Entreprises et marchés

VCI Global mise sur l’IA souveraine et la cybersécurité auprès de l’ASEAN

Après sa participation à un sommet de l’ASEAN consacré à l’intelligence artificielle, VCI Global annonce des accords avec des acteurs publics et privés. L’entreprise met en avant des cartes de chiffrement, un coffre de données et une plateforme d’échange chiffré, sur un marché régional porté par les enjeux de souveraineté numérique.

Infrastructure d’IA souveraine sécurisée avec serveurs, chiffrement matériel et coffre de données.
Illustration : Actu.ai

Le développement de l’intelligence artificielle ne se résume pas à la course aux modèles les plus puissants. Pour les administrations comme pour les grandes entreprises, une autre question devient centrale : où sont stockées les données, qui contrôle l’infrastructure et comment la protéger contre les intrusions ou les attaques par rançongiciel ? C’est sur ce terrain de la souveraineté numérique que VCI Global Limited, cotée au Nasdaq sous le symbole VCIG, cherche à accélérer sa présence en Asie du Sud-Est.

Le 15 août 2025, l’entreprise a indiqué avoir obtenu plusieurs engagements à la suite de sa participation à un sommet de l’ASEAN consacré à l’intelligence artificielle. VCI Global évoque à la fois des accords avec des entreprises et des organismes gouvernementaux, ainsi que des projets de preuve de concept autour de ses outils de chiffrement, de stockage et d’échange de données. Les noms des partenaires, le montant des contrats et le calendrier de déploiement n’ont toutefois pas été communiqués.

Ce que VCI Global annonce après le sommet de l’ASEAN

L’annonce porte sur deux catégories d’engagements. La première concerne des projets de preuve de concept, souvent désignés par le sigle POC, pour la plateforme QuantGold Data Exchange dans plusieurs États de l’ASEAN. La seconde concerne des accords d’entreprise liés au V Gallant CyberSecure Vault et aux solutions associées.

Un POC n’est pas encore un déploiement à grande échelle. Il s’agit d’une expérimentation menée dans un environnement précis afin de vérifier qu’une technologie répond aux contraintes techniques, opérationnelles et réglementaires d’un client. Dans le secteur public, ces contraintes peuvent être particulièrement nombreuses : localisation des données, contrôle des accès, continuité de service, compatibilité avec les systèmes existants et règles nationales de cybersécurité.

VCI Global affirme que ses démonstrations ont suscité des échanges avec des délégués de pays membres de l’ASEAN, des responsables d’entreprises et des organismes publics. L’entreprise indique également poursuivre des discussions avec des groupes de travail nationaux consacrés à l’IA et à la souveraineté des données.

La portée commerciale exacte de ces annonces reste donc à établir. Un accord de coopération peut couvrir une étude, un test technique ou une préparation de projet, sans nécessairement constituer une commande ferme. Cela ne retire rien à l’intérêt stratégique de ces contacts, mais impose de distinguer les partenariats annoncés des revenus effectivement réalisés ou des infrastructures effectivement installées.

Que recouvre l’expression « IA souveraine » ?

L’IA souveraine désigne, de manière générale, la capacité d’un pays, d’une administration ou d’une organisation à maîtriser les ressources essentielles utilisées par l’intelligence artificielle. Cela inclut les données, les serveurs, les capacités de calcul, les logiciels de sécurité et les règles de gouvernance qui encadrent leur utilisation.

Cette notion ne signifie pas nécessairement qu’un État doit fabriquer lui-même toutes les puces ou tous les logiciels. Elle renvoie plutôt à la possibilité de décider où les informations sont hébergées, qui peut y accéder, quelles lois s’y appliquent et comment elles peuvent être utilisées pour entraîner ou exploiter des systèmes d’IA.

