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IA visuelle : comment les machines interprètent images, vidéos et sons

Images d’archives, vidéos publiées chaque jour, fichiers audio : les entreprises croulent sous des contenus difficiles à exploiter. La plateforme Coactive illustre comment l’IA peut les indexer et les retrouver plus vite, tout en laissant aux équipes humaines la responsabilité des décisions sensibles.

Une professionnelle explore une vaste archive de photos et de vidéos grâce à une recherche assistée par IA.
Illustration : Actu.ai

Les entreprises savent depuis longtemps analyser des chiffres rangés dans des tableaux. Elles sont beaucoup moins bien équipées pour exploiter les images, les séquences vidéo et les enregistrements sonores qu’elles produisent ou reçoivent chaque jour. Or ces contenus contiennent souvent une information décisive : le sujet d’une photographie d’actualité, un produit montré dans une vidéo, ou un élément qui doit être signalé avant publication.

C’est sur ce terrain que se développe l’IA visuelle, aussi appelée vision par ordinateur lorsqu’elle porte sur les images et les vidéos. Son objectif n’est pas de donner aux machines une compréhension humaine du monde. Il consiste à leur permettre de repérer, classer et retrouver des éléments pertinents dans de vastes collections de contenus. La plateforme Coactive, créée par Cody Coleman et William Gaviria Rojas, propose précisément d’aider les organisations à organiser leurs données multimédias grâce à l’intelligence artificielle.

Les données non structurées, un défi à grande échelle

Une donnée structurée se range facilement dans des colonnes : une date, un prix, une référence de produit ou un identifiant client. Elle peut être interrogée avec les outils traditionnels de gestion de bases de données. Une image, une vidéo ou un fichier audio sont différents. Le fichier peut avoir un nom, une date et un auteur, mais son contenu réel n’est pas automatiquement accessible à une recherche simple.

Selon l’estimation citée dans ce contexte, 80 à 90 % des données mondiales sont non structurées. Cette catégorie recouvre notamment les documents, les messages, les contenus audio et les médias visuels. Pour une rédaction, une plateforme de divertissement ou un site marchand, cette masse devient vite difficile à parcourir manuellement.

IndicateurCe qu’il illustreEnjeu pour l’entreprise
80 à 90 %Part estimée des données mondiales non structuréesRetrouver l’information utile au sein de contenus difficiles à interroger
24 à 48 heuresDélai d’évaluation de nouveaux contenus chez Fandom avant l’intégration de CoactiveLimiter l’attente et les tâches de tri répétitives
Quelques millisecondesTemps d’action indiqué après l’intégration de la technologie chez FandomAccélérer le filtrage initial des contenus

La première grande phase de l’exploitation des données a donc surtout profité aux informations structurées. La suivante porte sur ces archives moins ordonnées. Une agence de presse peut posséder des millions de photographies. Une plateforme communautaire accueille de nouveaux contenus en continu. Un commerçant dispose de visuels de produits, de démonstrations et de publicités. Sans description exploitable, leur valeur reste en partie invisible.

Comment l’IA interprète-t-elle une image ou une vidéo ?

L’expression « comprendre le visuel » peut prêter à confusion. Dans les usages concrets, les systèmes d’IA servent d’abord à associer un contenu à des informations utiles : objets, scènes, thèmes, actions, catégories ou mots-clés. Ils peuvent ensuite permettre une recherche plus naturelle dans une bibliothèque de médias.

La vision par ordinateur s’appuie notamment sur des réseaux de neurones entraînés à reconnaître des motifs présents dans des images. Lorsqu’un système traite une vidéo, il peut également tenir compte de la succession des images. Dans le cas d’un fichier audio, l’enjeu n’est plus visuel à proprement parler : l’IA peut néanmoins contribuer à analyser le contenu multimédia dans son ensemble.

L’essor des systèmes dits multimodaux rapproche ces formes de données. Au lieu de traiter séparément une requête textuelle et une image, un outil peut chercher à établir des correspondances entre les deux. Un utilisateur peut alors formuler un besoin, ou s’appuyer directement sur un visuel ou une vidéo, plutôt que de connaître à l’avance le nom exact du fichier recherché.

Cette approche ne supprime pas toutes les difficultés. Un même objet peut être photographié sous des angles très différents. Une scène peut être ambiguë, ironique ou dépendre d’un contexte culturel. Une image peut aussi contenir des informations sensibles. La promesse utile n’est donc pas une interprétation infaillible, mais une réduction considérable du temps nécessaire pour parcourir, préclasser et retrouver les contenus.

