Société et emploi

IA générative : cinq mutations qui ont changé le travail numérique en un an

En un an, l’IA générative est passée du stade de l’expérimentation à celui d’outil de travail pour de nombreux professionnels du numérique. Une enquête de BDM menée auprès de 1 034 répondants met en lumière cinq changements : l’omniprésence de ChatGPT, l’essor de l’image, l’adoption en entreprise, la multiplication des outils et des inquiétudes plus vives.

Des professionnels du numérique vérifient des textes, images et présentations produits avec l’aide de l’IA.
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle générative ne se résume plus à un outil de rédaction utilisé à titre d’essai. En juin 2025, elle s’installe dans les habitudes de travail d’une part croissante des professionnels du numérique, qu’il s’agisse d’écrire, de produire des visuels, de préparer une présentation, de chercher une information ou d’assister le développement informatique. Cette diffusion rapide ne signifie pas que toutes les questions sont réglées : à mesure que les usages se normalisent, les préoccupations sur les données, le jugement humain et l’organisation du travail deviennent plus visibles.

La deuxième enquête de BDM consacrée à l’usage de l’IA générative auprès des professionnels du digital permet de mesurer cette bascule. Réalisée auprès de 1 034 experts, elle met en évidence cinq évolutions significatives entre 2024 et 2025 : ChatGPT s’impose au quotidien, la génération visuelle progresse fortement, les entreprises passent davantage à l’action, les outils se spécialisent et les réserves gagnent en importance.

Il s’agit d’une photographie des pratiques de professionnels du numérique, non d’un portrait de l’ensemble des salariés français. Mais elle renseigne sur un secteur qui expérimente souvent les premiers outils disponibles et dont les méthodes de travail influencent ensuite de nombreuses autres fonctions, de la communication au commerce, en passant par les ressources humaines et l’informatique.

ChatGPT devient un réflexe de travail

Le changement le plus net concerne la fréquence d’utilisation de ChatGPT. En 2025, 64 % des professionnels interrogés déclarent utiliser l’assistant d’OpenAI quotidiennement, contre 50 % l’année précédente, soit une hausse de 14 points. Un tel niveau d’usage indique que l’outil ne relève plus seulement de la curiosité technologique ou du test ponctuel.

Cette présence quotidienne recouvre des tâches très variées. Un assistant conversationnel peut aider à préparer un premier plan, reformuler un texte, résumer un document, imaginer des variantes de contenus, générer des pistes de réponses ou encore clarifier du code. Son intérêt, dans un cadre professionnel, tient souvent moins à la production d’un résultat définitif qu’à sa capacité à accélérer une première étape : organiser une idée, partir d’une page blanche ou explorer plusieurs formulations.

L’usage de ChatGPT s’étend aussi au-delà du texte. Des répondants l’emploient pour générer des images et des vidéos, notamment grâce à Sora, l’application de génération vidéo d’OpenAI. Cette évolution illustre une tendance de fond : les interfaces conversationnelles deviennent progressivement des points d’entrée vers plusieurs types de créations, au lieu de se limiter à la rédaction.

L’image générée par IA rejoint les usages courants

L’IA générative était d’abord associée aux textes. Ce n’est désormais plus suffisant pour décrire les pratiques des professionnels du digital. En 2025, plus de 70 % des répondants disent utiliser des générateurs d’images, contre 53 % en 2024. La progression est considérable en seulement un an.

Cette hausse s’explique par l’intégration de la génération d’images dans des outils familiers et par la multiplication de cas d’usage concrets. Illustrer une maquette, tester une ambiance visuelle, créer un visuel de présentation, produire des déclinaisons pour les réseaux sociaux ou trouver rapidement une image d’intention sont autant de besoins auxquels ces solutions peuvent répondre. Elles permettent surtout de raccourcir la phase d’exploration, avant une éventuelle production plus aboutie.

Le mouvement ne concerne pas exclusivement les visuels. Les professionnels interrogés citent aussi des outils répondant à des fonctions différentes, comme Canva, Perplexity et Claude. Cette diversité montre que l’IA générative se distribue dans des logiciels et services ayant chacun leur logique : conception graphique, recherche et synthèse d’informations, assistance rédactionnelle ou analytique.

La conséquence est importante pour les métiers du numérique. L’enjeu ne consiste plus seulement à savoir rédiger une requête à un chatbot. Il faut aussi choisir le bon outil pour une tâche donnée, définir le niveau de qualité attendu, contrôler les résultats et conserver une cohérence éditoriale ou graphique. La facilité de production ne dispense pas de compétences, elle déplace une partie de leur exercice vers le cadrage et la vérification.

De l’expérimentation à l’intégration dans les entreprises

L’adoption ne se joue pas uniquement à l’échelle individuelle. L’enquête BDM met en évidence une évolution de la place accordée à l’IA générative dans les organisations. En 2024, 60 % des répondants indiquaient que l’usage de l’IA était toléré dans leur entreprise. En 2025, près de 48 % déclarent que leur entreprise en encourage l’adoption.

