Cybersécurité

DSI en 2025 : les six priorités pour concilier IA, coûts et cybersécurité

En 2025, le directeur des systèmes d’information ne se limite plus à maintenir les outils numériques : il doit protéger l’entreprise, encadrer l’IA et maîtriser les dépenses. Cybersécurité, cloud, gouvernance des données, compétences et sobriété numérique forment un ensemble de décisions étroitement liées.

Une équipe informatique surveille sécurité, données cloud et consommation des infrastructures de l’entreprise.
Illustration : Actu.ai

Le rôle du directeur des systèmes d’information, ou DSI, change d’échelle en 2025. Longtemps associé au bon fonctionnement des postes de travail, des applications et des réseaux, il devient l’un des responsables de la résilience de l’entreprise. Il doit à la fois empêcher qu’une attaque ne paralyse l’activité, organiser l’arrivée de l’intelligence artificielle, protéger des données toujours plus nombreuses et justifier chaque investissement technologique.

Ces missions ne peuvent pas être traitées séparément. Déployer un nouvel assistant d’IA implique par exemple de savoir quelles données il peut consulter, où celles-ci sont hébergées, quels salariés sont autorisés à l’utiliser et combien son fonctionnement coûte. À l’inverse, une politique de cybersécurité trop rigide peut freiner les usages et pousser les équipes vers des outils non validés. La difficulté du DSI est donc moins de choisir entre innovation et contrôle que d’installer un cadre qui permette les deux.

Les données citées dans les études de Gartner et de Forrester dessinent six priorités : la cybersécurité, l’intégration de l’IA et du cloud, la gouvernance des données, la maîtrise des coûts, les compétences et la responsabilité numérique. Elles traduisent une même exigence : faire de l’informatique un levier de transformation sans en faire une source de fragilité.

Les six défis qui structurent l’agenda des DSI

Chaque enjeu répond à un risque ou à une attente très concrète de l’entreprise. Ils se recoupent souvent : un projet de cloud hybride concerne à la fois la sécurité, le budget, la conformité et parfois l’empreinte environnementale.

DéfiChiffre cité pour 2025Ce qu’il implique pour le DSI
Cybersécurité68 % des DSI la placent en tête des priorités, selon GartnerAnticiper les attaques et renforcer les contrôles d’accès
IA et cloudPas de chiffre unique citéChoisir des usages utiles et une architecture compatible avec les règles internes
Gouvernance des donnéesPas de chiffre unique citéIdentifier, protéger et administrer les informations sensibles
Coûts IT65 % des DSI doivent les optimiser, selon ForresterSuivre les dépenses cloud et réduire les redondances logicielles
Talents69 % évoquent un défi majeur de compétencesFormer, fidéliser et attirer les profils techniques
Numérique responsable60 % en font un axe prioritaire, selon GartnerRéduire les consommations et prolonger la durée de vie des équipements

Ce tableau ne décrit pas une liste de tâches indépendante. Il montre plutôt pourquoi la fonction de DSI est devenue transversale. Elle dialogue désormais avec la direction générale, les métiers, les équipes juridiques, les ressources humaines et les responsables de la sécurité.

La cybersécurité devient-elle la première mission du DSI ?

Pour 68 % des DSI, la cybersécurité est la priorité numéro un en 2025, selon l’étude Gartner citée. Cette place s’explique par la multiplication des attaques visant les entreprises, leurs infrastructures critiques et leurs données sensibles. Une interruption de service, le vol de fichiers ou l’accès frauduleux à un compte peuvent affecter la production, la relation client, la réputation et la continuité de l’activité.

La réponse ne consiste pas seulement à ajouter un logiciel de sécurité. Elle impose de revoir la manière dont les accès sont accordés et surveillés. Parmi les approches mises en avant figure le Zero Trust, ou confiance zéro. Son principe est simple : aucun utilisateur, appareil ou service n’est automatiquement considéré comme fiable, même s’il se trouve déjà dans le réseau de l’organisation. Chaque demande d’accès doit être vérifiée selon le contexte et les droits réellement nécessaires.