Coactive veut rendre les bibliothèques multimédias interrogeables

Coactive se positionne sur l’analyse et l’organisation de données visuelles et multimédias, en particulier des images, vidéos et audios. Pour les entreprises, l’intérêt est de transformer des collections de fichiers jusque-là peu exploitables en un ensemble dans lequel une recherche peut aboutir rapidement.

Dans une telle logique, l’IA ne remplace pas forcément les systèmes de gestion de contenus ou d’actifs numériques déjà présents. Elle ajoute une couche d’interprétation : elle rend les contenus plus faciles à rechercher, à regrouper et à filtrer. Le bénéfice attendu se situe autant dans la découverte d’archives que dans le traitement de nouveaux fichiers dès leur arrivée.

Ce changement est important pour les équipes. L’indexation manuelle reste possible et nécessaire dans certains cas, mais elle est lente, coûteuse et difficile à appliquer uniformément à très grande échelle. Une assistance automatisée peut faire remonter les contenus qui semblent pertinents, tandis que les professionnels conservent la capacité de vérifier, corriger et décider.

Reuters accélère la recherche dans ses archives photographiques

Le cas de Reuters montre l’intérêt de cette approche pour les médias. Une agence de presse s’appuie sur une base d’images considérable, dont la valeur dépend aussi de la capacité des journalistes à retrouver vite la bonne photographie. Avant l’automatisation, chaque image devait être étiquetée manuellement, une opération indispensable mais longue.

Avec l’activation d’une fonction de « Recherche IA », les utilisateurs peuvent localiser plus rapidement des contenus pertinents. L’intérêt ne se limite pas au gain de temps. Une recherche plus efficace peut aider les journalistes à explorer davantage d’archives, à identifier des illustrations adaptées et à enrichir un récit par des images plus précises.

Dans un environnement éditorial, cette rapidité ne dispense pas de vigilance. La légende d’une photographie, son lieu, sa date et son contexte de prise de vue restent des informations journalistiques sensibles. Une IA peut faciliter l’accès à une image, mais elle ne peut pas remplacer les procédures de vérification nécessaires avant publication.

Fandom réduit le délai de traitement des nouveaux contenus

La gestion des actifs numériques est aussi un sujet central pour les plateformes qui accueillent de nombreux contenus. Fandom, plateforme d’informations sur le divertissement, illustre ce second usage. Avant l’intégration de Coactive, l’évaluation de nouveaux contenus demandait entre 24 et 48 heures.

Selon les éléments présentés, la technologie peut désormais agir en quelques millisecondes. Cette vitesse permet un filtrage plus fin de contenus potentiellement inappropriés et améliore l’efficacité du traitement initial. Pour une plateforme, réduire le délai peut avoir un effet direct sur la disponibilité des contenus et sur la capacité des équipes à se concentrer sur les cas complexes.

Il faut toutefois distinguer détection automatisée et décision finale. Un système peut signaler un visuel qui semble correspondre à un critère, mais une politique de modération implique aussi des règles, des nuances et parfois un examen humain. Les erreurs de classement sont possibles dans les deux sens : un contenu problématique peut ne pas être détecté, tandis qu’un contenu acceptable peut être signalé à tort.

Gestion des contenus : indexation manuelle ou assistance par IA

Avant : tri principalement manuel

  • Les équipes doivent attribuer des étiquettes à chaque fichier.
  • La recherche dépend fortement des mots-clés déjà renseignés.
  • Le traitement de volumes importants peut prendre plusieurs heures ou jours.
  • Les collaborateurs consacrent du temps à des tâches répétitives de classement.

Avec une assistance par IA

  • Les contenus peuvent être analysés et organisés plus rapidement.
  • La recherche peut faire ressortir des images ou vidéos pertinentes dans une archive.
  • Le filtrage initial des nouveaux contenus est accéléré.
  • Les équipes humaines vérifient les résultats et tranchent les cas sensibles.

La collaboration humain-machine reste le point décisif

L’ambition affichée par Coactive est celle d’une interaction plus naturelle entre les personnes et les machines. Au lieu de dépendre uniquement de requêtes formulées au clavier et de mots-clés exacts, les utilisateurs peuvent intégrer plus directement leurs propres images et vidéos dans leurs recherches et leurs processus de travail.

Cette évolution modifie la répartition des tâches. La machine est particulièrement utile lorsqu’il faut parcourir des volumes que personne ne pourrait examiner rapidement, repérer des similarités ou accélérer un premier tri. L’humain garde un rôle essentiel dès qu’il faut interpréter une intention, prendre une décision ayant des conséquences ou comprendre un contexte absent du fichier lui-même.

Pour les entreprises, l’enjeu ne consiste donc pas seulement à installer une technologie. Il faut définir ce que l’outil doit repérer, qui contrôle les résultats, comment les erreurs sont corrigées et quelles données peuvent être confiées au système. Une bonne intégration associe les capacités d’automatisation à l’expertise des équipes qui connaissent les contenus et leurs usages.

