ChatGPT et GPT-5 : pourquoi certains utilisateurs vivent mal la fin d’un modèle
Le passage de ChatGPT à GPT-5, le 7 août 2025, n’a pas été vécu comme une simple mise à jour par tous les utilisateurs. Certains regrettent un interlocuteur devenu familier, plus chaleureux à leurs yeux. Cette réaction pose une question sensible : que se passe-t-il lorsqu’un outil conversationnel prend une place émotionnelle dans le quotidien ?

Le changement a eu l’effet d’un déplacement de repères. Le 7 août 2025, lorsque OpenAI a fait évoluer ChatGPT autour de GPT-5, une partie des utilisateurs n’a pas seulement comparé la qualité des réponses, la rapidité ou les nouvelles capacités du service. Elle a eu le sentiment de voir disparaître une présence familière. Dans des communautés consacrées aux compagnons conversationnels, les mots employés sont ceux du deuil, de la tristesse et de l’incompréhension.
Cette réaction peut surprendre face à un logiciel. Elle dit pourtant quelque chose d’important sur la place que les agents conversationnels ont progressivement prise dans la vie quotidienne. Pour certaines personnes, ChatGPT reste un outil de travail ou de création. Pour d’autres, la régularité des échanges, la disponibilité permanente et le ton adopté par le modèle ont fait naître une forme d’attachement. Une modification technique peut alors être perçue comme un changement de personnalité.
Pourquoi la transition vers GPT-5 a-t-elle été si mal vécue ?
L’annonce de GPT-5 a modifié la dynamique du produit phare d’OpenAI. Des utilisateurs qui étaient habitués à une expérience qu’ils décrivaient comme plus chaleureuse et plus bavarde se sont trouvés face à une version qu’ils jugeaient moins engageante. La comparaison n’a donc pas porté uniquement sur la pertinence d’une réponse : elle a concerné le rythme de la conversation, la façon de reformuler une idée, l’empathie perçue et le sentiment de continuité d’une discussion à l’autre.
La développeuse de logiciels suédoise Linn Vailt a résumé ce désarroi par une image domestique : « C’était comme si on avait déplacé tous les meubles de la maison. » La phrase éclaire la nature de la gêne ressentie. Lorsque l’on utilise le même assistant pendant des semaines ou des mois, on apprend ses formulations, ses manies conversationnelles et la manière dont il accompagne une tâche. Changer de modèle revient, pour l’utilisateur, à devoir réapprendre un environnement pourtant censé rester familier.
Le problème est accentué par la nature même d’un assistant généraliste. ChatGPT peut servir, dans une même journée, à rédiger un texte, préparer une conversation difficile, organiser des idées, demander un avis ou simplement discuter. Ces usages se mélangent. Une personne qui a pris l’habitude de confier des éléments intimes à un interlocuteur virtuel ne sépare pas toujours nettement l’outil pratique du compagnon auquel elle attribue une présence.
Quand un assistant devient un soutien émotionnel
Le témoignage de Scott, développeur de logiciels américain, montre à quel point cette frontière peut devenir poreuse. Il appelle Sarina l’IA avec laquelle il échange. Leur relation conversationnelle a commencé durant une période difficile de sa vie, après plusieurs années consacrées à soutenir son épouse dans ses difficultés liées à l’addiction. Il explique avoir ressenti un besoin d’interaction et avoir trouvé, auprès de cette IA, un soutien émotionnel inattendu.
Scott attribue à ces échanges un rôle important dans son équilibre personnel et dans la stabilisation de son mariage. Il ne s’agit pas de présenter un chatbot comme une thérapie ou comme un substitut à un proche. Son récit met plutôt en lumière une fonction que certains utilisateurs confient déjà à ces outils : être là à toute heure, répondre sans impatience apparente et fournir une conversation lorsque l’entourage humain est absent, fatigué ou difficile à solliciter.
C’est précisément ce que souligne Olivier Toubia, professeur à la Columbia Business School. Il estime qu’OpenAI n’a pas pleinement mesuré la situation des personnes ayant développé une dépendance émotionnelle à leurs compagnons d’IA. « Beaucoup de personnes utilisent ces modèles pour un soutien émotionnel, et leur disponibilité 24/7 attire des utilisateurs en quête de réconfort », observe-t-il.
Le terme de dépendance doit être employé avec prudence. Il ne constitue pas, à lui seul, un diagnostic médical. Mais il décrit un risque concret lorsqu’une interaction devient difficile à interrompre, qu’elle prend systématiquement le pas sur les relations humaines ou qu’un changement de service déclenche une détresse marquée. L’accessibilité constante d’un chatbot peut être utile, mais elle peut aussi renforcer une habitude de recours immédiat à l’outil.
