Entreprises et marchés

IA : pourquoi des actions industrielles discrètes attirent les investisseurs en quête de rendement

La course au prochain champion de l’intelligence artificielle masque parfois des entreprises plus discrètes. Sur Reddit, des investisseurs citent des groupes industriels et de services essentiels, capables selon eux d’afficher des performances notables sur la durée. Mais rendement passé, exposition à l’IA et solidité d’un portefeuille ne se confondent pas.

Techniciens inspectant des systèmes de climatisation et des équipements industriels dans un grand bâtiment.
Illustration : Actu.ai

La fièvre de l’intelligence artificielle pousse une partie des marchés à chercher le prochain titre capable de profiter d’une rupture technologique. Pourtant, la question qui a animé le forum boursier r/stocks de Reddit en juillet 2025 prend le contre-pied de cette logique : et si les meilleurs rendements ne venaient pas toujours des entreprises les plus commentées ? Des participants ont mis en avant des groupes industriels, des spécialistes de l’équipement des bâtiments ou des conglomérats, dont l’activité paraît moins spectaculaire mais répond à des besoins très concrets.

Ce débat ne fournit pas une recette pour investir, ni une sélection de valeurs à acheter. Il rappelle toutefois une évidence souvent oubliée dans les périodes d’engouement : une entreprise peut créer de la valeur sans être au centre de l’actualité technologique. Ses contrats, ses équipements et son savoir-faire peuvent être indispensables aux usines, aux bâtiments, aux réseaux ou aux chaînes logistiques. Pour un épargnant, le sujet mérite surtout d’être regardé avec méthode, en distinguant une bonne histoire de marché d’une performance durable.

Pourquoi la recherche du prochain champion de l’IA laisse-t-elle des angles morts ?

L’IA est devenue un thème dominant parce qu’elle touche à la fois les logiciels, les puces, les centres de données, l’électricité et l’organisation du travail. Les annonces d’investissements massifs de grands groupes technologiques, dont Microsoft, alimentent naturellement les attentes. Dans un tel contexte, les investisseurs peuvent être tentés de concentrer leur attention sur les entreprises perçues comme les bénéficiaires directs de cette transformation.

Mais l’investissement ne consiste pas uniquement à anticiper une technologie prometteuse. Le prix payé pour une action compte autant que les perspectives de l’entreprise. Une société très populaire peut déjà intégrer, dans sa valorisation, beaucoup de croissance future espérée. À l’inverse, une activité apparemment ordinaire peut bénéficier de tendances structurelles sans susciter le même emballement : renouvellement des équipements, efficacité énergétique, modernisation d’usines, extension de bâtiments ou entretien des infrastructures.

La discussion sur Reddit part précisément de cette interrogation : quelles actions moins « excitantes » pourraient délivrer des rendements dignes des valeurs technologiques ? Les réponses citées ne renvoient ni à des actions mèmes, ni à des introductions en Bourse très médiatisées. Elles regardent plutôt les entreprises qui vendent, installent, entretiennent ou financent les éléments physiques nécessaires au fonctionnement de l’économie.

Les infrastructures essentielles, un moteur de croissance peu visible

Les sociétés mises en avant par les internautes exercent dans des domaines très différents. Leur point commun est de se situer loin des applications grand public les plus visibles. Elles opèrent dans le mouvement et le contrôle industriels, la gestion de l’énergie, les équipements de bâtiment, les systèmes de chauffage, ventilation et climatisation, ou encore les services techniques.

La question formulée par l’un des participants résume cette idée : combien de personnes, sur Terre, utilisent-elles chaque jour un système de chauffage ou de climatisation ? L’interrogation est volontairement simple, mais elle souligne l’ampleur d’une demande liée aux bâtiments résidentiels, commerciaux, industriels et publics. Une entreprise qui installe et maintient ces systèmes ne vend pas nécessairement un produit à la mode. Elle peut cependant intervenir sur des infrastructures dont les clients ne peuvent pas facilement se passer.

