Entreprises et marchés

/dev/agents lève 56 millions de dollars pour bâtir l’OS des agents IA

Portée par d’anciens responsables de Google, Stripe et Meta, /dev/agents annonce une levée de 56 millions de dollars. La jeune pousse veut créer une plateforme cloud, comparable dans son ambition à un système d’exploitation, pour simplifier le déploiement d’agents d’IA capables d’agir dans des logiciels.

Une équipe supervise des agents d’IA connectés à des documents, e-mails et outils cloud.
Illustration : Actu.ai

La prochaine étape de l’intelligence artificielle ne se résume pas à un chatbot qui répond à des questions. Une partie de l’industrie veut désormais concevoir des logiciels capables de prendre en charge des tâches concrètes, d’utiliser des outils numériques et d’enchaîner plusieurs actions. C’est sur ce créneau que se positionne /dev/agents, une startup qui annonce, le 26 novembre 2024, avoir levé 56 millions de dollars.

L’entreprise veut créer ce que ses fondateurs présentent comme un « système d’exploitation pour agents d’intelligence artificielle ». Derrière cette formule se cache un objectif ambitieux : fournir une base technique commune pour construire des agents capables de fonctionner dans différents services et appareils, sans que chaque équipe de développement ait à réinventer l’ensemble de l’infrastructure nécessaire.

Le projet est porté par des profils ayant travaillé sur des produits aussi structurants qu’Android, Chrome OS, Stripe ou la réalité virtuelle chez Meta. Cette expérience explique l’analogie avec un système d’exploitation : comme Android a offert une base partagée aux fabricants et développeurs mobiles, /dev/agents espère fournir une couche commune aux futurs logiciels « agentiques ».

Une levée de 56 millions de dollars pour une infrastructure encore à construire

La levée de fonds annoncée par /dev/agents atteint 56 millions de dollars. Elle est menée par Index Ventures, avec la participation de CapitalG, le fonds de croissance indépendant d’Alphabet Inc. Plusieurs investisseurs individuels de la tech ont également pris part au financement, parmi lesquels Alexandr Wang, Andrej Karpathy et Nikesh Arora.

Pour une entreprise nouvellement créée, le montant est conséquent. Il ne finance pas le lancement d’une application grand public déjà disponible, mais le développement d’une infrastructure logicielle. C’est un pari plus long et plus complexe : il faut à la fois imaginer les outils destinés aux développeurs, concevoir des interfaces utilisables par des personnes non spécialistes, et mettre en place des règles solides de sécurité et de confidentialité.

ÉlémentCe qui est annoncé en novembre 2024
Startup/dev/agents
Montant levé56 millions de dollars
Investisseur principalIndex Ventures
Autre investisseur citéCapitalG
Produit viséUn système d’exploitation cloud pour agents d’IA
AmbitionFaciliter la conception et le fonctionnement d’agents fiables sur différents dispositifs

Le financement illustre l’intérêt des investisseurs pour les agents d’IA. Ces systèmes ne sont pas définis uniquement par leur capacité à générer du texte. Leur promesse est d’associer compréhension d’une instruction, sélection d’outils, exécution d’actions et contrôle du résultat. Dans les scénarios évoqués par /dev/agents, ils pourraient notamment envoyer des e-mails, préparer des publications pour les réseaux sociaux, générer des rapports, corriger des erreurs de code ou ajuster des ressources informatiques.

Cette promesse ne signifie pas qu’un agent peut agir sans cadre. Plus un logiciel accède à une messagerie, à un agenda, à du code ou à des ressources d’entreprise, plus il doit être limité, surveillé et traçable. La capacité à accomplir une tâche est une chose, la capacité à le faire de manière prévisible et autorisée en est une autre.

Une équipe issue de Google, Stripe et Meta

Le cofondateur et directeur général de /dev/agents, David Singleton, a auparavant été CTO de Stripe. Il a également occupé le poste de vice-président de l’ingénierie chez Google, où il a travaillé sur Android. Son parcours est cohérent avec le projet de l’entreprise : les systèmes d’exploitation et les grandes plateformes technologiques sont conçus pour permettre à de multiples logiciels de fonctionner sur une fondation commune.

Parmi les autres cofondateurs figurent Hugo Barra, ancien vice-président de la réalité virtuelle chez Meta, et Ficus Kirkpatrick, directeur technique de la startup, qui a lui aussi travaillé sur Android. Nicholas Jitkoff, responsable du design, avait précédemment contribué à Chrome OS chez Google.

Cette combinaison de compétences est au cœur du positionnement de /dev/agents. Les fondateurs ne présentent pas les agents d’IA comme une simple extension des interfaces conversationnelles. Ils estiment que leur développement impose de repenser plusieurs briques à la fois : architecture logicielle, outils de développement, gestion des autorisations, protection des informations personnelles et expérience utilisateur.

L’enjeu est particulièrement important pour l’interface. Un utilisateur accepte assez facilement qu’un assistant suggère un texte ou résume un document. Il attend en revanche de comprendre ce qu’il se passe lorsqu’un agent propose d’envoyer un message, de modifier un fichier, de commander une ressource informatique ou d’agir au nom d’une organisation. Une plateforme d’agents doit donc rendre visibles les actions, les limites et les validations attendues.

