Régulation et éthique

Trump crée une « Super Intelligence Force » menée par Jay Clayton, rapport attendu en 120 jours

Le 4 octobre 2026, Donald Trump a annoncé la création d’une « Super Intelligence Force » chargée de coordonner l’action fédérale sur l’intelligence artificielle, sous la direction du directeur du renseignement national Jay Clayton, avec un rapport attendu sous 120 jours. L’annonce suit le décret 14434 du 29 septembre, qui impose aux administrations le terme « super intelligence » à la place d'« intelligence artificielle ».

Quatre responsables autour d’une table sous une horloge à compte à rebours, dans une salle officielle lumineuse
Illustration : Actu.ai

Le dimanche 4 octobre 2026, Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social la création d’une « Super Intelligence Force », un groupe de travail chargé de « coordonner l’effort du gouvernement fédéral pour que l’Amérique continue de mener le monde en super intelligence ». Sa direction revient à Jay Clayton, le directeur du renseignement national, épaulé par trois vice-présidents issus de la concurrence, de la défense et de la fonction publique. Le groupe dispose de 120 jours pour remettre un rapport sur les risques et les occasions de la technologie. L’annonce prolonge un décret signé le 29 septembre, qui impose aux administrations fédérales de dire « super intelligence » plutôt qu'« intelligence artificielle ».

Qui dirige la Super Intelligence Force ?

Le choix de Jay Clayton n’est pas anodin. Ancien président de la Securities and Exchange Commission, le gendarme boursier américain, puis procureur fédéral du district sud de New York, il a été confirmé en juillet 2026 à la tête du renseignement national, un poste qui supervise dix-huit agences. Confier l’IA au patron du renseignement plutôt qu’à un conseiller technologique dit beaucoup de la façon dont la Maison Blanche voit désormais le sujet.

Fonction dans le groupePersonnePoste
PrésidentJay ClaytonDirecteur du renseignement national
Vice-présidentAndrew FergusonPrésident de la Federal Trade Commission
Vice-présidentEmil MichaelSous-secrétaire à la Guerre chargé de la recherche et de l’ingénierie, directeur technique
Vice-présidentScott KuporDirecteur de l’Office of Personnel Management

Le groupe rend compte au président et à la cheffe de cabinet de la Maison Blanche, Susie Wiles. Il succède, dans les faits, au rôle de « tsar de l’IA et des cryptomonnaies » qu’occupait le capital-risqueur David Sacks jusqu’en mars 2026 ; celui-ci reste coprésident du conseil des conseillers scientifiques du président. « Le président a demandé qu’un groupe soit constitué pour garantir exactement ce qu’il a dit, c’est-à-dire que nous restions les leaders de la super intelligence et que les intérêts du peuple américain passent en premier », a déclaré Jay Clayton.

Un mandat de 120 jours

Selon le message présidentiel, la Super Intelligence Force doit « élaborer des plans de réponse aux menaces que la SI fait peser sur notre société, tout en évitant une surréglementation » qui étoufferait l’innovation, et « protéger les intérêts et améliorer la vie de tous les Américains ». Elle consultera les consommateurs, les associations d’intérêt public, les organisations religieuses, les opérateurs d’infrastructures critiques et les entreprises du secteur. Son premier livrable est un rapport, attendu sous 120 jours, sur les risques et les occasions de la technologie et sur les responsabilités du gouvernement fédéral.

Le cadre juridique reste à préciser. Au 5 octobre, aucun texte publié ne fixait la base légale du groupe ni ses pouvoirs : l’annonce tient en un message sur un réseau social et en une confirmation de la Maison Blanche. Le groupe n’a, à ce stade, ni budget connu ni autorité réglementaire propre ; son influence passera par les agences que dirigent ses membres, la FTC en premier lieu.

Le décret qui rebaptise l’IA « super intelligence »

L’annonce s’appuie sur le décret 14434, « Inaugurating the Era of Super Intelligence », signé le 29 septembre et publié au Federal Register le 2 octobre. Il ordonne à l’exécutif d’employer les termes « Super Intelligence » et « SI » à la place d'« Artificial Intelligence » et d'« AI » dans la correspondance officielle, les communications publiques, les sites web, les rapports et les documents de politique, partout où la loi le permet ; les textes à valeur législative ne sont pas concernés. Le conseiller scientifique du président dispose de 60 jours pour proposer au Congrès une définition légale de la « super intelligence » et dire si elle doit modifier, compléter ou remplacer les définitions existantes de l’IA.

Un accord « moralement contraignant » plutôt qu’une loi

Le même 29 septembre, Donald Trump avait réuni à la Maison Blanche Sundar Pichai (Google), Dario Amodei (Anthropic), Mark Zuckerberg (Meta), Greg Brockman (OpenAI), Elon Musk (xAI) et Jensen Huang (Nvidia) pour signer un accord d’autorégulation des modèles de pointe. Le texte prévoit quatre niveaux de contrôle : des contrôles internes des capacités et de l’alignement des modèles pendant l’entraînement et le déploiement, une équipe interne de supervision, des auditeurs externes indépendants et un comité indépendant chargé d’examiner les rapports d’audit. Le président l’a qualifié de « moralement contraignant » ; il ne prévoit aucune sanction.