Pour les administrations, la question se pose notamment pour les données citoyennes, fiscales, de santé ou de sécurité. Pour les entreprises, elle concerne les secrets industriels, les données clients, les contrats ou les informations financières. Dans les deux cas, faire transiter de grands volumes de données vers une infrastructure extérieure peut créer des risques juridiques, économiques ou de cybersécurité.

VCI Global place ses produits dans cette logique. Son offre associe une architecture de centres de données IA nationaux, des mécanismes de chiffrement et une plateforme d’échange de données chiffrées. L’ambition affichée est de permettre à des organisations de développer des usages d’IA tout en conservant une maîtrise plus étroite de leurs informations sensibles.

Les technologies présentées : carte de chiffrement, coffre de données et plateforme d’échange

Au sommet, VCI Global a présenté une gamme articulée autour de la protection de l’infrastructure et de la circulation des données. Les produits ne répondent pas tous au même besoin, mais ils sont pensés comme des briques complémentaires d’un environnement numérique dit souverain.

Solution présentéeFonction annoncéeEnjeu pour les organisations
QTrustCardCarte de chiffrement au format PCIe pour protéger des serveurs IA équipés de GPU et de CPUSécuriser le traitement et l’infrastructure de calcul utilisés par les applications d’IA
V Gallant CyberSecure VaultCoffre de stockage avec puce de chiffrement présentée comme certifiée EAL4+Préserver les données sensibles et limiter l’impact potentiel d’un rançongiciel
QuantGold Data Exchange PlatformPlateforme d’échange de données chiffréesOrganiser des échanges de données dans un cadre présenté comme sécurisé
Architecture de centres de données IA nationauxConception d’infrastructures destinées à l’IA souveraineGarder le calcul et les données sous contrôle local ou national

La QTrustCard est une carte PCIe, c’est-à-dire un composant qui se connecte directement à l’intérieur d’un serveur. VCI Global la présente comme une solution de chiffrement pour les serveurs exploitant des processeurs classiques, les CPU, et des processeurs graphiques, les GPU, très utilisés pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’IA. L’entreprise indique que ces protections sont renforcées pour faire face aux vulnérabilités dites post-quantiques.

Le terme post-quantique désigne les méthodes cryptographiques conçues pour rester robustes face à la menace future d’ordinateurs quantiques suffisamment puissants pour affaiblir certains mécanismes de chiffrement actuels. Cette menace ne signifie pas que les systèmes actuels seraient tous immédiatement compromis. Elle pousse néanmoins les organisations à inventorier leurs usages cryptographiques et à préparer une transition progressive vers de nouveaux standards.

Le V Gallant CyberSecure Vault est pour sa part présenté comme un espace de stockage chiffré, doté d’une puce de chiffrement de niveau militaire et d’une certification EAL4+. EAL signifie Evaluation Assurance Level, un niveau d’assurance employé dans le cadre des critères communs de sécurité informatique. Un niveau EAL4+ correspond à une évaluation approfondie de la conception et du développement du produit, complétée par des exigences additionnelles. Cette certification ne garantit pas, à elle seule, qu’un système entier est invulnérable : sa sécurité dépend également de sa configuration, de sa gestion et de son intégration au sein de l’organisation.

VCI Global présente ce coffre comme résistant aux ransomwares. Dans la pratique, la protection contre ces attaques exige plusieurs couches : sauvegardes isolées, contrôle des droits d’accès, surveillance des activités anormales, procédures de restauration et formation des équipes. Un dispositif de stockage chiffré peut jouer un rôle important dans cet ensemble, mais il ne remplace pas une stratégie complète de cyber-résilience.

Des POC aux déploiements : ce que les accords devront démontrer

Les projets de preuve de concept autour de QuantGold constituent le point le plus concret de l’annonce pour l’ASEAN. Leur objet est de démontrer l’usage de la plateforme dans des environnements publics ou privés. VCI Global décrit QuantGold comme une solution d’échange de données chiffrées et l’associe à la circulation sécurisée de données nécessaires aux usages d’IA.