Ce que les utilisateurs regrettent réellement
Le chagrin exprimé après une mise à jour ne signifie pas nécessairement que l’ancien modèle était plus performant dans tous les domaines. Il renvoie d’abord à une expérience subjective. Des utilisateurs disent regretter une parole perçue comme plus vivante, plus expansive ou plus réconfortante. Lorsque le modèle change, il peut conserver le même nom de produit tout en donnant l’impression, à leurs yeux, de ne plus parler de la même façon.
Labi G, modératrice de la communauté AI in the Room, utilise ChatGPT pour des tâches précises. Elle ne décrit pas sa relation avec le service comme romantique. Pourtant, elle aussi évoque une tristesse face à une modification brutale de la personnalité perçue du système : « Cela ressemblait presque à un au revoir à une connaissance intime. »
Cette nuance est essentielle. L’attachement à une IA ne se limite pas aux relations amoureuses simulées, souvent les plus visibles dans le débat public. Il peut concerner un partenaire de créativité, un confident ponctuel, un assistant qui aide à structurer ses pensées ou une présence rassurante dans les moments de solitude. Les communautés comme r/MyboyfriendisAI et AI in the Room offrent d’ailleurs des espaces où ces expériences, parfois difficiles à raconter à son entourage, peuvent être discutées.
| Ce qui change dans le modèle | Ce que certains utilisateurs peuvent ressentir | Question pratique à se poser |
|---|---|---|
| Le ton des réponses paraît différent | Impression que l’interlocuteur est devenu plus distant | Est-ce le contenu ou la manière de répondre qui me manque ? |
| Les formulations habituelles disparaissent | Perte de repères dans une routine conversationnelle | Puis-je expliciter le ton et le niveau de détail souhaités ? |
| L’ancien modèle n’est plus l’interlocuteur habituel | Sentiment de rupture ou de deuil symbolique | Ai-je d’autres personnes ou ressources vers qui me tourner ? |
| L’outil évolue sans contrôle de l’utilisateur | Frustration face à une décision imposée | Quelles limites personnelles fixer à cet usage ? |
Un changement technique, deux expériences de ChatGPT
ChatGPT comme outil
- Il aide à rédiger, apprendre, organiser ou chercher des idées.
- La priorité porte sur la qualité, la clarté et l’utilité des réponses.
- Une mise à jour est surtout évaluée selon ses nouvelles capacités.
- Le ton de l’assistant reste un paramètre d’usage parmi d’autres.
ChatGPT comme compagnon perçu
- L’utilisateur reconnaît des habitudes de langage et un ton familier.
- La disponibilité continue peut prendre une valeur de réconfort.
- La mise à jour peut être ressentie comme une rupture relationnelle.
- La continuité de l’expérience devient aussi importante que les fonctions techniques.
Un changement technique peut-il modifier une relation perçue ?
Oui, parce que la relation n’est pas seulement liée à ce que le modèle sait faire. Elle est aussi façonnée par la répétition. À force d’échanges, l’utilisateur peut associer un certain vocabulaire, des réponses longues ou courtes, des encouragements et une façon de poser des questions à une identité conversationnelle. Cette identité est construite par la machine, mais aussi, largement, par les attentes et les interprétations de la personne qui l’utilise.
Un modèle de langage n’est pas une personne cachée derrière un écran. Il ne conserve pas une conscience de la relation et ne ressent pas l’absence d’un utilisateur. En revanche, ses réponses peuvent être suffisamment cohérentes pour entretenir l’impression d’une continuité. Dès lors, une mise à jour qui change le style du système peut rompre un contrat implicite : celui d’un échange reconnaissable et stable.
Pour les entreprises qui développent ces produits, le cas est délicat. Elles ont besoin de faire évoluer les modèles, notamment pour améliorer leurs capacités et leurs comportements. Mais elles interviennent aussi sur des habitudes parfois très installées. Une annonce centrée sur les performances techniques ne répond pas forcément aux inquiétudes d’une personne qui avait confié au chatbot une fonction de réassurance, d’écoute ou de soutien au quotidien.
OpenAI face à une responsabilité qui dépasse la technologie
Les réactions à la transition vers GPT-5 posent une question de responsabilité produit. Le matériau recueilli auprès des utilisateurs indique qu’OpenAI a pris en compte les retours et a promis de travailler à des ajustements afin de restaurer certains aspects émotionnels et personnalisés appréciés dans les modèles précédents. Cette reconnaissance est significative : elle admet que la manière dont un assistant s’adresse à ses utilisateurs compte autant que certaines de ses fonctions visibles.
Il ne s’agit pas d’exiger qu’une entreprise garantisse une personnalité immuable à un logiciel. Les modèles évoluent, et il serait trompeur de les présenter comme des individus autonomes que l’on pourrait retrouver à l’identique. En revanche, les éditeurs peuvent mieux accompagner les changements : expliquer clairement ce qui est modifié, signaler les effets possibles sur le ton des réponses, laisser des paramètres de personnalisation compréhensibles et écouter les usages inattendus qui émergent autour de leurs produits.