Il faut aussi noter que « défensif » ne veut pas dire « sans risque ». Les entreprises industrielles restent sensibles au cycle économique, au coût des matériaux, aux taux d’intérêt, à l’immobilier non résidentiel ou à l’évolution des commandes de leurs clients. Leur caractère indispensable n’empêche ni les baisses de cours ni les périodes de ralentissement.

Entreprise citée dans la discussionActivité mise en avantIndicateur de performance évoqué dans la publication d’origine
Berkshire HathawayConglomérat diversifié+ 194 % sur cinq ans, selon un commentaire cité
Parker-HannifinTechnologies de mouvement et de contrôleSurperformance du S&P 500 évoquée sur des périodes étendues
Ingersoll RandÉquipements et technologies industriellesSurperformance du S&P 500 évoquée sur des périodes étendues
EatonGestion de l’énergie et équipements industrielsSurperformance du S&P 500 évoquée sur des périodes étendues
Comfort Systems USAInstallation de systèmes de climatisation+ 51 % sur cinq ans, selon un utilisateur cité
IES HoldingsServices et solutions d’infrastructure43,61 % de rendement annuel moyen sur dix ans, chiffre cité dans la publication d’origine

Ces données doivent être interprétées avec prudence. Elles sont présentées dans le cadre d’une discussion d’investisseurs et ne précisent pas toujours la date exacte de calcul, la méthode retenue ou si les dividendes sont inclus. Deux personnes peuvent parler d’une « performance sur cinq ans » tout en utilisant des périodes de départ différentes. En Bourse, quelques mois peuvent changer fortement un résultat, surtout pour une action volatile.

Des noms industriels qui ont surperformé, selon les investisseurs

Parmi les exemples avancés figure Berkshire Hathaway, le conglomérat dirigé par Warren Buffett. D’après un commentaire relayé dans la discussion, son action aurait gagné 194 % sur cinq ans. Le cas est intéressant, car Berkshire Hathaway ne correspond ni à une entreprise de logiciels ni à un fabricant de puces. Son modèle repose sur un ensemble d’activités et de participations, dont l’assurance occupe une place centrale, avec une exposition à de nombreuses entreprises de l’économie américaine.

D’autres participants ont cité Parker-Hannifin, spécialiste des technologies de mouvement et de contrôle, ainsi qu’Ingersoll Rand et Eaton. Selon les messages évoqués, ces sociétés ont régulièrement fait mieux que le S&P 500 sur des périodes longues. Cela ne permet pas de conclure qu’elles le feront encore, mais cela invite à regarder au-delà de l’étiquette « industriel ».

Un groupe industriel peut tirer sa force de plusieurs mécanismes : produits difficiles à remplacer, coûts élevés pour changer de fournisseur, clientèle professionnelle récurrente, réseau de distribution établi ou revenus de maintenance. Les installations techniques ont souvent une durée de vie longue. Quand elles doivent être réparées, améliorées ou remplacées, le besoin économique existe indépendamment de l’attention médiatique accordée au secteur.

Dans cet univers, le mot « discrète » mérite donc d’être nuancé. Ces entreprises peuvent être inconnues du grand public tout en étant suivies de près par les professionnels. Elles peuvent aussi avoir déjà fortement monté en Bourse. La discrétion médiatique n’équivaut pas automatiquement à un prix attractif.

Valeurs liées à la frénésie IA et entreprises industrielles discrètes

Thème IA très médiatisé

  • Attention des marchés concentrée sur les innovations rapides et les grands acteurs technologiques.
  • Potentiel de croissance porté par des attentes parfois très élevées.
  • Valorisation pouvant intégrer une large part des perspectives futures.
  • Exposition souvent directe aux logiciels, puces ou centres de données.
  • Risque de volatilité lorsque les résultats déçoivent les anticipations.

Entreprises industrielles et de services essentiels

  • Activités liées aux équipements, à l’énergie, aux bâtiments et à la maintenance.
  • Demande souvent fondée sur des besoins opérationnels concrets et récurrents.
  • Visibilité médiatique généralement plus faible auprès du grand public.
  • Sensibilité réelle aux cycles économiques, aux commandes et aux coûts.
  • Certaines ont affiché des performances historiques élevées, sans garantie de répétition.

