Au Danemark, l’IA générative pourra aider à préparer l’oral d’anglais dès 2026
Le Danemark autorisera dès 2026 l’usage d’outils d’intelligence artificielle, y compris générative, pendant la préparation de l’oral d’anglais de fin de lycée. Réservée à des établissements volontaires de la filière générale, l’expérimentation entend rapprocher l’évaluation scolaire des pratiques numériques, sans faire disparaître l’épreuve orale.

Autoriser une intelligence artificielle dans le cadre d’un examen paraît, à première vue, incompatible avec l’idée même d’évaluation. Le Danemark choisit pourtant d’explorer cette voie, avec une limite déterminante : l’IA ne sera pas là pour prendre la parole à la place des candidats. À partir de 2026, certains élèves pourront s’en servir durant la préparation de leur épreuve orale d’anglais de fin de lycée.
L’initiative, annoncée par le ministère danois de l’Éducation, ne correspond donc pas à une ouverture généralisée des examens aux assistants conversationnels. Elle prend la forme d’une expérimentation ciblée, réservée aux lycées volontaires de la filière générale. Les élèves disposeront d’une heure de préparation durant laquelle tous les outils seront accessibles, y compris les outils d’IA générative. L’objectif affiché est de faire coexister les compétences scolaires traditionnelles et les usages numériques qui occupent déjà une place importante dans les études et le travail.
Ce que le Danemark autorisera exactement en 2026
Le point central de la réforme tient au moment où l’outil pourra être utilisé. L’IA sera autorisée pendant le temps de préparation, avant le passage à l’oral. Cette distinction est essentielle : un élève peut demander à un outil de l’aider à organiser des idées, à reformuler une phrase ou à envisager des arguments, mais c’est bien lui qui devra ensuite s’exprimer devant les examinateurs.
Le dispositif demeure circonscrit. Il ne concerne ni toutes les matières ni l’ensemble des établissements danois. Les autorités ont choisi de commencer par l’oral d’anglais et par les établissements qui souhaitent prendre part à l’expérimentation. Cette prudence permet de tester les effets concrets de la mesure avant toute éventuelle extension.
| Élément | Modalité annoncée |
|---|---|
| Début de l’expérimentation | 2026 |
| Discipline concernée | Épreuve orale d’anglais |
| Public visé | Élèves de la filière générale du secondaire |
| Établissements participants | Lycées volontaires |
| Moment d’usage de l’IA | Pendant la préparation de l’oral |
| Durée de préparation | Une heure |
| Outils autorisés | Tous les outils, y compris l’IA générative |
Cette précision évite un raccourci fréquent : il ne s’agit pas de laisser une IA produire la prestation orale évaluée. L’élève reste confronté à ce qui fait la spécificité d’un oral, c’est-à-dire la capacité à s’exprimer, à mobiliser ses connaissances, à écouter une question et à y répondre dans la langue étudiée.
Pourquoi intégrer l’IA à un examen scolaire ?
Le choix danois part d’un constat simple : les outils numériques et les systèmes d’IA générative font désormais partie de l’environnement dans lequel les élèves apprendront, poursuivront leurs études et travailleront. Les ignorer totalement dans un examen peut sembler protecteur à court terme, mais risque aussi de créer un décalage avec les situations réelles auxquelles les futurs diplômés seront confrontés.
Le ministre de l’Éducation, Mattias Tesfaye, présente cette démarche comme une recherche d’équilibre entre monde analogique et monde numérique. L’enjeu n’est pas seulement d’apprendre à utiliser un outil. Il consiste aussi à savoir quand il est pertinent de le solliciter, comment formuler une demande utile et, surtout, comment vérifier ce qu’il propose.
Une IA générative peut fournir en quelques secondes un plan, une liste de vocabulaire ou une formulation en anglais. Mais sa rapidité ne garantit ni la pertinence ni l’exactitude de ses réponses. Elle peut produire une information incomplète, une tournure maladroite ou une affirmation présentée avec assurance mais erronée. Dans un contexte d’examen, l’élève qui accepte mécaniquement chaque suggestion reste donc vulnérable.
C’est précisément là que l’expérimentation peut avoir une portée pédagogique. Préparer un oral avec une IA suppose potentiellement de comparer des propositions, de sélectionner les éléments utiles, de corriger ce qui ne convient pas et d’adapter le résultat à son propre niveau de langue. L’outil devient alors un objet d’analyse, plutôt qu’une simple machine à rendre des réponses.
Une évaluation qui change de périmètre, pas de finalité
L’arrivée de l’IA oblige à se demander ce qu’un examen cherche réellement à mesurer. Si l’objectif est de vérifier qu’un élève peut mémoriser seul une formulation ou produire un plan sans aucune assistance, l’usage d’un assistant numérique change profondément la situation. Si l’objectif est aussi de juger sa capacité à raisonner, à communiquer et à faire preuve de discernement, l’oral conserve une fonction particulière.
