Culture et médias

Will Smith retourne le mème des spaghettis contre les défauts de l’IA vidéo

Le 19 février 2025, Will Smith a publié sur Instagram une vidéo où il mange des spaghettis avec une exagération savamment comique. L’acteur détourne ainsi un mème né des premiers essais de vidéo générative. Derrière la plaisanterie se dessinent les avancées, mais aussi les erreurs encore frappantes, de l’IA capable de créer des images animées.

Un homme joue avec des spaghettis à table pour évoquer les défauts comiques de la vidéo générée par IA.
Illustration : Actu.ai

Il aura suffi d’une assiette de pâtes pour résumer, avec une efficacité redoutable, les promesses et les ratés de la vidéo générative. Le 19 février 2025, Will Smith a publié sur Instagram une séquence le montrant en train de manger des spaghettis de façon volontairement outrancière. Le gag n’est pas seulement alimentaire : l’acteur américain rejoue un mème devenu emblématique des images produites par intelligence artificielle.

L’intérêt de cette publication tient au renversement qu’elle organise. Pendant des mois, les internautes ont vu circuler des vidéos artificielles censées représenter Will Smith avalant des pâtes. En reprenant lui-même cette situation absurde, l’acteur transforme une imitation non sollicitée de son visage en exercice d’autodérision. Et il rappelle, par le rire, pourquoi une vidéo impressionnante au premier regard peut encore trahir l’intervention d’une machine.

Comment le mème de Will Smith mangeant des spaghettis est-il né ?

La tendance a émergé en 2024, au moment où les générateurs de vidéo par IA ont commencé à susciter une très forte curiosité sur les réseaux sociaux. Ces outils reçoivent une description écrite, puis produisent une courte séquence animée à partir des régularités apprises sur de très grandes collections d’images et de vidéos. Ils peuvent ainsi fabriquer un décor, un mouvement de caméra, des personnages et une action, sans qu’une caméra ait filmé la scène.

Dans ce contexte, une vidéo montrant une version artificielle de Will Smith en train de manger des spaghettis a retenu l’attention. Ce n’était pas une scène réaliste au sens traditionnel du terme. Les mouvements étaient étranges, l’interaction entre les mains, les pâtes et le visage semblait instable, et l’ensemble avait ce caractère à la fois reconnaissable et déroutant propre aux premières démonstrations de vidéo générative.

C’est précisément cette étrangeté qui a assuré sa longévité. La séquence a été reprise, commentée et déclinée, notamment sur Reddit et Twitter, devenu X. Elle a fini par servir de raccourci culturel : évoquer « Will Smith mangeant des spaghettis » revenait à parler d’une IA vidéo capable de produire une scène spectaculaire, mais encore incapable de préserver parfaitement la cohérence d’un geste banal.

La mécanique virale reposait sur trois ingrédients :

  • une personnalité mondialement identifiable ;
  • une action quotidienne, donc immédiatement compréhensible ;
  • des erreurs visuelles assez manifestes pour devenir comiques.

Le choix des spaghettis n’a rien d’anodin. Manger des pâtes est une opération beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air pour une IA : il faut conserver la forme souple des aliments, la continuité de la fourchette, la position des doigts, l’ouverture de la bouche et la logique du mouvement, image après image. Or les modèles peuvent générer une impression globale convaincante sans véritable compréhension physique de la scène.

La vidéo de Will Smith est-elle générée par IA ?

Non. La vidéo publiée par Will Smith le 19 février 2025 est une parodie jouée par l’acteur, et non une séquence générée par intelligence artificielle. C’est toute la force de la blague : il imite les gestes confus, le rythme mécanique et l’excès visuel qui ont fait la réputation des versions artificielles.

L’acteur ne se contente pas de refaire une scène de repas. Il accentue les défauts qui rendaient le mème mémorable. Les spaghettis semblent surgir en quantité excessive, l’attitude est délibérément décalée et le jeu souligne l’aspect absurde de ces vidéos. Là où l’IA produisait un résultat involontairement étrange, Will Smith met en scène cette étrangeté avec une maîtrise comique.

Cette mise en abyme explique l’accueil enthousiaste du public. Une célébrité généralement représentée par des contenus générés sans son intervention reprend la main sur son image. Elle ne tente pas d’ignorer le phénomène ni de le traiter avec gravité excessive. Elle l’absorbe dans son propre registre humoristique.

