Wimbledon 2025 : l’arbitrage électronique remplace les juges de ligne, sous tension
Pour la première fois en 2025, Wimbledon a supprimé ses juges de ligne au profit de l’Electronic Line Calling. Les contestations d’Emma Raducanu, de Jack Draper et l’incident du match Kartal-Pavlyuchenkova rappellent qu’un arbitrage automatisé ne fait pas disparaître les erreurs, ni le besoin de contrôle humain.

Un appel automatisé, une balle annoncée bonne ou faute, puis un joueur qui proteste : à Wimbledon, la technologie ne se contente plus d’assister l’arbitrage, elle en est devenue l’un des visages les plus visibles. Pour l’édition 2025, le tournoi britannique a retiré les juges de ligne de ses courts et confié leurs décisions à l’Electronic Line Calling, ou ELC. Une évolution pensée pour réduire les erreurs humaines, mais qui a rapidement nourri les débats au sein du tableau.
Dans le tennis, une balle qui tombe à quelques millimètres d’une ligne peut décider d’un jeu, d’un set ou d’un match. Le recours à un système électronique promet donc une règle appliquée de manière constante, sans fatigue ni appréciation visuelle variable. Les incidents survenus durant la quinzaine rappellent toutefois une réalité moins simple : un outil automatisé peut être contesté, connaître une interruption et dépendre, lui aussi, d’interventions humaines.
Wimbledon franchit le pas après des années d’assistance vidéo
Wimbledon n’a pas découvert la technologie en 2025. Le tournoi utilisait déjà la vidéo pour permettre aux joueurs de contester certaines décisions de ligne. Mais cette fois, le changement est plus profond : il n’y a plus de juges de ligne chargés d’observer les rebonds et d’annoncer les balles faute ou bonnes. L’ELC formule directement ces appels pendant l’échange.
Le principe repose sur un réseau de caméras disposées autour du court. Les images permettent au système de repérer la balle, de reconstruire sa trajectoire et d’estimer son point de rebond par rapport aux lignes. Si le rebond est considéré hors de la surface de jeu, un appel automatique est déclenché. L’arbitre de chaise reste bien présent : il supervise le déroulement du match, le score, l’application du règlement et la gestion des incidents. En revanche, le jugement visuel des lignes a disparu.
| Éléments de l’arbitrage | Avant l’ELC généralisé à Wimbledon | Avec l’ELC en 2025 |
|---|---|---|
| Décision sur une balle proche de la ligne | Un juge de ligne rendait un jugement visuel immédiat | Un système de caméras et de calcul rend une décision automatisée |
| Contestation | Le joueur pouvait demander une vérification vidéo dans les conditions prévues | L’appel électronique intervient directement pendant le point |
| Rôle de l’arbitre de chaise | Supervision du match et gestion des appels humains | Supervision du match, application des règles et gestion des défaillances |
| Risque principal | Erreur d’appréciation humaine | Erreur technique, paramétrage défaillant ou résultat contesté |
L’objectif est clair : produire une décision homogène sur chaque court et supprimer les inévitables hésitations liées à l’œil humain. Pour les organisateurs, cette évolution répond aussi à une attente ancienne de nombreux acteurs du tennis, soucieux d’obtenir des décisions plus précises sur les points litigieux.
Pourquoi Emma Raducanu et Jack Draper ont-ils contesté le système ?
Les premières journées du tournoi ont montré que la promesse de précision ne suffit pas toujours à convaincre les joueuses et les joueurs. Le 4 juillet, la Britannique Emma Raducanu a exprimé sa frustration après un point important de son match face à Aryna Sabalenka. Une balle de la joueuse biélorusse avait été annoncée bonne par le système, alors que des images vidéo examinées après coup semblaient indiquer qu’elle était sortie.
Cette séquence illustre une limite particulière de l’arbitrage automatisé : le joueur ne peut plus échanger avec un juge de ligne qui aurait vu le rebond. Il se retrouve face à une décision instantanée, portée par une voix ou une interface, dont le raisonnement n’est pas visible sur le court. Des images de télévision peuvent alimenter le doute, sans pour autant constituer une vérification officielle équivalente au processus d’arbitrage.
Le Britannique Jack Draper a lui aussi émis des réserves sur la précision des appels, notamment au service. Son observation est simple : le système « n’est pas précis à 100 % ». La formule ne revient pas à rejeter toute technologie, mais elle est essentielle dans un sport où un écart infime peut avoir une conséquence disproportionnée.
