STMicroelectronics prépare une puce photonique pour les data centers d’IA
STMicroelectronics prépare une puce photonique sur silicium destinée aux communications des data centers, développée avec Amazon Web Services. L’industriel vise des débits de 800 Gbps à 1,6 Tbps et prévoit une montée en production à Crolles au second semestre 2025. L’enjeu : faire circuler davantage de données avec une meilleure efficacité énergétique.

Les data centers qui entraînent et font fonctionner les systèmes d’intelligence artificielle ne butent pas seulement sur la puissance de calcul. Ils doivent aussi déplacer des volumes considérables de données entre serveurs, accélérateurs et équipements réseau. C’est sur ce maillon souvent moins visible que STMicroelectronics entend intervenir avec une puce photonique sur silicium, développée en partenariat avec Amazon Web Services, AWS. L’industriel vise des débits de 800 Gbps à 1,6 Tbps et prévoit de lancer la montée en production à Crolles, en France, au second semestre 2025.
L’annonce s’inscrit dans une course industrielle où la vitesse des communications et leur coût énergétique deviennent déterminants. À mesure que les infrastructures dédiées à l’IA grossissent, relier efficacement les composants devient presque aussi important que d’augmenter leur capacité de calcul. La promesse de la photonique sur silicium est de mettre les propriétés de la lumière au service de ces échanges, tout en s’appuyant sur les procédés de fabrication de l’industrie des semi-conducteurs.
Pourquoi les data centers d’IA ont besoin de communications plus rapides
Un data center ne se résume pas à une collection de processeurs. Il rassemble des serveurs, des mémoires, des unités de calcul spécialisées, des commutateurs réseau et des émetteurs-récepteurs qui font circuler les informations. Dans les usages d’intelligence artificielle, ces éléments doivent échanger continuellement des données : jeux de données, paramètres de modèles, résultats de calculs intermédiaires ou requêtes des utilisateurs.
Cette circulation pose deux difficultés étroitement liées. La première est le débit. Lorsque l’interconnexion ne suit pas le rythme des composants de calcul, ceux-ci peuvent attendre les données dont ils ont besoin. La seconde est énergétique. Chaque transfert consomme de l’électricité, non seulement dans les puces mais aussi dans les équipements de communication et les systèmes qui les accompagnent.
STMicroelectronics présente donc sa technologie comme une réponse aux besoins de connectivité des infrastructures de calcul avancées. La cible principale est celle des grands data centers, notamment ceux utilisés pour le cloud et l’IA. Les entreprises dites hyperscale, qui exploitent des infrastructures à très grande échelle, sont particulièrement concernées par cette recherche de bande passante et d’efficacité.
Il faut distinguer deux sujets. Une interconnexion plus performante ne rend pas, à elle seule, un processeur plus rapide dans ses calculs. En revanche, elle peut faciliter et accélérer les échanges entre les éléments qui composent une infrastructure de calcul. Dans des systèmes où de nombreux composants travaillent ensemble, cette capacité d’échange devient un facteur important de performance globale.
Qu’est-ce qu’une puce photonique sur silicium ?
Une puce photonique utilise la lumière pour transmettre ou traiter des signaux, là où les circuits électroniques reposent principalement sur le déplacement d’électrons. Dans les communications de données, cette approche est particulièrement intéressante pour acheminer de très grands volumes d’informations à haute vitesse.
La technologie mise en avant par STMicroelectronics est la photonique sur silicium, souvent désignée par l’abréviation anglaise SiPho, pour silicon photonics. Son principe est d’intégrer des fonctions optiques sur un support en silicium. Le silicium est déjà au cœur de la fabrication des puces électroniques, ce qui fait de cette voie une piste industrielle importante pour rapprocher des technologies optiques et les procédés de production des semi-conducteurs.
L’architecture annoncée associe cette photonique sur silicium à un circuit intégré optique de type BiCMOS. BiCMOS désigne une technologie qui combine des composants bipolaires et CMOS, deux grandes familles employées dans l’électronique. Dans le cas présenté par STMicroelectronics, cette association doit contribuer à optimiser les performances des communications de données.
Dans une infrastructure réelle, électronique et photonique ne s’opposent pas : elles doivent fonctionner ensemble. Les données sont générées et exploitées par des composants électroniques, tandis que les parties optiques permettent de les transporter sous forme de signaux lumineux dans les liaisons concernées. Les émetteurs-récepteurs, qui assurent cette conversion et cette transmission, sont donc des composants essentiels de l’ensemble.
Un développement mené avec Amazon Web Services
La puce photonique est développée en partenariat avec AWS, la filiale d’Amazon spécialisée dans les services d’informatique en nuage. Cette collaboration donne à STMicroelectronics un interlocuteur directement confronté aux contraintes opérationnelles des grands data centers : densité de calcul, besoins de réseau, consommation électrique et déploiement à grande échelle.
