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Centre de données d’Iver : Angela Rayner face à un recours environnemental

Au cœur du Buckinghamshire, un projet de centre de données de 90 MW autorisé en juillet 2025 par Angela Rayner fait l’objet d’une contestation juridique. Les associations requérantes invoquent l’absence d’évaluation environnementale. Au-delà d’Iver, le dossier cristallise l’équation britannique entre capacité de calcul pour l’IA, terres protégées, eau et réseau électrique.

Chantier d’un centre de données près de terres agricoles protégées dans le Buckinghamshire.
Illustration : Actu.ai

Le projet d’Iver n’est pas seulement un différend local sur l’implantation d’un bâtiment technique. En autorisant un centre de données de 90 MW sur un terrain protégé du Buckinghamshire, près de la M25, Angela Rayner place au premier plan une question appelée à se multiplier avec l’essor de l’intelligence artificielle : où installer les infrastructures de calcul, et à quelles conditions environnementales et démocratiques ?

La vice-première ministre britannique est visée par une contestation juridique portée par le collectif Foxglove, avec l’organisation Global Action Plan. Les requérants reprochent à la décision l’absence d’évaluation d’impact environnemental. Le gouvernement défend, de son côté, le besoin d’accélérer la construction d’infrastructures numériques, dans un pays qui veut tripler sa capacité informatique afin d’accompagner le développement de l’IA.

À Iver, le désaccord dépasse donc les limites du site. Il met face à face une ambition industrielle nationale, les craintes des riverains et les contraintes très concrètes du réseau électrique, de l’eau et de l’aménagement du territoire.

Un centre de données de 90 MW au cœur du Buckinghamshire

Un centre de données rassemble des milliers de serveurs, des équipements de réseau, des systèmes électriques de secours et des installations de refroidissement. Ces infrastructures font fonctionner les services numériques du quotidien, du stockage en ligne aux applications d’entreprise. Elles sont aussi devenues indispensables à l’entraînement et à l’exploitation des grands modèles d’intelligence artificielle, dont les calculs mobilisent de très nombreux processeurs.

Le projet d’Iver est décrit comme un centre de données hyperscale, c’est-à-dire une installation pensée pour des besoins très importants de calcul et de stockage. Sa puissance annoncée atteint 90 MW. Exprimée ainsi, cette valeur ne correspond pas directement à la consommation annuelle d’un foyer : elle indique surtout l’ampleur de la puissance électrique que l’installation doit pouvoir appeler pour fonctionner.

Greystoke, l’entreprise porteuse du projet, affirme vouloir investir plus de 1 milliard de livres sterling et transformer un ancien site d’enfouissement. Elle estime que le chantier et l’exploitation généreront environ 230 emplois, auxquels pourraient s’ajouter des opportunités économiques indirectes dans la zone.

Élément du projet ou du débatDonnée avancéeCe que cela soulève
Puissance du centre de données90 MWRaccordement au réseau et pression sur l’approvisionnement électrique local
Investissement annoncé par GreystokePlus de 1 milliard de livresRetombées économiques et reconversion d’un ancien site d’enfouissement
Emplois annoncésEnviron 230Bénéfices locaux attendus, jugés insuffisants par certains habitants
Hauteur des bâtiments contestésJusqu’à 18 mètresEffet paysager pour les riverains et les promeneurs
Part possible des centres de données dans la demande électrique britannique en 2050Jusqu’à 10 %Planification de nouvelles capacités de production et de réseau

Les opposants ne contestent pas uniquement la fonction numérique du projet. Ils interrogent la pertinence de l’implantation retenue, la qualité du contrôle exercé par les pouvoirs publics et l’écart potentiel entre les promesses économiques d’un centre de données et ses nuisances locales.

Pourquoi l’autorisation est-elle contestée en justice ?