Comfort Systems USA et IES Holdings, deux exemples à remettre en perspective

Comfort Systems USA est particulièrement mentionnée dans la discussion. L’entreprise est spécialisée dans l’installation de systèmes de climatisation. Un utilisateur la décrit comme une valeur ayant fait mieux que le marché, avec une progression de 51 % sur cinq ans. Cette activité illustre le rôle des sociétés de services techniques : elles ne se contentent pas de vendre un équipement, elles interviennent dans la conception, l’installation et, selon les contrats, l’entretien d’installations indispensables au fonctionnement de nombreux bâtiments.

La publication d’origine cite également IES Holdings, avec un rendement annuel moyen de 43,61 % sur la dernière décennie. Un chiffre annualisé mérite une attention particulière. Il ne correspond pas à une hausse totale sur dix ans : il exprime un rythme moyen de progression annuel, dont l’effet composé est considérable. Mais il ne dit rien, à lui seul, du chemin parcouru pour y parvenir, ni des périodes de baisse qui ont pu survenir entre-temps.

Pour comparer des performances, un investisseur devrait au minimum vérifier quatre éléments :

  • la période exacte retenue, avec ses dates de début et de fin ;
  • la prise en compte ou non des dividendes réinvestis ;
  • l’indice de référence utilisé, par exemple le S&P 500 ;
  • le niveau de risque assumé, notamment la volatilité et les baisses temporaires du cours.

L’IA peut-elle aussi profiter aux entreprises « ennuyeuses » ?

Opposer mécaniquement l’IA aux industriels serait réducteur. L’expansion de l’IA repose sur des infrastructures physiques : centres de données, alimentation électrique, refroidissement, automatisation, construction et maintenance. Les entreprises liées à ces besoins peuvent donc être concernées indirectement par la croissance technologique, sans développer elles-mêmes de grands modèles d’IA.

C’est l’un des enseignements de cette discussion : les effets économiques d’une technologie se diffusent souvent dans toute une chaîne de valeur. Les fabricants de composants, les installateurs, les fournisseurs d’énergie ou les entreprises de contrôle industriel peuvent bénéficier d’une hausse de l’investissement. Toutefois, il serait imprudent de transformer toute activité d’infrastructure en « action IA ». L’exposition réelle dépend des contrats, des clients, des capacités de production et de la part que représente effectivement ce marché dans les revenus.

Les investisseurs devraient donc séparer trois questions. Premièrement, l’entreprise a-t-elle une activité de qualité, rentable et durable ? Deuxièmement, son cours reflète-t-il déjà des attentes très ambitieuses ? Troisièmement, le lien avec l’IA est-il concret et mesurable, plutôt qu’un simple argument de communication ? Cette méthode vaut autant pour un fabricant de matériel que pour une société de logiciels.

Diversifier ne signifie pas empiler des étiquettes rassurantes

L’intérêt pour les valeurs industrielles intervient aussi dans un contexte où les portefeuilles cherchent à ne pas dépendre d’un seul thème. BlackRock présente 2025 comme une année importante pour les actifs alternatifs, signe d’un appétit croissant pour des sources de rendement distinctes des actions et obligations traditionnelles. Cette tendance ne transforme pas automatiquement chaque entreprise industrielle en placement sûr, mais elle alimente la réflexion sur la diversification.

Diversifier consiste à répartir les risques entre plusieurs moteurs économiques. Un portefeuille trop concentré sur quelques grandes valeurs technologiques dépend davantage des mêmes anticipations : croissance de l’IA, niveau des taux d’intérêt, dépenses en centres de données et évolution des valorisations. Ajouter d’autres secteurs peut réduire cette dépendance, à condition que les entreprises choisies n’aient pas toutes le même profil de risque.

Pour un particulier, la diversification ne suppose pas forcément d’identifier seul les gagnants industriels. Des fonds indiciels diversifiés peuvent offrir une exposition plus large, avec un risque propre à ce type de placement. L’horizon de détention, la capacité à supporter les pertes temporaires, les frais et les objectifs personnels doivent rester au centre de la décision. Aucun échange sur un forum ne remplace l’analyse des documents financiers d’une entreprise ou, lorsque c’est nécessaire, les conseils d’un professionnel habilité.

