Société et emploi

À la French Tech Grand Paris, le métier de chargée de programmes IA

À la French Tech Grand Paris, Melissa Zoulim accompagne des programmes consacrés aux startups médicales et à l’intelligence artificielle. Son parcours, de l’enseignement des langues au digital, éclaire un métier de coordination où la méthode, la curiosité et le réseau comptent autant que les outils technologiques.

Une responsable anime un atelier réunissant des startups, des experts santé et des professionnels de l’IA.
Illustration : Actu.ai

Faire avancer un projet d’intelligence artificielle ne consiste pas seulement à choisir un outil ou à rédiger une feuille de route. Il faut aussi réunir les bonnes personnes, clarifier un besoin, organiser les échanges et transformer des idées parfois très différentes en décisions concrètes. C’est cette dimension, à la fois humaine, méthodique et technologique, qu’illustre le parcours de Melissa Zoulim, chargée de programmes à la French Tech Grand Paris.

Dans un écosystème où se croisent jeunes entreprises, grands groupes, spécialistes de la santé et acteurs du numérique, son travail se situe à l’interface. Elle intervient notamment sur un programme dédié aux startups médicales et sur un autre centré sur l’intelligence artificielle. Son itinéraire, marqué par les langues, la communication et une formation autonome aux outils numériques, rappelle qu’il n’existe pas un seul chemin pour travailler dans la tech.

Une fonction charnière entre technologie, projets et collectif

Le titre de chargée de programmes peut sembler large. Dans le cas de Melissa Zoulim, il recouvre une mission de coordination : faire vivre des projets, structurer leur déroulement, préparer des livrables et veiller à la cohésion des personnes mobilisées. Cette activité demande de comprendre les sujets traités sans nécessairement être la personne qui développe chaque solution technique.

Dans l’intelligence artificielle, cette position d’interface est particulièrement importante. Un projet peut faire intervenir des entrepreneurs, des scientifiques, des responsables de produit, des juristes, des professionnels de santé ou des communicants. Chacun emploie son propre vocabulaire et poursuit des objectifs différents. Le rôle de coordination consiste alors à poser un cadre commun : quel problème cherche-t-on à résoudre ? Qui apporte quelle expertise ? Quels résultats doivent être produits et dans quel ordre ?

Les projets liés à l’IA appellent aussi une vigilance particulière. Une technologie peut être prometteuse sans être immédiatement applicable, notamment lorsqu’elle touche à des données sensibles ou à des usages médicaux. L’organisation d’ateliers et de groupes de travail permet précisément de confronter les besoins du terrain, les possibilités techniques et les contraintes opérationnelles.

Des langues au numérique, un parcours fondé sur la transversalité

Le parcours de Melissa Zoulim ne suit pas la trajectoire classique d’une formation d’ingénieure ou d’informaticienne. Elle est diplômée comme professeure d’anglais de l’École normale supérieure de Bouzaréah, en Algérie. Elle a ensuite complété son cursus par une licence en communication, puis par un master à La Sorbonne en négociation trilingue.

Ces expériences lui ont apporté des compétences directement utiles dans un environnement technologique : communication, compréhension des enjeux économiques, travail interculturel et capacité à faire circuler une information complexe entre plusieurs interlocuteurs. Dans les métiers de programme, savoir expliquer est aussi décisif que savoir organiser. Une solution technologique n’a d’impact que si ses objectifs, ses limites et ses conditions de déploiement sont compris par celles et ceux qui doivent l’utiliser ou l’évaluer.

Son orientation vers la tech et l’IA s’est également construite par l’autoformation. Par intérêt personnel, elle s’est initiée à la conception de campagnes digitales, à différents outils numériques et au fonctionnement des algorithmes. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à manipuler une interface : comprendre, même à un niveau général, comment un algorithme traite des données ou produit un résultat aide à mieux poser les bonnes questions dans un projet.

Étape du parcoursCompétences mises en avantUtilité dans les programmes tech et IA
Formation de professeure d’anglais à l’École normale supérieure de BouzaréahLangues, pédagogie, transmissionRendre des sujets complexes plus accessibles
Licence en communicationCommunication et création de contenusStructurer les messages et mobiliser une communauté
Master à La Sorbonne en négociation trilingueRelations interculturelles et enjeux économiquesFaciliter le dialogue entre acteurs aux profils variés
Autoformation au digital et aux algorithmesCampagnes digitales, outils et compréhension de l’IARelier les usages métier aux possibilités techniques
MBADMB de l’EFAPMarketing digital, réseau et méthodologieRenforcer la conduite de projets numériques

HIIT, accompagner les startups médicales

Parmi les programmes auxquels participe Melissa Zoulim figure HIIT, consacré à l’accompagnement de startups innovantes dans le domaine médical. Le programme est placé sous le haut patronage du Président de la République, une mention qui souligne sa visibilité institutionnelle. Elle ne renseigne toutefois pas, à elle seule, sur les modalités précises d’accompagnement ni sur les performances des entreprises concernées.