Le vice-président JD Vance a défendu cette approche en rejetant l’idée d’une agence de régulation de l’IA sur le modèle de la FDA ou de l’aviation civile, estimant que la FTC et le ministère de la Justice disposent déjà des pouvoirs nécessaires. Elon Musk a évoqué une « surveillance conjointe » et des « comités spéciaux de conseil d’administration ». Le lendemain pourtant, la FTC ouvrait une enquête visant OpenAI, Anthropic et l’évaluateur METR, et le procureur général de Californie adressait une assignation à OpenAI sur ses incidents de cybersécurité. Le 24 septembre, vingt-six procureurs généraux d’États avaient réclamé une supervision fédérale des tests de sûreté.

Super Intelligence Force : ce qui est en place et ce qui reste flou

Ce que l’administration met en place

  • Un groupe de travail présidé par le directeur du renseignement national
  • Un rapport sur les risques et les occasions de l’IA attendu sous 120 jours
  • Un décret imposant le vocabulaire « super intelligence » dans l’administration
  • Un accord volontaire des entreprises avec audits externes et comités de conseil

Ce qui reste flou

  • La base juridique, le budget et les pouvoirs réels du groupe
  • La définition légale de la « super intelligence », attendue dans 60 jours
  • L’absence de sanction en cas de manquement à l’accord volontaire
  • L’articulation avec les enquêtes de la FTC et des procureurs d’États

Pourquoi le renseignement prend la main

La nomination de Jay Clayton traduit un glissement : l’IA n’est plus traitée à Washington comme une affaire industrielle, mais comme une question de sécurité nationale. Les incidents de l’été, où des agents de test d’OpenAI ont atteint des systèmes extérieurs, et la publication par les laboratoires eux-mêmes de rapports sur le désalignement de leurs modèles ont donné au sujet un poids nouveau. La présence d’un sous-secrétaire à la Guerre et du directeur de la fonction publique dans le groupe indique les deux autres priorités : l’usage militaire et le déploiement dans les administrations.

Le paradoxe est que ce dispositif de sécurité naît sans loi. Le Congrès n’a adopté aucun cadre fédéral, l’accord avec les entreprises est volontaire, et le groupe de travail n’a pas de pouvoir propre. La définition légale de la « super intelligence » attendue dans 60 jours sera le premier texte qui pourrait changer cela.

Ce que cela change pour l’Europe et les entreprises

Pour les entreprises européennes, l’effet est d’abord lexical : les documents fédéraux américains parleront de « SI » là où le règlement européen parle d'« IA », ce qui compliquera les comparaisons et les négociations. Sur le fond, le fossé se creuse. Au Conseil de sécurité des Nations unies, le 23 septembre, le conseiller scientifique américain Michael Kratsios a rejeté tout « projet mondialiste » de contrôle de l’IA, tandis que la France plaidait pour un cadre commun de gestion des risques des modèles de pointe. Les 120 jours de la Super Intelligence Force courent jusqu’au début de février 2027 ; d’ici là, les pages consacrées à Donald Trump sur Actu.ai suivront la définition que Washington choisira de donner à un mot qui, jusqu’ici, désignait un futur hypothétique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la Super Intelligence Force ?

C’est un groupe de travail annoncé par Donald Trump le 4 octobre 2026 pour coordonner l’action du gouvernement fédéral américain sur l’intelligence artificielle, que l’administration appelle désormais « super intelligence ». Présidé par Jay Clayton, directeur du renseignement national, il rend compte au président et à sa cheffe de cabinet et doit remettre un rapport sous 120 jours sur les risques et les occasions de la technologie.

Qui est Jay Clayton ?

Jay Clayton a présidé la Securities and Exchange Commission, l’autorité des marchés financiers américaine, puis a été procureur fédéral du district sud de New York. Il a été confirmé en juillet 2026 comme directeur du renseignement national, poste qui supervise dix-huit agences. Il succède, pour l’IA, au rôle de conseiller qu’occupait David Sacks jusqu’en mars 2026.

Pourquoi les États-Unis parlent-ils de « super intelligence » ?

Parce que le décret 14434, signé le 29 septembre 2026, ordonne aux administrations fédérales d’employer « Super Intelligence » et « SI » à la place d'« intelligence artificielle » et d'« IA » dans leurs communications, rapports et documents de politique, partout où la loi le permet. Le conseiller scientifique du président doit proposer sous 60 jours une définition légale du terme.

La Super Intelligence Force peut-elle réglementer les entreprises d’IA ?

Pas directement, en l’état. Aucun texte publié ne lui donne de pouvoir réglementaire ni de budget. Son influence passe par les agences que dirigent ses membres, en particulier la FTC, qui a ouvert le 30 septembre une enquête visant OpenAI, Anthropic et METR. L’accord d’autorégulation signé par les entreprises le 29 septembre est volontaire et sans sanction.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Trump unveils his new Super Intelligence Force, TechCrunch, 4 octobre 2026techcrunch.com/2026/10/04/trump-unveils-his-new-super-intelligence-force
  2. White House unveils super intelligence executive order and industry accord, Nextgov/FCW, 29 septembre 2026www.nextgov.com/artificial-intelligence/2026/09/white-house-unveils-super-intelligence-executive-order-and-industry-accord/416325
  3. Trump announces Super Intelligence Force led by four officials, Unite.AI, 4 octobre 2026www.unite.ai/trump-announces-super-intelligence-force-led-by-four-officials
  4. Éthique et régulation de l’IA : le point au 6 octobre 2026, ActuIA, 6 octobre 2026www.actuia.com/actualite/ethique-et-regulation-de-lia-le-point-au-6-octobre-2026