Le cœur du recours annoncé concerne la procédure environnementale. Foxglove et Global Action Plan soutiennent qu’aucune évaluation d’impact environnemental n’a été réalisée avant l’autorisation du projet. Or ce type d’évaluation sert à examiner en amont les effets potentiels d’une construction sur son environnement : paysages, biodiversité, trafic, bruit, air, eau ou encore infrastructures énergétiques.

Une telle procédure ne signifie pas automatiquement qu’un projet doit être abandonné. Elle vise à documenter les conséquences prévisibles, à rendre le dossier public, à étudier les mesures de réduction des impacts et à éclairer la décision de l’autorité compétente. Dans un recours de ce type, le point central est donc la légalité et la qualité de la procédure suivie, et non seulement l’utilité économique du projet.

Oliver Hayes, responsable des campagnes de Global Action Plan, met en cause le niveau de contrôle exercé par le gouvernement alors que les projets de centres de données se multiplient au Royaume-Uni. Pour les associations, l’importance énergétique de ces installations impose un examen plus rigoureux, particulièrement lorsqu’elles sont prévues sur des terrains protégés.

Le ministère chargé des collectivités et du gouvernement local n’a pas souhaité commenter les menaces de poursuite judiciaire. Cette absence de réponse publique ne tranche pas le fond du dossier, qui repose sur les arguments que les requérants pourront faire valoir dans le cadre de leur démarche.

Un refus local, puis une autorisation nationale

Avant l’intervention d’Angela Rayner, le conseil du Buckinghamshire avait refusé la demande de permis. L’autorité locale avait considéré le projet comme un « développement inapproprié » sur des terres protégées. Ses réserves portaient notamment sur l’apparence du secteur, la qualité de l’air et la préservation des habitats d’espèces protégées.

L’impact visuel est un sujet particulièrement sensible. Les bâtiments prévus pourraient atteindre 18 mètres. Pour les contestataires, ces volumes constitueraient un « véritable désastre visuel » pour les promeneurs et modifieraient durablement le caractère de la zone.

Angela Rayner a finalement accordé l’autorisation en juillet 2025. La décision s’inscrit dans une orientation plus large du gouvernement britannique, favorable à l’implantation d’infrastructures technologiques dans des espaces agricoles considérés comme ayant une valeur écologique moindre. Elle traduit aussi une volonté de ne pas laisser les délais de planification freiner l’expansion du numérique et de l’IA.

Peter Kyle, secrétaire à la technologie, a ainsi dénoncé des processus de planification qu’il juge archaïques. Selon lui, des infrastructures essentielles sont trop souvent écartées en raison de préoccupations esthétiques. Les critiques du dossier d’Iver répondent qu’un paysage, une ressource en eau ou un habitat naturel ne peuvent pas être ramenés à une simple question d’apparence.

Centre de données d’Iver : promesses et points de friction

Ce que défend le projet

  • Une capacité de 90 MW destinée à répondre aux besoins numériques et à l’essor de l’IA.
  • Plus de 1 milliard de livres d’investissement annoncé par le promoteur Greystoke.
  • La transformation prévue d’un ancien site d’enfouissement.
  • Environ 230 emplois annoncés, avec des retombées économiques locales attendues.
  • Une réponse à l’objectif gouvernemental de tripler la capacité informatique britannique.

Ce que contestent les opposants

  • L’absence alléguée d’évaluation d’impact environnemental avant l’autorisation.
  • L’implantation sur des terres protégées, après un refus initial du conseil local.
  • Des bâtiments pouvant atteindre 18 mètres et un impact paysager redouté.
  • La pression potentielle sur l’électricité, l’eau et les infrastructures locales.
  • Des bénéfices d’emploi jugés limités au regard des nuisances possibles.

Les promesses économiques face au scepticisme des riverains

Le promoteur met en avant une reconversion de site, un investissement supérieur à 1 milliard de livres et la création d’environ 230 emplois. Ces arguments sont importants pour un territoire : un projet d’une telle ampleur peut mobiliser des entreprises de construction, des prestataires techniques, des spécialistes de la maintenance et des services associés.

