À Riyad, Trump et les géants de la tech placent l’IA au cœur des accords
La visite de Donald Trump à Riyad, à la mi-mai 2025, a donné lieu à des annonces massives dans la défense et l’intelligence artificielle. Derrière les centaines de milliards de dollars affichés, les entreprises américaines gagnent des débouchés, tandis que l’Arabie saoudite accélère sa diversification économique.

À Riyad, la diplomatie économique américaine s’est jouée autant sur une scène de forum d’investissement que dans les annonces industrielles. La visite de Donald Trump en Arabie saoudite, à la mi-mai 2025, a réuni des dirigeants de la finance et de la technologie autour d’un même message : le royaume veut financer sa transformation économique, et les groupes américains entendent fournir les équipements, les services et les infrastructures nécessaires.
Les chiffres mis en avant sont considérables. Près de 142 milliards de dollars d’accords dans la défense, environ 18 000 puces Nvidia destinées à la start-up saoudienne Humain, un engagement de 10 milliards de dollars annoncé par AMD, ainsi que des dizaines d’autres conventions : la séquence donne une place centrale à l’intelligence artificielle. Mais elle ne signifie pas que tous les montants annoncés sont déjà investis, livrés ou encaissés. Entre une ambition politique, un accord commercial et un déploiement effectif, plusieurs étapes restent à franchir.
Des annonces qui mêlent défense, puces et services numériques
Le pilier le plus lourd de la visite concerne la défense. Les annonces portent sur un ensemble d’accords totalisant près de 142 milliards de dollars, avec la participation de plus d’une douzaine de sociétés américaines. Les domaines mentionnés vont du renforcement des capacités aériennes et spatiales à la sécurité des frontières et aux communications.
Cette dimension militaire pèse très largement dans le bilan financier de la visite. Elle rappelle aussi que le partenariat entre Washington et Riyad ne se réduit pas aux technologies civiles : les questions de sécurité et d’équipement restent au cœur de la relation bilatérale.
En parallèle, la technologie a occupé une place particulièrement visible. Nvidia a conclu un accord pour fournir à Humain environ 18 000 puces. AMD, de son côté, a annoncé un engagement de 10 milliards de dollars en processeurs pour la même entreprise saoudienne. Ces composants sont au centre de la course à l’IA générative : ils servent à entraîner les grands modèles, puis à les faire fonctionner à grande échelle dans des centres de données.
| Annonce présentée à Riyad | Montant ou volume communiqué | Acteurs concernés | Enjeu affiché |
|---|---|---|---|
| Accords de défense | Près de 142 milliards de dollars | Plus d’une douzaine d’entreprises américaines | Capacités aériennes et spatiales, communications, sécurité frontalière |
| Fourniture de puces | Environ 18 000 puces | Nvidia et Humain | Puissance de calcul pour les projets d’IA saoudiens |
| Engagement en processeurs | 10 milliards de dollars | AMD et Humain | Déploiement d’infrastructures informatiques pour l’IA |
| Investissements technologiques annoncés | Environ 80 milliards de dollars | Notamment Google, Oracle et Uber | Technologies de transformation avancée |
| Accords évoqués au forum | Environ 145, pour un total légèrement supérieur à 300 milliards de dollars | Entreprises et institutions américaines et saoudiennes | Commerce, technologie, défense et investissements |
Pourquoi Humain devient un partenaire stratégique pour les fabricants de puces
La présence d’Humain dans les annonces constitue l’un des éléments les plus importants de la séquence. Cette start-up saoudienne est au point de rencontre de deux intérêts. Pour Riyad, elle représente un véhicule pour développer des capacités nationales dans l’IA et les infrastructures numériques. Pour les fabricants américains de semi-conducteurs, elle ouvre la perspective d’une commande de grande ampleur sur un marché où les projets de centres de données se multiplient.
Nvidia et AMD ne proposent pas exactement les mêmes produits, mais leurs annonces répondent à un besoin commun : fournir la puissance de calcul qui permettra de bâtir et d’exploiter des systèmes d’intelligence artificielle. La compétition entre les deux groupes se joue donc aussi dans leur capacité à conclure des partenariats industriels à long terme.
L’effet a été immédiat sur les marchés : les annonces ont contribué à une hausse des actions de Nvidia et d’AMD. Sans préjuger de la réalisation complète des projets, les investisseurs y voient un signal commercial important. Une commande ou un engagement à cette échelle peut conforter la visibilité des fabricants de puces, dans une industrie où les clients capables de financer de vastes infrastructures sont peu nombreux.
Il faut toutefois distinguer la valeur annoncée d’une opération de sa traduction concrète. La livraison de matériel, la construction de centres de données, l’accès à l’énergie et la mise en service des capacités informatiques s’étalent généralement dans le temps. Les chiffres annoncés à Riyad dessinent donc d’abord une trajectoire industrielle.