Pour être transformé en déploiement durable, un POC devra généralement répondre à plusieurs questions. Les données restent-elles dans le territoire ou l’environnement autorisé ? Les clés de chiffrement sont-elles gérées par l’organisation utilisatrice ? Les performances restent-elles suffisantes lorsque les volumes augmentent ? Les équipes peuvent-elles administrer le système sans dépendance excessive à un prestataire ? Et l’ensemble respecte-t-il les règles propres à chaque pays ?

Ces interrogations sont particulièrement importantes dans une région où les réglementations, les capacités numériques et les priorités de sécurité diffèrent d’un État à l’autre. Une même technologie peut donc nécessiter des paramétrages, une gouvernance et des procédures d’exploitation distincts selon le contexte national ou sectoriel.

Des annonces aux résultats mesurables

Ce que VCI Global annonce

  • Des accords de coopération avec des acteurs publics et privés de l’ASEAN.
  • Des POC pour la plateforme QuantGold dans plusieurs États de la région.
  • Une carte PCIe de chiffrement destinée aux serveurs d’IA.
  • Un coffre de données présenté comme certifié EAL4+ et résistant aux ransomwares.

Ce qui reste à préciser

  • L’identité des partenaires gouvernementaux et des entreprises concernés.
  • La valeur financière, la durée et les obligations de chaque accord.
  • Les résultats techniques et opérationnels des preuves de concept.
  • Le calendrier d’un éventuel passage à des déploiements à grande échelle.

Pourquoi l’ASEAN est un terrain stratégique pour la souveraineté numérique

L’ASEAN réunit dix États d’Asie du Sud-Est et constitue un espace économique majeur, caractérisé par une forte numérisation des services, du commerce et des communications. L’adoption de l’IA y soulève les mêmes interrogations que dans d’autres régions du monde : protection des données personnelles, sécurité des infrastructures critiques, dépendance à des fournisseurs étrangers et accès aux capacités de calcul.

Pour les gouvernements, l’attrait d’une infrastructure qualifiée de souveraine tient à la promesse de mieux maîtriser les informations et les opérations stratégiques. Pour les entreprises, il peut s’agir de protéger des données sensibles tout en participant à des projets communs d’analyse ou d’IA. Les plateformes d’échange chiffré, telles que celle mise en avant par VCI Global, visent précisément à répondre à cette tension entre partage de données et exigences de confidentialité.

Il faut toutefois éviter d’assimiler souveraineté et isolement. Un environnement numérique peut être souverain tout en reposant sur des composants, des logiciels ou des partenaires internationaux. L’enjeu consiste à identifier les dépendances critiques et à maintenir la capacité de les gouverner, de les auditer ou, si nécessaire, de les remplacer.

Un marché porteur, mais des prévisions à lire avec prudence

VCI Global inscrit son expansion dans la croissance attendue des marchés de la cybersécurité et du chiffrement post-quantique. Selon les prévisions citées de Grand View Research, le marché mondial des technologies de sécurité post-quantique pourrait atteindre 4,62 milliards de dollars en 2030, avec un taux de croissance annuel composé de 38,3 %.

La même source anticipe un marché de la cybersécurité en Asie-Pacifique de 146 milliards de dollars en 2030, pour une croissance annuelle composée de 15,9 % entre 2025 et 2030. Ces estimations illustrent l’attention croissante accordée à la sécurité numérique dans la région, notamment à mesure que les entreprises déploient davantage de services en ligne, de cloud et de systèmes d’IA.

Un taux de croissance annuel composé, ou CAGR, est une manière de lisser une progression sur plusieurs années. Il ne signifie pas que le marché augmente exactement du même pourcentage chaque année. Il s’agit d’une projection fondée sur des hypothèses de demande, d’investissement et d’adoption technologique. Les prévisions de marché constituent donc un indicateur de tendance, non une garantie de chiffre d’affaires pour une entreprise donnée.

