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Meta : les profits financent le pari de Mark Zuckerberg sur la superintelligence

Les résultats de Meta donnent à Mark Zuckerberg une marge financière rare pour accélérer dans l’intelligence artificielle. Avec près de 70 milliards de dollars de dépenses d’investissement prévues en 2025, le groupe place la superintelligence au centre de sa stratégie, après des années dominées par le métavers.

Des ingénieurs dans un centre de données illustrant les investissements massifs de Meta dans l’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

Les milliards dégagés par Meta ne restent pas longtemps dans les caisses du groupe. Le 30 juillet 2025, à l’occasion de ses résultats trimestriels, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp a confirmé une trajectoire très rentable et une ambition hors norme : consacrer une part grandissante de sa puissance financière à l’intelligence artificielle, jusqu’à la recherche d’une « superintelligence ».

Pour Mark Zuckerberg, le sujet ne se limite plus à ajouter quelques fonctions génératives à des applications déjà très fréquentées. Meta entend bâtir les modèles, les centres de données et les équipes de recherche capables de peser dans la prochaine étape de l’IA. Cette stratégie est coûteuse, incertaine et très concurrentielle. Mais les résultats publiés à l’été 2025 expliquent pourquoi le groupe peut se permettre de viser aussi haut.

Des résultats qui donnent à Meta une capacité d’investissement exceptionnelle

Meta a réalisé 47,52 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre 2025, en hausse de 22 % sur un an, pour un bénéfice net de 18,34 milliards de dollars. Ces chiffres trimestriels prolongent une série de résultats très solides, portée en particulier par la publicité vendue sur ses plateformes.

En additionnant les quatre derniers trimestres publiés, le groupe atteint près de 179 milliards de dollars de revenus et 71,5 milliards de dollars de bénéfice net. Il faut distinguer ce total annuel glissant des seuls comptes du deuxième trimestre : le premier donne une idée de la capacité financière accumulée par l’entreprise, le second mesure sa performance sur trois mois.

IndicateurDeuxième trimestre 2025Total des quatre derniers trimestres
Chiffre d’affaires47,52 milliards de dollarsPrès de 179 milliards de dollars
Bénéfice net18,34 milliards de dollars71,5 milliards de dollars
Évolution annuelle du chiffre d’affaires trimestriel+22 %Non applicable
Dépenses d’investissement prévues en 2025Entre 66 et 72 milliards de dollarsNon applicable

Cette rentabilité revêt une importance particulière dans la course à l’IA. Entraîner et exploiter les grands modèles nécessite des processeurs très performants, des infrastructures réseau, des centres de données et une électricité abondante. Ces dépenses se chiffrent rapidement en milliards de dollars, avant même qu’un nouveau produit ne trouve son public ou ne génère des revenus.

Près de 70 milliards de dollars pour quoi faire ?

Meta prévoit désormais des dépenses d’investissement comprises entre 66 et 72 milliards de dollars en 2025, soit une enveloppe centrée autour de 70 milliards. L’essentiel de cet effort est lié aux ambitions du groupe dans l’intelligence artificielle et aux infrastructures nécessaires pour les soutenir.

Le terme « dépenses d’investissement » ne signifie pas que chaque dollar est versé à un laboratoire de recherche ou consacré à un seul modèle. Il recouvre notamment l’achat de matériel informatique, la construction ou l’extension de centres de données et les équipements permettant de faire fonctionner des systèmes d’IA à grande échelle. Une telle infrastructure sert à la fois à entraîner des modèles, à répondre aux requêtes des utilisateurs et à améliorer les algorithmes déjà présents dans les applications du groupe.

Cette distinction est importante. Une démonstration impressionnante d’IA peut être mise au point par une petite équipe. En revanche, déployer une assistance conversationnelle, de la génération de contenus ou une recommandation personnalisée auprès de centaines de millions, voire de milliards de personnes, suppose une infrastructure industrielle. C’est précisément là que les groupes les plus profitables disposent d’un avantage.

