Société et emploi

Bill Gates voit l’IA accélérer l’éducation, l’agriculture et la santé en Afrique

Bill Gates voit dans l’intelligence artificielle un moyen d’améliorer l’accès à l’enseignement, aux conseils agricoles et aux soins sur le continent africain. La Fondation Bill & Melinda Gates entend soutenir cette accélération, notamment en s’appuyant sur la diffusion des téléphones mobiles.

Des élèves utilisent des outils numériques avec leur enseignante, tandis qu’un agriculteur consulte son téléphone.
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle ne résoudra pas, à elle seule, les difficultés d’accès à l’école, aux soins ou à l’information agricole. Mais elle pourrait élargir rapidement l’accès à certains services là où les ressources humaines et matérielles manquent. C’est la conviction défendue par Bill Gates, fondateur de Microsoft, qui voit dans l’IA un levier de transformation pour l’Afrique, à condition de l’orienter vers les besoins les plus urgents.

Dans une interview évoquée au début de novembre 2023, le philanthrope a cité trois domaines essentiels : l’éducation, l’agriculture et la santé. Ils ont un point commun : la technologie n’y est pas présentée comme une fin en soi, mais comme un outil susceptible de donner davantage d’informations, de temps et d’accompagnement aux personnes qui en disposent aujourd’hui le moins.

La Fondation Bill & Melinda Gates, engagée contre les inégalités, prévoit de financer des associations et des entreprises pour accélérer l’arrivée de ces usages sur le continent. L’ambition est de favoriser leur émergence en quelques années plutôt qu’en plusieurs décennies, notamment grâce aux téléphones mobiles, déjà accessibles à une large part de la population.

Une promesse d’accès, pas une solution uniforme

Parler de « l’Afrique » recouvre des réalités très différentes selon les pays, les régions, les langues, les réseaux de télécommunication ou les systèmes scolaires et sanitaires. Les besoins d’un établissement urbain connecté ne sont pas nécessairement ceux d’un village éloigné, et une innovation utile dans un contexte ne se transpose pas automatiquement dans un autre.

L’idée avancée par Bill Gates repose toutefois sur une capacité centrale de l’IA : traiter très vite de grandes quantités d’informations, puis fournir une réponse, une traduction, une recommandation ou une explication adaptée à une demande précise. Cette capacité peut compléter le travail d’un enseignant, d’un agent de santé ou d’un conseiller agricole. Elle ne remplace ni leurs compétences, ni les infrastructures indispensables autour d’eux.

Le tableau ci-dessous résume les usages évoqués et les problèmes auxquels ils tentent de répondre.

SecteurDifficulté mise en avantUsage de l’IA envisagéEffet attendu
ÉducationManque d’enseignants et classes parfois très chargéesUn « professeur IA » capable d’accompagner chaque élèveDavantage d’attention individualisée
ÉducationManuels indisponibles dans certaines langues localesTraduction et transcription de contenus scolairesRessources plus accessibles aux élèves
AgricultureDécisions prises avec des informations disperséesAnalyse d’images satellite et d’actualitésPrévisions et conseils plus précis
AgroalimentaireContrôle des denrées, stocks et chaîne d’approvisionnement complexesInspection, suivi et gestion automatisésQualité améliorée et gaspillage réduit
SantéDélais d’attente et éloignement des services médicauxConsultations pour des affections courantesAccès plus rapide à une première aide

Dans les écoles, un accompagnement individualisé à grande échelle

L’éducation est le premier terrain d’application cité par Bill Gates. Dans certaines zones africaines, les enseignants doivent faire cours à des effectifs très importants, parfois à plusieurs centaines d’élèves. Dans ces conditions, il devient difficile de repérer les incompréhensions de chacun, de corriger les exercices individuellement ou d’adapter le rythme d’apprentissage.

L’hypothèse est celle d’un « professeur IA » disponible pour chaque élève. Concrètement, un tel outil pourrait répondre à une question sur une leçon, reformuler une explication, proposer un exercice supplémentaire ou aider un enfant à reprendre une notion qu’il n’a pas comprise. L’intérêt potentiel ne réside pas seulement dans la rapidité de la réponse. Il tient à la possibilité de répéter une explication sans que l’élève ait à craindre de déranger ou de se sentir en échec devant toute la classe.

Cet usage ne signifie pas qu’un logiciel peut se substituer à l’enseignant. Transmettre des connaissances est une partie du métier, mais encourager, évaluer avec discernement, gérer un groupe et comprendre les difficultés sociales ou émotionnelles des élèves en sont d’autres. L’IA peut devenir un appui pédagogique, tandis que l’enseignant conserve un rôle central de guide et de vérification.

