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Microsoft recrute 24 anciens de DeepMind pour accélérer son IA grand public

Microsoft muscle sa division d’intelligence artificielle avec 24 recrues venues de DeepMind. Parmi elles, Amar Subramanya, ancien responsable de l’ingénierie de Google Gemini, devient vice-président de l’IA. Une offensive qui illustre la compétition féroce entre géants technologiques pour les spécialistes capables de transformer les assistants IA grand public.

Des ingénieurs en intelligence artificielle rejoignent une équipe travaillant sur des assistants numériques.
Illustration : Actu.ai

Microsoft ne se contente plus d’investir dans l’intelligence artificielle ou de la déployer dans ses logiciels : le groupe recrute massivement les personnes qui la conçoivent. L’entreprise américaine a intégré 24 experts issus de DeepMind, le laboratoire d’IA de Google, dans une opération destinée à renforcer ses ambitions auprès du grand public. La nomination d’Amar Subramanya au poste de vice-président de l’IA en est le signal le plus visible.

Ce mouvement dépasse le seul changement de poste de quelques ingénieurs. Il révèle la stratégie de Microsoft pour ses produits comme Copilot et Bing, dans un secteur où la qualité d’un modèle compte, mais où l’expérience des équipes capables de le transformer en produit utilisable compte tout autant. À la tête de cette offensive, Mustafa Suleyman, lui-même cofondateur de DeepMind, s’appuie sur un réseau et une connaissance intime de l’écosystème de l’IA.

Microsoft recrute 24 spécialistes de DeepMind

Microsoft a recruté 24 profils venant de DeepMind, l’entité d’intelligence artificielle de Google. L’objectif affiché est de consolider la branche consacrée à l’IA pour les consommateurs, c’est-à-dire les services directement utilisés par le public plutôt que les seules offres techniques à destination des entreprises.

Dans cette organisation, les ingénieurs, chercheurs, responsables produit et managers ont un rôle complémentaire. Les chercheurs améliorent les méthodes et les capacités des systèmes. Les ingénieurs les rendent suffisamment fiables, rapides et abordables pour être utilisées à grande échelle. Les responsables produit déterminent enfin comment intégrer ces capacités dans des interfaces compréhensibles, par exemple un assistant conversationnel ou un moteur de recherche.

Le recrutement collectif de spécialistes déjà habitués à travailler ensemble peut donc représenter un avantage considérable. L’IA moderne ne repose pas uniquement sur une idée brillante ou un seul modèle de langage : elle demande des compétences très diverses, depuis l’entraînement de modèles jusqu’à leur évaluation, leur sécurité et leur déploiement dans des produits consultés chaque jour par des millions de personnes.

ÉlémentCe que l’on sait au 23 juillet 2025
Recrues annoncées24 experts issus de DeepMind
Nomination principaleAmar Subramanya, vice-président de l’IA chez Microsoft
Direction de l’IA grand publicMustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind
Produits concernésNotamment Copilot et Bing
Contexte socialEnviron 9 000 suppressions de postes, soit près de 4 % des effectifs mondiaux

Qui est Amar Subramanya, le nouveau vice-président de l’IA ?

La recrue la plus en vue est Amar Subramanya. Après avoir passé 16 ans chez Google, il rejoint Microsoft comme vice-président de l’IA. Il était auparavant responsable de l’ingénierie de Google Gemini, la famille de modèles et d’assistants IA développée par Google.

Un tel parcours est particulièrement recherché dans une industrie où la mise sur le marché est devenue aussi décisive que la recherche fondamentale. Construire un grand modèle de langage est une première étape. Le faire fonctionner dans un produit public, avec des réponses rapides, des coûts maîtrisés, des mécanismes de sûreté et une intégration cohérente dans des services existants, en est une autre.

Sur LinkedIn, Amar Subramanya a fait part de son enthousiasme pour sa nouvelle fonction. Il a décrit la culture de Microsoft comme « rafraîchissante » et « ambitieuse ». Il a également souligné une organisation qu’il perçoit comme peu guidée par les ego et marquée par un esprit proche de celui d’une startup.