Meta cherche ainsi à renforcer plusieurs briques complémentaires :

  • des modèles d’IA capables de comprendre et produire du texte, des images ou d’autres contenus ;
  • des capacités de calcul pour les entraîner et les faire fonctionner à grande échelle ;
  • des produits intégrés à Facebook, Instagram, WhatsApp et aux outils destinés aux créateurs ou aux annonceurs ;
  • des équipes de recherche et d’ingénierie capables de faire progresser ces systèmes.

Le groupe développe notamment la famille de modèles Llama, diffusée selon une approche plus ouverte que les systèmes entièrement fermés de plusieurs concurrents. Cette ouverture peut favoriser les expérimentations externes et l’adoption par les développeurs, mais elle n’efface pas le coût considérable des infrastructures détenues et exploitées par Meta.

Que recouvre l’ambition de « superintelligence » ?

Le mot est frappant, mais son sens doit être précisé. Il n’existe pas de définition scientifique unique et consensuelle de la superintelligence. Dans le débat technologique, l’expression désigne généralement une IA qui dépasserait largement les capacités humaines dans une très grande variété de tâches intellectuelles, et pas seulement dans une activité précise comme la traduction ou le classement d’images.

En juillet 2025, cette perspective reste un objectif de recherche et de stratégie, non un produit disponible pour le grand public. Les assistants actuels peuvent rédiger, résumer, dialoguer, programmer ou générer des images. Ils restent toutefois sujets à des erreurs, peuvent produire des informations inexactes et ne possèdent pas une compréhension générale du monde comparable à celle d’un humain.

La priorité affichée par Mark Zuckerberg traduit donc une volonté de se placer à l’avant-garde de cette recherche, même si personne ne peut garantir à quelle date, ni même sous quelle forme, une superintelligence pourrait émerger. Pour Meta, parler de superintelligence sert aussi à attirer les spécialistes les plus recherchés et à montrer aux marchés que le groupe ne veut pas se contenter de suivre les avancées d’OpenAI, Google ou Anthropic.

Du métavers à l’IA, un changement de priorité plus qu’un simple effet de mode

Cette séquence marque un contraste net avec les années où Meta faisait du métavers l’axe central de son récit stratégique. Le groupe a beaucoup investi dans Reality Labs, sa division dédiée notamment à la réalité virtuelle et augmentée. Or cette vision d’univers numériques immersifs n’a pas encore produit les effets économiques espérés à grande échelle.

Au deuxième trimestre 2025, Reality Labs a encore enregistré une perte opérationnelle de 4,53 milliards de dollars. Les investissements dans le matériel et les expériences immersives ne disparaissent donc pas du jour au lendemain, mais l’intelligence artificielle concentre désormais beaucoup plus clairement l’attention de la direction, des investisseurs et des équipes de produits.

Ce redéploiement répond aussi à une question très concrète : le temps passé par les utilisateurs sur les plateformes. TikTok a bouleversé les réseaux sociaux en mettant au centre un flux de vidéos courtes alimenté par un puissant système de recommandation. Meta cherche depuis plusieurs années à améliorer ses propres recommandations, en particulier sur Instagram et Facebook, afin de proposer des contenus susceptibles de retenir l’attention sans dépendre uniquement des abonnements directs.

L’IA peut intervenir à plusieurs niveaux : compréhension d’une vidéo, sélection de contenus dans un fil, outils de création pour les utilisateurs, assistance aux annonceurs ou lutte contre certains contenus indésirables. L’enjeu n’est donc pas seulement futuriste. Pour Meta, les progrès de l’IA sont aussi censés renforcer son activité publicitaire actuelle, qui finance le reste de ses projets.

Le virage stratégique de Meta en deux temps

Le pari du métavers

  • Investissements concentrés sur la réalité virtuelle et les univers immersifs.
  • Activité portée notamment par la division Reality Labs.
  • Adoption grand public et retombées économiques encore limitées.
  • Perte opérationnelle de 4,53 milliards de dollars pour Reality Labs au deuxième trimestre 2025.

