Aux Oscars 2025, l’IA de l’iPhone et celle de « A Complete Unknown » ne jouent pas le même rôle
À l’heure des Oscars 2025, « A Complete Unknown » a déclaré avoir mobilisé des outils d’apprentissage automatique en post-production. Cette révélation invite à comparer deux réalités très différentes : l’IA polyvalente embarquée dans les iPhone compatibles et les logiciels spécialisés qui assistent les équipes d’effets visuels.

L’intelligence artificielle ne se résume plus aux assistants conversationnels. Elle travaille déjà, souvent discrètement, dans les téléphones et dans les logiciels de post-production employés par le cinéma. La présence de « A Complete Unknown » dans la course aux Oscars 2025 offre un exemple concret de cette transformation : le long métrage a déclaré avoir utilisé des outils d’apprentissage automatique pour certains travaux techniques. Mais l’opposition avec l’iPhone est trompeuse si elle laisse entendre qu’il existerait un simple classement entre deux IA.
D’un côté, un smartphone compatible avec Apple Intelligence embarque des modèles et des fonctions destinés à des millions d’usages quotidiens, de la rédaction de texte à la retouche d’images. De l’autre, une équipe d’effets visuels mobilise des outils ciblés, encadrés par des artistes et destinés à quelques plans précis. Ces deux univers reposent sur des techniques qui peuvent se recouper, notamment l’analyse d’images et l’apprentissage automatique, mais ils ne répondent ni aux mêmes besoins ni aux mêmes critères de qualité.
Ce que les Oscars 2025 disent de « A Complete Unknown »
Réalisé par James Mangold, « A Complete Unknown » retrace une période de la trajectoire de Bob Dylan, incarné par Timothée Chalamet. Le film a obtenu huit nominations aux Oscars 2025, dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur acteur et de la meilleure actrice dans un second rôle. Cette reconnaissance place l’œuvre au centre de la saison des récompenses, au-delà de ses seuls choix techniques.
Dans les documents associés à sa candidature, le film a signalé le recours à des outils d’apprentissage automatique au cours de la post-production. La société d’effets visuels Rising Sun Pictures a participé au projet et a mentionné des outils tels que Revize pour intervenir sur la présentation de personnages. Ces outils ne remplacent pas le tournage, la mise en scène, le jeu ou le montage dans leur ensemble. Ils s’inscrivent dans une chaîne de fabrication où la retouche numérique existe depuis longtemps.
La nouveauté tient moins au fait que des images soient modifiées, pratique ancienne des effets visuels, qu’aux méthodes utilisées pour le faire. Un système d’apprentissage automatique peut aider à repérer, suivre ou ajuster des éléments visuels dans des séquences très nombreuses. Son intérêt est de réduire certaines tâches répétitives et de faciliter des corrections complexes. Le résultat reste ensuite évalué, ajusté et validé par des professionnels.
Apple Intelligence : environ 7 Go pour des fonctions du quotidien
L’IA présente dans un iPhone ne date pas d’Apple Intelligence. Bien avant cette appellation, l’appareil s’appuyait déjà sur des traitements automatiques pour Face ID, la recherche dans Photos, la dictée, les suggestions de clavier, la gestion de la batterie ou le traitement photographique. Une grande partie de ces opérations s’effectue directement sur l’appareil, grâce notamment au Neural Engine, le composant des puces Apple conçu pour les calculs d’apprentissage automatique.
Avec iOS 18.2, publié en décembre 2024, Apple a enrichi Apple Intelligence de nouvelles fonctions. Le système requiert environ 7 Go d’espace de stockage sur les appareils compatibles, car il comprend des modèles nécessaires aux traitements locaux. Ce chiffre ne mesure ni la « puissance » d’une IA ni son niveau de créativité : il décrit avant tout une contrainte matérielle liée au téléchargement et au stockage de composants logiciels.
Parmi les nouveautés associées à iOS 18.2 figurent :
- Genmoji, qui permet de créer des emojis à partir d’une description ;
- Image Playground, pour générer des images dans plusieurs contextes du système ;
- l’intégration de ChatGPT dans Siri et dans les outils d’écriture, avec l’accord de l’utilisateur lorsqu’une demande doit être transmise au service ;
- des outils de rédaction et de reformulation destinés à résumer, corriger ou adapter un texte.
Apple Intelligence n’est cependant pas accessible sur tous les iPhone. Au lancement, les fonctions demandent un modèle récent et compatible, notamment un iPhone 15 Pro, un iPhone 15 Pro Max ou un appareil de la gamme iPhone 16. La disponibilité dépend aussi de la langue et de la région configurées. Il est donc inexact de dire que chaque iPhone utilise exactement le même ensemble d’outils génératifs.
Pourquoi la comparaison entre un iPhone et un film est trompeuse
Dire qu’un iPhone « utilise plus d’IA » qu’un film nommé aux Oscars produit une formule frappante, mais elle mélange plusieurs réalités. Peut-on comparer la taille d’un modèle installé sur un téléphone, le nombre de fonctions proposées à l’utilisateur, les heures de calcul nécessaires à des effets visuels, ou la quantité d’images retouchées sur un film ? Sans critère précis, la réponse est non.