La question décisive des langues locales

La diversité linguistique représente une autre difficulté majeure. Lorsqu’un manuel est disponible dans une langue que l’élève maîtrise mal, l’accès au contenu scolaire devient immédiatement plus difficile. Bill Gates souligne que les progrès de la traduction automatique pourraient aider à transcrire et diffuser des ouvrages scolaires dans différentes langues.

La promesse est importante, mais elle exige de la prudence. Traduire un texte éducatif ne consiste pas uniquement à remplacer un mot par un autre. Il faut conserver le sens scientifique ou historique, employer les termes réellement utilisés localement et vérifier que les exemples restent compréhensibles. Les outils d’IA peuvent accélérer une première version, mais la validation par des enseignants, traducteurs et locuteurs des langues concernées demeure indispensable.

Agriculture : croiser les données pour mieux décider

L’agriculture est le deuxième secteur au cœur de cette vision. Les exploitants doivent souvent prendre des décisions liées aux cultures, aux conditions météorologiques, aux maladies, aux intrants ou aux débouchés commerciaux avec des informations incomplètes ou éparpillées. L’IA peut, en théorie, réunir plusieurs signaux et les rendre plus faciles à interpréter.

Bill Gates évoque notamment l’exploitation d’informations issues de photos satellite et de mises à jour de l’actualité. Les images prises depuis l’espace peuvent, par exemple, donner des indications sur l’état général de zones cultivées. Associées à d’autres données, elles peuvent aider à produire des prévisions et des analyses plus complètes, plus précises et plus fiables.

L’enjeu est aussi de rendre cette information exploitable au quotidien. Une analyse sophistiquée n’a de valeur que si elle répond à une question concrète dans une forme claire : faut-il surveiller une parcelle, modifier une pratique, anticiper un risque ou chercher un débouché différent ? C’est dans cette traduction de données complexes en décisions compréhensibles que les outils conversationnels et d’analyse peuvent trouver leur place.

L’agroalimentaire peut aussi gagner en traçabilité

Au-delà des exploitations, Bill Gates cite l’industrie agroalimentaire. L’IA pourrait simplifier ou automatiser certaines tâches : l’inspection des aliments, le suivi de la chaîne d’approvisionnement et la gestion des stocks. Ces applications visent deux résultats : améliorer le contrôle de la qualité des denrées et réduire les pertes ou le gaspillage.

Il faut néanmoins distinguer l’automatisation d’un processus de la garantie d’un résultat. Un système qui classe, prédit ou alerte doit être alimenté par des données pertinentes et contrôlé par des personnes capables de repérer une erreur. Pour les acteurs de l’alimentation, la fiabilité des informations, la traçabilité des décisions et la possibilité de corriger rapidement une mauvaise recommandation sont donc aussi importantes que la performance du logiciel.

Santé : rapprocher une première réponse des patients

Dans le domaine médical, l’intérêt souligné est celui de l’accessibilité. Dans des régions rurales éloignées, les patients peuvent être loin d’un centre de soins et devoir attendre longtemps avant d’obtenir un rendez-vous à l’hôpital. Pour des problèmes fréquents ou des demandes d’orientation, une consultation assistée par IA pourrait offrir une première réponse plus rapidement.

Dans la vision de Bill Gates, ces outils pourraient aider à traiter de nombreuses affections courantes, réduisant la nécessité d’attendre plusieurs semaines pour une consultation hospitalière. L’objectif est aussi de désengorger les structures de santé en réservant davantage de temps médical aux situations qui exigent réellement l’intervention d’un professionnel.

La frontière doit toutefois rester nette : un outil numérique peut recueillir des symptômes, donner des informations générales ou aider à orienter une personne vers le bon service. Il ne doit pas faire oublier les limites d’une réponse automatisée, surtout lorsqu’une situation est urgente, inhabituelle ou potentiellement grave. La qualité d’un dispositif de santé dépend notamment de la supervision médicale, de la protection des données personnelles et de la capacité des patients à obtenir une prise en charge humaine lorsque cela est nécessaire.

L’IA comme soutien : la promesse et les conditions de réussite

Ce qu’elle peut apporter

  • Un accompagnement éducatif plus individualisé dans les classes très chargées.
  • La traduction de contenus scolaires dans davantage de langues.
  • Des analyses agricoles combinant plusieurs sources d’information.
  • Une première orientation pour certaines demandes de santé courantes.
  • Un suivi plus fluide des stocks et de la chaîne alimentaire.

Ce qu’elle ne doit pas faire oublier

  • Les enseignants, soignants et conseillers agricoles restent indispensables.
  • Les réponses générées doivent être vérifiées avant un usage éducatif ou médical.
  • Les langues locales et les réalités de terrain doivent guider la conception.
  • Connexion, électricité et coût des données conditionnent l’accès réel.
  • Les données des utilisateurs appellent une protection adaptée.