Qu’est-ce qui distingue un agent d’IA d’un chatbot ?

Un chatbot classique est principalement conçu pour dialoguer. Il reçoit une requête, produit une réponse, puis attend l’instruction suivante. Il peut être utile pour trouver une information, rédiger un brouillon ou expliquer un document, mais il n’agit pas nécessairement dans d’autres logiciels.

Un agent d’IA vise un fonctionnement plus opérationnel. À partir d’un objectif, il peut découper une tâche en étapes, recourir à des outils autorisés et vérifier les informations dont il dispose avant de poursuivre. Dans une entreprise, cela peut par exemple signifier consulter des données, rédiger une synthèse, préparer un e-mail et le soumettre à validation. Le degré réel d’autonomie dépend toutefois des autorisations accordées et des garde-fous techniques.

Chatbot classique et agent d’IA : deux rôles différents

Chatbot classique

  • Répond principalement à une question ou à une demande formulée dans une conversation.
  • Produit du texte, des résumés, des explications ou des brouillons.
  • N’agit pas nécessairement dans les autres logiciels de l’utilisateur.
  • Son risque principal tient surtout à la qualité et à l’exactitude de sa réponse.

Agent d’IA

  • Peut poursuivre un objectif en plusieurs étapes et utiliser des outils numériques.
  • Peut préparer ou exécuter des actions, comme un e-mail, un rapport ou une opération technique.
  • Nécessite des autorisations précises pour accéder à des données et services.
  • Doit rendre ses actions contrôlables, traçables et interrompables.

Les frontières ne sont pas toujours nettes. Un même assistant peut répondre à des questions dans un contexte, puis déclencher une action dans un autre. Ce qui compte est la nature de l’accès accordé au logiciel. Lorsqu’un modèle de langage se connecte à une messagerie, un calendrier, un outil de gestion de projet ou une infrastructure informatique, il devient capable de produire des effets au-delà de la conversation.

C’est précisément pourquoi la notion de confiance est centrale dans le discours de /dev/agents. L’entreprise ne cherche pas seulement à permettre aux développeurs de créer des agents plus capables. Elle veut également poser une fondation permettant à ces logiciels d’opérer de façon suffisamment fiable pour être adoptés dans des usages réels.

Pourquoi parler d’un système d’exploitation cloud ?

L’expression « système d’exploitation » peut sembler excessive pour une jeune entreprise d’IA. Dans son sens traditionnel, un système d’exploitation gère les ressources d’un ordinateur, organise l’accès au matériel et offre une base aux applications. Android, par exemple, permet à de nombreux appareils et applications de fonctionner sur des principes techniques partagés.

/dev/agents transpose cette logique dans le cloud. Son objectif est de fournir une couche logicielle sur laquelle des agents d’IA pourraient être conçus et exploités, quel que soit le terminal utilisé par la personne. Une telle base devrait en principe aider les développeurs à relier les agents à des outils, à gérer leurs actions, à contrôler les accès et à concevoir des expériences cohérentes.

La startup part d’un constat : l’environnement de développement des applications d’IA est aujourd’hui fragmenté. Les entreprises et les développeurs doivent assembler de nombreuses briques, depuis le modèle d’IA jusqu’aux interfaces, aux outils externes, aux permissions et aux mécanismes de contrôle. Cette fragmentation peut ralentir les expérimentations, mais elle devient surtout problématique lorsqu’un agent est appelé à manipuler des données ou à accomplir des opérations concrètes.

Dans cette approche, le cloud n’est pas seulement un lieu d’hébergement. Il permettrait de faire fonctionner des agents, de centraliser certains contrôles et de les rendre accessibles depuis différents dispositifs. La vision annoncée est celle d’une plateforme suffisamment générale pour accompagner l’adoption d’agents dans de nombreux usages, sans dépendre d’un seul type d’appareil.

Le défi de la confidentialité et du contrôle des actions

David Singleton souligne que plusieurs obstacles doivent être levés avant que cette vision ne devienne courante. La startup prévoit notamment de renouveler les interfaces utilisateur, de repenser les normes de confidentialité et de simplifier fortement la création d’agents d’intelligence artificielle.

La confidentialité est un point décisif. Pour effectuer une tâche utile, un agent peut avoir besoin de lire un e-mail, d’accéder à des documents, de consulter des données internes ou d’utiliser un compte logiciel. Chaque accès crée une responsabilité. Qui autorise l’action ? Quelles données sont accessibles ? L’agent peut-il transmettre une information à un service externe ? L’utilisateur doit-il valider chaque étape ou seulement certaines actions sensibles ?

Ces questions ne relèvent pas d’un simple détail technique. Elles détermineront la confiance que les particuliers et les organisations accepteront d’accorder à ces outils. Dans des tâches à faible risque, comme préparer un brouillon de rapport, une large autonomie peut être acceptable. Dans des tâches impliquant des données sensibles, une dépense, une modification de production ou une communication externe, des validations explicites peuvent rester indispensables.