Les 80 milliards de dollars de la technologie et l’objectif de diversification saoudien
Environ 80 milliards de dollars d’investissements ont également été annoncés par de grands groupes, parmi lesquels Google, Oracle et Uber. Ces engagements se concentrent sur des technologies de transformation avancée. Leur portée dépasse la seule vente de puces : l’IA a besoin de logiciels, de services cloud, de réseaux, de données, de capacités de stockage et d’infrastructures énergétiques.
Pour l’Arabie saoudite, ces annonces s’inscrivent dans le cadre de Saudi Vision 2030, la stratégie nationale visant à diversifier l’économie au-delà du pétrole. Attirer des fournisseurs de technologies et des investisseurs étrangers sert plusieurs objectifs : moderniser les services, développer des projets industriels, former des compétences et installer localement une partie de la chaîne de valeur numérique.
Le marché saoudien apparaît ainsi comme un débouché particulièrement attractif pour les entreprises américaines. Il combine une volonté politique forte, des capacités de financement et une ambition de déployer des projets de grande dimension. La présence de fournisseurs mondiaux aux côtés d’acteurs locaux peut aussi accélérer le transfert de savoir-faire opérationnel, à condition que les projets soient effectivement exécutés.
300 milliards, 600 milliards, plus d’un trillion : comment lire les chiffres
La profusion des montants avancés exige de la prudence. Au forum d’investissement, environ 145 accords ont été présentés pour un total légèrement supérieur à 300 milliards de dollars. Un décompte détaillé cité lors de la visite évoquait également environ 283 milliards de dollars. Ces estimations ne sont pas forcément contradictoires : elles peuvent relever de périmètres différents, inclure des protocoles d’accord, des contrats, des intentions d’investissement ou des engagements annoncés par les entreprises.
La Maison Blanche visait, elle, une promesse d’investissement saoudienne de 600 milliards de dollars. Donald Trump a exprimé des ambitions encore plus élevées, avec l’espoir d’un portefeuille dépassant un trillion de dollars, tout en souhaitant une baisse des prix du pétrole. À ce stade, ces objectifs politiques vont au-delà des seuls contrats rendus publics à Riyad.
L’écart entre les annonces concrètes et le total recherché illustre une réalité classique des grands sommets économiques. Les dirigeants peuvent afficher un horizon très large, tandis que les entreprises et les investisseurs n’engagent les fonds qu’au fil des appels d’offres, des livraisons, des autorisations et de l’avancement des projets.
Promesses affichées et réalité des engagements
Ce que les annonces promettent
- Un accès élargi des entreprises américaines au marché saoudien de l’IA et de la défense.
- Des capacités de calcul renforcées grâce aux puces annoncées par Nvidia et aux processeurs d’AMD.
- Une diversification accélérée de l’économie saoudienne au-delà du pétrole.
- Un cadre de coopération affichant plus de 300 milliards de dollars d’accords au forum.
Ce qui reste à confirmer
- La part des annonces qui correspond à des contrats pleinement exécutables et financés.
- Les calendriers de livraison des équipements et de construction des infrastructures.
- La capacité à atteindre l’objectif de 600 milliards de dollars défendu par la Maison Blanche.
- Les arbitrages du fonds souverain saoudien entre projets nationaux et engagements extérieurs.
Ce que chaque camp retire de la séquence de Riyad
Pour l’administration Trump, le gain est d’abord politique et commercial. La visite permet de mettre en scène des contrats majeurs avec un partenaire stratégique, de soutenir les exportations américaines dans la défense et de placer les entreprises technologiques des États-Unis au centre des futurs projets d’IA saoudiens. Les annonces donnent aussi à la Maison Blanche des arguments pour défendre une diplomatie fondée sur les transactions économiques.
Pour les entreprises, l’intérêt est plus direct : accéder à un client susceptible de financer des infrastructures coûteuses. Les fabricants de processeurs gagnent des perspectives de débouchés. Les acteurs du cloud, des logiciels et des services numériques peuvent espérer participer à l’équipement des futurs centres de données et aux usages qui en découleront.
L’Arabie saoudite, elle, cherche à obtenir des équipements, des partenariats et une présence industrielle capables de soutenir son programme de diversification. Elle renforce également sa position dans la compétition mondiale pour les capacités de calcul, devenues un actif stratégique au même titre que les réseaux de télécommunications ou l’énergie.
Les participants au déjeuner d’investissement américain-saoudien illustrent l’ampleur de l’opération. Elon Musk, Larry Fink, patron de BlackRock, et Andy Jassy, dirigeant d’Amazon, figuraient parmi les responsables présents. Jensen Huang, de Nvidia, est également associé à cette dynamique technologique. À l’inverse, l’absence de Tim Cook, le patron d’Apple, a suscité des interrogations. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure à un désengagement d’Apple ou d’autres entreprises : les stratégies des groupes américains dans la région ne se résument pas à leur présence lors d’un événement.