Mais les habitants et les associations ne sont pas convaincus que ces bénéfices compensent les contraintes supportées localement. Les centres de données sont des bâtiments très automatisés. Ils peuvent nécessiter des emplois qualifiés pendant leur construction et leur exploitation, sans pour autant créer les mêmes volumes d’emplois permanents qu’une usine ou un grand site logistique.

Les opposants évoquent aussi des infrastructures perçues comme bruyantes et intrusives. Ces inquiétudes renvoient aux équipements indispensables au fonctionnement d’un centre de données : systèmes de ventilation, refroidissement, alimentation électrique et dispositifs de secours. La question n’est donc pas seulement de savoir si le numérique crée de la valeur, mais où se situent cette valeur et les nuisances qu’elle peut entraîner.

Électricité : l’IA change l’échelle des besoins

La montée en puissance de l’IA transforme les centres de données en enjeu énergétique national. Entraîner un modèle, l’utiliser à grande échelle et stocker les données associées nécessitent des capacités de calcul et de refroidissement considérables. À cela s’ajoute la croissance continue des services en ligne, indépendamment même de l’IA générative.

Le secteur énergétique prévoit que les centres de données pourraient représenter jusqu’à 10 % de la demande d’électricité en Grande-Bretagne d’ici 2050. Cette trajectoire correspondrait à une consommation cinq à dix fois supérieure à celle observée aujourd’hui pour ces infrastructures.

Ce chiffre ne signifie pas qu’un seul projet, comme celui d’Iver, provoquera à lui seul une hausse des prix de l’électricité. En revanche, il explique la préoccupation des associations : si de nombreux centres de données se raccordent simultanément à des réseaux déjà contraints, la question de la production d’électricité, des lignes de transport et de la répartition des coûts devient incontournable.

Pour les pouvoirs publics, construire davantage de capacité informatique peut répondre à un objectif de souveraineté et de compétitivité. Héberger les données et les calculs sur le territoire britannique réduit la dépendance à des capacités installées ailleurs. Mais cette stratégie suppose une planification coordonnée : les serveurs ne peuvent pas être dissociés des centrales, des réseaux et des équipements de refroidissement qui les rendent possibles.

L’eau, autre ressource sous pression

L’électricité n’est pas la seule contrainte. Certains centres de données utilisent de l’eau dans leurs systèmes de refroidissement, selon leur conception et les choix techniques effectués. Dans une région où l’eau est déjà rare, l’arrivée de nouveaux sites très consommateurs peut accroître les tensions.

Thames Water a averti que sa zone était « sérieusement en déficit hydrique ». L’entreprise estime que l’ajout potentiel de 70 nouveaux centres de données pourrait aggraver la situation. Selon l’alerte citée dans le dossier, chaque installation pourrait employer plus de 1 000 litres d’eau par seconde, un volume présenté comme équivalent aux besoins de 24 000 foyers.

Ces chiffres ne décrivent pas nécessairement la consommation précise du projet d’Iver. Ils donnent toutefois une mesure du problème que les planificateurs doivent anticiper à l’échelle régionale. La consommation d’eau effective varie selon le climat, les technologies de refroidissement, la taille du site et son mode d’exploitation. Elle doit donc être examinée projet par projet, mais aussi cumulée avec les autres demandes déjà présentes sur un même bassin.

L’enjeu est particulièrement délicat au Royaume-Uni : une infrastructure numérique peut être stratégique pour l’économie nationale tout en dépendant de ressources dont la gestion relève, elle, de réalités locales très physiques. La promesse d’une IA plus performante se heurte ainsi à des limites qui ne sont ni virtuelles ni abstraites.

