Entreprises et marchés

TPE et PME : dix statistiques qui dessinent leur transformation numérique en 2025

Intelligence artificielle, facturation, cybersécurité, données : le Baromètre France Num photographie les usages numériques des petites entreprises en 2025. Dix chiffres permettent de mesurer les progrès accomplis, mais aussi les fragilités persistantes, notamment sur la protection des données, les compétences et le passage de l’équipement à l’usage.

Dirigeante de petite entreprise consultant des données, des factures et des outils numériques au bureau
Illustration : Actu.ai

Dans les très petites, petites et moyennes entreprises, la transformation numérique ne se joue plus seulement dans le choix d’un site web ou d’un logiciel de bureautique. Elle touche désormais la facturation, les décisions commerciales, la protection des données et, de plus en plus, l’intelligence artificielle. Les chiffres du Baromètre France Num 2025 montrent une dynamique réelle, mais aussi un écart entre l’adoption d’outils et la capacité à en tirer durablement profit.

La photographie est contrastée. Les dirigeants sont largement convaincus de l’intérêt du numérique et satisfaits de leur connexion, deux conditions utiles pour avancer. En parallèle, l’exposition aux incidents cyber reste élevée, les budgets demeurent contenus pour une part importante des structures et l’exploitation des données semble encore largement centrée sur le suivi de l’activité passée. Voici les dix repères à connaître pour comprendre où en sont les TPE et PME françaises en septembre 2025.

Les dix chiffres qui résument la situation

Les indicateurs du baromètre ne décrivent pas tous la même réalité. Certains mesurent l’équipement, d’autres les usages, les perceptions des dirigeants ou les risques déjà rencontrés. Ils ne doivent donc pas être additionnés ni interprétés comme le portrait d’une seule entreprise type.

Sujet observéChiffre cléCe qu’il indique
Usage de l’intelligence artificielle26 %L’IA a doublé en un an dans les TPE et PME.
Logiciel de facturation69 %La gestion administrative est déjà largement numérisée.
Incident de cybersécurité déjà subi36 %Le risque cyber concerne concrètement plus d’une entreprise sur trois.
Crainte de perte ou de piratage des données52 %La sécurité des informations inquiète une majorité de dirigeants.
Exploitation des données financières64 %Les chiffres comptables et financiers sont les données les plus utilisées.
Exploitation des données clients et ventes53 %Les données commerciales commencent à éclairer les décisions.
Accès aux compétences numériques70 %Une majorité estime disposer des savoir-faire nécessaires, souvent avec un appui externe.
Au moins une pratique de sobriété numérique72 %Les gestes de réduction d’impact sont entrés dans les habitudes déclarées.
Satisfaction face à la fiabilité de la connexion85 %La connectivité est moins souvent perçue comme un frein majeur.
Investissement numérique supérieur à 1 000 € en 202442 %Une part significative des entreprises consacre un budget identifié à ses projets numériques.
Bénéfice réel apporté par le numérique78 %L’utilité du numérique est désormais largement reconnue par les dirigeants.

L’intelligence artificielle franchit un cap dans les petites entreprises

Le chiffre le plus marquant est sans doute celui de l’intelligence artificielle : 26 % des TPE et PME y ont recours en 2025, soit un taux qui a doublé en un an. Cette progression témoigne de la diffusion rapide d’outils accessibles, notamment les assistants conversationnels et les services capables d’aider à rédiger, résumer, rechercher des informations ou produire des contenus.

L’indicateur ne dit toutefois pas quels usages dominent, ni à quelle fréquence ces outils sont employés. Entre tester un assistant pour préparer un courriel et intégrer l’IA à un processus commercial, administratif ou de relation client, l’écart est considérable. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement l’accès à l’outil, mais la définition d’un besoin précis, la vérification des résultats et la formation des personnes qui l’utilisent.

Pour une petite structure, une démarche raisonnable consiste à partir d’une tâche répétitive et peu risquée : préparer une première version de document, reformuler une présentation, organiser des notes ou produire une trame de réponse. Les informations sensibles, les données personnelles, les secrets d’affaires et les documents confidentiels demandent une vigilance particulière avant d’être confiés à un service d’IA.

Facturation : un équipement devenu central dans la gestion

Avec 69 % d’entreprises équipées, le logiciel de facturation est l’un des marqueurs les plus visibles de la numérisation des TPE et PME. Son intérêt dépasse la simple émission de factures : il peut faciliter le suivi des règlements, l’organisation des devis, la préparation comptable et la vision de la trésorerie.

La perspective de la facturation électronique renforce cette évolution. En septembre 2025, la réforme prévoit une mise en œuvre progressive à partir de septembre 2026 pour les entreprises assujetties à la TVA, selon leur taille et leurs obligations. Pour les dirigeants, l’enjeu est d’anticiper la compatibilité de leurs outils et de mieux structurer leurs données de facturation, plutôt que de considérer ce changement comme une formalité de dernière minute.

