ici la fin du premier semestre 2025, avec deux tiers du financement déjà engagés, selon les éléments communiqués. L’objectif affiché est d’accélérer le déploiement de la solution dans les hôpitaux et cliniques européens.

Pour une technologie médicale reposant sur l’IA, le financement ne sert pas uniquement à produire des casques. Il doit aussi soutenir la constitution de jeux de données, les travaux cliniques, les démarches réglementaires, la maintenance logicielle et l’accompagnement des équipes utilisatrices. La capacité à démontrer une utilité concrète dans les parcours de soins sera déterminante pour convaincre les établissements de l’adopter durablement.

Détection précoce : une promesse à évaluer avec rigueur

Les maladies neurodégénératives et neuromusculaires peuvent être difficiles à identifier, en particulier lorsque les signes sont discrets ou peu spécifiques. Un outil capable de produire rapidement des mesures objectives pourrait aider à orienter plus tôt certains patients vers une évaluation spécialisée, ou à suivre l’évolution de paramètres au fil des consultations.

Cette promesse doit néanmoins être examinée avec précision. La détection précoce n’est utile que si le signal mesuré est suffisamment fiable, si les professionnels savent l’interpréter et si le patient peut accéder à une prise en charge adaptée. Elle ne ralentit pas, par elle-même, l’évolution d’une maladie. Sa valeur réside dans la possibilité d’éclairer la décision médicale, de réduire l’incertitude et, potentiellement, de mieux organiser le suivi.

L’intelligence artificielle soulève aussi des exigences spécifiques. Les performances d’un système peuvent varier selon les populations représentées dans les données d’apprentissage et de validation. Dans un contexte de santé, la confidentialité des données oculaires et médicales, la traçabilité des analyses et la place de la décision humaine sont donc des sujets aussi importants que la vitesse de calcul.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

Après le marquage CE annoncé au CES 2025, plusieurs étapes permettront de mesurer la portée réelle de la solution de NeuroClues. Il faudra observer son arrivée effective dans les hôpitaux et cliniques européens, les résultats des expérimentations menées avec l’Institut du Cerveau et les autres partenaires, ainsi que l’élargissement des bases de données préparé avec l’université de Sienne.

La future série A constituera également un jalon financier important. Mais le principal enjeu restera clinique : démontrer comment les biomarqueurs oculaires produits par le casque améliorent concrètement le travail des neurologues et le parcours des patients. C’est à cette condition que l’eye-tracking assisté par IA pourra passer d’une technologie de mesure prometteuse à un outil installé dans la pratique médicale.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le marquage CE obtenu par NeuroClues ?

Le marquage CE annoncé par NeuroClues signifie que sa solution de suivi oculaire répond au cadre réglementaire européen applicable aux dispositifs médicaux, le MDR, pour sa destination déclarée. Il permet sa commercialisation sur le marché européen. Il ne signifie pas qu’un appareil peut diagnostiquer seul toutes les maladies neurologiques ou remplacer un médecin.

NeuroClues peut-elle diagnostiquer Parkinson ou Alzheimer avec les yeux ?

La technologie de NeuroClues analyse des mouvements oculaires afin d’extraire des biomarqueurs pouvant contribuer à l’identification précoce de troubles neurologiques, dont Parkinson et Alzheimer. Ces mesures sont conçues comme une aide à l’évaluation clinique. Un diagnostic médical repose sur l’interprétation d’un professionnel et sur l’ensemble des informations concernant le patient.

Pourquoi les mouvements des yeux peuvent-ils révéler des troubles neurologiques ?

Le contrôle des mouvements oculaires fait intervenir plusieurs circuits du système nerveux. Mesurer très précisément la vitesse, le délai ou la précision de ces mouvements peut donc fournir des indicateurs quantitatifs utiles. NeuroClues analyse notamment des mesures de latence et d’auto-erreur, puis les compare à des échantillons sains à l’aide d’algorithmes.

Où la technologie de NeuroClues est-elle testée ?

En France, plusieurs dizaines de patients atteints de la maladie de Parkinson testent le prototype dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut du Cerveau. NeuroClues indique aussi collaborer avec des institutions aux Pays-Bas et aux États-Unis. La start-up prévoit enfin de développer des bases de données avec l’université de Sienne, en Italie.

Que signifie la capture de 800 images par œil et par seconde ?

Cette fréquence correspond à la capacité annoncée du casque à enregistrer très rapidement les mouvements de chaque œil au moyen d’images infrarouges. Elle permet de détecter des variations brèves qui seraient difficiles à observer directement. Les données sont ensuite traitées par l’intelligence artificielle afin de calculer des biomarqueurs en quelques minutes.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Règlement européen 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux, MDReur-lex.europa.eu/eli/reg/2017/745/oj
  2. L’Usine Digitale, lancement d’un accélérateur de start-up spécialisées dans les neurosciences et les maladies rareswww.usine-digitale.fr/article/lancement-d-un-accelerateur-de-start-up-specialisees-dans-les-neurosciences-et-les-maladies-rares.N1138991