La Banque d’Angleterre ne voit encore qu’un gain modeste de l’IA sur la productivité du pays
Dans son rapport de politique monétaire publié le 5 novembre 2026, la Banque d’Angleterre dresse un premier bilan chiffré de l’IA dans l’économie britannique. Elle soutient déjà la croissance par l’investissement, mais son effet sur la productivité reste limité et quasi nul sur l’emploi. Les entreprises attendent nettement plus pour les trois prochaines années.

L’intelligence artificielle tient-elle déjà ses promesses économiques ? Pour la première fois, une grande banque centrale européenne livre une réponse chiffrée et nuancée. Dans son rapport de politique monétaire de novembre 2026, publié le 5 novembre, la Banque d’Angleterre constate que l’IA soutient déjà la croissance britannique, mais surtout parce que l’on investit massivement pour la construire. Ses effets sur la productivité restent, pour l’instant, modestes.
Une analyse publiée le jour d’une hausse des taux
Le rapport accompagne la décision du comité de politique monétaire, qui a relevé son taux directeur de 0,25 point, à 4 %, par huit voix contre une (un membre souhaitait une hausse de 0,5 point). L’institution fait face à une inflation de 3,5 % en septembre, qu’elle voit monter vers 5 % d’ici mi-2027 sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie.
Dans ce contexte, la productivité compte beaucoup : plus elle progresse, plus l’économie peut croître sans faire monter les prix. C’est pourquoi la banque centrale consacre un encadré entier, le Box D, à l’évolution de la productivité au Royaume-Uni, et un autre, le Box C, au rôle de l’IA dans la bonne tenue de l’activité.
Près d’un cinquième de la croissance depuis début 2026
Pour suivre les effets de l’IA, les équipes de la banque ont construit un indicateur qui regroupe la production de trois secteurs : programmation et conseil informatique, services d’information (dont le traitement de données et les centres de données) et édition, qui inclut le développement d’agents d’IA et de logiciels d’application. Selon elles, ces services ont fortement progressé depuis le début de l’année.
Une fois retirée la croissance tendancielle de ces secteurs, la banque estime que l’activité nouvelle liée à l’IA représente un peu moins d’un cinquième de la croissance du PIB britannique depuis le début de 2026. L’investissement des entreprises a, lui, progressé de près de 5 % au seul premier semestre, porté en partie par les dépenses liées à l’IA.
Mais le rapport précise l’origine de cette contribution : elle reflète surtout l’activité de conception et de mise en œuvre des technologies d’IA, et non des gains plus larges liés à leur adoption dans le reste de l’économie. Autrement dit, l’IA dope pour l’instant la demande, à travers les dépenses engagées pour la déployer, bien plus que l’efficacité des entreprises qui l’utilisent.
Un effet sur la productivité encore limité
C’est le cœur du constat. Les entreprises interrogées dans le cadre du Decision Maker Panel, une enquête régulière menée auprès de dirigeants britanniques, estiment que l’IA a augmenté leur productivité d’environ 0,5 % sur les trois dernières années. Un ordre de grandeur comparable à celui observé dans d’autres pays, selon la banque. Cela correspond à une contribution de 0,1 à 0,2 point par an à la croissance de la productivité depuis début 2024.
La productivité britannique a pourtant accéléré depuis début 2024. Selon les mesures alternatives retenues par la banque, la production par emploi et par travailleur progresse récemment d’environ 1,5 % par an, au-dessus de l’hypothèse de 1 % retenue par le comité. La banque examine trois explications possibles :
| Explication | Mécanisme | Effet attendu sur la durée |
|---|---|---|
| Ajustement conjoncturel | Les entreprises cessent de garder plus de salariés que nécessaire, comme elles l’avaient fait après la pandémie | Pas d’effet durable |
| Hausse du coût du travail | Les entreprises réduisent les emplois les moins bien payés, après la hausse du salaire minimum et des cotisations patronales | Pas d’effet durable |
| Intelligence artificielle | L’IA rend les salariés plus productifs, et les entreprises embauchent moins | Hausse structurelle et probablement durable |
Son verdict : l’essentiel de l’accélération récente s’explique par des facteurs conjoncturels, appelés à s’estomper. La productivité a d’ailleurs progressé aussi dans des secteurs peu exposés à l’IA, comme le commerce, l’hôtellerie et la restauration. Dans l’information et la communication, secteur très exposé, elle a accéléré sans dépasser ses moyennes d’avant la pandémie. Il pourrait néanmoins y avoir, selon la banque, une hausse de la productivité structurelle liée aux premiers effets de l’adoption de l’IA.
Une mesure de la productivité révisée
Le rapport intervient alors que l’Office national des statistiques britannique a changé de méthode en septembre 2026. L’ancienne enquête sur les forces de travail surestimait les heures travaillées. Avec la nouvelle approche, la production par heure a progressé en moyenne de près de 1 % par an entre 2009 et 2024, contre environ 0,5 % selon l’ancienne mesure. Des chiffres trimestriels selon cette méthode sont attendus le 17 novembre 2026, et des données par secteur en février.