Un iPhone est un produit grand public conçu pour traiter rapidement des demandes très variées. Son IA doit fonctionner avec une batterie, une capacité de stockage et une connexion parfois absente. Les outils de post-production, eux, peuvent s’appuyer sur des stations de travail et des infrastructures spécialisées. Ils sont réglés pour une tâche définie : détourer un visage, stabiliser un plan, harmoniser un détail visuel ou faciliter une modification demandée par la réalisation.
| Aspect | Apple Intelligence sur iPhone compatible | Outils d’IA en post-production cinématographique |
|---|---|---|
| Finalité | Aider l’utilisateur dans des tâches quotidiennes | Assister une équipe sur des plans ou effets précis |
| Public | Utilisateurs d’appareils compatibles | Artistes, techniciens et studios de production |
| Contraintes | Batterie, stockage, confidentialité et rapidité | Qualité d’image, cohérence des plans et validation artistique |
| Exemples évoqués | Genmoji, Image Playground, Siri avec ChatGPT | Apprentissage automatique et outils comme Revize |
| Mesure pertinente | Fonctions disponibles et place occupée sur l’appareil | Nature exacte des interventions et résultat à l’écran |
Ce qui rapproche les deux mondes est l’usage de modèles capables d’analyser des informations et de produire une réponse calculée. Ce qui les distingue est le niveau de contrôle attendu. Un téléphone doit fournir une expérience simple et immédiate. Au cinéma, la moindre imperfection peut être visible sur un très grand écran et chaque correction peut être soumise à une validation image par image.
IA sur iPhone et IA de post-production : deux usages à ne pas confondre
Sur un iPhone compatible
- Des fonctions pensées pour les échanges, l’écriture, la recherche et l’image au quotidien.
- Des modèles stockés localement, nécessitant environ 7 Go d’espace disponible.
- Des contraintes fortes de rapidité, de batterie et de simplicité d’usage.
- Une interaction directe : l’utilisateur formule une demande ou déclenche une fonction.
- Des traitements photographiques et des fonctions génératives peuvent coexister.
Sur un film comme « A Complete Unknown »
- Des outils employés par des équipes spécialisées au cours de la post-production.
- Des interventions ciblées sur des plans, des personnages ou des effets visuels.
- Une priorité donnée à la cohérence artistique et à la qualité d’image finale.
- Un contrôle humain à chaque étape de validation des modifications.
- Une déclaration d’usage ne précise pas automatiquement l’ampleur des travaux réalisés.
De la photo de l’iPhone aux effets visuels : des IA déjà familières
L’expression « IA dans l’iPhone » peut donner l’impression d’une arrivée soudaine. En pratique, les smartphones utilisent depuis des années des algorithmes pour améliorer automatiquement une photographie. Lorsqu’un utilisateur prend une photo en faible lumière ou un portrait, l’appareil peut analyser la scène, équilibrer l’exposition, réduire le bruit numérique, détecter un visage ou combiner plusieurs prises. Ces traitements ne transforment pas forcément une photo en image générée : ils optimisent souvent les données captées par l’objectif.
Les outils génératifs ajoutés avec Apple Intelligence introduisent une autre catégorie de possibilités. Ils peuvent créer ou modifier des éléments à partir d’instructions, ce qui soulève davantage de questions sur la nature d’une image et sur les conditions de son partage. La distinction est importante : une amélioration automatique de luminosité et la génération d’un visuel à partir d’un texte ne sont pas le même usage, même s’ils reposent tous deux sur des calculs d’IA.
Au cinéma aussi, les outils numériques ne constituent pas un bloc homogène. Les effets visuels peuvent inclure de la composition d’images, de l’étalonnage, de l’animation, du nettoyage de plans ou des procédés reposant sur l’apprentissage automatique. « Dune : deuxième partie », également nommé aux Oscars 2025 dans des catégories techniques dont les effets visuels, illustre la place majeure des images numériques dans les grandes productions contemporaines. Les technologies utilisées ne disent toutefois rien, à elles seules, de la qualité artistique d’un film.
Il faut aussi éviter les raccourcis chronologiques. « Avatar : La Voie de l’eau » a été associé à de nombreux outils numériques et d’analyse sonore, mais il relevait de la saison des Oscars 2023, pas de la sélection 2025. Son exemple montre surtout que les outils automatisés et assistés par ordinateur étaient déjà installés dans les flux de production bien avant l’essor actuel de l’IA générative.
Transparence : que devrait déclarer un film ?
La présence d’IA dans les processus de création nourrit une interrogation légitime : le public et les votants doivent-ils savoir comment une œuvre a été fabriquée ? Pour de nombreux professionnels, le sujet n’est pas d’interdire tout outil automatisé. Les logiciels numériques ont profondément transformé le cinéma depuis des décennies. L’enjeu est plutôt de pouvoir distinguer l’assistance technique, la génération d’images ou de voix, et les usages susceptibles d’affecter le travail, l’identité ou les droits des artistes.