L’enjeu n’est pas uniquement de démontrer qu’une liaison optique peut être rapide. Pour intéresser les opérateurs de centres de données, une technologie doit aussi pouvoir être fabriquée de manière fiable, intégrée dans des équipements complexes et déployée selon un coût compatible avec des volumes importants. Le partenariat avec AWS s’inscrit dans cette logique de passage entre innovation technologique et infrastructure de production.
STMicroelectronics avance un objectif de débit compris entre 800 Gbps, soit 800 gigabits par seconde, et 1,6 Tbps, soit 1,6 térabit par seconde. Ces unités mesurent la quantité de données susceptible d’être transmise en une seconde. Un térabit par seconde équivaut à 1 000 gigabits par seconde : le plafond visé représente donc 1 600 Gbps.
Ces chiffres décrivent l’ambition de la plateforme annoncée. Ils ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à comparer toutes les solutions de communication entre elles. Dans un data center, l’intérêt concret d’une interconnexion dépend également de son intégration dans le réseau, de l’énergie consommée, des contraintes de refroidissement, de la fiabilité ou encore de la compatibilité avec les équipements existants.
Les étapes industrielles annoncées à Crolles
STMicroelectronics prévoit de fabriquer ces puces dans son usine de Crolles, en Isère. Le calendrier communiqué place la montée en production au second semestre 2025. Cette échéance compte autant que la performance annoncée : la photonique sur silicium ne peut transformer les infrastructures de données que si elle est disponible à une échelle industrielle.
Le site de Crolles est associé à une unité de production construite par STMicroelectronics et GlobalFoundries. Cette installation vise une capacité annuelle de 620 000 plaques de 300 mm, avec une pleine opérationnalité attendue en 2026. Une plaque, ou wafer, est le disque de silicium sur lequel sont fabriqués de nombreux circuits avant leur découpe en puces individuelles.
| Repère | Élément annoncé | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| 24 février 2025 | Présentation du projet de puce photonique | STMicroelectronics cible les communications des data centers et les applications d’IA. |
| Second semestre 2025 | Montée en production prévue à Crolles | L’entreprise prévoit d’engager la fabrication à plus grande échelle. |
| 2026 | Pleine opérationnalité visée pour l’unité | La capacité annuelle annoncée atteint 620 000 plaques de 300 mm. |
| 800 Gbps à 1,6 Tbps | Plage de débits visée | La technologie ambitionne de répondre aux besoins de connectivité à très haut débit. |
La capacité indiquée concerne des plaques de 300 mm, un format courant dans les usines modernes de semi-conducteurs. Elle ne correspond pas directement à un nombre de puces photoniques commercialisées : le rendement de fabrication, la taille des circuits et l’organisation de la production déterminent ensuite le volume final de composants disponibles.
Ce que la technologie promet, et ce qui reste à préciser
La communication de STMicroelectronics met en avant deux axes : augmenter les débits et améliorer l’efficacité énergétique des émetteurs-récepteurs qui équipent les infrastructures de données. Dans le contexte de l’IA, ces deux dimensions sont indissociables. Multiplier les capacités de calcul sans optimiser les communications peut déplacer le problème vers le réseau et l’alimentation électrique.
La baisse de consommation évoquée est importante, mais elle n’est pas chiffrée dans les informations disponibles. Il serait donc prématuré d’en déduire une réduction précise de la facture énergétique d’un data center, ou de l’empreinte énergétique d’un entraînement de modèle. Les gains réels dépendront de la manière dont les composants seront intégrés aux systèmes des opérateurs.
Puce photonique de STMicroelectronics : promesses et informations encore attendues
Ce que STMicroelectronics vise
- Des interconnexions pour les data centers et les infrastructures d’intelligence artificielle.
- Des débits compris entre 800 Gbps et 1,6 Tbps.
- Une photonique sur silicium associée à un circuit intégré optique de type BiCMOS.
- Une meilleure efficacité énergétique des émetteurs-récepteurs.
- Une montée en production à Crolles au second semestre 2025.
Ce qui reste à établir
- Le gain énergétique chiffré par rapport aux solutions existantes.
- Les caractéristiques détaillées de latence, de portée et de fiabilité.
- Les conditions exactes de disponibilité commerciale pour les clients.
- Le nombre de puces effectivement produit à partir des plaques de 300 mm.
- Les déploiements concrets dans les infrastructures de cloud et d’IA.
Une réponse aux besoins de l’intelligence artificielle
L’essor de l’IA générative a mis en évidence la nécessité de relier rapidement de très grandes quantités de ressources informatiques. En phase d’entraînement, un modèle mobilise généralement de nombreux composants de calcul qui doivent échanger des données. En phase d’utilisation, les systèmes doivent traiter les demandes en gardant une latence compatible avec le service attendu.
La technologie de STMicroelectronics se situe au niveau de cette infrastructure de communication. Elle pourrait notamment intéresser les environnements où les échanges internes au data center deviennent un point de tension. Les applications de cloud computing et les grands systèmes d’IA font naturellement partie des marchés visés par le groupe.