Cette logique pousse à mieux distinguer les profils et les niveaux d’autorisation. Un salarié n’a pas besoin d’accéder à toutes les applications de l’entreprise pour accomplir sa mission. Réduire ces droits limite les conséquences potentielles d’un compte compromis.

L’automatisation est l’autre chantier important. Elle peut aider les équipes de sécurité à repérer plus vite des comportements inhabituels et à réagir en temps réel à certaines menaces. Elle ne remplace pas le jugement humain, notamment lorsqu’il faut mesurer l’impact métier d’une alerte ou traiter un incident complexe. Mais elle permet de concentrer les spécialistes sur les situations qui exigent une expertise réelle.

La sécurité du cloud est tout aussi décisive. 83 % des entreprises prévoient d’augmenter leur budget de cybersécurité pour les environnements cloud, selon le chiffre cité. Le passage au cloud ne transfère pas mécaniquement toute la responsabilité de la protection au fournisseur : l’entreprise conserve notamment un rôle central dans la gestion des identités, des accès, des configurations et des données qu’elle y place.

IA et cloud : comment accélérer sans perdre le contrôle ?

L’intelligence artificielle et le cloud sont devenus des outils centraux de la transformation numérique. L’IA peut améliorer l’analyse de grands volumes de données, automatiser certaines tâches et contribuer à optimiser la relation client. Le cloud, lui, apporte de la flexibilité dans le déploiement des ressources et des applications. Pour le DSI, le défi n’est pas d’adopter ces technologies par principe, mais de les relier à des besoins précis.

Une IA utilisée pour analyser des données ou aider un service client ne doit pas être évaluée uniquement sur la qualité apparente de ses réponses. Il faut aussi examiner les informations qu’elle traite, les accès qu’elle reçoit, la capacité des équipes à vérifier ses résultats et les règles applicables à son usage. Une expérimentation non encadrée peut créer de nouveaux risques de fuite de données ou de dépendance à un outil mal intégré au système existant.

Le cloud hybride est présenté comme une réponse possible à cet équilibre. Cette approche combine différents environnements afin de conserver de la flexibilité tout en tenant compte des contraintes réglementaires et de la sensibilité des informations. Elle ne dispense pas d’une architecture claire : les données, les applications et les responsabilités doivent être connus, documentés et gérés.

Déployer l’IA : vitesse ou maîtrise

Déploiement rapide

  • Lancer des outils sans cartographie précise des données utilisées
  • Privilégier l’effet de nouveauté plutôt que des cas d’usage mesurables
  • Multiplier les solutions peut créer des redondances et des coûts cachés
  • Laisser les équipes choisir seules leurs outils accroît les risques de fuite

Déploiement gouverné

  • Définir les données autorisées et les règles d’accès avant l’usage
  • Associer chaque projet à un besoin métier clairement identifié
  • Prévoir le suivi des coûts, des résultats et des responsabilités
  • Former les utilisateurs à vérifier et employer les outils dans le cadre défini

Données, accès et conformité : le socle invisible des projets numériques

La multiplication des réglementations sur la protection des données oblige les entreprises à renforcer leur gouvernance. Derrière cette expression se cache une série de questions concrètes : quelles données l’entreprise détient-elle ? Qui en est responsable ? Qui peut les consulter, les modifier ou les transmettre ? Combien de temps doivent-elles être conservées ?

Le DSI doit travailler avec les autres fonctions concernées pour répondre à ces questions et traduire les règles en dispositifs techniques. Cela passe notamment par des politiques de gestion des accès, par une administration centralisée des informations et par une protection renforcée des données sensibles. Sans cette base, les projets d’IA, de cloud ou d’automatisation peuvent rapidement se heurter à des problèmes de conformité ou de sécurité.

L’arrivée de la facture électronique obligatoire illustre cette pression réglementaire croissante. Les systèmes d’information doivent être capables de gérer les échanges de données attendus, tout en préservant l’intégrité et la confidentialité des informations commerciales. Le sujet dépasse donc la seule comptabilité : il touche aux outils, aux flux, aux droits d’accès et à la qualité des données.

