Régulation et éthique

L’ONU approuve un groupe de 40 experts pour éclairer la gouvernance de l’IA

L’Assemblée générale des Nations unies a approuvé, le 26 août 2025, la création d’un groupe scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle. Ses 40 membres devront synthétiser les connaissances disponibles sur l’IA afin d’éclairer les décisions des États, sans leur imposer de ligne politique.

Des experts internationaux examinent des données sur l’intelligence artificielle dans une salle d’assemblée.
Illustration : Actu.ai

Le développement accéléré de l’intelligence artificielle place les États face à des choix qui dépassent largement les frontières nationales. Comment encourager les usages utiles de ces technologies tout en préservant les droits humains, la vie démocratique et la capacité des citoyens à comprendre les décisions qui les concernent ? Le 26 août 2025, l’Assemblée générale des Nations unies a franchi une étape institutionnelle en approuvant la création d’un groupe d’experts scientifiques dédié à l’IA.

Baptisé Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle, cet organe n’a pas vocation à écrire des lois mondiales ni à imposer des règles aux gouvernements. Son rôle est différent, mais potentiellement structurant : rassembler les connaissances disponibles, en évaluer la solidité et proposer une lecture rigoureuse des bénéfices comme des risques de l’IA. Dans un domaine où les annonces industrielles, les craintes et les intérêts géopolitiques se mêlent souvent, l’enjeu est de remettre des éléments scientifiques étayés au centre des discussions internationales.

Une décision adoptée par l’Assemblée générale

La décision approuvée par les États membres de l’ONU acte la mise en place d’une expertise internationale spécifiquement consacrée à l’intelligence artificielle. L’organisation entend ainsi mieux outiller la communauté internationale face à une technologie dont les conséquences peuvent toucher des domaines aussi variés que l’accès à l’information, les services publics, le travail, l’éducation, la sécurité ou encore l’exercice des libertés fondamentales.

Le choix d’un groupe scientifique indépendant répond à un besoin précis : disposer d’analyses qui ne se limitent ni à la stratégie d’un pays, ni aux intérêts économiques d’une entreprise, ni aux seules alertes des organisations de la société civile. Il s’agit de confronter les résultats de recherche et les études existantes pour établir un état des connaissances aussi fiable que possible.

L’initiative arrive dans un contexte de débats mondiaux intenses sur la gouvernance de l’IA. Les systèmes d’intelligence artificielle sont conçus, entraînés et déployés dans des chaînes de valeur internationales. Leurs usages peuvent se diffuser rapidement d’un territoire à l’autre, tandis que les règles qui les encadrent restent principalement nationales ou régionales. L’ONU cherche donc à créer un lieu de référence susceptible d’alimenter un dialogue commun entre les gouvernements.

Le Pacte pour l’avenir à l’origine du projet

La création de ce groupe ne surgit pas de nulle part. En septembre 2024, les États membres avaient pris l’engagement de former un groupe d’experts sur l’IA dans le cadre du Pacte pour l’avenir. Ce texte visait notamment à renforcer la coopération internationale autour des grands défis contemporains.

L’intelligence artificielle s’est imposée comme l’un de ces défis. Son développement rapide soulève des interrogations sur la démocratie et les droits humains, deux sujets explicitement placés au cœur de la démarche onusienne. Les outils d’IA peuvent contribuer à analyser de grandes quantités d’informations, automatiser certaines tâches ou élargir l’accès à des services. Mais ils peuvent aussi modifier la manière dont l’information circule, dont les personnes sont évaluées ou dont des décisions sont préparées.

C’est cette double réalité que le groupe devra examiner. L’objectif n’est donc pas de présenter l’IA comme une menace par nature, ni de considérer que l’innovation se suffit à elle-même. Il est d’établir un socle d’analyse sur ses promesses, ses risques et ses conséquences potentielles, afin que les décisions publiques ne soient pas prises sans base factuelle partagée.

La représentante permanente du Costa Rica, Maritza Chan Valverde, a résumé cette préoccupation en soulignant que « l’intelligence artificielle se développe à un rythme qui affecte tous les pays ». Pour elle, le groupe doit contribuer à aligner cette technologie sur des valeurs humanistes.

Que devra faire le groupe d’experts sur l’IA ?

La mission confiée au Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle consiste d’abord à produire des évaluations scientifiques fondées sur des données probantes. Concrètement, ses membres devront synthétiser et analyser les travaux existants sur les effets de l’IA.

Cette mission de synthèse est essentielle dans une discipline où les publications, les outils et les annonces se succèdent rapidement. Une étude isolée ne suffit pas toujours à tirer une conclusion générale. Un groupe d’experts peut au contraire comparer les méthodes, relever les résultats convergents, identifier les désaccords et signaler les zones où les connaissances restent insuffisantes.