Dans le cadre danois, le passage oral est le garde-fou le plus visible. Le candidat doit être capable de reprendre à son compte les idées préparées, de les formuler dans une langue étrangère et de les défendre sans que l’outil ne parle à sa place. Une préparation efficace ne suffit pas si l’élève ne maîtrise pas ensuite le contenu de son intervention.
Cette logique rapproche l’évaluation de nombreuses situations académiques ou professionnelles. Dans ces contextes, les personnes disposent souvent de documents, de moteurs de recherche, de logiciels et, de plus en plus, d’assistants d’IA. La compétence ne consiste plus seulement à travailler sans ressources. Elle consiste à employer des ressources disponibles sans renoncer au jugement, à la responsabilité et à l’autonomie.
Préparer un oral d’anglais avec IA : ce que le cadre change
Avant l’expérimentation
- Préparation fondée sur les ressources habituellement autorisées par l’examen.
- L’élève construit seul son plan, son vocabulaire et ses formulations.
- Les compétences numériques ne font pas partie du temps de préparation autorisé.
- L’aide disponible dépend essentiellement des connaissances déjà maîtrisées.
Dans l’expérimentation de 2026
- Une heure de préparation avec accès à tous les outils, y compris l’IA générative.
- L’élève peut solliciter l’outil pour organiser, reformuler ou explorer des pistes.
- Il doit trier, vérifier et s’approprier les propositions de l’IA.
- La prestation orale reste réalisée et portée personnellement par le candidat.
Les garanties à construire autour de l’expérimentation
L’annonce danoise évoque un cadre strict, mais les informations disponibles à ce stade ne détaillent pas l’ensemble des règles pratiques qui s’appliqueront dans chaque lycée. Plusieurs questions seront donc déterminantes pour apprécier la solidité du dispositif : les élèves recevront-ils une formation spécifique à l’usage critique de l’IA ? Quelles consignes seront données sur la vérification des réponses ? Comment les examinateurs tiendront-ils compte de la phase de préparation ?
L’accès à « tous les outils » pendant une heure ouvre des possibilités importantes, mais soulève aussi des difficultés concrètes. Les élèves n’ont pas nécessairement la même familiarité avec les services numériques, ni les mêmes réflexes pour rédiger une demande précise en anglais. Une expérimentation juste devra veiller à ce que la performance ne dépende pas uniquement de la maîtrise préalable d’un assistant conversationnel.
La protection des données fait également partie des enjeux habituels liés à l’IA générative. Quand un élève saisit une consigne, un extrait de texte ou des informations personnelles dans un service numérique, il doit comprendre ce qui peut être transmis à l’outil. À cela s’ajoute la question de la fiabilité : une réponse fluide et grammaticalement correcte n’est pas automatiquement une réponse vraie, nuancée ou adaptée au sujet.
L’enjeu de l’encadrement n’est donc pas de promettre une technologie infaillible. Il est d’apprendre aux élèves à reconnaître ses limites. Cette compétence est utile bien au-delà d’un examen d’anglais : elle concerne la recherche d’information, l’écriture, la prise de décision et la capacité à distinguer une réponse convaincante d’une réponse réellement solide.
Des bénéfices possibles, mais aussi un risque de dépendance
Les partisans de l’initiative peuvent y voir une manière de rendre les examens plus proches des pratiques contemporaines. L’IA peut aider un élève à débloquer une préparation, à clarifier la structure d’un exposé ou à trouver différentes façons d’exprimer une idée. Dans une épreuve de langue, elle peut également servir de support pour repérer du vocabulaire et réfléchir à la précision d’une formulation.
Les réserves exprimées dans le débat éducatif sont néanmoins légitimes. Si l’outil devient un réflexe systématique, certains élèves pourraient moins s’entraîner à construire seuls une argumentation ou à mobiliser leur vocabulaire. Le risque ne réside pas seulement dans la triche au sens traditionnel du terme. Il réside aussi dans une dépendance qui affaiblirait progressivement l’effort de compréhension et de formulation personnelle.
Pour cette raison, l’intérêt d’une expérimentation ne se mesure pas au simple fait d’autoriser ou non l’IA. Il se mesure à la façon dont les enseignants et les examinateurs peuvent conserver une évaluation exigeante. Un candidat doit pouvoir expliquer les idées qu’il avance, reformuler une réponse, répondre à une relance et montrer qu’il comprend ce qu’il dit. L’oral offre justement un espace où la maîtrise réelle apparaît plus facilement qu’à travers un texte préparé.