Son périmètre doit contribuer aux produits d’IA de Microsoft, dont Copilot et Bing. Copilot est le nom donné par Microsoft à plusieurs assistants intégrés dans ses services et logiciels. Bing, son moteur de recherche, constitue de son côté un terrain stratégique pour diffuser des fonctions de recherche et de réponse assistées par IA auprès du grand public.

D’autres profils expérimentés rejoignent Microsoft

Le mouvement ne repose pas sur Amar Subramanya seul. Parmi les autres recrues citées figurent :

  • Sonal Gupta, qui prend un rôle de responsable de l’ingénierie ;
  • Adam Sadovsky, ancien senior engineer chez Google, désormais vice-président chez Microsoft après près de 18 ans au sein de Google ;
  • Tim Frank, gestionnaire de produit.

Cette diversité de fonctions donne une indication sur l’ambition du groupe. Microsoft ne cherche pas uniquement des chercheurs de premier plan : l’entreprise recrute aussi des personnes qui savent organiser des équipes techniques et concevoir des produits. Dans l’IA grand public, un modèle performant ne suffit pas si son usage reste confus, lent ou insuffisamment fiable.

Mustafa Suleyman bâtit son organisation autour de l’IA grand public

Ces arrivées s’inscrivent dans la stratégie pilotée par Mustafa Suleyman. Cofondateur de DeepMind, il est devenu responsable de l’IA destinée aux consommateurs chez Microsoft. Son parcours relie directement plusieurs moments clés de l’histoire récente de l’IA : DeepMind, son intégration à l’écosystème de Google, puis Inflection AI, la startup qu’il a cofondée après son départ.

Mustafa Suleyman a rejoint Microsoft en 2024, dans le contexte de l’accord conclu avec Inflection pour 650 millions de dollars. Microsoft a alors récupéré une licence pour la technologie d’Inflection et intégré plusieurs de ses collaborateurs, dont Suleyman. L’opération a permis au groupe d’accélérer la constitution de sa nouvelle organisation Microsoft AI.

Le recrutement d’anciens collègues de DeepMind prolonge cette logique. Lorsqu’un dirigeant a participé à la création d’un laboratoire aussi influent, il dispose d’une connaissance précise des expertises rares et des personnes habituées à mener des projets complexes. Cette proximité peut faciliter la formation d’équipes cohérentes, même si chaque recrutement reste individuel.

Deux logiques qui coexistent chez Microsoft

Investir dans l’IA

  • Recrutement de 24 spécialistes issus de DeepMind
  • Nomination d’Amar Subramanya à la vice-présidence de l’IA
  • Renforcement de Copilot et de Bing
  • Organisation pilotée par Mustafa Suleyman
  • Développement d’outils ambitieux comme MAI-DxO

Rationaliser les effectifs

  • Environ 9 000 postes supprimés
  • Près de 4 % de la main-d’œuvre mondiale concernée
  • Recherche de maîtrise des coûts
  • Priorisation des métiers jugés stratégiques
  • Tension entre transformation technologique et emploi

Pourquoi les spécialistes de l’IA sont-ils autant courtisés ?

La bataille pour les talents ne concerne pas Microsoft uniquement. Google, OpenAI, Meta et d’autres groupes technologiques cherchent tous à renforcer leurs équipes dans une période où les progrès des modèles d’IA se succèdent rapidement. Les profils capables de diriger l’entraînement de modèles, l’ingénierie de plateformes ou la recherche appliquée sont rares, alors même que les budgets consacrés à l’IA augmentent fortement.

Cette compétition prend parfois des dimensions spectaculaires. Sam Altman, le dirigeant d’OpenAI, a récemment évoqué des offres de 100 millions de dollars en primes à la signature proposées par Meta. Ces montants, lorsqu’ils sont associés à des rémunérations en actions, traduisent la valeur attribuée à une poignée de spécialistes capables d’influencer la trajectoire d’un laboratoire ou d’un produit majeur.