L’autre difficulté concerne l’expérience utilisateur. Les interfaces logicielles ont longtemps été pensées pour des personnes qui cliquent sur des menus, remplissent des formulaires et lancent des commandes. Un agent introduit une relation différente : l’utilisateur formule un but, tandis que le logiciel peut proposer un plan, demander une précision ou signaler qu’une action nécessite une autorisation. Concevoir cette interaction sans donner l’impression d’une boîte noire sera un défi majeur.

Une vision d’ordinateurs plus collaboratifs

Les responsables de /dev/agents défendent l’idée que l’IA moderne modifie en profondeur la manière d’utiliser les logiciels. L’ordinateur ne serait plus seulement un outil passif à manipuler application par application, mais pourrait devenir un partenaire collaboratif, capable de participer à l’exécution de certaines tâches.

Cette vision est parfois décrite comme un avenir « agentique ». Nina Achadjian, partenaire chez Index Ventures, y voit un potentiel de transformation de la vie quotidienne et des entreprises. Le terme ne désigne pas une technologie unique. Il renvoie plutôt à un écosystème dans lequel des agents peuvent comprendre des objectifs, utiliser des outils et coopérer avec des utilisateurs humains dans les logiciels qu’ils emploient déjà.

Pour les entreprises, l’intérêt potentiel se situe dans l’automatisation de processus répétitifs, la préparation de documents, la gestion de ressources ou l’assistance aux équipes techniques et relation client. Pour les utilisateurs, l’enjeu serait de réduire le nombre d’étapes nécessaires pour accomplir une tâche numérique. Mais l’utilité dépendra de la qualité du résultat, de la transparence des actions et de la possibilité de garder la main.

Ce qu’il faut surveiller

La première question sera celle de l’exécution. /dev/agents bénéficie d’un financement important et d’une équipe expérimentée, mais la création d’une plateforme largement adoptée exige de convaincre des développeurs, puis de leur fournir des outils fiables. Les systèmes d’exploitation deviennent puissants lorsqu’ils fédèrent un écosystème. Pour la startup, cela passera par la simplicité de développement, la qualité des intégrations et la capacité à fonctionner dans des contextes variés.

La deuxième question concerne la sécurité. Un agent qui peut lire, écrire, envoyer ou modifier doit être encadré avec beaucoup plus de rigueur qu’un assistant qui se limite à répondre dans une fenêtre de discussion. La manière dont /dev/agents traitera les autorisations, la confidentialité et le contrôle humain sera aussi importante que les performances de ses modèles et de ses outils.

Enfin, il faudra mesurer l’écart entre la promesse d’autonomie et la réalité des usages. Les agents peuvent rendre des tâches plus fluides, mais ils devront aussi reconnaître leurs limites, signaler les incertitudes et ne pas dépasser le périmètre confié. C’est à cette condition que l’ambition de transformer l’ordinateur en partenaire collaboratif pourra dépasser le stade du discours technologique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que /dev/agents ?

/dev/agents est une startup cofondée par d’anciens responsables de Google, Stripe et Meta. Elle veut développer un système d’exploitation cloud destiné aux agents d’intelligence artificielle, afin de donner aux développeurs une base commune pour créer des logiciels capables d’utiliser des outils et d’accomplir des tâches.

Combien /dev/agents a-t-elle levé ?

/dev/agents a annoncé une levée de fonds de 56 millions de dollars le 26 novembre 2024. Le financement est mené par Index Ventures, avec la participation de CapitalG et de plusieurs investisseurs individuels issus de l’industrie technologique, dont Alexandr Wang, Andrej Karpathy et Nikesh Arora.

Qui a fondé /dev/agents ?

La startup est dirigée par David Singleton, ancien CTO de Stripe et ancien vice-président de l’ingénierie chez Google, où il a travaillé sur Android. Parmi les autres cofondateurs figurent Hugo Barra, ancien responsable de la réalité virtuelle chez Meta, ainsi que Ficus Kirkpatrick et Nicholas Jitkoff.

Quelle est la différence entre un agent IA et un chatbot ?

Un chatbot répond généralement à une demande dans une conversation. Un agent d’IA vise à aller plus loin : il peut exploiter des outils autorisés et réaliser plusieurs étapes pour atteindre un objectif, par exemple préparer un rapport ou un e-mail. Cette autonomie exige toutefois des contrôles, des permissions et des validations adaptés.

Pourquoi la confidentialité est-elle importante pour les agents IA ?

Un agent utile peut avoir besoin d’accéder à des e-mails, des documents, des données internes ou des outils professionnels. Ces accès doivent donc être strictement définis. La confidentialité dépend notamment des autorisations accordées, des informations que l’agent peut consulter, des actions qu’il peut effectuer et de la possibilité pour l’utilisateur de les contrôler.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. SDSA, sitesdsa.ai
  2. Index Ventures, site officielwww.indexventures.com
  3. CapitalG, site officielwww.capitalg.com