Ce qu’il faut surveiller après le recours

L’affaire d’Iver pourrait dépasser le seul Buckinghamshire. Si la contestation juridique conduit à un examen approfondi de l’absence alléguée d’évaluation environnementale, elle pourrait inciter les autorités à préciser leurs exigences pour les futurs centres de données. Les promoteurs, les collectivités et le gouvernement ont besoin de règles lisibles sur les études à mener, les informations à publier et les effets cumulés des projets dans une même région.

Le deuxième point à suivre concerne la cohérence entre la stratégie numérique britannique et la planification énergétique. Le gouvernement veut développer fortement la capacité informatique nécessaire à l’IA. Il devra, dans le même mouvement, démontrer que le réseau électrique peut accueillir ces nouveaux usages sans faire porter une charge disproportionnée aux consommateurs ou aux autres activités économiques.

Enfin, le dossier rappelle que la notion de terrain « de moindre valeur écologique » ne met pas fin au débat. Les paysages, les habitats, les disponibilités en eau et l’acceptabilité pour les riverains restent des éléments décisifs. À mesure que les centres de données deviendront aussi visibles que les autres infrastructures industrielles, la question ne sera plus seulement de savoir s’il en faut davantage, mais où les construire, avec quelles garanties et sous quel contrôle public.

Questions fréquentes

Pourquoi Angela Rayner est-elle visée par un recours sur le centre de données d’Iver ?

Angela Rayner a accordé en juillet 2025 l’autorisation du centre de données de 90 MW à Iver, après un refus du conseil du Buckinghamshire. Foxglove et Global Action Plan contestent cette décision, estimant qu’une évaluation d’impact environnemental aurait dû être réalisée. La démarche vise donc la procédure ayant conduit à l’autorisation du projet.

Quelle est la puissance du centre de données prévu à Iver ?

Le projet prévoit une puissance de 90 MW. Cette donnée traduit l’ampleur des besoins électriques que l’installation doit pouvoir mobiliser pour ses serveurs, ses réseaux et ses systèmes associés. Elle alimente les inquiétudes locales sur la capacité du réseau, tandis que les défenseurs du projet y voient une infrastructure nécessaire au développement numérique britannique.

Pourquoi les centres de données posent-ils un problème d’eau et d’électricité ?

Les centres de données consomment de l’électricité pour faire fonctionner les serveurs et les refroidir. Certains systèmes de refroidissement peuvent aussi recourir à l’eau. Thames Water estime que sa région est déjà sérieusement en déficit hydrique et alerte sur les effets cumulés que pourraient produire de nombreux nouveaux projets dans cette zone.

Combien d’emplois le projet de Greystoke promet-il de créer ?

Greystoke annonce environ 230 emplois, ainsi que des opportunités supplémentaires pour l’économie locale. Le promoteur évoque également un investissement dépassant 1 milliard de livres sterling et la transformation d’un ancien site d’enfouissement. Des résidents restent néanmoins sceptiques sur le nombre d’emplois durables au regard des nuisances et de l’impact paysager redoutés.

Les centres de données pourraient-ils peser lourd dans la consommation électrique britannique ?

Oui, selon les prévisions citées par le secteur énergétique. D’ici 2050, les centres de données pourraient représenter jusqu’à 10 % de la demande d’électricité en Grande-Bretagne, soit une consommation cinq à dix fois plus élevée qu’aujourd’hui. Cette perspective rend indispensable une planification conjointe du numérique, de la production électrique et des réseaux.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Foxglove, organisation impliquée dans la contestation du projetwww.foxglove.org.uk
  2. Global Action Plan, organisation environnementale associée à la démarchewww.globalactionplan.org.uk
  3. Gouvernement britannique, informations sur l’évaluation d’impact environnementalwww.gov.uk/guidance/environmental-impact-assessment
  4. Thames Water, informations institutionnelles sur la gestion de l’eauwww.thameswater.co.uk
  5. Gouvernement britannique, Department for Science, Innovation and Technologywww.gov.uk/government/organisations/department-for-science-innovation-and-technology