Ce qu’il faut surveiller avant de miser sur les valeurs discrètes

Le débat lancé sur Reddit a le mérite de déplacer le regard. Il rappelle que des sociétés actives dans la climatisation, l’énergie, l’automatisation ou les services industriels peuvent offrir une croissance robuste sans relever du récit dominant de l’IA. Les exemples de Berkshire Hathaway, Parker-Hannifin, Eaton, Ingersoll Rand, Comfort Systems USA et IES Holdings montrent aussi que le mot « ennuyeux » peut masquer des trajectoires boursières très dynamiques.

La prochaine étape consiste à dépasser les palmarès. Les résultats trimestriels, le carnet de commandes, les marges, l’endettement, les flux de trésorerie et la valorisation permettent de mieux comprendre ce qui soutient une performance. Il faut également observer la concentration des clients et la sensibilité de l’activité à un retournement de cycle.

Enfin, la bonne question n’est pas forcément de choisir entre l’IA et les industries traditionnelles. Elle est plutôt de savoir quelle part de son portefeuille est exposée à une même promesse de croissance, et quelles activités répondent à des besoins assez solides pour traverser différents environnements économiques. La technologie peut ouvrir de nouveaux marchés. Les infrastructures qui font fonctionner l’économie, elles, restent souvent le terrain où ces promesses deviennent réalité.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une action « ennuyeuse » en Bourse ?

Ce n’est pas une catégorie officielle. L’expression désigne généralement une entreprise peu médiatisée, active dans des métiers établis comme l’industrie, l’énergie, la maintenance ou les équipements de bâtiment. Son activité peut sembler moins novatrice que celle d’un groupe d’IA, tout en générant des revenus récurrents et en répondant à des besoins essentiels.

Les actions industrielles peuvent-elles rapporter autant que les actions liées à l’IA ?

Certaines l’ont fait sur des périodes données. La publication d’origine évoque notamment Berkshire Hathaway, Parker-Hannifin, Eaton, Ingersoll Rand, Comfort Systems USA et IES Holdings. Cela ne permet pas de prévoir leurs rendements futurs. Le niveau de risque, le prix d’achat, les bénéfices et le contexte économique restent déterminants pour toute action.

Pourquoi la climatisation intéresse-t-elle les investisseurs ?

Le chauffage, la ventilation et la climatisation sont nécessaires dans de nombreux logements, commerces, bureaux, usines et bâtiments publics. Les entreprises du secteur peuvent tirer des revenus de l’installation, de la rénovation et de la maintenance. Cette demande structurelle n’empêche pas les risques, notamment ceux liés à la construction, aux coûts des équipements et au ralentissement économique.

Comment vérifier une performance boursière annoncée sur cinq ou dix ans ?

Il faut vérifier les dates précises, la source des cours, l’inclusion éventuelle des dividendes et l’indice de comparaison retenu. Une performance annualisée sur dix ans ne se lit pas comme une hausse totale. Consulter les données financières de l’entreprise et des fournisseurs de données reconnus aide aussi à replacer un chiffre dans son contexte.

Diversifier hors de l’IA réduit-il automatiquement le risque ?

Non. Diversifier peut réduire la dépendance à un seul secteur ou à une seule thèse de marché, mais chaque entreprise possède ses propres risques. Des industriels peuvent être affectés par une baisse des commandes, l’endettement, l’immobilier ou les prix des matières premières. Une diversification utile repose sur des activités réellement différentes et adaptées à l’horizon de l’investisseur.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Forum r/stocks de Reddit, discussion et échanges d’investisseurswww.reddit.com/r/stocks
  2. Berkshire Hathaway, lettres annuelles et informations aux actionnaireswww.berkshirehathaway.com/letters/letters.html
  3. Parker-Hannifin, site officiel et espace investisseursinvestor.parker.com
  4. Comfort Systems USA, site officielcomfortsystemsusa.com
  5. BlackRock, perspectives et publications sur les marchéswww.blackrock.com