Le dispositif danois ne tranche donc pas définitivement le débat sur l’IA à l’école. Il teste un compromis : accepter que les outils existent et puissent être utilisés, tout en maintenant une situation d’évaluation dans laquelle l’élève demeure identifiable comme l’auteur de sa parole et de son raisonnement.
Une expérience observée au-delà du Danemark
La place de l’intelligence artificielle dans l’éducation est devenue une question internationale. Les établissements scolaires et universitaires doivent arbitrer entre plusieurs options : interdire les outils, les tolérer sans véritable accompagnement, ou les intégrer à des usages encadrés. Le choix danois appartient clairement à cette troisième voie, même s’il reste pour l’heure limité à une expérimentation.
Son intérêt réside dans sa précision. Au lieu de modifier tous les examens d’un coup, la mesure cible une discipline, un format oral, une phase de préparation définie et des établissements volontaires. Cette méthode permettra d’observer non seulement les résultats des élèves, mais aussi les conditions nécessaires pour que l’outil reste au service de l’apprentissage.
Il serait toutefois prématuré d’y voir un modèle immédiatement transposable partout. Les règles d’examen, les programmes scolaires, les équipements disponibles et la formation des enseignants diffèrent d’un pays à l’autre. L’expérience danoise pourra nourrir les débats, mais elle ne dispense pas chaque système éducatif de définir ses propres objectifs et ses propres garanties.
Ce qu’il faudra surveiller avant et après 2026
Plusieurs éléments permettront de juger la portée réelle de la réforme. Le premier sera le nombre de lycées de la filière générale qui choisiront de participer. Une expérimentation ne produit pas les mêmes enseignements selon qu’elle reste très limitée ou qu’elle mobilise des établissements aux profils variés.
Le deuxième point concernera l’accompagnement des élèves et des enseignants. Autoriser un outil ne suffit pas à développer une culture numérique critique. Les candidats devront comprendre ce qu’une IA peut apporter, mais aussi ce qu’elle ne sait pas garantir. Les enseignants, de leur côté, devront pouvoir expliquer les règles du dispositif et préparer les élèves à un usage responsable.
Enfin, l’évaluation de l’expérimentation sera décisive. Il faudra observer si les élèves gagnent réellement en autonomie, en aisance orale et en capacité de vérification, ou si l’outil accroît au contraire les écarts entre ceux qui savent déjà s’en servir et les autres. C’est à cette condition que le Danemark pourra déterminer si l’IA a trouvé une place utile dans ses examens : non pas comme un raccourci vers la réponse, mais comme un révélateur de compétences nouvelles et indispensables.
Questions fréquentes
Quand l’IA sera-t-elle autorisée aux examens de fin de lycée au Danemark ?
L’expérimentation doit débuter en 2026. Elle concerne l’épreuve orale d’anglais de la filière générale du secondaire. Il ne s’agit pas d’une autorisation valable pour tous les examens danois : seuls les établissements volontaires pourront participer au dispositif annoncé par les autorités éducatives.
Les élèves danois pourront-ils utiliser ChatGPT ou une autre IA pendant l’oral ?
L’autorisation concerne la phase de préparation précédant l’oral, et non le passage oral lui-même. Les élèves disposeront d’une heure durant laquelle tous les outils seront accessibles, y compris l’IA générative. Ils devront ensuite s’exprimer eux-mêmes devant les examinateurs, sans que l’outil ne parle à leur place.
Quels examens seront concernés par l’usage de l’intelligence artificielle au Danemark ?
À ce stade, l’expérimentation annoncée vise uniquement l’épreuve orale d’anglais des élèves de la filière générale. Elle ne concerne donc pas l’ensemble des matières, ni tous les parcours scolaires, ni tous les lycées danois. Le périmètre volontairement limité doit permettre de tester le dispositif avant toute décision ultérieure.
Pourquoi le Danemark veut-il autoriser l’IA générative lors d’un examen ?
Les autorités danoises veulent mieux préparer les élèves à un environnement où les outils numériques sont déjà présents dans les études et le travail. L’idée est de concilier savoirs traditionnels et compétences numériques, tout en apprenant à vérifier les réponses générées et à conserver son autonomie de raisonnement.
L’IA dans les examens risque-t-elle de favoriser la triche ?
Le risque existe si l’outil remplace la réflexion personnelle. C’est pourquoi le format choisi est significatif : l’IA est accessible pendant la préparation, tandis que l’élève doit défendre ses idées à l’oral. Les relances et l’expression personnelle permettent de mieux apprécier s’il comprend réellement ce qu’il présente.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Ministère danois de l’Enfance et de l’Éducation, site officielwww.uvm.dk