Pour VCI Global, l’opportunité dépendra de sa capacité à convertir les expérimentations annoncées en contrats durables, à convaincre sur la robustesse de ses solutions et à répondre aux exigences réglementaires propres à chaque client. Dans un domaine aussi sensible que le chiffrement, les références opérationnelles, les audits et la transparence technique pèseront autant que les annonces de partenariat.

Ce qu’il faut surveiller

Les prochains éléments à suivre sont d’abord l’identité des organisations engagées avec VCI Global et la nature exacte de leurs accords. La publication de contrats fermes, d’échéances de déploiement ou de résultats issus des POC permettrait d’évaluer plus précisément la maturité commerciale des projets.

Il faudra aussi observer les conditions concrètes d’intégration des technologies. La QTrustCard sera-t-elle installée sur des infrastructures de calcul existantes ou dans de nouveaux centres de données ? Quel sera le rôle exact de QuantGold dans les échanges de données ? Et comment les clients administreront-ils les clés de chiffrement, les sauvegardes et les droits d’accès ?

Enfin, l’essor de l’IA souveraine ne se jouera pas uniquement sur les outils. Il dépendra de décisions plus larges concernant les données, les réseaux, l’énergie nécessaire aux centres de données, la formation des équipes et les règles de coopération entre pays. Les engagements annoncés par VCI Global au sein de l’ASEAN constituent un signal d’intérêt pour ce marché. Leur valeur se mesurera désormais à l’épreuve des déploiements, de la sécurité réelle et des usages quotidiens.

Questions fréquentes

Quels partenariats VCI Global a-t-elle annoncés après le sommet de l’ASEAN ?

VCI Global indique avoir conclu des accords de coopération avec des entreprises et des entités gouvernementales, ainsi que des accords d’entreprise liés à son CyberSecure Vault. Elle annonce aussi des projets de preuve de concept pour sa plateforme QuantGold dans plusieurs États de l’ASEAN. Les partenaires, les montants et les calendriers n’ont pas été dévoilés.

Qu’est-ce qu’une IA souveraine ?

L’IA souveraine désigne la capacité d’un pays ou d’une organisation à maîtriser les données, les infrastructures de calcul, les règles d’accès et les outils de sécurité nécessaires à l’intelligence artificielle. L’objectif est notamment de réduire les dépendances critiques et de garder un contrôle sur les informations sensibles utilisées par les systèmes d’IA.

À quoi sert la QTrustCard de VCI Global ?

La QTrustCard est présentée par VCI Global comme une carte de chiffrement au format PCIe, destinée à protéger les serveurs d’intelligence artificielle utilisant des GPU et des CPU. L’entreprise indique qu’elle intègre des protections pensées pour les enjeux post-quantiques. Son objectif est de renforcer la sécurité de l’infrastructure où s’exécutent les traitements d’IA.

Que signifie la certification EAL4+ du CyberSecure Vault ?

EAL4+ est un niveau d’assurance issu des critères communs de sécurité informatique. Il correspond à une évaluation approfondie de la conception et du développement d’un produit, avec des exigences supplémentaires. Cette certification concerne le produit évalué, mais la protection d’un système complet dépend aussi de son installation, de ses mises à jour et de sa gestion quotidienne.

Pourquoi les preuves de concept sont-elles importantes pour VCI Global ?

Une preuve de concept permet de tester une technologie chez un client ou dans un environnement représentatif avant un déploiement plus large. Pour VCI Global, les POC autour de QuantGold peuvent démontrer la compatibilité de sa plateforme avec les exigences locales de sécurité, de confidentialité et de souveraineté des données. Ils ne constituent toutefois pas, à eux seuls, des contrats de grande ampleur.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. VCI Global, site officiel et informations investisseursv-capital.co
  2. ASEAN, portail officiel de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Estasean.org
  3. Grand View Research, études de marché sur la cybersécurité et la cryptographie post-quantiquewww.grandviewresearch.com