Ces deux indicateurs ne recouvrent pas exactement la même réalité. Tolérer un usage signifie laisser les salariés expérimenter, parfois sans cadre précis. Encourager l’adoption suppose une démarche plus active : les outils sont davantage reconnus comme pouvant servir les processus de travail. L’évolution suggère donc un changement culturel, avec une volonté plus affirmée d’intégrer l’IA dans les pratiques professionnelles.

Cette impression est renforcée par un autre chiffre : plus de 55 % des professionnels ont intégré l’IA dans leurs processus de travail, contre 41 % en 2024. Les usages se déplacent ainsi de l’exploration vers la répétition de tâches identifiées. Un professionnel peut, par exemple, recourir régulièrement à l’IA pour préparer des contenus, structurer une veille, élaborer des supports ou automatiser certaines étapes d’un flux de travail.

Cette intégration ne signifie pas nécessairement une automatisation complète. Dans la plupart des métiers de contenu, de communication, de design ou de développement, les résultats générés restent à relire, corriger et adapter. L’IA peut faire gagner du temps sur des tâches préparatoires, mais les responsabilités de validation, de choix et de publication demeurent humaines.

L’IA générative dans le travail numérique : ce qui a changé en un an

En 2024

  • 50 % des répondants utilisaient ChatGPT quotidiennement.
  • 53 % utilisaient des générateurs d’images.
  • 41 % avaient intégré l’IA à leurs processus de travail.
  • 60 % indiquaient que l’usage de l’IA était toléré dans leur entreprise.

En 2025

  • 64 % des répondants utilisent ChatGPT chaque jour.
  • Plus de 70 % utilisent des générateurs d’images.
  • Plus de 55 % ont intégré l’IA à leurs processus de travail.
  • Près de 48 % disent que leur entreprise encourage l’adoption de l’IA.

Pourquoi les inquiétudes progressent-elles aussi vite ?

L’appropriation des outils ne dissipe pas les doutes, elle les rend au contraire plus concrets. En 2025, 90 % des répondants à l’enquête signalent des risques associés à l’intelligence artificielle. La confidentialité des données figure parmi les préoccupations majeures, tout comme la perte d’autonomie et l’influence de l’IA sur le jugement humain et les libertés individuelles.

La question des données est particulièrement importante en entreprise. Soumettre un texte, un tableau, un extrait de code ou des informations sur un client à un service externe peut poser problème si ces éléments sont confidentiels. Avant tout usage professionnel, il importe donc de savoir quelles données peuvent être communiquées, de respecter les règles internes et d’éviter de transmettre des informations sensibles dans un outil non autorisé.

L’autonomie intellectuelle constitue une inquiétude plus diffuse, mais tout aussi essentielle. Lorsqu’un assistant propose immédiatement un angle, un plan, une formulation ou une réponse, la tentation existe de retenir sa suggestion sans prendre le temps de la discuter. Or, un modèle génératif ne possède ni intention éditoriale, ni connaissance garantie des faits, ni responsabilité sur les conséquences de son texte. Son utilisation doit rester un appui au raisonnement, et non un substitut au discernement.

Les préoccupations relatives à l’intégrité de l’information prennent également de l’ampleur. Les outils peuvent produire très rapidement des contenus plausibles, y compris lorsqu’ils sont erronés. Cette capacité renforce la nécessité de distinguer le brouillon produit par une machine d’une information vérifiée, attribuée et contextualisée.

Un écosystème qui s’étend à de nouvelles tâches

L’un des enseignements de l’enquête est la diversification continue des solutions utilisées. Les assistants généralistes ne sont plus seuls. Les professionnels explorent des outils conçus pour des besoins spécifiques, ce qui élargit progressivement le périmètre des tâches concernées.

Les générateurs de code enregistrent ainsi une progression de 4 points dans les usages. Ils peuvent assister les développeurs dans l’écriture de fonctions, l’explication de portions de code, le repérage d’erreurs ou la génération de tests. Là encore, leur apport n’élimine pas le besoin de contrôle : le code produit doit être relu, testé et évalué au regard des exigences de sécurité et de maintenance.

Les outils de voix par IA gagnent quant à eux 3 points. Ils peuvent notamment être utilisés pour créer des voix de synthèse ou produire des contenus audio. Leur essor accompagne la montée des formats sonores, tout en soulevant des questions de transparence sur le caractère synthétique d’une voix et sur les conditions de son utilisation.

Les solutions dédiées aux présentations attirent 16 % des répondants. Leur promesse est simple : aider à structurer un récit, générer un plan de diapositives ou proposer une première mise en forme. Elles témoignent d’une évolution plus large : l’IA s’invite dans les tâches ordinaires de bureau, pas uniquement dans les métiers perçus comme techniques ou créatifs.