Dans ce cadre, Melissa Zoulim assure la gestion de projet et participe au jury. Le secteur médical impose une attention particulière à la pertinence des usages. Une innovation numérique peut concerner l’organisation des soins, l’analyse de données, l’aide à la recherche ou les outils destinés aux professionnels. Mais le simple fait d’intégrer de l’IA ne suffit pas à démontrer une utilité médicale : les bénéfices attendus, les conditions de mise en œuvre et les besoins réels du terrain doivent être examinés avec rigueur.

Le travail de programme prend ici tout son sens. Il aide à créer des occasions de dialogue entre des entreprises en développement et des acteurs susceptibles de leur apporter expertise, retours d’expérience ou accès à un réseau. Cela ne garantit ni le succès commercial d’une startup ni l’efficacité d’une solution, mais peut contribuer à mieux structurer sa trajectoire.

Deux programmes, deux terrains d’action

HIIT

  • Accompagne des startups innovantes du secteur médical.
  • Est placé sous le haut patronage du Président de la République.
  • Melissa Zoulim y assure une fonction de gestion de projet.
  • Elle participe également au jury du programme.

Track IA

  • Vise à dynamiser l’écosystème des startups en intelligence artificielle.
  • S’appuie sur des groupes de travail thématiques.
  • Aborde notamment l’IA générative et la souveraineté numérique.
  • Melissa Zoulim y pilote la méthodologie, les livrables et la cohésion d’équipe.

Track IA, des échanges sur l’IA générative et la souveraineté numérique

Melissa Zoulim est également impliquée dans le Track IA, un projet conçu pour dynamiser l’écosystème des startups spécialisées en intelligence artificielle. Le programme s’appuie sur des groupes de travail qui abordent plusieurs thèmes, dont l’IA générative et la souveraineté numérique.

La souveraineté numérique désigne, de façon générale, la capacité à conserver une marge de contrôle sur des technologies, des données et des infrastructures jugées stratégiques. Dans le domaine de l’IA, le sujet recouvre des questions très concrètes : où sont hébergées les données ? De quels fournisseurs dépendent les organisations ? Quels modèles et quelles compétences sont disponibles localement ? Comment concilier innovation, sécurité et autonomie de décision ?

Le rôle de Melissa Zoulim dans le Track IA comprend la méthodologie, la gestion des livrables et la cohésion d’équipe. Ces dimensions peuvent paraître moins visibles qu’une démonstration technologique, mais elles sont essentielles. Un groupe de travail efficace doit produire autre chose qu’une succession de discussions : une compréhension partagée du sujet, des priorités identifiées et des résultats exploitables par les participants.

L’IA générative, en particulier, évolue rapidement et suscite des attentes parfois contradictoires. Certaines organisations y voient un moyen d’accélérer la rédaction, la création ou l’analyse de documents. D’autres s’interrogent sur la confidentialité des informations saisies, la qualité des réponses et la dépendance à des outils externes. Mettre ces questions à plat fait partie des conditions d’un déploiement plus éclairé.

Des ateliers pour faire circuler l’expertise

L’animation d’ateliers est un autre volet central de son activité. En fonction de la thématique, Melissa Zoulim prépare une feuille de route et coordonne des appels exploratoires. Cette étape permet d’identifier les attentes des participants, les questions à traiter et les compétences nécessaires avant de réunir un groupe plus large.

Son travail vise aussi à mettre les membres en relation avec des acteurs de premier plan du secteur médical, parmi lesquels Sanofi et BioLabs sont cités. L’intérêt de ces échanges est de rapprocher des réalités qui ne se rencontrent pas toujours spontanément : le rythme d’une jeune pousse, les contraintes d’une grande organisation, les besoins des professionnels et les exigences propres aux innovations en santé.

Un atelier ne remplace pas l’évaluation technique ou réglementaire d’un produit. En revanche, il peut accélérer l’apprentissage collectif. Une startup peut y préciser son positionnement, mieux comprendre les attentes de partenaires potentiels ou repérer des obstacles qu’elle n’avait pas anticipés. À l’inverse, les organisations établies peuvent y découvrir de nouvelles approches et mieux cerner les solutions émergentes.

Ce que lui a apporté la formation en marketing digital

Melissa Zoulim cite le MBA Spécialisé Digital Marketing & Business, ou MBADMB, de l’EFAP comme une étape importante de son évolution professionnelle. Cette formation lui a permis d’élargir ses connaissances et de consolider son réseau. Les échanges avec des intervenants issus de l’industrie ont nourri sa curiosité, une qualité précieuse dans un secteur où les pratiques et les outils changent vite.