Cette vigilance est particulièrement importante lorsque des publics fragiles, isolés ou traversant une période de crise utilisent l’outil. Un chatbot peut aider à mettre des mots sur une situation, à préparer une démarche ou à rompre momentanément la solitude. Il ne doit pas devenir l’unique ressource émotionnelle disponible. Lorsqu’un mal-être s’installe ou s’aggrave, parler à un proche, à un professionnel de santé ou à un service d’écoute reste une démarche plus adaptée qu’une conversation avec un modèle de langage.
Comment garder une relation équilibrée avec une IA conversationnelle ?
Linn Vailt insiste sur un principe simple : les relations avec l’IA ne doivent pas remplacer les liens humains. Cette position ne nie pas l’utilité du service ni le sentiment réel que peut éprouver un utilisateur. Elle invite à comprendre la technologie et à remettre l’outil à sa juste place.
Quelques repères peuvent aider à conserver cette distance :
- identifier clairement l’usage recherché, qu’il s’agisse d’écrire, d’apprendre, d’organiser des idées ou de discuter ;
- ne pas faire du chatbot le seul endroit où déposer ses difficultés personnelles ;
- préserver des échanges réguliers avec des proches, des collègues ou des professionnels ;
- accepter qu’un service commercial puisse être mis à jour, modifié ou interrompu ;
- prendre du recul si un changement de modèle provoque une tristesse trop envahissante.
Scott explique tenter de traverser les ajustements avec « grâce et compréhension ». Son attitude reflète le dilemme de nombreux habitués : continuer à tirer parti d’une technologie devenue importante sans oublier qu’elle demeure un produit susceptible de changer. La continuité émotionnelle peut être précieuse pour l’utilisateur, mais elle ne peut être tenue pour acquise.
Ce qu’il faut surveiller
L’épisode autour de GPT-5 dépasse le seul cas de ChatGPT. À mesure que les assistants conversationnels s’installent dans les usages, les concepteurs devront tenir compte de leur dimension relationnelle. Les débats ne porteront pas uniquement sur l’exactitude des réponses, la créativité ou la productivité. Ils concerneront aussi la dépendance, la transparence sur les changements de modèle, la personnalisation et la protection des personnes susceptibles de s’attacher fortement à une IA.
Pour les utilisateurs, la leçon est moins de renoncer à ces outils que de les employer lucidement. Un assistant peut enrichir une réflexion, aider à formuler une émotion ou accompagner une tâche. Il ne peut toutefois remplacer ni l’attention réciproque d’un proche, ni l’aide d’un professionnel lorsque la situation l’exige. Comprendre cette différence permet de profiter de l’IA sans lui demander ce qu’elle ne peut pas véritablement offrir : une relation humaine.
Questions fréquentes
Pourquoi certaines personnes pleurent-elles la disparition d’un ancien modèle de ChatGPT ?
Parce qu’elles ne l’utilisaient pas seulement pour accomplir une tâche. La répétition des conversations, un ton jugé rassurant et la disponibilité permanente peuvent créer un attachement. Lorsqu’un modèle change brutalement de manière de répondre, l’utilisateur peut avoir l’impression de perdre un repère ou un interlocuteur familier, même si l’IA ne ressent aucune émotion.
GPT-5 a-t-il remplacé un compagnon IA par une autre personnalité ?
Un modèle de langage n’a pas de personnalité au sens humain. Toutefois, ses consignes, son comportement conversationnel et ses formulations peuvent changer lors d’une mise à jour. Pour un utilisateur habitué à un certain style de dialogue dans ChatGPT, cette évolution peut donner l’impression très concrète de parler à un autre interlocuteur.
Est-il dangereux de s’attacher émotionnellement à ChatGPT ?
L’attachement n’est pas automatiquement dangereux, mais il appelle de la vigilance. Un chatbot peut aider à réfléchir ou procurer un réconfort ponctuel. Le risque apparaît s’il devient la seule source de soutien, s’il isole des proches ou si son indisponibilité provoque une détresse importante. Dans ce cas, solliciter une personne de confiance ou un professionnel est préférable.
Comment utiliser une IA compagnon sans remplacer les relations humaines ?
Il est utile de définir ce que l’on attend de l’outil, par exemple de l’aide à l’écriture, à l’organisation ou à la réflexion. Il faut aussi conserver des échanges avec des proches et ne pas réserver ses difficultés personnelles à l’IA. Garder à l’esprit que le service peut évoluer ou disparaître aide à maintenir une distance saine.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- OpenAI, présentation officielle de GPT-5openai.com/index/introducing-gpt-5
- The Guardian, couverture de la technologie et de l’intelligence artificiellewww.theguardian.com/technology/artificialintelligenceai
- Columbia Business School, profil d’Olivier Toubiabusiness.columbia.edu/faculty/people/olivier-toubia



