Régulation et éthique

Crypto au Pakistan : le Pakistan Crypto Council échange avec des sénateurs américains

Le dirigeant du Pakistan Crypto Council, Bilal Bin Saqib, a rencontré à New York les sénateurs américains Bill Hagerty et Rick Scott. Ces échanges portent sur la régulation des cryptomonnaies, les stablecoins et la protection de la vie privée, alors que le Pakistan prépare sa propre architecture pour les actifs numériques.

Des délégués discutent de régulation des cryptoactifs et de finance numérique autour d’une table de réunion.
Illustration : Actu.ai

À New York, la diplomatie de la finance numérique se joue aussi loin des sommets gouvernementaux. Bilal Bin Saqib, PDG du Pakistan Crypto Council (PCC), s’est entretenu avec les sénateurs américains Bill Hagerty et Rick Scott afin d’échanger sur la régulation des cryptomonnaies et les conditions d’un développement plus structuré du secteur au Pakistan. À la date du 25 mai 2025, ces discussions ne constituent pas un accord entre États. Elles illustrent toutefois l’ambition pakistanaise de se rapprocher des débats qui structurent la réglementation américaine des actifs numériques.

L’enjeu dépasse le seul marché des cryptomonnaies. Pour Islamabad, il s’agit de réfléchir à des règles susceptibles de stimuler l’innovation, de sécuriser les utilisateurs et d’améliorer l’accès aux services financiers. Pour les interlocuteurs américains, le sujet s’inscrit dans un débat national très actif sur les stablecoins, la protection de la vie privée et la place que les autorités publiques doivent occuper dans la monnaie numérique.

Ce qui s’est joué lors des échanges à New York

Les rencontres organisées à New York ont réuni Bilal Bin Saqib et les sénateurs républicains Bill Hagerty, élu du Tennessee, et Rick Scott, élu de Floride. Leur objet affiché est de renforcer la coopération autour de la finance numérique et des régulations cryptographiques.

Le Pakistan Crypto Council défend l’idée que le Pakistan doit élaborer un cadre conforme aux standards internationaux, plutôt que laisser les usages se développer sans règles homogènes. La question est décisive pour un pays qui souhaite attirer des entreprises technologiques, favoriser des innovations financières et éviter que les utilisateurs ne soient exposés à des plateformes ou produits insuffisamment contrôlés.

Sujet abordéInterlocuteurs concernésEnjeu pour le Pakistan
Régulation des cryptoactifsBilal Bin Saqib, Bill Hagerty, Rick ScottMettre en place des règles lisibles et compatibles avec les pratiques internationales
StablecoinsBilal Bin Saqib, Bill HagertyExaminer les garanties nécessaires pour les jetons conçus pour conserver une valeur stable
Vie privée numériqueBilal Bin Saqib, Rick ScottÉviter que l’innovation financière ne se traduise par une surveillance excessive des transactions
Blockchain et intelligence artificielleBilal Bin Saqib, autorités pakistanaisesExplorer des usages technologiques au service de la croissance économique et de l’emploi des jeunes
Autorité des actifs numériquesGouvernement pakistanaisEncadrer les actifs virtuels, le minage et la tokenisation d’actifs publics

Il convient de distinguer un échange politique d’une transposition automatique des lois américaines. Les États-Unis ont leur propre architecture institutionnelle, leurs agences de supervision et leurs débats au Congrès. Le Pakistan ne peut donc pas simplement importer une loi américaine. En revanche, les discussions avec des élus impliqués dans ces textes peuvent aider à identifier les difficultés concrètes : exigences de réserves, lutte contre les abus, responsabilité des émetteurs, protection des données ou définition juridique des actifs numériques.

Stablecoins : pourquoi le modèle américain intéresse Islamabad

L’un des sujets centraux évoqués avec le sénateur Bill Hagerty concerne les stablecoins. Ces cryptoactifs sont conçus pour maintenir une valeur stable, le plus souvent en étant indexés sur une monnaie comme le dollar américain. Ils sont souvent utilisés pour transférer des fonds, régler des transactions ou passer d’un cryptoactif volatil à un autre sans quitter l’univers numérique.

Mais leur promesse de stabilité dépend d’un point essentiel : les réserves. Si un émetteur affirme qu’un jeton vaut toujours un dollar, les détenteurs doivent pouvoir comprendre quels actifs soutiennent cette promesse, si ces actifs sont suffisamment liquides et comment ils sont contrôlés. Une absence de garanties solides peut transformer un outil de paiement en source de pertes rapides pour les utilisateurs.

Bill Hagerty est présenté comme le principal porteur du GENIUS Act 2025, un texte qui met notamment l’accent sur le soutien intégral des stablecoins par des actifs. Dans le cadre des échanges avec le PCC, cette approche a été évoquée comme une piste pour concilier innovation et inclusion financière. L’idée est qu’un stablecoin ne peut être utile à grande échelle que s’il inspire confiance.

L’inclusion financière est particulièrement importante dans les pays où une partie de la population reste éloignée des services bancaires traditionnels. Des outils numériques peuvent faciliter certains paiements ou transferts, mais ils ne remplacent pas à eux seuls une protection des consommateurs, une connexion fiable, une identité numérique sécurisée et une information claire sur les risques.