Un nombre croissant d’entreprises se tourne vers des solutions de cloud souverain pour renforcer le contrôle exercé sur leurs données sensibles. Cette orientation peut répondre à certaines exigences, mais elle ne remplace pas les règles internes de sécurité et de gouvernance. Le lieu d’hébergement compte, tout comme la manière dont les données sont utilisées au quotidien.

Réduire les coûts IT sans sacrifier la transformation

La pression budgétaire ne disparaît pas parce que les besoins numériques augmentent. Au contraire, la multiplication des abonnements logiciels, des services cloud, des projets d’IA et des besoins de cybersécurité peut rendre les dépenses plus difficiles à lire. Selon l’étude Forrester citée, 65 % des DSI font face à la nécessité d’optimiser les coûts informatiques tout en poursuivant leur transformation digitale.

Le FinOps est l’une des pratiques mises en avant pour y répondre. Il vise à rapprocher les équipes techniques, financières et opérationnelles afin de mieux comprendre et piloter les dépenses liées au cloud. L’enjeu n’est pas de couper aveuglément les budgets, mais d’éviter de payer pour des ressources sous-utilisées et de relier les coûts à des usages identifiés.

La rationalisation des applications est un autre levier. Au fil des années, une entreprise peut accumuler plusieurs outils remplissant des fonctions proches. Cette redondance alourdit les coûts de licence, de maintenance, de formation et de sécurité. Réduire le nombre d’applications peut donc simplifier le système d’information, à condition d’accompagner les équipes concernées et de ne pas supprimer une solution indispensable à un métier.

L’externalisation de certaines fonctions IT ou le recours à des services managés peuvent aussi libérer du temps pour les activités les plus stratégiques. Mais le DSI doit alors conserver une capacité de pilotage : externaliser l’exécution n’efface ni la responsabilité sur les données ni l’obligation de maîtriser les risques.

Compétences IT : former autant que recruter

Les technologies évoluent vite, mais les compétences nécessaires pour les concevoir, les sécuriser et les administrer ne sont pas disponibles en quantité illimitée. En 2025, 69 % des DSI considèrent la gestion des compétences comme un défi majeur. La pénurie concerne autant les expertises en cybersécurité, cloud et données que la capacité à faire dialoguer les équipes techniques et les métiers.

Le recrutement reste nécessaire, mais il ne peut être la seule réponse. L'upskilling, qui consiste à approfondir les compétences existantes, et le reskilling, qui accompagne une reconversion vers de nouvelles missions, offrent une solution interne. Former des collaborateurs qui connaissent déjà les processus de l’entreprise peut accélérer l’adoption de nouvelles pratiques et réduire la dépendance à quelques profils rares.

Les conditions de travail comptent aussi. Malgré la tendance au retour au bureau, les modèles hybrides demeurent un argument pour attirer ou retenir des spécialistes très sollicités. La marque employeur IT ne se construit cependant pas seulement autour de la flexibilité : elle dépend également de la qualité des projets proposés, de la possibilité de se former et de la place donnée aux équipes dans les décisions technologiques.

Pour le DSI, le défi est donc organisationnel autant que technique. Il doit constituer des équipes capables non seulement d’exploiter les outils, mais aussi de questionner leurs effets et de les adapter aux besoins réels des utilisateurs.

Pourquoi le numérique responsable entre dans la feuille de route

L’empreinte environnementale du numérique devient une préoccupation de gouvernance. Selon Gartner, 60 % des DSI considèrent l’écoresponsabilité comme un axe prioritaire. Les infrastructures informatiques consomment de l’énergie, les équipements ont une durée de vie limitée et chaque nouveau service ajoute des besoins de stockage, de calcul ou de réseau.

Le Green IT cherche à réduire cet impact en optimisant les infrastructures et les usages. Cela peut passer par un meilleur dimensionnement des ressources, par le choix d’applications moins lourdes ou par la limitation des traitements superflus. La sobriété numérique ne signifie pas renoncer au progrès technologique : elle invite à se demander si chaque fonctionnalité, chaque donnée stockée et chaque équipement renouvelé apporte une valeur suffisante.