Usage ou indicateur20242025Évolution observée
Utilisation quotidienne de ChatGPT50 %64 %+14 points
Utilisation de générateurs d’images53 %Plus de 70 %Forte progression
IA intégrée aux processus de travail41 %Plus de 55 %Adoption plus opérationnelle
Usage de générateurs de codeNon préciséNon précisé+4 points
Usage d’outils de voix par IANon préciséNon précisé+3 points
Usage de solutions de présentationNon précisé16 %Émergence d’un nouvel usage

Quelles compétences deviennent indispensables ?

L’essor de l’IA générative ne réduit pas le travail à la seule maîtrise d’une interface. Il valorise plusieurs compétences complémentaires. La première consiste à formuler une demande précise : fournir du contexte, définir un objectif, imposer des contraintes et indiquer le format attendu améliore souvent la pertinence d’une réponse. Mais un bon prompt ne garantit jamais l’exactitude du résultat.

La deuxième compétence est la vérification. Elle implique de relire les textes, contrôler les faits, vérifier les calculs, évaluer les sources lorsqu’elles sont citées et s’assurer que le contenu est adapté au public visé. Cette étape est indispensable, notamment lorsque les productions sont destinées à être publiées, envoyées à un client ou utilisées dans une décision professionnelle.

La troisième relève du cadre éthique et juridique. Les professionnels doivent identifier les données confidentielles, comprendre les limites d’un outil, respecter les règles de leur organisation et ne pas présenter un contenu généré comme une information validée sans contrôle. Dans les domaines où la confiance est centrale, la prudence devient une condition de l’efficacité.

Enfin, la compétence la plus durable reste le jugement. Savoir quand utiliser l’IA, quand s’en passer, quand demander une seconde vérification et quand reprendre entièrement la main constitue une différence décisive entre un usage superficiel et une intégration utile.

Ce qu’il faut surveiller

Les chiffres de BDM dessinent une trajectoire claire pour 2025 : l’IA générative s’inscrit davantage dans le quotidien des professionnels du numérique, avec des usages plus fréquents, plus multimodaux et plus spécialisés. La progression de ChatGPT, des générateurs d’images et des outils dédiés au code, à la voix ou aux présentations confirme que l’écosystème ne cesse de s’élargir.

La prochaine étape ne se jouera toutefois pas uniquement sur la puissance des modèles ou le nombre de fonctionnalités. Elle dépendra de la capacité des entreprises à transformer une adoption dispersée en pratiques responsables : règles sur les données, formation des équipes, validation humaine et clarification des usages autorisés. Le passage de la tolérance à l’encouragement observé dans l’enquête rend ce chantier particulièrement concret.

Pour les professionnels, le défi est double. Il s’agit de tirer parti de gains de productivité et de créativité réels, sans déléguer à une machine la vérification, la décision ou la responsabilité. À mesure que ces outils deviennent ordinaires, leur bon usage reposera moins sur l’effet de nouveauté que sur la qualité du cadre dans lequel ils sont employés.

Questions fréquentes

Quelle part des professionnels utilise ChatGPT tous les jours en 2025 ?

Selon la deuxième enquête de BDM sur l’IA générative, 64 % des professionnels du numérique interrogés utilisent ChatGPT quotidiennement en 2025. C’est 14 points de plus qu’en 2024. Ce chiffre montre que l’outil est devenu un appui régulier pour de nombreuses tâches, bien au-delà de la simple expérimentation.

Pourquoi les générateurs d’images par IA progressent-ils autant ?

Plus de 70 % des répondants utilisent des générateurs d’images en 2025, contre 53 % en 2024. Ces outils peuvent accélérer l’exploration visuelle, la préparation de maquettes ou la création de variantes de contenus. Leur diffusion accompagne aussi l’intégration de fonctions visuelles dans des plateformes déjà utilisées par les professionnels.

Les entreprises encouragent-elles vraiment l’usage de l’IA générative ?

Près de 48 % des répondants déclarent que leur entreprise encourage l’adoption de l’IA en 2025. L’année précédente, 60 % indiquaient surtout que son usage était toléré. Les deux indicateurs sont différents, mais ils suggèrent un passage progressif de l’expérimentation individuelle à une reconnaissance plus active des usages professionnels.

Quels sont les principaux risques de l’IA générative au travail ?

Dans l’enquête BDM, 90 % des répondants signalent des risques liés à l’IA. Les préoccupations portent notamment sur la confidentialité des données, la perte d’autonomie intellectuelle, l’influence sur le jugement humain et l’intégrité de l’information. Une vérification humaine et des règles internes claires restent indispensables pour limiter ces risques.

Quels outils d’IA générative utilisent les professionnels du numérique ?

Outre ChatGPT, les répondants se tournent vers des générateurs d’images, des outils tels que Canva, Perplexity et Claude, ainsi que des générateurs de code, de voix et de présentations. Cette diversité reflète la spécialisation croissante de l’écosystème : chaque outil vise des besoins différents, de la recherche à la création visuelle en passant par le développement.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. BDM, média à l’origine de l’enquête sur les usages de l’IA générative chez les professionnels du numériquewww.blogdumoderateur.com
  2. OpenAI, présentation de Sora et des outils de génération vidéoopenai.com/sora