L’Académie des arts et des sciences du cinéma examine cette évolution dans un contexte où les déclarations de technologies deviennent plus visibles dans les dossiers de candidature. Une obligation de transparence pourrait permettre aux votants de disposer d’informations plus précises, à condition que les catégories soient claires. Une simple case « IA utilisée » serait insuffisante : elle réunirait sous une même étiquette des procédés très différents, allant d’une retouche ponctuelle à une création largement générée.
La question concerne également les données employées pour entraîner les outils, les conditions de travail des personnes qui les utilisent et la protection de la voix ou du visage des interprètes. Dans une œuvre biographique comme « A Complete Unknown », la représentation d’une personnalité réelle renforce encore la sensibilité de ces choix, même si la mention d’outils d’apprentissage automatique ne permet pas, à elle seule, d’en déduire la nature exacte.
Ce qu’il faut surveiller après les Oscars 2025
La cérémonie des Oscars prévue le 2 mars 2025 ne tranchera pas le débat sur la légitimité de l’IA au cinéma. Elle mettra en revanche en lumière une réalité devenue difficile à ignorer : l’IA ne se présente pas toujours comme un auteur autonome. Elle est souvent intégrée à des logiciels, à des workflows et à des appareils que le public utilise ou regarde sans la remarquer.
Dans les mois à venir, trois évolutions mériteront une attention particulière. La première est la clarté des déclarations des studios, afin de savoir si l’IA a servi à accélérer une opération technique ou à générer une part substantielle d’une œuvre. La deuxième est la capacité des outils à préserver le contrôle des artistes, de l’écriture au dernier plan finalisé. La troisième est l’éducation du public : comprendre qu’une IA de smartphone, un assistant conversationnel et un logiciel d’effets visuels peuvent partager des principes techniques tout en ayant des conséquences très différentes.
L’iPhone et « A Complete Unknown » racontent donc moins une compétition entre machines qu’une même évolution, celle d’outils algorithmiques qui s’installent à tous les étages de la création et de la vie quotidienne. La question essentielle n’est pas de savoir qui en utilise « le plus », mais de connaître précisément ce que ces outils font, avec quelles données, sous quel contrôle humain et dans quel but.
Questions fréquentes
Quels iPhone sont compatibles avec Apple Intelligence en février 2025 ?
Apple Intelligence nécessite un iPhone 15 Pro, un iPhone 15 Pro Max ou un modèle de la gamme iPhone 16. Les iPhone plus anciens disposent déjà de nombreuses fonctions reposant sur l’apprentissage automatique, comme Face ID ou l’amélioration des photos, mais ils ne prennent pas en charge l’ensemble des nouvelles fonctions d’Apple Intelligence.
Pourquoi Apple Intelligence demande-t-elle 7 Go de stockage sur l’iPhone ?
Environ 7 Go d’espace sont nécessaires pour installer les modèles et composants utilisés localement par Apple Intelligence sur les appareils compatibles. Cette place permet à certaines fonctions de s’exécuter directement sur le téléphone. Elle ne correspond pas à une mesure universelle de la puissance ou de la qualité de l’intelligence artificielle.
« A Complete Unknown » a-t-il été généré par une intelligence artificielle ?
Non. Le fait que le film ait déclaré l’usage d’outils d’apprentissage automatique en post-production ne signifie pas qu’il a été généré par une IA. Le long métrage repose sur un travail de réalisation, d’interprétation, de tournage et de montage. Les outils évoqués concernent des interventions techniques dans la chaîne de post-production.
L’IA utilisée au cinéma est-elle la même que celle de mon iPhone ?
Les deux peuvent employer des méthodes apparentées, comme l’analyse d’images ou l’apprentissage automatique, mais leurs usages sont différents. L’iPhone doit répondre vite à des besoins personnels et fonctionner avec des ressources limitées. Les équipes de cinéma utilisent des logiciels spécialisés pour intervenir avec précision sur des images destinées à la projection.
Les Oscars 2025 obligent-ils les films à révéler leur usage de l’IA ?
La question de la transparence prend une place croissante dans les discussions autour des Oscars et des dossiers de candidature. Une déclaration d’outils utilisés peut éclairer les votants, mais elle doit être suffisamment détaillée pour avoir du sens. La seule mention d’IA ne permet pas de savoir quelle étape a été concernée ni quelle a été la part de travail humain.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Apple, présentation d’Apple Intelligencewww.apple.com/apple-intelligence
- Apple Newsroom, iOS 18.2 et nouvelles fonctions Apple Intelligencewww.apple.com/newsroom
- Academy of Motion Picture Arts and Sciences, Oscars 2025www.oscars.org/oscars/ceremonies/2025
- Rising Sun Pictures, studio d’effets visuelswww.rsp.com.au