Le pari de l’IA

  • Dépenses d’investissement de 66 à 72 milliards de dollars prévues en 2025.
  • Priorité aux modèles, aux puces et aux centres de données.
  • Applications possibles dans les recommandations, la création et la publicité.
  • Objectif affiché : participer à la recherche vers la superintelligence.

Pourquoi les investisseurs ont salué les résultats

La réaction boursière a été immédiate. Après la publication des comptes, l’action Meta a progressé de plus de 11 % dans les échanges hors séance. Cette hausse reflète la confiance des investisseurs dans deux éléments associés : la solidité du moteur publicitaire de Meta et sa capacité à financer une ambitieuse feuille de route dans l’IA.

Le contraste est saisissant avec l’automne 2022. À cette période, l’action du groupe était valorisée environ neuf fois moins qu’à l’été 2025. Les marchés s’inquiétaient alors du ralentissement de la publicité, des dépenses liées au métavers et d’une concurrence accrue pour capter l’attention des internautes. Depuis, l’amélioration des revenus publicitaires et la discipline affichée sur les coûts ont profondément changé la perception du groupe.

La Bourse ne valide pas pour autant l’existence d’une superintelligence. Elle valorise davantage une promesse : Meta possède les revenus, les utilisateurs, les données d’usage de ses services, les ingénieurs et la puissance de calcul nécessaires pour demeurer dans le groupe de tête de l’IA. Cette promesse devra encore se traduire par des produits utiles et des résultats durables.

La bataille des talents et des infrastructures s’intensifie

Les modèles les plus avancés ne se construisent pas uniquement avec des serveurs. Ils dépendent aussi d’un nombre limité de chercheurs, d’ingénieurs et de responsables techniques capables de travailler sur l’entraînement, l’architecture des modèles, l’évaluation de leurs capacités et leur déploiement.

Meta a fait de l’attraction de ces profils une priorité. La création de Meta Superintelligence Labs, annoncée en juin 2025, illustre cette accélération. Dans un marché où les équipes de recherche les plus expérimentées sont particulièrement courtisées, les moyens financiers disponibles peuvent faciliter le recrutement et la constitution de petits groupes de travail très spécialisés.

Mais le recrutement est loin d’être le seul facteur de réussite. Les entreprises doivent aussi disposer de données adaptées, de puces en quantité suffisante, d’un réseau informatique efficace et de méthodes solides pour évaluer leurs modèles. Elles doivent surtout trouver la bonne articulation entre recherche fondamentale et produits. Une équipe brillante ne garantit pas, à elle seule, qu’un modèle sera fiable, rentable ou largement adopté.

La compétition se joue donc sur quatre fronts à la fois : les personnes, le calcul, les modèles et la distribution. Sur ce dernier point, Meta bénéficie d’un atout évident avec Facebook, Instagram et WhatsApp. Toute nouvelle fonction d’IA intégrée avec succès à ces services pourrait atteindre une audience massive.

Les questions de droits d’auteur, de vie privée et de contrôle

L’accélération des investissements ne règle pas les débats soulevés par l’IA générative. Au contraire, l’augmentation de la puissance de calcul et des usages donne davantage d’importance aux questions de droits d’auteur, de données personnelles et de responsabilité.

Pour entraîner des modèles, les entreprises utilisent de grandes quantités de textes, d’images, de sons ou de vidéos. Les créateurs, éditeurs et ayants droit demandent dans de nombreux pays plus de transparence sur l’origine de ces données, ainsi que des mécanismes de rémunération ou d’autorisation lorsque leurs œuvres sont exploitées. Ces discussions concernent l’ensemble du secteur, dont Meta.

La vie privée constitue un autre enjeu majeur. Les services de Meta reposent sur des interactions, des messages et des contenus publiés par leurs utilisateurs. L’intégration de nouvelles fonctions d’IA doit donc s’accompagner de règles claires sur les informations utilisées, leur conservation et les possibilités de contrôle laissées aux personnes concernées.