Pourquoi les générateurs vidéo échouent-ils encore sur des gestes simples ?

Les progrès de modèles tels que Sora ont considérablement relevé le niveau des vidéos créées à partir de texte. Les démonstrations récentes montrent des scènes plus longues, des éclairages plus crédibles et des mouvements plus fluides que ceux des générations précédentes. Mais une vidéo réaliste ne se résume pas à une succession de belles images.

Pour qu’une personne mange des spaghettis de manière crédible, de nombreuses contraintes doivent rester cohérentes simultanément. La main doit conserver cinq doigts identifiables. La fourchette ne doit pas changer de forme. Les pâtes doivent rester continues. Le visage doit garder les mêmes traits. Enfin, les objets doivent obéir à une logique physique : une bouchée ne peut pas apparaître sans trajectoire, ni traverser un doigt ou disparaître entre deux images.

Les modèles vidéo sont particulièrement mis à l’épreuve par ce type d’action, parce qu’ils doivent maintenir ces relations sur toute la durée du plan. Une image isolée peut être réussie ; une séquence exige, elle, une mémoire visuelle et une cohérence temporelle beaucoup plus solides.

Élément à représenterCe que l’IA vidéo peut réussirCe qui peut révéler une génération artificielle
Visage d’une célébritéUne ressemblance globale très convaincanteDes traits qui fluctuent légèrement d’une image à l’autre
Mains et couvertsUn geste crédible pendant un court instantDes doigts, une fourchette ou une prise qui changent de forme
SpaghettisUne texture et une abondance visuellement réalistesDes pâtes qui se déforment, fusionnent ou apparaissent sans logique
MouvementUne impression de dynamisme et de continuitéDes trajectoires impossibles ou des transitions brusques
DécorUne ambiance détaillée et cohérente au premier regardDes objets qui se déplacent ou se transforment sans raison

Le mème des spaghettis est donc moins une preuve que les systèmes seraient incapables de produire de la vidéo que la trace d’un moment précis de leur évolution. Il montre à quel point une technologie peut progresser rapidement tout en restant vulnérable sur les détails que les humains perçoivent instinctivement.

Le mème IA et la parodie de Will Smith

Vidéo générée par IA

  • Représente artificiellement une célébrité dans une scène inventée.
  • Peut sembler réaliste lors d’un visionnage rapide.
  • Laisse apparaître des mouvements et des objets incohérents.
  • Son origine peut être floue lorsqu’elle circule hors contexte.

Parodie publiée par Will Smith

  • Met en scène l’acteur réel sur son propre compte Instagram.
  • Imite volontairement les défauts grotesques du mème.
  • Utilise l’exagération pour rendre la référence immédiatement lisible.
  • Transforme une imitation subie en geste d’autodérision.

Une parodie qui éclaire la question de l’authenticité

La vidéo de Will Smith fonctionne parce que le public connaît déjà la référence. Sans ce contexte, elle pourrait sembler être une simple séquence humoristique. Avec le mème en tête, elle devient un commentaire sur la circulation des images à l’ère de l’IA générative.

La distinction entre une vidéo authentique, une parodie assumée et un contenu artificiel devient en effet plus importante à mesure que les outils gagnent en qualité. Une image ne doit pas être considérée comme fiable uniquement parce qu’elle paraît réaliste. Il faut aussi s’interroger sur son origine, sur la personne qui l’a publiée, sur le contexte dans lequel elle circule et sur les indices éventuels de modification.

La question est particulièrement sensible lorsqu’une IA représente une personnalité publique. Les internautes peuvent y voir un simple terrain de jeu satirique. Mais la capacité à reproduire un visage, une voix ou une attitude peut aussi être utilisée pour fabriquer de fausses déclarations, de faux soutiens politiques ou de fausses publicités. Dans ce cas, l’enjeu ne relève plus du mème : il concerne l’information, la réputation et le consentement des personnes représentées.

Humour, célébrités et deepfakes : une réponse possible, mais pas suffisante

Will Smith n’est pas le seul à avoir choisi l’humour face aux images synthétiques. Des figures publiques, dont Emmanuel Macron, ont aussi réagi à la diffusion de contenus artificiels en jouant avec leurs codes. Cette approche a une utilité : elle rend un sujet technique plus visible et apprend au public à observer les anomalies d’une vidéo.

