Entreprises et marchés

Tana lève 13,6 millions d’euros pour développer le travail piloté par la voix

La start-up norvégienne Tana annonce une levée de fonds de 13,6 millions d’euros pour faire évoluer son espace de travail nativement conçu pour l’IA. Son pari : relier notes, informations et agents personnalisables dans un flux où la voix doit réduire les tâches administratives qui encombrent le travail de connaissance.

Une salariée dicte une note tandis qu’un espace de travail relie tâches et informations sur son ordinateur.
Illustration : Actu.ai

Au bureau, le problème n’est pas toujours le manque d’outils, mais leur accumulation. Notes de réunion, messageries, listes de tâches, documents et calendriers se multiplient, au risque de faire passer une part croissante de la journée à retrouver une information ou à la recopier d’un service dans un autre. La start-up Tana veut s’attaquer à cette friction avec un espace de travail pensé dès l’origine pour l’intelligence artificielle, dans lequel la voix pourrait devenir une porte d’entrée vers l’information et l’action.

Le 3 février 2025, l’entreprise basée à Oslo a annoncé avoir levé 13,6 millions d’euros dans le cadre d’un tour de table de série A. Cette opération porte le montant total de ses financements à 24,3 millions d’euros. Tana entend s’appuyer sur cet apport pour perfectionner sa proposition : un environnement de travail qui rassemble des connaissances structurées, des notes et des agents IA configurables, avec l’ambition de réduire la distance entre une idée formulée et une tâche réellement organisée.

Une série A menée par Tola Capital

La levée de fonds a été menée par Tola Capital. Elle réunit également Lightspeed Venture Partners, Northzone, Alliance VC et firstminute capital. Dans l’univers des jeunes entreprises technologiques, une série A correspond généralement à une phase de financement destinée à transformer un produit déjà expérimenté en offre capable de gagner des utilisateurs et de se structurer à plus grande échelle.

Pour Tana, l’enjeu ne consiste donc pas seulement à ajouter une fonction d’IA à un logiciel de notes. La société présente son produit comme un espace de travail « natif à l’IA », autrement dit conçu pour que l’IA participe à la capture, à l’organisation et à l’exploitation des informations qui circulent au cours d’une journée de travail.

Le tour de table rassemble aussi plusieurs investisseurs individuels cités par Tana, dont Lars Rasmussen, cofondateur de Google Maps, ainsi qu’Arash Ferdowsi et Siqi Chen. La présence de ces soutiens donne de la visibilité au projet, mais son adoption dépendra surtout d’un élément très concret : la capacité de l’outil à s’intégrer dans des habitudes professionnelles déjà très chargées.

Indicateur annoncé par TanaChiffre au 3 février 2025Ce qu’il indique
Montant de la série A13,6 millions d’eurosDes moyens supplémentaires pour développer le produit
Financements cumulés24,3 millions d’eurosLe total des fonds attirés par Tana à cette date
Liste d’attentePlus de 160 000 personnesL’intérêt suscité durant la phase de secret
Utilisateurs ayant testé la plateformePlus de 30 000L’existence d’une base d’utilisateurs précoces
Membres actifs sur la communauté SlackPlus de 24 000Une communauté engagée autour du produit
Présence dans le Fortune 500Plus de 80 % des entreprisesDes salariés de ces groupes figuraient sur la liste d’attente

Tana, un espace de travail qui relie notes, données et agents IA

Le cœur de l’approche de Tana repose sur trois briques : un graphe de connaissances, une prise de notes basée sur des objets et des agents IA personnalisables. Ces termes peuvent sembler techniques, mais ils renvoient à une idée simple : une information ne devrait pas rester isolée dans une note si elle peut aussi être reliée à un projet, une personne, une réunion ou une échéance.

Un graphe de connaissances est une manière de représenter des informations sous forme d’éléments reliés entre eux. Dans un contexte professionnel, une même mention peut ainsi être associée à plusieurs sujets : une décision prise en réunion peut concerner un client, une équipe, une date et une action à réaliser. Le but est de pouvoir retrouver ensuite ces éléments selon différents chemins, plutôt que de dépendre d’un dossier unique ou d’un mot-clé exact.

La prise de notes fondée sur des objets poursuit cette logique. Au lieu de considérer chaque note comme un simple bloc de texte, elle cherche à donner une structure à certains éléments. Une personne, une tâche, un projet ou une réunion peuvent alors être traités comme des objets auxquels on rattache des propriétés et des relations. Cette organisation promet de rendre les données plus faciles à filtrer, réutiliser et transformer.

Tana met également en avant une fonctionnalité appelée Supertax, qui convertit des données non structurées en formats exploitables. L’intérêt est de partir d’une phrase, d’une idée ou d’une note prise rapidement, puis de la faire entrer dans une structure utilisable par la suite. Cela doit notamment simplifier la formulation d’instructions pour les agents IA de la plateforme.