La réutilisation et le recyclage des équipements constituent un autre volet. Prolonger l’usage d’un matériel lorsqu’il reste adapté aux besoins limite les déchets électroniques et peut réduire les coûts. Certaines entreprises migrent aussi vers des data centers alimentés par des énergies renouvelables afin de diminuer leur impact environnemental.

Cette responsabilité rejoint les autres priorités du DSI. Un système plus simple, des applications rationalisées et des ressources cloud mieux suivies peuvent à la fois réduire une facture, améliorer la sécurité et limiter les consommations inutiles.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

La réussite d’un DSI ne se mesurera pas au nombre d’outils d’IA ou de services cloud ajoutés au catalogue. Elle dépendra de sa capacité à établir des priorités, à expliquer les arbitrages à la direction et à associer les métiers aux décisions. Une entreprise qui automatise sans gouvernance risque de multiplier les vulnérabilités. Une entreprise qui ne fait que contrôler risque de laisser se développer des usages hors de son cadre.

Les points à suivre sont donc l’évolution des menaces cyber, l’encadrement des usages de l’IA, la qualité des données, la visibilité sur les dépenses cloud et la montée en compétences des équipes. La durabilité doit également s’intégrer à ces critères, non comme un sujet isolé, mais comme une manière de concevoir des systèmes plus efficients.

En 2025, le DSI est appelé à devenir l’architecte de cet équilibre. Son rôle consiste à rendre l’entreprise plus innovante sans la rendre plus exposée, plus agile sans la rendre dépendante, et plus numérique sans perdre de vue les ressources qu’elle mobilise.

Questions fréquentes

Quels sont les principaux défis des DSI en 2025 ?

Les six défis mis en avant sont la cybersécurité, l’intégration de l’intelligence artificielle et du cloud, la gouvernance des données, l’optimisation des coûts IT, la gestion des talents et le numérique responsable. Ils sont liés : un projet d’IA, par exemple, soulève simultanément des questions de sécurité, de données, de compétences et de budget.

Pourquoi la cybersécurité est-elle la priorité des DSI en 2025 ?

Selon l’étude Gartner citée, 68 % des DSI placent la cybersécurité en tête de leurs priorités. Les attaques visent les infrastructures critiques et les données sensibles, avec des conséquences possibles sur l’activité. Les réponses évoquées comprennent le Zero Trust, l’automatisation de la détection et la sécurisation renforcée des environnements cloud.

Comment un DSI peut-il encadrer l’IA dans son entreprise ?

Le DSI doit d’abord relier l’outil à un besoin métier concret, puis déterminer quelles données il peut traiter et quels utilisateurs y ont accès. Il doit aussi organiser la vérification des résultats, suivre les coûts et s’assurer que l’intégration respecte les règles de sécurité et de gouvernance de l’organisation.

Qu’est-ce que le FinOps et à quoi sert-il ?

Le FinOps désigne une méthode de pilotage des dépenses liées au cloud. Son objectif est de rapprocher les équipes techniques, financières et opérationnelles pour comprendre les coûts, repérer les ressources sous-utilisées et relier les dépenses à des usages réels. Il ne consiste pas seulement à réduire le budget, mais à mieux l’allouer.

Comment les DSI peuvent-ils répondre au manque de talents IT ?

Le recrutement de spécialistes reste important, mais il doit être complété par la formation interne. L’upskilling permet d’approfondir des compétences existantes et le reskilling d’accompagner une évolution vers de nouvelles missions. Des projets attractifs, des possibilités de formation et une organisation du travail adaptée aident également à fidéliser les équipes.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Gartner, actualités et analyses sur les priorités des DSIwww.gartner.com/en/newsroom
  2. Forrester, recherches sur les stratégies technologiques des entrepriseswww.forrester.com
  3. ANSSI, recommandations et ressources sur la cybersécuritécyber.gouv.fr
  4. CNIL, ressources sur la protection des données personnelleswww.cnil.fr