ÉlémentCe qui est prévu
Nature de l’organeUn groupe scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle
Décision de créationApprobation par l’Assemblée générale de l’ONU le 26 août 2025
Taille envisagée40 membres
Durée du mandatTrois ans
Travaux attendusAnalyse des promesses, risques et conséquences potentielles de l’IA
Production principaleUn rapport de synthèse annuel
Portée des rapportsÉclairer les décisions, sans caractère prescriptif

Le futur groupe devra ainsi couvrir les deux faces d’une même question. D’une part, l’IA peut offrir des possibilités nouvelles et intéresser de nombreux secteurs. D’autre part, elle soulève des risques qui réclament une analyse méthodique. La formulation retenue par l’ONU, qui évoque à la fois les promesses et les conséquences potentielles, rappelle que la qualité d’une gouvernance dépend aussi de sa capacité à examiner les avantages sans minimiser les effets indésirables.

Un rapport annuel pour informer, non pour imposer

Le mécanisme central prévu est la publication d’un rapport de synthèse chaque année. Ce document devra servir de base de compréhension commune aux responsables politiques et aux autres acteurs concernés par l’IA.

Le terme « synthèse » est important. Le groupe ne part pas nécessairement de zéro pour produire de nouvelles recherches fondamentales. Il doit avant tout organiser et évaluer les connaissances disponibles. Dans les débats sur l’intelligence artificielle, cette fonction peut aider à distinguer les résultats établis, les hypothèses plausibles, les limites méthodologiques et les questions encore ouvertes.

Les rapports ne seront toutefois pas prescriptifs. Autrement dit, le groupe ne dictera pas aux États les lois qu’ils doivent adopter ou les décisions qu’ils doivent prendre. Il fournira des éléments de jugement, mais la responsabilité politique restera celle des gouvernements et des institutions compétentes.

Cette séparation entre expertise et décision est un point d’équilibre. L’expertise scientifique peut documenter des risques ou comparer des options, mais elle ne remplace ni le débat démocratique ni les arbitrages entre priorités parfois contradictoires. Les États pourront s’appuyer sur les évaluations du groupe, tout en conservant leur pouvoir de décision.

Le rôle du groupe scientifique de l’ONU

Ce qu’il fera

  • Synthétiser les études existantes sur l’intelligence artificielle.
  • Évaluer les promesses, les risques et les conséquences potentielles de l’IA.
  • Produire un rapport de synthèse chaque année.
  • Fournir des analyses scientifiques rigoureuses et impartiales.
  • Éclairer les discussions et décisions internationales.

Ce qu’il ne fera pas

  • Imposer des lois ou des règles aux États membres.
  • Prendre des décisions politiques à la place des gouvernements.
  • Publier des recommandations juridiquement contraignantes.
  • Remplacer les autorités nationales de régulation.
  • Être composé de membres déjà nommés au 27 août 2025.

Comment les 40 membres seront-ils désignés ?

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, doit lancer un appel à candidatures afin de sélectionner les 40 membres du groupe. Ceux-ci siégeront pour un mandat de trois ans.

À la date du 27 août 2025, les membres n’ont donc pas encore été désignés. L’étape qui s’ouvre est déterminante : la crédibilité d’un groupe d’expertise dépend de la qualité de ses travaux, mais aussi de la confiance accordée à son indépendance et à la diversité des connaissances mobilisées.

Antonio Guterres présente ce groupe comme un pont entre la recherche de pointe sur l’intelligence artificielle et l’élaboration des politiques publiques. Cette image résume l’ambition du dispositif. Les décideurs internationaux ont besoin de comprendre une technologie complexe, en évolution constante, sans devoir se transformer eux-mêmes en spécialistes de chaque composant technique. Les chercheurs, de leur côté, peuvent voir leurs travaux replacés dans des débats concrets sur les règles, les droits et les usages.

Le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, a indiqué que le groupe devait fournir des analyses rigoureuses et impartiales. La promesse est donc celle d’une expertise destinée à anticiper les défis émergents, plutôt que de réagir une fois que les conséquences les plus graves sont déjà installées.

Pourquoi démocratie et droits humains sont au centre des débats

L’ONU relie explicitement la gouvernance de l’IA à la protection de la démocratie et des droits humains. Cette approche découle de la place croissante que peuvent prendre les systèmes automatisés dans l’information, la communication et l’organisation de la vie sociale.

La question n’est pas uniquement technique. Lorsqu’un outil d’IA est utilisé pour aider à classer des informations, recommander des contenus, assister une décision ou produire des réponses, il peut avoir des effets sur les personnes concernées. Ces effets dépendent de nombreux facteurs : les données employées, les objectifs fixés par les concepteurs, les conditions d’utilisation et les garanties prévues pour contester ou comprendre une décision.