Pour les athlètes, le sujet ne se limite pas à une question d’ingénierie. Une décision inattendue peut couper une dynamique, créer de l’agacement et déplacer l’attention du jeu vers l’arbitrage. Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort qu’il devient difficile d’identifier immédiatement l’origine du problème : erreur de calcul, image mal interprétée, affichage insuffisant ou incident technique.
L’incident Kartal-Pavlyuchenkova a révélé une autre faiblesse
La controverse la plus parlante n’est pas née d’un désaccord sur quelques millimètres, mais d’une indisponibilité du système. Lors du match entre la Britannique Sonay Kartal et la Russe Anastasia Pavlyuchenkova, l’ELC n’a pas fonctionné sur un point. L’échange a finalement dû être rejoué.
Pavlyuchenkova a vivement contesté la situation, estimant avoir été lésée. « Ils m’ont volé le jeu », a-t-elle lancé. Kartal a finalement remporté la rencontre, mais l’épisode a pris une dimension qui dépasse le résultat : il a exposé le problème du recours à un dispositif unique lorsqu’aucun juge de ligne n’est prêt à prendre le relais immédiatement.
Les organisateurs de Wimbledon ont présenté leurs excuses et expliqué que l’incident était dû à une erreur humaine : l’ELC avait été temporairement désactivé sur une partie du court. Cette précision est capitale. Il ne s’agissait pas, à proprement parler, d’une intelligence artificielle qui aurait mal analysé un rebond. Le système n’était pas activé au moment où il aurait dû l’être.
Cette affaire pose néanmoins une question très concrète : quelle procédure appliquer lorsqu’un dispositif électronique est indisponible pendant un échange ? Rejouer le point peut être la solution la plus praticable, mais cela ne fait pas disparaître la frustration d’un joueur persuadé qu’une balle décisive était clairement faute ou bonne.
Arbitrage humain ou arbitrage électronique : ce qui change sur le court
Juges de ligne
- Décision fondée sur l’observation humaine immédiate.
- Une erreur peut être liée à l’angle de vue ou au temps de réaction.
- Les joueurs identifient facilement l’auteur de l’appel contesté.
- La vérification vidéo peut intervenir après une contestation prévue par le règlement.
Electronic Line Calling
- Décision automatisée à partir des images de plusieurs caméras.
- Appels cohérents et très rapides pendant l’échange.
- Les résultats restent contestables lorsque les images publiques semblent divergentes.
- Le dispositif doit être activé, calibré et surveillé pour fonctionner correctement.
Le remplacement des juges de ligne supprime-t-il vraiment les erreurs ?
La réponse est non. Il transforme surtout leur nature. Avec des juges de ligne, une erreur peut résulter d’un mauvais angle de vue, d’une balle masquée, d’un temps de réaction trop court ou d’une appréciation humaine imparfaite. Avec l’ELC, les risques se déplacent vers la qualité des images, le calibrage des caméras, le traitement informatique et l’activation effective de l’outil.
L’intérêt de l’automatisation est de rendre les appels réguliers et extrêmement rapides. Elle évite également qu’un juge humain soit placé sous une pression considérable devant des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs. Mais la technologie ne doit pas être présentée comme une autorité infaillible. Elle repose sur des paramètres, un matériel et un protocole opérationnel.
Debbie Jevans, présidente du All England Club, a défendu sur la BBC le choix de Wimbledon. Selon elle, l’adoption de cette solution répond à une demande de précision exprimée dans le monde du tennis. La position des organisateurs est cohérente avec l’évolution du sport professionnel, où les outils de suivi vidéo et de données sont désormais omniprésents.
Le débat porte donc moins sur l’idée de conserver à tout prix des juges de ligne que sur les garanties associées à leur remplacement. Un système performant doit pouvoir signaler clairement son état de fonctionnement, offrir une procédure de secours crédible et expliquer sans ambiguïté la décision prise en cas d’incident.
Est-ce vraiment de l’intelligence artificielle ?
L’expression « assistant virtuel alimenté par l’IA » peut donner l’impression qu’un agent conversationnel ou un programme comparable à ChatGPT arbitre les matches. Ce n’est pas le cas. L’Electronic Line Calling relève avant tout de la vision par ordinateur et du traitement automatisé d’images : des caméras suivent la balle, puis un logiciel évalue la position de son rebond par rapport au tracé du court.
