Société et emploi

IA agentique, énergie, santé : cinq tendances technologiques à suivre en 2025

En 2025, la technologie ne se résume plus à de nouveaux outils : elle interroge aussi l’énergie, l’information fiable, la réponse aux crises et la santé. De l’IA agentique aux objets connectés médicaux, cinq dynamiques montrent comment l’innovation peut transformer les organisations comme la vie quotidienne.

Professionnels analysant des données d’IA, d’énergie, de crise et de santé sur plusieurs écrans.
Illustration : Actu.ai

L’année 2025 ne se joue pas seulement dans la course aux modèles d’intelligence artificielle les plus performants. Les transformations les plus structurantes se situent aussi dans les infrastructures qui alimentent le numérique, dans la capacité à distinguer le vrai du faux, dans l’organisation des secours et dans le suivi de la santé. Leur point commun : elles rapprochent la technologie de décisions concrètes, parfois cruciales, prises par des entreprises, des administrations, des professionnels et des citoyens.

Cinq tendances se dégagent particulièrement. L’IA dite agentique ambitionne de faire passer les assistants d’un rôle de réponse à un rôle d’exécution. La transition énergétique cherche à concilier hausse des besoins électriques et réduction des émissions. La lutte contre la désinformation s’équipe de nouveaux outils. Les données ouvertes deviennent un atout pour faire face aux crises locales. Enfin, les dispositifs de santé connectée prolongent le soin au-delà du cabinet médical ou de l’hôpital.

Ces évolutions ne sont ni automatiques ni uniformes. Elles posent des questions de fiabilité, de sécurité, d’accès aux données et de responsabilité. Les comprendre permet de distinguer une promesse technologique d’un usage réellement utile.

1. L’IA agentique, vers des assistants capables d’agir

L’intelligence artificielle générative a rendu familière l’idée d’un outil qui rédige, résume, traduit ou crée une image à partir d’une consigne. L’étape suivante, souvent appelée IA agentique, consiste à confier à un système une mission composée de plusieurs actions : recueillir des informations, les organiser, produire un document, transmettre un résultat ou alerter une personne.

Un agent ne se limite donc pas à répondre à une question isolée. Il peut, en théorie, suivre un objectif à travers plusieurs étapes et utiliser les logiciels mis à sa disposition. Par exemple, dans une entreprise, il pourrait préparer une synthèse à partir de documents internes, classer des demandes simples ou assister un service client. Microsoft met notamment en avant des agents d’IA destinés à accomplir des tâches complexes de manière plus autonome.

Le terme « autonome » mérite toutefois d’être manié avec précision. Ces outils ne disposent pas d’une compréhension humaine du contexte, des conséquences ou des règles implicites. Les modèles génératifs produisent des résultats en calculant les suites les plus plausibles à partir des données sur lesquelles ils ont été entraînés et des instructions reçues. Ils peuvent donc se tromper, inventer une référence ou appliquer une consigne de façon inadaptée.

Dans la santé, la finance ou les transports, domaines où l’IA peut aider à optimiser les ressources, cette limite est décisive. Une recommandation algorithmique peut accélérer le tri d’informations, mais elle ne doit pas effacer la responsabilité des professionnels. La bonne question n’est pas seulement « que peut faire l’agent ? », mais aussi « qui vérifie son action, avec quelles données et selon quelles règles ? ».

2. L’énergie devient une condition concrète de l’innovation numérique

L’essor du numérique, de l’IA et des centres de données rappelle une réalité matérielle : tous les services en ligne dépendent d’électricité, de réseaux et d’équipements physiques. La transition énergétique prend ainsi une place centrale dans les débats technologiques de 2025.

L’éolien et le solaire constituent des sources renouvelables essentielles pour répondre à une demande croissante tout en limitant les émissions liées à la production d’énergie. Leur déploiement s’accompagne d’un défi : leur production varie selon la météo et les moments de la journée. Pour intégrer davantage ces sources au réseau électrique, il faut donc adapter les infrastructures, mieux piloter la consommation et disposer de capacités de stockage.

Les progrès des batteries avancées sont particulièrement importants dans cette équation. Elles peuvent emmagasiner de l’électricité lorsqu’elle est abondante et la restituer lorsque la demande augmente ou que la production renouvelable diminue. Le stockage n’est pas l’unique réponse, mais il rend les systèmes électriques plus flexibles.

D’autres pistes suscitent l’intérêt des grands acteurs du numérique. Amazon a investi dans les petits réacteurs modulaires, souvent désignés par l’acronyme SMR. Ces installations nucléaires de taille réduite par rapport aux réacteurs conventionnels sont envisagées comme une source de production décarbonée. Elles restent cependant soumises à des enjeux techniques, industriels, réglementaires et financiers considérables.