Des applications qui vont des médias à la santé et à l’éducation

Les médias et les plateformes de contenus ne sont qu’une partie des domaines concernés. L’IA capable d’interpréter des informations visuelles est aussi étudiée dans l’éducation numérique, où des systèmes d’apprentissage adaptatifs pourraient à terme ajuster davantage les parcours aux besoins des utilisateurs.

Dans le domaine médical, des entreprises telles que Google développent des technologies destinées à améliorer l’interprétation des images médicales. Les perspectives sont importantes, mais elles appellent une prudence particulière : une image médicale n’est jamais un simple fichier à classer. Elle s’inscrit dans un dossier clinique, et l’usage de tels outils doit être encadré par les professionnels de santé.

Les recherches liées à la pareidolie artificielle, c’est-à-dire la capacité de systèmes à identifier des formes ou des motifs dans des données visuelles, témoignent également de l’intérêt croissant pour les mécanismes d’interprétation des machines. Mais la multiplication des cas d’usage ne doit pas faire oublier une différence fondamentale : identifier une forme, retrouver un contenu ou assister un professionnel ne revient pas à disposer d’une compréhension générale comparable à celle d’un humain.

Ce qu’il faut surveiller

À mesure que les contenus multimédias prennent une place croissante dans le travail et les échanges numériques, les outils d’IA visuelle devraient devenir plus présents dans les moteurs de recherche internes, les logiciels de gestion d’actifs et les dispositifs de modération. Les solutions telles que Coactive répondent à un besoin concret : rendre utilisables des données jusqu’ici enfermées dans des fichiers difficiles à explorer.

Trois questions détermineront la valeur réelle de ces outils. D’abord, la qualité des résultats : une recherche rapide n’est utile que si elle fait remonter les bons contenus. Ensuite, la gouvernance des données : les organisations doivent savoir quels fichiers sont analysés, où ils sont traités et avec quelles protections. Enfin, la place accordée au contrôle humain sera déterminante, surtout dans les médias, la santé ou la modération.

L’IA ne transforme pas automatiquement une collection d’images en connaissance fiable. Elle peut en revanche réduire la distance entre une archive et les personnes qui doivent l’utiliser. Pour les rédactions, les plateformes et les entreprises, c’est cette capacité à passer plus vite du fichier brut à une information vérifiable qui constitue l’enjeu le plus concret.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’IA visuelle ?

L’IA visuelle regroupe les techniques qui permettent à un système informatique d’analyser des images et des vidéos. Elle peut notamment repérer des objets, des scènes ou des ressemblances, puis associer ces éléments à des catégories ou à des requêtes. Son objectif pratique est souvent de faciliter la recherche, l’indexation et le tri de grandes bibliothèques de contenus.

Comment Coactive aide-t-elle les entreprises à analyser leurs images et vidéos ?

Coactive propose une plateforme alimentée par l’IA pour organiser et analyser des données multimédias, dont des images, vidéos et fichiers audio. L’outil vise à rendre ces contenus plus faciles à retrouver et à traiter. Il peut ainsi aider les équipes qui travaillent sur des archives importantes ou sur un flux continu de nouveaux contenus.

Pourquoi les données non structurées sont-elles difficiles à exploiter ?

Contrairement à une ligne de tableau, une image ou une vidéo ne contient pas forcément de description directement exploitable par un moteur de recherche. Son nom de fichier et sa date ne disent pas toujours ce qu’elle représente. L’IA peut aider à produire des repères de recherche, mais les résultats doivent être contrôlés lorsque le contexte est important.

Comment Reuters utilise-t-elle l’IA pour chercher des photos ?

Reuters s’appuie sur une fonction de « Recherche IA » pour aider ses journalistes à retrouver plus rapidement des images pertinentes dans sa vaste base de données. Auparavant, les photographies devaient être étiquetées manuellement. L’automatisation accélère l’accès aux archives, sans supprimer la nécessité de vérifier les informations éditoriales liées à chaque image.

L’IA peut-elle modérer seule des contenus visuels ?

Elle peut détecter ou signaler automatiquement des contenus qui semblent correspondre à des critères définis, ce qui accélère le filtrage initial. Chez Fandom, la technologie de Coactive réduit fortement le délai de traitement annoncé. Mais la modération exige aussi des règles, du contexte et la gestion des erreurs : les décisions sensibles nécessitent donc une supervision humaine.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Coactive, site officiel de la plateforme d’analyse de contenus multimédiascoactive.ai
  2. Reuters, présentation de l’agence et de ses services médiaswww.reutersagency.com
  3. Fandom, présentation officielle de la plateformeabout.fandom.com