La logique économique est simple, même si les chiffres donnent le vertige. Une amélioration technique peut rendre un assistant plus utile, réduire ses coûts de fonctionnement, accélérer sa réponse ou créer une fonction qui attire de nouveaux utilisateurs. À l’échelle de services comme les moteurs de recherche, les suites bureautiques et les plateformes cloud, l’enjeu se chiffre potentiellement en milliards de dollars.

Copilot et Bing, les vitrines de la stratégie de Microsoft

Pour Microsoft, l’enjeu est de convertir l’avance technologique et les recrutements en outils concrets. Copilot est devenu la bannière centrale de cette stratégie. Le nom désigne des assistants capables notamment de répondre à des questions, de résumer des contenus, de rédiger ou d’aider dans certains logiciels. Leur intérêt dépend autant de leur capacité à comprendre une demande que de leur intégration dans les usages existants.

Bing reste lui aussi un produit central. Le moteur de recherche a servi de vitrine précoce aux réponses générées par IA. Cette évolution pose toutefois un défi : une réponse synthétique doit rester utile sans masquer l’incertitude, ni faire disparaître la nécessité de vérifier les informations importantes. Les équipes chargées du produit, de l’ingénierie et de la sûreté ont donc un rôle déterminant.

Microsoft bénéficie aussi de son partenariat étroit avec OpenAI, dont les technologies ont alimenté plusieurs de ses offres. Mais l’entreprise poursuit parallèlement une organisation interne dédiée à l’IA grand public. Le recrutement d’anciens de DeepMind montre sa volonté de disposer de capacités propres pour imaginer, développer et faire évoluer ses produits, dans un marché où les alliances n’effacent pas la concurrence.

L’IA médicale, une autre démonstration des ambitions de Microsoft

Sous la direction de Mustafa Suleyman, Microsoft a également présenté MAI Diagnostic Orchestrator, ou MAI-DxO, un outil de diagnostic reposant sur l’IA. Le système analyse des symptômes et propose des diagnostics en s’appuyant sur des modèles avancés, dont ChatGPT, Claude et Gemini.

Microsoft affirme que son système est quatre fois plus précis que des médecins humains dans le cadre de l’évaluation mise en avant par l’entreprise. Cette annonce illustre l’ambition de Microsoft de se positionner au-delà des assistants de bureautique ou de recherche, y compris dans des domaines où l’IA pourrait contribuer à l’analyse de situations complexes.

Il faut néanmoins distinguer une démonstration technique d’un usage clinique généralisé. En médecine, un système de diagnostic doit être évalué dans des conditions représentatives, s’intégrer aux pratiques des soignants et respecter des exigences strictes de sécurité, de responsabilité et de protection des données. Un outil de ce type peut assister une décision, mais ne remplace pas automatiquement le jugement médical.

Des recrutements ciblés malgré 9 000 suppressions de postes

L’annonce intervient dans un contexte social contrasté. Microsoft a supprimé environ 9 000 postes, soit près de 4 % de sa main-d’œuvre mondiale. Cette réduction d’effectifs soulève une question sensible : comment une entreprise peut-elle réduire ses équipes tout en recrutant dans l’IA ?

Ces deux mouvements répondent à des logiques différentes, mais coexistent souvent dans les grands groupes technologiques. D’un côté, l’entreprise cherche à rationaliser certaines activités et à maîtriser ses coûts. De l’autre, elle considère certains métiers comme stratégiques et continue d’y investir. Les spécialistes de l’IA font clairement partie de cette seconde catégorie.

Pour les salariés comme pour les observateurs, cette situation rappelle que l’IA ne se résume pas à une promesse de productivité. Elle transforme aussi les priorités d’investissement et la répartition des compétences recherchées. Recruter 24 experts très spécialisés ne compense ni quantitativement ni humainement des milliers de suppressions de postes, mais cela indique où Microsoft anticipe la prochaine phase de compétition.