Composante de la transitionRôle envisagéEnjeu principal en 2025
Solaire et éolienProduire une électricité renouvelableGérer une production variable selon les conditions naturelles
Batteries avancéesStocker et restituer l’électricitéAccroître la flexibilité du réseau électrique
Petits réacteurs modulairesFournir une production nucléaire décarbonéeDémontrer leur viabilité industrielle et leur déploiement sûr
Centres de donnéesHéberger les services numériques et d’IARéduire leur consommation et sécuriser leur approvisionnement

L’informatique plus économe en énergie devient donc un sujet autant économique qu’environnemental. Il concerne la conception des puces, l’efficacité des logiciels, le refroidissement des centres de données et le choix de l’implantation des infrastructures. À mesure que les usages numériques se développent, mesurer leur consommation et rechercher des gains d’efficacité ne relève plus d’un détail technique.

3. Face aux fake news, l’IA peut assister la vérification, pas l’automatiser totalement

La circulation rapide de contenus trompeurs, décontextualisés ou falsifiés fragilise le débat public. Les images, sons et textes générés par IA compliquent encore la situation, car ils peuvent donner une apparence crédible à une information erronée. Dans ce contexte, les outils numériques de vérification prennent une importance accrue.

L’IA peut aider à repérer des répétitions inhabituelles, comparer des versions d’un récit, analyser de grands volumes de publications ou retrouver des indices dans des images et des vidéos. Ces capacités sont précieuses lorsque les informations arrivent vite et en masse. Des organisations comme ProPublica et Bellingcat s’appuient sur des méthodes numériques et l’analyse de sources accessibles au public dans leurs travaux d’enquête et de vérification.

Mais vérifier un fait ne consiste pas à obtenir un score de fiabilité de la part d’un logiciel. Il faut identifier l’origine d’un document, dater une séquence, la situer, confronter les déclarations à des sources indépendantes et expliquer les incertitudes qui subsistent. L’IA peut accélérer certaines recherches, mais elle peut aussi reproduire les erreurs présentes dans les données qu’elle traite ou produire une explication convaincante mais fausse.

La réponse durable combine donc outils techniques, travail journalistique, culture de l’information et transparence des plateformes. Pour le public, quelques réflexes restent déterminants : se méfier d’un contenu qui provoque une réaction immédiate, vérifier sa date et sa source initiale, puis chercher une confirmation indépendante avant de le partager.

Vérifier l’information : ce que l’IA peut faire, et ce qu’elle ne peut pas trancher seule

L’IA comme outil d’assistance

  • Elle peut analyser rapidement de grands volumes de contenus.
  • Elle peut repérer des similitudes, incohérences ou indices visuels.
  • Elle peut aider à prioriser les vérifications les plus urgentes.
  • Elle peut accélérer certaines recherches documentaires.

Le travail humain indispensable

  • Identifier la source originale et son contexte de publication.
  • Recouper une affirmation avec des sources indépendantes.
  • Évaluer les zones d’incertitude et les expliquer au public.
  • Assumer la responsabilité éditoriale de la vérification.

4. Les données ouvertes et hyperlocales pour mieux répondre aux crises

Une donnée ouverte, ou open data, est une information mise à disposition afin de pouvoir être consultée et réutilisée selon des conditions définies. Les données publiques peuvent concerner les transports, la météo, les équipements, les cartes, les risques naturels ou encore certains indicateurs territoriaux. Lorsqu’elles sont fiables, documentées et accessibles, elles peuvent servir aux citoyens, aux chercheurs, aux collectivités et aux services de secours.

Dans la gestion d’une crise, les données hyperlocales sont particulièrement utiles. Elles apportent des informations au plus près d’un territoire : évolution d’un incendie, zones inondées, routes impraticables, emplacements de ressources ou besoins signalés par les habitants. Des applications communautaires peuvent contribuer à ce suivi et faciliter la coordination des interventions.

Cette dynamique repose aussi sur des infrastructures capables de continuer à fonctionner dans des conditions dégradées. L’edge computing, ou informatique en périphérie, consiste à traiter une partie des données près de leur point de collecte plutôt que de tout transmettre à un centre de données éloigné. Cette approche peut réduire le délai de traitement et limiter la dépendance à une connexion constante. La connectivité par satellite offre, de son côté, un relais lorsque les réseaux terrestres sont insuffisants ou endommagés.

L’ouverture des données n’autorise pas pour autant tous les usages. Dans une catastrophe, publier des informations trop précises sur des personnes vulnérables, leur état de santé ou leur localisation peut créer de nouveaux risques. La qualité des données, la protection de la vie privée, la modération des signalements et la coordination avec les autorités sont aussi importantes que la technologie elle-même.

5. La santé connectée étend le suivi au quotidien

La technologie transforme déjà la relation entre patients et professionnels de santé. La télémédecine permet certaines consultations à distance, tandis que les objets portables, tels que des montres ou capteurs, recueillent en continu des données sur l’activité, le sommeil ou certains paramètres physiologiques. Cette évolution ne remplace pas la médecine clinique, mais elle peut compléter le suivi entre deux rendez-vous.