Le téléphone mobile comme porte d’entrée vers ces services

La Fondation Bill & Melinda Gates compte sur la diffusion des téléphones mobiles pour accélérer l’accès à l’IA. Ce choix répond à une réalité pratique : bâtir de nouveaux équipements spécialisés partout prend du temps et demande des investissements considérables, tandis que le mobile constitue déjà un point d’accès numérique pour une grande partie de la population.

Un téléphone peut servir à consulter un assistant éducatif, demander une information agricole, recevoir une traduction ou être orienté vers une ressource de santé. Cette approche peut abaisser les coûts d’accès et rapprocher les services des habitants, y compris en dehors des grandes villes.

Mais l’existence d’un téléphone ne suffit pas à garantir un usage équitable. La qualité de la connexion, le coût des données, l’accès à l’électricité, la maîtrise des outils numériques et la disponibilité des langues locales déterminent concrètement qui peut bénéficier d’un service. La conception des solutions devra donc tenir compte d’appareils parfois modestes, de connexions intermittentes et de besoins très variés.

Ce qu’il faut surveiller

Au 2 novembre 2023, la position de Bill Gates est d’abord une projection : l’IA pourrait accélérer des progrès dans trois secteurs essentiels si les outils sont développés et déployés de manière adaptée. Les résultats ne se mesureront pas au nombre d’applications lancées, mais à des questions concrètes : les élèves apprennent-ils mieux, les agriculteurs disposent-ils d’informations réellement utiles, les patients obtiennent-ils plus vite une aide sûre ?

Plusieurs conditions seront déterminantes. Les services devront fonctionner dans les langues et les contextes locaux, être vérifiés par des professionnels compétents et protéger les personnes qui les utilisent. Ils devront aussi compléter les écoles, les services de santé et les réseaux agricoles au lieu de donner l’illusion qu’une application peut remplacer les investissements humains et matériels.

Le financement annoncé par la Fondation Bill & Melinda Gates pour des associations et des entreprises place l’accélération au centre de la stratégie. Reste à savoir quelles solutions seront soutenues, comment elles seront évaluées et dans quelle mesure les communautés concernées participeront à leur conception. C’est à cette condition que l’IA pourra devenir un outil d’accès plutôt qu’une technologie réservée aux publics déjà les mieux connectés.

Questions fréquentes

Que prévoit Bill Gates pour l’intelligence artificielle en Afrique ?

Bill Gates estime que l’IA peut accélérer les progrès dans l’éducation, l’agriculture et la santé. La Fondation Bill & Melinda Gates prévoit de financer des associations et des entreprises afin de favoriser l’arrivée de ces outils en quelques années plutôt qu’en plusieurs décennies, notamment en s’appuyant sur les téléphones mobiles.

Comment l’IA pourrait-elle aider les écoles africaines ?

Selon la vision exposée par Bill Gates, l’IA pourrait proposer un accompagnement comparable à un professeur disponible pour chaque élève, ce qui serait particulièrement utile dans les classes très chargées. Elle pourrait aussi faciliter la traduction et la diffusion de manuels dans différentes langues locales, sous contrôle pédagogique humain.

L’intelligence artificielle peut-elle remplacer les enseignants en Afrique ?

Non. Un outil d’IA peut expliquer une notion, répondre à une question ou proposer des exercices, mais il ne remplace pas le rôle pédagogique, humain et social d’un enseignant. Les réponses produites par ces systèmes doivent en outre être vérifiées, car elles peuvent contenir des erreurs.

Quels usages de l’IA sont envisagés pour l’agriculture africaine ?

Bill Gates évoque des outils capables de croiser des informations provenant notamment d’images satellite et d’actualités. L’objectif serait d’obtenir des prédictions et des analyses plus complètes pour aider les acteurs agricoles à prendre des décisions. L’agroalimentaire pourrait aussi automatiser certains contrôles, suivis et stocks.

L’IA peut-elle améliorer l’accès aux soins dans les zones rurales ?

Elle pourrait apporter une première aide pour des affections courantes et orienter plus vite certains patients, ce qui limiterait les délais avant une consultation hospitalière. Elle ne remplace toutefois pas un professionnel de santé, en particulier face à une urgence, à des symptômes graves ou à une situation complexe.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Fondation Bill & Melinda Gates, site officielwww.gatesfoundation.org
  2. UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l’éducationwww.unesco.org/gem-report/en
  3. Organisation mondiale de la Santé, éthique et gouvernance de l’intelligence artificielle pour la santéwww.who.int/publications/i/item/9789240029200
  4. Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, agriculture numériquewww.fao.org/digital-agriculture/en