Il faut aussi éviter une confusion fréquente : disposer d’un logiciel de facturation ne veut pas dire que l’entreprise possède un ERP complet. Un ERP est un système plus large, susceptible de relier la gestion commerciale, les achats, les stocks, la comptabilité ou encore les ressources humaines. Pour beaucoup de petites structures, un outil de facturation bien paramétré et adapté à leurs flux réels reste plus pertinent qu’une solution lourde et sous-utilisée.

La cybersécurité reste le point de fragilité le plus concret

Les résultats font apparaître un écart frappant entre la perception du numérique comme une opportunité et les risques associés à son usage. 36 % des TPE et PME déclarent avoir déjà subi un incident de cybersécurité. En outre, 52 % des dirigeants se disent préoccupés par la perte ou le piratage des données.

Un incident peut recouvrir des situations très diverses : accès frauduleux à une messagerie, rançongiciel, hameçonnage, vol d’identifiants, indisponibilité d’un service ou suppression de fichiers. Pour une entreprise de petite taille, les conséquences peuvent être immédiates : factures impossibles à retrouver, relation client perturbée, activité ralentie ou données sensibles exposées.

La priorité n’est pas nécessairement de déployer une infrastructure complexe. Les fondations de la sécurité sont souvent plus simples et plus décisives : mots de passe uniques et solides, authentification à plusieurs facteurs lorsque l’outil le permet, mises à jour régulières, sauvegardes séparées et vérifiées, sensibilisation des collaborateurs aux messages suspects.

La cybersécurité doit ainsi être pensée comme une condition de continuité de l’activité, et non comme une dépense technique réservée aux grandes entreprises. L’essor de l’IA rend cette vigilance encore plus importante : un outil rapide et pratique ne dispense jamais de contrôler les données qu’on lui transmet ni les contenus qu’il produit.

Des données utilisées, mais encore surtout pour regarder dans le rétroviseur

Les données sont déjà présentes dans le quotidien des entreprises. 64 % exploitent leurs données financières, tandis que 53 % utilisent les informations liées aux clients et aux ventes. Ces deux taux ne s’opposent pas : une même entreprise peut naturellement travailler sur ses chiffres de trésorerie, ses ventes et son portefeuille clients.

Dans beaucoup de cas, ces informations servent d’abord à décrire l’activité : chiffre d’affaires réalisé, factures impayées, évolution des ventes, clients les plus actifs ou produits les plus demandés. Cette approche descriptive est indispensable. Elle permet de disposer d’une base factuelle au lieu de décider uniquement à l’intuition.

Le cap suivant consiste à relier les données à une décision concrète. Une entreprise peut, par exemple, rapprocher le suivi des règlements et les prévisions de dépenses pour mieux anticiper sa trésorerie, ou comparer les ventes par période pour mieux organiser ses actions commerciales. Il ne s’agit pas forcément de bâtir des modèles sophistiqués : la qualité des données, leur mise à jour et la compréhension des indicateurs comptent davantage qu’un tableau de bord très chargé.

L’intelligence artificielle peut aider à synthétiser ou classer certaines informations, mais elle ne remplace ni des données fiables ni le jugement du dirigeant. Une analyse automatisée fondée sur des données incomplètes risque surtout de donner une impression trompeuse de précision.

Compétences, connexion et budgets : des bases favorables, mais inégales

Le baromètre montre que 70 % des TPE et PME estiment avoir accès aux compétences numériques dont elles ont besoin. C’est un signal encourageant, à nuancer : cet accès peut passer par les salariés, le dirigeant, un réseau de partenaires, un freelance ou une agence spécialisée. Il ne signifie pas nécessairement que toutes les compétences sont disponibles en interne.

Le recours à un prestataire peut être une solution pertinente pour un projet ponctuel, une mise en conformité, une refonte de site, un paramétrage de logiciel ou un renforcement de la sécurité. Il doit cependant s’accompagner d’une transmission de connaissances minimale. Une entreprise reste dépendante si personne en son sein ne sait retrouver les accès, comprendre les données essentielles ou dialoguer avec le fournisseur.

La connectivité semble, elle, moins problématique : 85 % des dirigeants se déclarent satisfaits de la fiabilité de leur connexion. Ce résultat permet de déplacer l’attention vers la qualité des outils, l’organisation interne et la protection des usages. Une connexion stable est une infrastructure utile, pas une garantie de productivité ou de sécurité.