L’initiation à l’IA générative a également compté dans ce parcours. Les projets réalisés dans le cadre de la formation nécessitaient une note méthodologique précisant les outils employés. Cette démarche est utile pour plusieurs raisons. Elle oblige à distinguer ce qui a été produit par un outil de ce qui relève de l’analyse humaine, à garder une trace des choix effectués et à mieux évaluer les limites d’un résultat généré.

Cette rigueur méthodologique est transposable dans la vie professionnelle. Utiliser une IA générative peut faire gagner du temps pour explorer une idée, reformuler un texte ou préparer un support. Mais il reste nécessaire de vérifier l’exactitude, de protéger les informations confidentielles et de s’assurer que l’outil convient bien au contexte. Pour les personnes qui souhaitent travailler dans le numérique, l’enjeu n’est donc pas seulement de connaître les outils à la mode : il est de savoir les employer avec discernement.

Un projet d’accès au savoir en tamazight

Au-delà de ses missions à la French Tech Grand Paris, Melissa Zoulim entend poursuivre des projets liés à l’équité et à l’accès à l’information. Elle souhaite démocratiser les connaissances sur l’IA dans des langues rares, notamment le tamazight. Elle développe aussi un logiciel de sous-titrage destiné à ses vidéos éducatives dans cette langue.

Cette initiative met en lumière une question souvent oubliée dans les débats sur l’intelligence artificielle : l’accès à la technologie dépend aussi de la langue. Beaucoup de ressources, d’interfaces et de contenus pédagogiques sont d’abord disponibles dans quelques langues dominantes. Produire des explications et des outils adaptés à d’autres publics peut contribuer à réduire une partie de cet écart, à condition de prendre en compte les usages et les besoins des communautés visées.

Ce qu’il faut surveiller pour les métiers de programme dans l’IA

Le parcours de Melissa Zoulim montre que les métiers de l’IA ne se limitent ni au développement informatique ni à la recherche. Les organisations ont besoin de profils capables de traduire des enjeux techniques en projets compréhensibles, d’animer des collectifs et de faire travailler ensemble des personnes aux expériences différentes.

Pour les futurs professionnels du digital, son conseil est clair : définir des objectifs précis pendant sa formation, cultiver son réseau et entretenir une curiosité continue. La curiosité ne signifie pas courir après chaque nouveauté. Elle consiste plutôt à comprendre les transformations qui comptent pour son domaine, à tester avec méthode et à construire progressivement une expertise identifiable.

À mesure que l’IA générative se diffuse dans les entreprises et les services publics, la qualité de l’accompagnement deviendra un enjeu aussi important que la performance des outils. Les chargés et chargées de programmes auront un rôle à jouer pour organiser ce passage de l’expérimentation à des projets utiles, responsables et adaptés aux besoins de terrain.

Questions fréquentes

Quelles sont les missions d’une chargée de programmes IA à la French Tech ?

Dans le parcours présenté ici, les missions de Melissa Zoulim combinent gestion de projet, animation d’ateliers, préparation de feuilles de route, coordination d’appels exploratoires et mise en relation d’acteurs. Elle intervient sur des programmes liés aux startups médicales et à l’intelligence artificielle, avec une attention particulière à la méthodologie et à la dynamique collective.

Qu’est-ce que le programme HIIT de la French Tech Grand Paris ?

D’après les informations disponibles dans ce portrait, HIIT est un programme d’accompagnement destiné à des startups innovantes dans le secteur médical. Il est placé sous le haut patronage du Président de la République. L’article ne détaille ni le nombre d’entreprises accompagnées, ni la durée du programme, ni ses critères de sélection.

Que traite le Track IA auquel participe Melissa Zoulim ?

Le Track IA a pour objectif de dynamiser l’écosystème des startups en intelligence artificielle. Il s’organise autour de groupes de travail consacrés notamment à l’IA générative et à la souveraineté numérique. Melissa Zoulim y intervient sur la méthode de travail, le suivi des livrables et la cohésion entre les participants.

Faut-il être ingénieur pour travailler dans les programmes liés à l’intelligence artificielle ?

Non. Le parcours de Melissa Zoulim illustre la place des compétences transversales dans ce secteur : communication, langues, négociation, gestion de projet, création de contenus et compréhension des outils numériques. Une culture technique reste utile, mais les métiers de coordination demandent aussi de relier les enjeux technologiques aux besoins concrets des organisations et des publics.

Pourquoi documenter l’usage de l’IA générative dans un projet ?

Indiquer les outils employés et la manière dont ils ont été utilisés aide à rendre le travail plus compréhensible et plus vérifiable. Dans le cadre de sa formation, Melissa Zoulim devait produire une note méthodologique pour chaque projet. Cette pratique permet de mieux distinguer l’apport de l’outil, les choix humains et les vérifications nécessaires.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. La French Tech, site officiel de la Mission French Techlafrenchtech.gouv.fr
  2. French Tech Grand Paris, site officiellafrenchtech-grandparis.com
  3. EFAP, site officiel de l’école et de ses formationswww.efap.com