Pourquoi Tana mise sur la voix

Les cofondateurs de Tana, Tarjei Vassbotn, Olav Kriken et Grim Iversen, défendent une vision du travail dans laquelle l’intelligence artificielle appelle une révision plus profonde des pratiques, et non un simple ajout de fonctionnalités automatisées aux logiciels existants. Ancien employé de Google, Tarjei Vassbotn critique la multiplication d’outils fragmentés, qu’il associe à une « charge de travail sur le travail ».

Cette formule désigne un phénomène familier : prendre des notes, classer des fichiers, mettre à jour une tâche, recopier une information, chercher la dernière version d’un document ou rédiger un compte rendu sont des activités nécessaires, mais elles peuvent prendre le pas sur le travail de réflexion ou de décision lui-même. Dans les organisations hybrides, où les échanges sont répartis entre lieux, horaires et applications, cette dispersion peut être encore plus sensible.

La voix est au centre du projet de Tana parce qu’elle permet, en théorie, de capter une pensée dès qu’elle est formulée. Exprimer une idée à haute voix, puis laisser le système la structurer et l’associer au bon contexte, doit réduire le nombre d’étapes manuelles entre la prise d’information et son utilisation. Cette promesse ne signifie pas que le clavier, les documents ou les interfaces visuelles disparaissent. Elle propose plutôt un mode d’interaction supplémentaire, utile lorsque l’utilisateur veut consigner rapidement une information.

L’approche suppose cependant que l’outil comprenne correctement ce qui est dit et que l’utilisateur puisse vérifier le résultat. Une transcription mal interprétée, une information classée au mauvais endroit ou une action proposée sans le contexte nécessaire peut créer de nouvelles frictions. L’enjeu pour Tana est donc autant la fluidité de l’expérience que la fiabilité de l’organisation produite.

Le problème visé par Tana et sa réponse annoncée

Outils de travail fragmentés

  • Les informations sont dispersées entre notes, tâches, messages et documents.
  • L’utilisateur doit souvent recopier, classer ou rechercher des éléments manuellement.
  • La prise d’information peut être séparée de son organisation et de son suivi.
  • Les assistants IA risquent d’ajouter un outil de plus s’ils manquent de contexte.

Approche proposée par Tana

  • La plateforme relie notes, données et contexte dans un graphe de connaissances.
  • Les notes fondées sur des objets visent à structurer les informations réutilisables.
  • La voix doit permettre de capturer plus directement une pensée ou une instruction.
  • Des agents IA personnalisables peuvent s’appuyer sur des données mises en forme.

Des agents personnalisables pour passer de l’information à l’action

Les agents IA constituent l’autre dimension importante de la stratégie de Tana. Dans un outil professionnel, un agent désigne généralement un assistant logiciel capable de recevoir des consignes, d’utiliser des informations mises à sa disposition et d’exécuter ou de préparer certaines actions. La notion de personnalisation est essentielle : un même utilisateur ne traite pas les mêmes informations ni les mêmes priorités qu’un collègue travaillant dans une autre équipe.

Tana entend faciliter cette personnalisation grâce à la structuration de l’information et à Supertax. Lorsqu’une donnée est transformée en élément utilisable, elle peut plus facilement servir de base à une instruction. Un compte rendu, une idée de projet ou une liste d’actions ne reste plus seulement du texte à relire : il peut devenir un point de départ pour organiser un suivi, faire émerger des informations pertinentes ou alimenter un agent selon les règles retenues par l’utilisateur.

Cette ambition répond à une attente largement partagée autour de l’IA au travail : ne pas se limiter à générer du texte, mais aider à gérer le passage entre l’information brute et l’organisation concrète. C’est aussi une zone délicate. Dans un cadre professionnel, la personnalisation doit rester compréhensible pour l’utilisateur, qui doit savoir quelles informations sont mobilisées et garder la maîtrise des résultats obtenus.

Une communauté déjà importante avant la sortie officielle

Tana affirme avoir constitué une liste d’attente de plus de 160 000 utilisateurs pendant sa phase de secret. Parmi eux figuraient des employés de plus de 80 % des entreprises du classement Fortune 500. Ce dernier indicateur ne signifie pas que ces entreprises ont adopté Tana comme outil officiel : il indique que des salariés de ces grands groupes se sont inscrits ou ont manifesté leur intérêt pour la plateforme.