Pour l’emploi, des embauches plutôt que des licenciements
Qu’en est-il des emplois ? Au total, les entreprises du panel déclarent un effet de l’IA proche de zéro sur leurs effectifs à ce stade. La banque note que plusieurs études empiriques récentes n’ont pas non plus trouvé de preuve claire d’un effet de l’IA sur l’emploi global.
Le réseau d’agents régionaux de la banque, qui interroge les entreprises sur le terrain, apporte une nuance importante : l’adoption de l’IA réduit la probabilité d’embaucher ou de remplacer un salarié qui part, mais n’augmente pas sensiblement la probabilité de licencier. L’ajustement passerait donc d’abord par des recrutements moins nombreux, ce qui pèse davantage sur ceux qui cherchent un emploi, notamment les débutants, que sur les salariés en poste.
Des attentes bien plus élevées pour les trois prochaines années
Le tableau pourrait changer rapidement. Les entreprises interrogées s’attendent à ce que l’IA ajoute en moyenne environ 0,9 point de croissance de productivité par an au cours des trois prochaines années, soit plusieurs fois l’effet constaté jusqu’ici. Ce gain se répartirait à peu près à parts égales entre une croissance plus lente de l’emploi et une croissance plus rapide de la production.
Les agents de la banque rapportent aussi que les entreprises qui utilisent l’IA avec habileté et à une échelle suffisante parviennent à automatiser des tâches administratives courantes et à accélérer le travail intellectuel. La banque parle désormais de « risques à la hausse croissants » pour la productivité liés à l’IA, tout en soulignant une incertitude importante sur l’ampleur et le calendrier de ces effets.
Dans sa prévision centrale, elle reste néanmoins prudente : la croissance de la productivité devrait revenir vers sa tendance de 1 % par an. Le comité promet de suivre de près les effets de l’adoption de l’IA et de réviser, si nécessaire, ses hypothèses.
Un effet sur les prix à surveiller
Le rapport relève un autre canal, moins attendu. La forte demande mondiale de produits liés à l’IA, en particulier les puces mémoire, a fait monter les prix à l’exportation de la Chine et d’autres économies asiatiques, ce qui renchérit les importations britanniques. Les consommateurs européens le constatent déjà avec la hausse des prix des ordinateurs liée à la pénurie de mémoire.
Pourquoi ce rapport compte au-delà du Royaume-Uni
L’analyse de la Banque d’Angleterre éclaire un débat qui concerne toutes les économies européennes : l’IA est-elle déjà une source de richesse, ou d’abord un énorme chantier d’investissement ? Sa réponse invite à distinguer deux phases. Dans la première, celle de 2026, ce sont les dépenses de construction, des centres de données aux logiciels, qui soutiennent la croissance. La seconde, celle des gains de productivité dans l’ensemble des entreprises, reste largement à venir.
Pour les décideurs, l’enjeu est de taille : si ces gains se concrétisent, l’économie pourra croître plus vite sans inflation, ce qui changerait la donne pour les taux d’intérêt et les salaires. S’ils tardent, l’investissement massif dans l’IA risque de soutenir surtout la demande à court terme. Les prochaines statistiques britanniques, à partir du 17 novembre, permettront de commencer à trancher.
Questions fréquentes
L’IA a-t-elle augmenté la productivité au Royaume-Uni ?
Un peu, selon la Banque d’Angleterre. Les entreprises interrogées estiment que l’IA a augmenté leur productivité d’environ 0,5 % sur trois ans, soit 0,1 à 0,2 point par an depuis début 2024. L’essentiel de l’accélération récente de la productivité britannique s’explique plutôt par des facteurs conjoncturels.
L’IA détruit-elle des emplois au Royaume-Uni ?
Pas à ce stade, selon le rapport de novembre 2026. Les entreprises déclarent un effet de l’IA proche de zéro sur leurs effectifs. Les contacts de la banque indiquent toutefois que l’IA réduit la probabilité d’embaucher ou de remplacer un salarié qui part, sans augmenter sensiblement les licenciements.
Quelle part de la croissance britannique est due à l’IA ?
La Banque d’Angleterre estime que l’activité nouvelle liée à l’IA représente un peu moins d’un cinquième de la croissance du PIB britannique depuis le début de 2026. Cette contribution provient surtout de la conception et du déploiement de l’IA, et non de gains liés à son adoption dans le reste de l’économie.
Que prévoient les entreprises pour les prochaines années ?
Les entreprises interrogées par la Banque d’Angleterre s’attendent à ce que l’IA ajoute environ 0,9 point de croissance de productivité par an sur les trois prochaines années. Ce gain se partagerait à peu près également entre une croissance plus lente de l’emploi et une production plus rapide.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Banque d’Angleterre, Monetary Policy Report, novembre 2026 (Box C et Box D)www.bankofengland.co.uk/monetary-policy-report/2026/november-2026
- The Register, Bank of England pours cold water on AI productivity boom, 6 novembre 2026www.theregister.com/ai-and-ml/2026/11/06/bank-of-england-pours-cold-water-on-ai-productivity-boom/5308059