L’humour possède toutefois ses limites. Il peut désamorcer l’inquiétude, mais il ne remplace pas les règles de diffusion, les outils de signalement ou l’éducation aux médias. Une séquence parodique est sans grand risque lorsqu’elle est clairement présentée comme telle. Le problème change de nature si une image artificielle est conçue pour induire le public en erreur.

Les plateformes ont commencé à adapter leurs politiques à cette réalité. YouTube, par exemple, demande aux créateurs de signaler certains contenus réalistes modifiés ou créés artificiellement lorsqu’ils peuvent faire croire qu’une personne réelle a dit ou fait quelque chose qu’elle n’a pas dit ou fait. Cette logique de transparence ne permet pas de résoudre toutes les situations, mais elle contribue à distinguer les usages créatifs des manipulations potentiellement trompeuses.

Ce qu’il faut surveiller avec la vidéo générative

Le gag des spaghettis pourrait vite vieillir, car les défauts visibles des générateurs vidéo tendent à diminuer avec les améliorations des modèles. C’est précisément pourquoi il mérite d’être retenu. Il rappelle que la compétence technique d’une IA ne se mesure pas seulement au réalisme d’un plan, mais aussi à notre capacité collective à identifier, contextualiser et étiqueter ce qui a été créé artificiellement.

Pour les créateurs, ces outils ouvrent des possibilités de mise en scène, de prototypage et de parodie inédites. Pour le public, ils imposent un nouveau réflexe : regarder une vidéo avec attention avant de la croire. Les artefacts les plus grossiers, comme les mains ou les spaghettis impossibles, ne resteront peut-être pas éternellement des indices fiables.

L’épisode Will Smith montre aussi qu’une personne visée par un mème peut en reprendre le contrôle de façon créative. Son geste ne règle pas les questions de droit à l’image, de désinformation ou de modération. Mais il donne une leçon utile de culture numérique : parfois, la meilleure manière de dévoiler les failles d’une technologie consiste à les rejouer, volontairement, jusqu’à les rendre impossibles à manquer.

Questions fréquentes

Pourquoi Will Smith mange-t-il des spaghettis dans cette vidéo ?

Will Smith reprend un mème viral apparu en 2024 autour de vidéos générées par IA le représentant en train de manger des spaghettis. Publiée le 19 février 2025, sa vidéo joue sur les gestes maladroits et l’absurdité visuelle de ces séquences artificielles. L’acteur transforme ainsi une référence de culture web en parodie assumée.

La vidéo de Will Smith avec les spaghettis a-t-elle été créée par une IA ?

Non. La vidéo publiée par Will Smith sur Instagram est une performance réelle et volontairement comique. Elle parodie des vidéos artificielles devenues virales auparavant. Le principe du gag repose justement sur le fait que l’acteur imite lui-même les anomalies et les mouvements peu naturels associés aux premiers contenus de vidéo générative.

Quel est le lien entre Will Smith, les spaghettis et Sora ?

Le mème s’inscrit dans l’essor des générateurs de vidéo par IA, dont Sora est l’un des exemples les plus connus. Ces outils peuvent créer une scène animée depuis une consigne textuelle, mais les premières productions avaient souvent du mal avec la cohérence des mains, des aliments et des mouvements. Le mème des spaghettis est devenu le symbole de ces limites visibles.

Comment reconnaître une vidéo générée par intelligence artificielle ?

Il faut rechercher des incohérences dans les mains, les doigts, les objets, les reflets, le texte ou la continuité des mouvements. Il est aussi essentiel de vérifier le compte qui publie la vidéo et son contexte de diffusion. Ces indices ne suffisent pas toujours, car les outils progressent rapidement, mais ils aident à éviter de croire immédiatement un contenu spectaculaire.

Pourquoi les plateformes étiquettent-elles les vidéos créées par IA ?

Les étiquettes et obligations de signalement visent à mieux informer le public lorsqu’un contenu réaliste a été modifié ou fabriqué artificiellement. Elles sont particulièrement importantes si une vidéo semble montrer une personne réelle en train de parler ou d’agir. L’objectif est de préserver les usages créatifs tout en réduisant les risques de désinformation et d’usurpation.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Compte Instagram officiel de Will Smithwww.instagram.com/willsmith
  2. OpenAI, présentation de Soraopenai.com/sora
  3. YouTube, politique sur les contenus modifiés ou synthétiquessupport.google.com/youtube/answer/14328491