Enfin, une IA plus capable exige des garde-fous plus robustes. Modération, prévention des usages malveillants, fiabilité des réponses et transparence sur les limites des systèmes seront aussi déterminantes que les performances brutes. La promesse de systèmes toujours plus puissants sera jugée autant sur leur utilité que sur leur capacité à ne pas causer de préjudices.

Ce qu’il faut surveiller après ce pari à plusieurs milliards

Les prochains résultats de Meta permettront d’observer si la croissance de la publicité reste suffisamment solide pour soutenir ce rythme d’investissement. Les dépenses de 2025, estimées entre 66 et 72 milliards de dollars, placent la barre très haut : les marchés voudront progressivement voir comment cette infrastructure améliore les produits, l’engagement des utilisateurs et, à terme, les revenus.

Il faudra aussi suivre les avancées concrètes de Meta Superintelligence Labs et de la famille Llama. L’objectif de superintelligence demeure lointain et incertain, mais les résultats intermédiaires compteront beaucoup : qualité des assistants, capacités des modèles, outils pour les créateurs et les entreprises, ou efficacité des recommandations sur les plateformes.

Enfin, le pari de Mark Zuckerberg pourrait remodeler la hiérarchie du secteur. Meta n’est plus seulement une entreprise de réseaux sociaux qui expérimente l’IA. Ses profits lui donnent les moyens de financer une course technologique de premier plan. Reste à savoir si cette puissance financière suffira à transformer une ambition de recherche en services réellement utiles, sûrs et acceptés par les utilisateurs.

Questions fréquentes

Combien Meta prévoit-il d’investir dans l’intelligence artificielle en 2025 ?

Meta prévoit entre 66 et 72 milliards de dollars de dépenses d’investissement en 2025, soit une enveloppe proche de 70 milliards. Ce montant ne correspond pas exclusivement à la recherche sur les modèles : il finance aussi les centres de données, les puces, les réseaux et les équipements nécessaires au déploiement de l’IA à grande échelle.

Quel bénéfice Meta a-t-il réalisé avec Facebook, Instagram et WhatsApp ?

Au deuxième trimestre 2025, Meta a dégagé un bénéfice net de 18,34 milliards de dollars pour 47,52 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Sur les quatre derniers trimestres publiés, le groupe totalise environ 179 milliards de dollars de revenus et 71,5 milliards de dollars de bénéfice net.

Qu’est-ce que la superintelligence voulue par Mark Zuckerberg ?

La superintelligence désigne l’idée d’une IA qui surpasserait très largement les humains dans la plupart des tâches intellectuelles. En juillet 2025, il s’agit d’un objectif de recherche, et non d’un produit commercialisé. Les assistants actuels sont déjà capables de nombreuses tâches, mais restent faillibles et limités.

Pourquoi Meta délaisse-t-il le métavers au profit de l’IA ?

Meta n’abandonne pas nécessairement la réalité virtuelle, mais l’intelligence artificielle est devenue sa priorité stratégique. Le groupe cherche à améliorer ses recommandations de contenus, ses outils publicitaires et ses assistants, tout en restant compétitif face à TikTok et aux autres entreprises engagées dans la course aux modèles d’IA.

Quels risques posent les investissements de Meta dans l’IA ?

Les principaux sujets concernent le droit d’auteur, les données utilisées pour entraîner les modèles, la vie privée des utilisateurs et la fiabilité des réponses produites. Des systèmes plus puissants peuvent être utiles, mais ils exigent aussi des règles de contrôle, de transparence et de sécurité adaptées à leurs capacités et à leur diffusion massive.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Meta, résultats du deuxième trimestre 2025investor.atmeta.com/investor-news/press-release-details/2025/Meta-Reports-Second-Quarter-2025-Results/default.aspx
  2. Meta, espace investisseurs et publications financièresinvestor.atmeta.com
  3. Meta, présentation de Meta Superintelligence Labsabout.fb.com/news