Des promesses ambitieuses face aux contraintes du financement
La capacité à tenir ces engagements dépendra largement des arbitrages du Public Investment Fund, le fonds souverain saoudien. D’après les éléments connus lors de la visite, celui-ci souhaite privilégier les investissements domestiques. Ce choix est cohérent avec l’objectif de bâtir une économie moins dépendante du pétrole, mais il peut limiter les marges de manœuvre pour répondre rapidement à toutes les ambitions financières formulées côté américain.
Les projets d’IA exigent en outre des dépenses qui dépassent l’achat de processeurs. Il faut construire ou adapter des centres de données, sécuriser leur alimentation électrique, déployer des réseaux, recruter des équipes techniques et organiser l’exploitation sur la durée. Un partenariat annoncé est donc le début d’un processus, non son aboutissement.
La question essentielle n’est pas seulement de savoir combien de milliards ont été proclamés, mais quelle part de ces sommes deviendra des équipements installés, des services effectivement utilisés et des infrastructures opérationnelles. C’est à cette aune que l’impact réel des annonces devra être évalué.
Ce qu’il faut surveiller après les annonces
Dans les mois qui suivront, plusieurs indicateurs permettront de mesurer la portée effective de la visite. Le premier sera la concrétisation des accords entre Humain, Nvidia et AMD : volumes livrés, calendriers de déploiement et mise en service des capacités de calcul seront plus révélateurs que les seuls montants initiaux.
Le deuxième concernera les projets portés par les grands groupes technologiques. Les annonces attribuées notamment à Google, Oracle et Uber devront se traduire par des investissements identifiables, des infrastructures ou des contrats opérationnels. Le troisième sera financier : la capacité du fonds souverain saoudien à concilier ses investissements nationaux avec ses engagements internationaux déterminera le rythme des projets.
Enfin, la relation entre Washington et Riyad restera soumise à un double impératif. Les États-Unis cherchent des débouchés pour leurs industries de défense et de technologie. L’Arabie saoudite veut convertir ses ressources financières en autonomie économique et numérique. À Riyad, les deux ambitions se sont rencontrées autour de chiffres spectaculaires. Leur valeur durable dépendra désormais de l’exécution.
Questions fréquentes
Quels accords Donald Trump a-t-il annoncés à Riyad en mai 2025 ?
La visite a été marquée par des accords de défense proches de 142 milliards de dollars, ainsi que par des annonces technologiques. Nvidia doit fournir environ 18 000 puces à Humain et AMD a annoncé un engagement de 10 milliards de dollars en processeurs pour cette start-up saoudienne. Environ 145 accords ont été évoqués au forum d’investissement.
Que doit fournir Nvidia à l’entreprise saoudienne Humain ?
Nvidia a conclu un accord portant sur la fourniture d’environ 18 000 puces à Humain. Ces processeurs sont destinés aux besoins de calcul liés à l’intelligence artificielle. Ils peuvent notamment contribuer à faire fonctionner de grandes infrastructures informatiques, indispensables pour entraîner et exploiter des modèles d’IA à grande échelle.
Pourquoi l’Arabie saoudite investit-elle autant dans l’intelligence artificielle ?
Ces projets s’inscrivent dans Saudi Vision 2030, la stratégie de diversification de l’économie saoudienne. Le royaume cherche à réduire sa dépendance au pétrole en développant notamment les technologies numériques, les infrastructures de données et les activités à forte valeur ajoutée. Les partenariats avec des groupes américains doivent soutenir cette transformation.
Les 600 milliards de dollars annoncés par la Maison Blanche sont-ils déjà investis ?
Non, ce montant correspond à un objectif d’engagement beaucoup plus large que les contrats détaillés lors de la visite. Le forum a évoqué environ 145 accords pour un total légèrement supérieur à 300 milliards de dollars, tandis qu’un autre décompte mentionnait environ 283 milliards. L’exécution des projets doit encore être suivie dans le temps.
Quels dirigeants d’entreprise étaient présents au forum de Riyad ?
Elon Musk, Larry Fink de BlackRock et Andy Jassy d’Amazon ont notamment participé au déjeuner d’investissement américain-saoudien. Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, était également associé à cette séquence technologique. Tim Cook, patron d’Apple, ne figurait pas parmi les participants, sans que cette absence permette à elle seule d’en déduire une stratégie précise d’Apple.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Maison Blanche, annonces sur la visite présidentielle en Arabie saouditewww.whitehouse.gov
- Nvidia Newsroom, annonces et partenariats du groupenvidianews.nvidia.com
- AMD Newsroom, communiqués de l’entreprisewww.amd.com/en/newsroom.html
- Saudi Vision 2030, site officiel de la stratégie de diversification saoudiennewww.vision2030.gov.sa