L’intérêt est double. Pour les patients, ces outils peuvent faciliter une surveillance plus régulière et encourager une meilleure compréhension de certains indicateurs. Pour les soignants, ils peuvent fournir des données sur la durée plutôt qu’une mesure ponctuelle réalisée lors d’une consultation. L’analyse de grands ensembles de données ouvre ainsi des perspectives pour le diagnostic précoce et la personnalisation des traitements.

Les bénéfices potentiels ne doivent cependant pas conduire à une lecture automatique des chiffres. Une mesure isolée n’est pas un diagnostic. Les capteurs ont des marges d’erreur, les données peuvent être mal interprétées et les alertes répétées peuvent inquiéter inutilement. L’utilité d’un dispositif dépend de sa qualité, de son usage médicalement pertinent et de la capacité du patient à obtenir une explication fiable.

La protection des données de santé constitue un autre point de vigilance majeur. Ces informations sont parmi les plus sensibles : elles peuvent révéler une maladie, des habitudes de vie ou une situation personnelle. Les solutions qui les collectent doivent donc être évaluées avec soin, notamment sur la sécurité, les conditions de partage et la possibilité pour l’utilisateur de garder le contrôle.

Ce qu’il faut surveiller au-delà de 2025

Ces cinq tendances illustrent une même bascule : la technologie devient plus présente dans des systèmes essentiels, du travail à l’énergie, de l’information aux soins. Les promesses d’efficacité sont réelles, mais elles ne suffisent pas à définir le progrès. Une automatisation rapide peut être contre-productive si elle dégrade la qualité d’un service. Des données ouvertes peuvent être précieuses, mais elles doivent rester protégées. Une IA capable d’agir peut faire gagner du temps, mais elle doit pouvoir être contrôlée.

Pour les organisations, la préparation passe notamment par la formation des équipes, l’adoption d’infrastructures suffisamment souples et l’évaluation des risques avant un déploiement à grande échelle. Les compétences liées à l’IA, à la gestion des données, à la cybersécurité, à la robotique et au développement durable devraient prendre une place croissante.

Pour les citoyens, l’enjeu est de ne pas subir ces outils comme des boîtes noires. Comprendre ce qu’ils mesurent, ce qu’ils décident et les données qu’ils utilisent est devenu une forme de culture générale. En 2025, l’innovation la plus utile ne sera pas nécessairement la plus spectaculaire : ce sera celle qui saura prouver sa fiabilité, réduire son impact et rester au service de décisions humaines éclairées.

Questions fréquentes

Quelles sont les cinq grandes tendances technologiques à surveiller en 2025 ?

Les cinq axes mis en avant sont l’IA agentique, la transition énergétique appuyée par les renouvelables et le stockage, les outils de lutte contre la désinformation, l’usage éthique des données ouvertes dans les crises et la santé connectée. Ils concernent autant les entreprises que les services publics et les usages quotidiens.

Qu’est-ce que l’IA agentique ?

L’IA agentique désigne des systèmes conçus pour mener plusieurs étapes afin d’atteindre un objectif, au lieu de répondre seulement à une requête. Ils peuvent rechercher, organiser et transmettre des informations ou agir dans des logiciels. Ils exigent néanmoins des règles précises, des contrôles humains et une supervision renforcée pour les tâches sensibles.

Pourquoi les batteries sont-elles importantes pour les énergies renouvelables ?

La production solaire et éolienne dépend de l’ensoleillement et du vent. Les batteries peuvent stocker de l’électricité lorsqu’elle est disponible, puis la restituer à un autre moment. Elles contribuent ainsi à mieux intégrer les renouvelables dans le réseau, même si elles ne constituent pas à elles seules la réponse à tous les défis énergétiques.

L’IA peut-elle détecter les fake news de façon fiable ?

L’IA peut aider à repérer des contenus suspects, analyser beaucoup de publications ou retrouver des indices dans des images et vidéos. Elle ne peut toutefois pas remplacer une vérification complète. La provenance, la date, le contexte et le recoupement avec des sources indépendantes doivent être examinés par des personnes responsables de l’information.

Les montres et capteurs connectés peuvent-ils diagnostiquer une maladie ?

Les objets connectés peuvent suivre certains indicateurs et fournir des données utiles dans le temps. Ils peuvent soutenir la prévention ou le suivi, mais une donnée mesurée par un capteur ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic. Toute inquiétude ou alerte doit être interprétée avec un professionnel de santé.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Microsoft, ressources sur les agents d’intelligence artificiellewww.microsoft.com
  2. Amazon, annonce sur les investissements dans l’énergie nucléaire avancéewww.aboutamazon.com/news/sustainability/amazon-nuclear-small-modular-reactor-net-carbon-zero
  3. Bellingcat, organisation d’enquête en sources ouverteswww.bellingcat.com
  4. ProPublica, média d’investigation à but non lucratifwww.propublica.org