La société indique également que plus de 30 000 utilisateurs ont testé le produit. Sa communauté Slack comptait, de son côté, plus de 24 000 membres actifs. Pour une jeune entreprise qui construit un outil destiné à modifier les habitudes de travail, cette communauté peut avoir une utilité très concrète. Les premiers utilisateurs servent à signaler les difficultés d’usage, à suggérer des améliorations et à partager des manières de structurer leurs informations.

Dans les logiciels de productivité, l’enthousiasme initial ne garantit toutefois pas une utilisation durable. Un outil doit prouver qu’il apporte suffisamment de valeur pour justifier un changement de routine, surtout lorsqu’il vient s’ajouter à des environnements déjà dominés par les messageries, les suites bureautiques, les gestionnaires de tâches et les plateformes de collaboration.

Les attentes des investisseurs autour du travail de connaissance

Sheila Gulati, fondatrice de Tola Capital, met en avant l’obsession de Tana pour la transformation de la productivité. Selon elle, l’avenir du travail sera plus dynamique et plus personnalisé, et le produit centré sur la voix traduit une vision ambitieuse de la collaboration au sein d’équipes réparties à l’échelle mondiale.

Nnamdi Iregbulem, de Lightspeed Venture Partners, soutient lui aussi les ambitions de Tana autour de l’efficacité des utilisateurs dans une nouvelle ère de productivité. Ces prises de position reflètent une conviction devenue centrale chez de nombreux investisseurs : l’IA pourrait modifier non seulement les tâches produites, mais aussi la manière de réunir, structurer et faire circuler les connaissances dans une organisation.

La difficulté est d’éviter que l’IA n’ajoute une couche supplémentaire de complexité. Le reproche formulé par Tarjei Vassbotn à l’égard des outils fragmentés vaut également pour les assistants IA : si chacun fonctionne dans son propre espace sans accès au contexte utile, l’utilisateur devra une fois encore transférer et reformuler l’information. Le pari de Tana consiste précisément à intégrer ces fonctions dans un environnement commun.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

Avec cette levée de 13,6 millions d’euros, Tana dispose de ressources nouvelles pour développer ses agents IA et son flux de travail piloté par la voix. En 2025, plusieurs éléments permettront d’évaluer la portée de son projet.

D’abord, la simplicité d’usage sera déterminante. La promesse de passer facilement d’une pensée à une information structurée doit être immédiatement perceptible, sans imposer aux utilisateurs de concevoir une architecture complexe avant de pouvoir travailler. Ensuite, la pertinence des agents personnalisables reposera sur leur capacité à traiter le bon contexte et à produire des résultats vérifiables.

Il faudra aussi observer la manière dont Tana transforme sa communauté précoce en usage régulier. Ses chiffres de liste d’attente, de tests et de membres actifs témoignent d’un intérêt réel. Mais dans le marché encombré des outils de productivité, la différence se joue dans le quotidien : moins de temps perdu à organiser le travail, et davantage de temps consacré au travail lui-même.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Tana ?

Tana est une start-up basée à Oslo qui développe un espace de travail conçu autour de l’intelligence artificielle. Sa plateforme combine un graphe de connaissances, des notes structurées sous forme d’objets et des agents IA personnalisables. Son objectif est de mieux relier les informations professionnelles, les actions à suivre et la capture d’idées, notamment par la voix.

Combien Tana a-t-elle levé en février 2025 ?

Le 3 février 2025, Tana a annoncé une levée de fonds de série A de 13,6 millions d’euros. L’opération porte le total des financements attirés par la start-up à 24,3 millions d’euros. Le tour de table a été mené par Tola Capital, avec la participation de Lightspeed Venture Partners, Northzone, Alliance VC et firstminute capital.

Qui sont les investisseurs de Tana ?

Tola Capital a mené la série A annoncée en février 2025. Lightspeed Venture Partners, Northzone, Alliance VC et firstminute capital ont également participé au financement. Tana cite aussi parmi ses investisseurs individuels Lars Rasmussen, cofondateur de Google Maps, ainsi qu’Arash Ferdowsi et Siqi Chen.

Comment fonctionne le flux de travail vocal de Tana ?

Tana veut utiliser la voix comme moyen de capturer une pensée ou une information, puis de la transformer en donnée structurée et exploitable dans son espace de travail. Cette approche s’appuie sur les notes fondées sur des objets, le graphe de connaissances et les agents IA. L’objectif affiché est de réduire les étapes manuelles entre une idée et son organisation.

Combien d’utilisateurs Tana avait-elle avant sa sortie officielle ?

Durant sa phase de secret, Tana indique avoir réuni une liste d’attente de plus de 160 000 utilisateurs, incluant des employés de plus de 80 % des entreprises du Fortune 500. La société précise aussi que plus de 30 000 utilisateurs avaient testé la plateforme et que sa communauté Slack comptait plus de 24 000 membres actifs.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Site officiel de Tanatana.inc