La publication d’origine évoque également les systèmes de calcul neuromorphique. Cette expression désigne des architectures de calcul inspirées, dans leur organisation, de certains principes du cerveau et des réseaux de neurones. Ces systèmes constituent un domaine distinct des data centers conventionnels, mais partagent une préoccupation essentielle : organiser efficacement la circulation de l’information entre composants. La photonique peut être étudiée dans ce contexte pour ses propriétés de transmission rapide, sans que cela signifie que la puce annoncée soit réservée à cet unique usage.
Pourquoi la fabrication française est stratégique
L’implantation à Crolles apporte une dimension industrielle française à cette annonce. La conception d’une puce est une étape décisive, mais sa fabrication à haut volume constitue un autre défi. Les technologies photoniques doivent tenir compte des exigences de précision propres aux composants optiques tout en restant compatibles avec une production de semi-conducteurs à grande échelle.
Pour STMicroelectronics, la mise à contribution de son outil de production permet d’inscrire cette innovation dans une stratégie plus large autour des composants destinés aux marchés en croissance. Pour les clients potentiels, une production localisée dans une usine disposant d’une capacité importante peut aussi compter dans l’évaluation de la résilience de la chaîne d’approvisionnement.
Il ne faut pas pour autant confondre capacité du site et approvisionnement immédiat du marché. La montée en production annoncée pour la seconde moitié de 2025 constitue une phase industrielle. La pleine opérationnalité de l’unité est, elle, attendue en 2026. Ces deux jalons montrent que le calendrier de déploiement se joue sur plusieurs années.
Ce qu’il faut surveiller
Les prochains mois devront confirmer plusieurs éléments déterminants. Le premier est la concrétisation de la montée en production au second semestre 2025. Le deuxième concerne les spécifications détaillées des produits issus de cette technologie : consommation effective, conditions d’intégration, fiabilité et cas d’usage précis dans les réseaux de data centers.
Il faudra également observer la manière dont AWS et d’éventuels autres clients intégreront ces composants à leurs infrastructures. Un partenariat avec un grand fournisseur de cloud est un signal important, mais l’adoption à grande échelle dépendra de l’équilibre entre performances, coût de déploiement et bénéfice énergétique mesuré en conditions réelles.
L’annonce de STMicroelectronics illustre surtout une évolution de fond : l’IA ne repose pas uniquement sur des modèles et des processeurs toujours plus puissants. Elle dépend aussi d’infrastructures capables de faire circuler l’information avec suffisamment de vitesse et avec une consommation maîtrisée. En visant la photonique sur silicium et une production à Crolles, le groupe français cherche à se positionner sur cette couche essentielle, mais souvent discrète, de l’économie de l’IA.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une puce photonique sur silicium ?
Une puce photonique sur silicium est un composant qui exploite des signaux lumineux pour transmettre des données et intègre des fonctions optiques sur un support en silicium. Dans les data centers, elle peut être utilisée dans les liaisons de communication à très haut débit. Elle ne remplace pas les processeurs, mais facilite les échanges entre les équipements.
Quels débits vise la puce photonique de STMicroelectronics ?
STMicroelectronics annonce viser des débits allant de 800 Gbps à 1,6 Tbps. Cela représente une plage comprise entre 800 et 1 600 gigabits de données par seconde. Ces chiffres concernent la capacité de transmission visée pour les communications de data centers, et non la vitesse de calcul d’un processeur d’intelligence artificielle.
Quand la puce photonique de STMicroelectronics doit-elle être produite ?
La montée en production est programmée pour le second semestre 2025 dans l’usine STMicroelectronics de Crolles, en Isère. La pleine opérationnalité de l’unité de production est attendue en 2026. Le calendrier communiqué ne précise pas de date distincte de disponibilité commerciale pour tous les clients potentiels.
Quel est le rôle d’AWS dans le projet de STMicroelectronics ?
Amazon Web Services est le partenaire de STMicroelectronics dans le développement de cette technologie. AWS exploite des services de cloud computing et des infrastructures de données à très grande échelle. Cette collaboration vise à adapter la puce photonique aux besoins concrets de connectivité, de débit et d’efficacité énergétique des data centers.
La puce photonique réduira-t-elle la consommation des data centers ?
STMicroelectronics présente l’amélioration de l’efficacité énergétique des émetteurs-récepteurs comme l’un des objectifs de la technologie. Toutefois, aucun pourcentage de réduction de consommation n’a été communiqué. L’effet réel sur un data center dépendra de l’intégration de la puce, du réseau concerné et des autres équipements de l’infrastructure.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- STMicroelectronics, salle de presse et annonces technologiquesnewsroom.st.com
- Amazon Web Services, présentation des services cloud et infrastructures AWSaws.amazon.com
- GlobalFoundries, actualités et informations industriellesgf.com/news