Ce qu’il faut surveiller après ces recrutements

La première question sera celle de la vitesse d’exécution. Microsoft devra montrer comment cette nouvelle équipe améliore concrètement Copilot, Bing et les futurs produits de sa division IA. Les utilisateurs ne jugeront pas une stratégie sur le seul prestige des recrutements, mais sur la qualité des réponses, la fiabilité des outils et leur capacité à résoudre des problèmes réels.

La deuxième concerne la concurrence avec Google. Microsoft accueille des experts formés dans l’environnement de DeepMind et de Gemini, tandis que Google conserve DeepMind sous la direction de Demis Hassabis. Les deux groupes se retrouvent ainsi face à face dans une course qui mêle modèles, infrastructure informatique, distribution auprès du public et capacité à retenir les meilleurs profils.

Enfin, le développement de systèmes comme MAI-DxO rappellera l’importance de l’évaluation. Plus l’IA se rapproche de domaines sensibles, plus les annonces de performances devront être examinées à l’aune de tests robustes, transparents et adaptés aux situations réelles. Microsoft dispose désormais d’une équipe renforcée. Il lui reste à démontrer que cette concentration de talents se traduit par des produits à la fois ambitieux, utiles et dignes de confiance.

Questions fréquentes

Pourquoi Microsoft recrute-t-il 24 anciens de DeepMind ?

Microsoft cherche à renforcer sa division d’IA destinée au grand public, notamment autour de Copilot et Bing. Les anciens de DeepMind réunissent des compétences rares en recherche, ingénierie et développement de produits. Recruter une équipe expérimentée permet au groupe d’accélérer ses projets dans un secteur où les meilleurs spécialistes sont très disputés.

Quel est le rôle d’Amar Subramanya chez Microsoft ?

Amar Subramanya est nommé vice-président de l’IA chez Microsoft. Après 16 ans chez Google, où il a notamment dirigé l’ingénierie de Google Gemini, il doit contribuer au développement des produits d’intelligence artificielle de Microsoft. Son expérience porte à la fois sur les modèles avancés et leur transformation en services accessibles aux utilisateurs.

Mustafa Suleyman travaillait-il déjà chez Microsoft ?

Oui. Mustafa Suleyman a rejoint Microsoft en 2024 dans le contexte de l’accord de 650 millions de dollars conclu avec Inflection, la startup qu’il avait cofondée. Cofondateur de DeepMind, il est désormais chargé de l’IA grand public chez Microsoft et pilote l’organisation qui accueille notamment les nouvelles recrues issues de DeepMind.

Microsoft a-t-il licencié des employés tout en recrutant dans l’IA ?

Oui. Microsoft a supprimé environ 9 000 postes, soit près de 4 % de ses effectifs mondiaux, tout en poursuivant des recrutements ciblés dans l’intelligence artificielle. Cette coexistence reflète une stratégie de priorisation : réduire les coûts ou réorganiser certaines activités, tout en investissant dans les compétences considérées comme décisives pour l’avenir du groupe.

Qu’est-ce que MAI Diagnostic Orchestrator de Microsoft ?

MAI Diagnostic Orchestrator, ou MAI-DxO, est un système présenté par Microsoft pour analyser des symptômes et suggérer des diagnostics à l’aide de plusieurs modèles d’IA avancés, dont ChatGPT, Claude et Gemini. Microsoft affirme qu’il est quatre fois plus précis que des médecins humains dans son évaluation, mais son usage médical réel nécessite des validations rigoureuses.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Microsoft, annonce de la création de l’organisation Microsoft AI dirigée par Mustafa Suleyman, mars 2024blogs.microsoft.com
  2. Microsoft AI, présentation des travaux et produits d’intelligence artificielle du groupemicrosoft.ai
  3. Microsoft Research, publications et recherches du groupe, dont les travaux en IA appliquée à la santéwww.microsoft.com/en-us/research
  4. Financial Times, couverture des entreprises technologiques et de la compétition pour les talents en IAwww.ft.com/technology
  5. LinkedIn, plateforme où Amar Subramanya a annoncé son arrivée chez Microsoftwww.linkedin.com