Enfin, 42 % des entreprises ont investi plus de 1 000 € dans leurs projets numériques en 2024. Ce seuil ne correspond ni à un budget moyen ni au coût d’une transformation complète. Il montre néanmoins que le numérique est davantage traité comme un poste d’investissement. Pour que la dépense soit utile, il faut associer à chaque projet un objectif mesurable : gagner du temps sur la facturation, réduire les erreurs de saisie, mieux suivre les prospects ou renforcer la sauvegarde des données.

La sobriété numérique progresse, sans encore tout changer

La question environnementale gagne aussi les pratiques des petites entreprises. 72 % déclarent avoir mis en place au moins une action de sobriété numérique, comme le recyclage d’équipements ou la réduction de la consommation énergétique.

Ce chiffre traduit une prise de conscience, mais une pratique isolée ne constitue pas nécessairement une stratégie complète. La sobriété numérique peut également passer par une durée de vie plus longue des appareils, une limitation des achats inutiles, un meilleur rangement des fichiers, une gestion plus rationnelle des impressions ou le choix d’outils adaptés au besoin réel.

Cette démarche peut rejoindre un intérêt économique très concret. Un matériel entretenu et conservé plus longtemps, des licences logicielles réellement utilisées et un stockage de données mieux organisé peuvent réduire à la fois les coûts et l’impact environnemental. La sobriété ne s’oppose donc pas à la numérisation : elle invite à sélectionner les outils utiles et à éviter les équipements ou services redondants.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

Avec 78 % de dirigeants qui perçoivent un bénéfice réel du numérique, le débat n’est plus vraiment de savoir s’il faut se numériser. La question devient celle de l’efficacité : quels outils répondent à un problème précis, quels usages doivent être accompagnés et quelles protections sont nécessaires ?

Quatre sujets méritent une attention particulière pour les TPE et PME :

  • la capacité à transformer les premiers essais d’IA en usages utiles, contrôlés et compris ;
  • la réduction de l’écart entre la crainte d’une cyberattaque et la mise en place de protections de base ;
  • la préparation à la facturation électronique, notamment par la fiabilité des données et des outils de gestion ;
  • le passage d’un suivi descriptif des chiffres à des décisions mieux éclairées par les données financières et commerciales.

Les dix statistiques du Baromètre France Num 2025 racontent ainsi une phase de maturité intermédiaire. Les petites entreprises françaises sont largement connectées, équipées et convaincues de l’intérêt du numérique. Le défi qui s’ouvre est moins celui de l’accès à la technologie que celui de son appropriation : former, sécuriser, organiser et mesurer pour que chaque investissement produise un effet concret sur l’activité.

Questions fréquentes

Quel pourcentage de TPE et PME utilisent l’intelligence artificielle en 2025 ?

En 2025, **26 %** des TPE et PME françaises utilisent l’intelligence artificielle, selon le Baromètre France Num. Ce taux a doublé en un an. Il confirme une diffusion rapide de l’IA dans les petites structures, mais ne précise pas la nature ni la fréquence des usages, qui peuvent aller du test ponctuel à une intégration plus régulière dans le travail.

Les TPE et PME sont-elles souvent victimes de cyberattaques ?

Le baromètre indique que **36 %** des TPE et PME ont déjà subi un incident de cybersécurité. Par ailleurs, **52 %** des dirigeants déclarent craindre la perte ou le piratage de leurs données. Ces chiffres soulignent l’importance des protections de base, comme les sauvegardes vérifiées, les mises à jour et l’authentification à plusieurs facteurs.

Combien de petites entreprises utilisent un logiciel de facturation ?

**69 %** des TPE et PME sont équipées d’un logiciel de facturation en 2025. Cet équipement facilite la gestion administrative et prend une importance particulière à l’approche de la généralisation progressive de la facturation électronique. Un logiciel de facturation ne doit toutefois pas être confondu avec un ERP, qui couvre un périmètre de gestion beaucoup plus large.

Comment les TPE et PME utilisent-elles leurs données en 2025 ?

Les données financières sont exploitées par **64 %** des entreprises, tandis que **53 %** utilisent des données sur leurs clients et leurs ventes. Ces usages servent principalement à décrire et suivre l’activité : trésorerie, factures, chiffre d’affaires ou performances commerciales. L’enjeu consiste ensuite à relier ces indicateurs à des décisions opérationnelles précises.

Quel budget numérique les TPE et PME ont-elles consacré en 2024 ?

En 2024, **42 %** des TPE et PME ont investi plus de **1 000 €** dans leurs projets numériques. Ce chiffre ne représente pas un budget moyen et ne permet pas de connaître le montant dépensé par les autres entreprises. Il montre néanmoins que le numérique est de plus en plus considéré comme un investissement structurant pour l’activité.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. France Num, portail officiel de la transformation numérique des TPE et PME et Baromètre France Numwww.francenum.gouv.fr
  2. Direction générale des Finances publiques, informations officielles sur la facturation électroniquewww.impots.gouv.fr