Un cadre de discussion international peut permettre de mettre en regard ces enjeux avec les réalités très différentes des États. Tous les pays n’ont pas les mêmes capacités de recherche, les mêmes infrastructures numériques ou le même poids dans le développement des technologies d’IA. L’appel de l’ONU à mobiliser des expertises variées répond aussi à cette nécessité : une gouvernance crédible ne peut se construire en ignorant les perspectives des pays affectés par les transformations technologiques.

Quelle place pour l’ONU dans la gouvernance mondiale de l’IA ?

La création du groupe confirme la volonté des Nations unies d’occuper une place centrale dans les échanges sur l’intelligence artificielle. L’organisation ne se substitue pas aux autorités nationales et ne peut, à elle seule, résoudre les désaccords entre les grandes puissances technologiques. Elle possède toutefois une capacité particulière : réunir les États autour d’un langage commun et inscrire les discussions dans le cadre des principes internationaux, notamment les droits humains.

Cette fonction de dialogue compte dans un secteur marqué par des intérêts parfois divergents. Certains pays cherchent à favoriser la compétitivité de leurs entreprises, d’autres mettent l’accent sur la sécurité, la protection des citoyens ou la souveraineté numérique. Les approches réglementaires peuvent donc varier fortement. Une synthèse scientifique internationale n’efface pas ces différences, mais elle peut contribuer à ce que les débats reposent sur une compréhension mieux partagée des faits.

La portée réelle de l’initiative dépendra néanmoins de plusieurs éléments : la composition du groupe, les méthodes retenues pour ses évaluations, la clarté de ses rapports et l’attention que les gouvernements leur accorderont. Son caractère indépendant sera particulièrement observé, car c’est de lui que dépendra la confiance dans ses analyses.

Ce qu’il faut surveiller après cette approbation

La première échéance sera le lancement de l’appel à candidatures annoncé par Antonio Guterres. Il permettra de savoir comment l’ONU organise la sélection des futurs membres et d’ouvrir la phase de constitution effective du groupe.

Il faudra ensuite suivre la manière dont les experts traduiront leur mandat en programme de travail. Les attentes sont larges, de l’analyse des bénéfices de l’IA à l’évaluation de ses risques et de ses conséquences. Définir des priorités lisibles sera nécessaire pour produire des rapports utiles aux décideurs comme au public.

Enfin, l’attention se portera sur le premier rapport annuel. Sa valeur ne se mesurera pas seulement à son volume ou à son vocabulaire technique, mais à sa capacité à présenter clairement ce qui est connu, ce qui demeure incertain et les sujets qui exigent une coopération internationale. Pour l’ONU, le défi est désormais de transformer une décision institutionnelle en outil d’expertise reconnu, susceptible d’aider les États à faire en sorte que l’IA serve l’humanité de manière bénéfique.

Questions fréquentes

Quel est le rôle du groupe d’experts en IA créé par l’ONU ?

Le Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle doit analyser les connaissances disponibles sur les promesses, les risques et les conséquences possibles de l’IA. Sa mission est de fournir des évaluations fondées sur des données probantes afin d’éclairer les décisions de la communauté internationale, sans les imposer aux gouvernements.

Combien d’experts composeront le groupe scientifique de l’ONU sur l’IA ?

Le groupe doit compter 40 membres. Ils seront sélectionnés à la suite d’un appel à candidatures que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, doit lancer. Leur mandat est prévu pour une durée de trois ans. Au 27 août 2025, les experts n’ont pas encore été désignés.

Quand l’ONU a-t-elle créé son groupe d’experts sur l’intelligence artificielle ?

L’Assemblée générale des Nations unies a approuvé la création du groupe le 26 août 2025. Cette décision donne suite à un engagement pris par les États membres dans le Pacte pour l’avenir, adopté en septembre 2024, qui prévoyait la constitution d’une expertise internationale sur l’IA.

Les rapports du groupe d’experts de l’ONU seront-ils obligatoires pour les États ?

Non. Le groupe doit publier un rapport de synthèse annuel destiné à informer les décisions politiques, mais ce rapport ne sera pas prescriptif. Il ne créera donc pas, à lui seul, de nouvelles obligations juridiques pour les pays. Les États conserveront la responsabilité de leurs choix et de leurs règles nationales.

Pourquoi l’ONU s’intéresse-t-elle aux effets de l’IA sur la démocratie et les droits humains ?

L’ONU estime que le développement rapide de l’intelligence artificielle peut avoir des répercussions sur la démocratie et les droits humains. Le groupe d’experts devra aider à mieux documenter ces enjeux, tout en étudiant les bénéfices possibles de l’IA, afin de soutenir une gouvernance internationale plus éclairée et inclusive.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Nations unies, sommet sur l’avenir et Pacte pour l’avenirwww.un.org/en/summit-of-the-future
  2. Nations unies, page consacrée aux technologies numériques et émergenteswww.un.org/digital-emerging-technologies
  3. Service de presse des Nations uniespress.un.org/en