Le terme intelligence artificielle est souvent employé au sens large pour désigner les systèmes capables de reconnaître un objet, d’interpréter des images ou de prendre une décision automatisée. Dans ce contexte, l’ELC ne comprend pas le match, ne juge pas l’intention des joueurs et ne remplace pas l’arbitre de chaise. Sa mission est beaucoup plus ciblée : déterminer une information spatiale, balle bonne ou balle faute.
Cette distinction compte pour comprendre les critiques. Les doutes exprimés par Raducanu ou Draper ne visent pas une IA générative susceptible d’inventer une réponse. Ils portent sur la fiabilité concrète d’une chaîne technique, depuis les caméras jusqu’à l’appel entendu sur le court. L’incident Kartal-Pavlyuchenkova montre, lui, qu’une chaîne automatisée peut aussi être mise en défaut par son exploitation humaine.
Ce qu’il faut surveiller après Wimbledon 2025
La suite du tournoi et les prochaines compétitions permettront d’évaluer si les incidents observés relèvent d’ajustements de jeunesse ou de limites plus durables. Plusieurs sujets méritent une attention particulière.
D’abord, la transparence. Lorsqu’un appel est contesté ou qu’un système est indisponible, les joueurs et le public doivent pouvoir comprendre clairement ce qui s’est passé. Ensuite, les protocoles de secours : la possibilité de poursuivre un match de manière équitable en cas de panne est indispensable, surtout dans un sport où chaque point compte.
Il faudra aussi observer l’acceptation par les joueurs. L’histoire du tennis montre que les innovations d’arbitrage sont souvent accueillies avec méfiance avant de devenir familières. Mais cette acceptation dépend d’une condition : la technologie doit inspirer davantage de confiance que le dispositif qu’elle remplace.
À Wimbledon, l’ELC ambitionne de réduire la part d’incertitude sur les lignes. Les événements de juillet 2025 soulignent pourtant que l’équité sportive ne tient pas seulement à la précision d’un calcul. Elle tient aussi à la robustesse de l’organisation, à la possibilité de traiter les exceptions et à la confiance que les compétiteurs accordent à la décision finale.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’Electronic Line Calling à Wimbledon ?
L’Electronic Line Calling, ou ELC, est un système d’arbitrage des lignes utilisant des caméras et un logiciel de suivi de balle. À Wimbledon en 2025, il remplace les juges de ligne pour déterminer si une balle a rebondi dans les limites du court ou à l’extérieur. L’arbitre de chaise conserve son rôle de supervision du match.
Pourquoi Wimbledon a-t-il supprimé les juges de ligne en 2025 ?
Wimbledon a choisi l’arbitrage électronique pour obtenir des appels de ligne homogènes et rapides sur ses courts. Debbie Jevans, présidente du All England Club, a expliqué que cette évolution répondait à une demande de précision exprimée dans le tennis. Le tournoi avait déjà recours à la technologie vidéo pour examiner certaines décisions contestées.
L’IA de Wimbledon s’est-elle trompée pendant le tournoi 2025 ?
Des joueuses et joueurs ont contesté des appels électroniques, notamment Emma Raducanu et Jack Draper. Un autre incident a concerné une indisponibilité du système lors du match entre Sonay Kartal et Anastasia Pavlyuchenkova. Les organisateurs ont alors évoqué une erreur humaine ayant temporairement désactivé l’ELC, plutôt qu’une erreur de calcul de la balle.
Que s’est-il passé entre Sonay Kartal et Anastasia Pavlyuchenkova ?
Lors de leur match à Wimbledon, l’Electronic Line Calling n’a pas fonctionné sur un point, qui a dû être rejoué. Anastasia Pavlyuchenkova a vivement protesté, estimant avoir été pénalisée par la situation. Les organisateurs ont présenté leurs excuses et attribué le dysfonctionnement à une désactivation temporaire du système sur une partie du court.
L’arbitrage électronique est-il plus fiable que les juges de ligne ?
L’arbitrage électronique réduit les erreurs liées à l’observation humaine et fournit des appels rapides et uniformes. Il ne garantit toutefois pas une absence totale de problèmes : les joueurs peuvent contester certains résultats, et le dispositif dépend du bon fonctionnement des caméras, des logiciels et des procédures humaines. Sa fiabilité se mesure aussi à sa capacité à gérer les incidents.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Wimbledon, site officiel et actualités du All England Clubwww.wimbledon.com
- BBC Sport, rubrique tenniswww.bbc.com/sport/tennis
- Reuters, rubrique tenniswww.reuters.com/sports/tennis