Deux visions de la finance numérique au cœur des échanges

Stablecoins encadrés

  • Jetons numériques visant à maintenir une valeur stable, souvent face au dollar.
  • Émis par des acteurs privés et utilisés pour les paiements ou transferts numériques.
  • La confiance dépend de réserves suffisantes, liquides et transparentes.
  • Le GENIUS Act 2025 évoqué insiste sur un soutien intégral par des actifs.

Monnaie numérique de banque centrale

  • Instrument numérique qui serait lié directement à une banque centrale.
  • Soulève des questions de contrôle public et de confidentialité des transactions.
  • Rick Scott défend des restrictions sur l’émission directe de tels instruments.
  • Le débat oppose modernisation des paiements et risque de surveillance financière.

Vie privée numérique : le débat sur les monnaies numériques publiques

Avec Rick Scott, les échanges ont également porté sur la protection de la vie privée numérique. Le sénateur défend une approche visant à restreindre l’émission directe de monnaies numériques par les banques centrales, dans l’esprit de l’Anti-Surveillance State Act évoqué lors de ces discussions.

Le sujet concerne les monnaies numériques de banque centrale, souvent désignées par l’acronyme anglais CBDC. Contrairement à un bitcoin ou à un stablecoin émis par une entreprise privée, une telle monnaie serait liée à une banque centrale. Ses défenseurs y voient un possible instrument de modernisation des paiements. Ses détracteurs redoutent qu’elle ne donne aux pouvoirs publics une visibilité trop importante sur les transactions individuelles ou la capacité de les restreindre.

Cette distinction est importante : les stablecoins et les monnaies numériques de banque centrale appartiennent tous deux à la finance numérique, mais ils ne reposent ni sur les mêmes émetteurs ni sur les mêmes règles. Les discussions entre le PCC et les élus américains ne signifient pas que le Pakistan prévoit de lancer une monnaie numérique de banque centrale. Elles montrent plutôt que les questions de confidentialité et de contrôle institutionnel font désormais partie des arbitrages à anticiper.

Une autorité dédiée aux actifs numériques annoncée au Pakistan

En parallèle de ces échanges internationaux, le Pakistan accélère la structuration de sa politique nationale. La création annoncée de l’Autorité pakistanaise des actifs numériques, ou PDAA, représente une étape importante dans cette stratégie.

Cette future institution aurait pour mission de réglementer les actifs virtuels, d’accompagner la tokenisation des actifs publics et de promouvoir le minage de bitcoin à partir de l’énergie excédentaire. La tokenisation consiste à représenter un actif ou un droit sous la forme d’un jeton numérique. Dans le cas d’actifs publics, cette orientation ouvre des questions techniques et juridiques majeures : comment déterminer la valeur de l’actif, identifier les détenteurs, sécuriser les transferts et garantir que le jeton correspond bien à un droit réel ?

L’annonce d’une autorité ne suffit pas, à elle seule, à bâtir une régulation effective. Il faudra notamment définir ses pouvoirs, son articulation avec les autorités financières existantes, les règles applicables aux plateformes et les recours offerts aux utilisateurs. Une supervision lisible est aussi nécessaire pour les entreprises : elle leur permet de savoir quelles obligations respecter avant d’investir ou de proposer des produits au public.

Le projet de recourir à l’énergie excédentaire pour le minage de bitcoin pose, lui aussi, des conditions précises. Le minage consiste à mobiliser des machines informatiques afin de participer à la validation d’opérations sur le réseau Bitcoin. Cette activité peut consommer beaucoup d’électricité. Son intérêt économique dépend donc du coût réel de l’énergie, de la disponibilité des infrastructures et du prix du bitcoin. L’existence d’un surplus d’électricité ne garantit pas automatiquement la rentabilité ni la pertinence d’un programme de minage.

Pourquoi le Pakistan mise sur la finance numérique

Le Pakistan dispose de caractéristiques qui expliquent son intérêt pour les technologies financières. Le pays reçoit plus de 36 milliards de dollars de transferts de fonds par an, selon les données mises en avant dans cette démarche. Ces envois de la diaspora constituent un flux économique majeur. Des solutions numériques plus simples et moins coûteuses peuvent donc présenter un intérêt, à condition d’être sûres et accessibles.

Le pays compte également une population jeune : plus de 70 % des habitants ont moins de 30 ans. Ce facteur ne crée pas mécaniquement un écosystème technologique performant, mais il représente un vivier potentiel pour les métiers du numérique, l’entrepreneuriat et le travail indépendant. Le Pakistan se développe déjà comme un centre pour les freelances et les talents informatiques.

Le texte à l’origine de ces échanges situe par ailleurs le Pakistan parmi les cinq premiers pays au monde pour l’utilisation des cryptomonnaies. Cette dynamique d’usage peut expliquer la volonté de réglementer plutôt que d’ignorer le phénomène. Elle rappelle aussi l’importance de l’éducation financière : une forte adoption ne protège pas les utilisateurs contre la volatilité, les fausses promesses de rendement, les piratages ou les arnaques.

Blockchain, IA et armée : une discussion stratégique à encadrer

Bilal Bin Saqib a aussi rencontré le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le Field Marshal Asim Munir. Selon les éléments communiqués, leur discussion a porté sur les usages stratégiques de la blockchain, des cryptomonnaies et de l’intelligence artificielle, avec l’objectif d’identifier des pistes susceptibles de soutenir la croissance économique et de créer des opportunités pour les jeunes Pakistanais.

La présence de l’intelligence artificielle dans cette conversation élargit le champ au-delà de la seule finance. L’IA peut, par exemple, servir à analyser de grands volumes de données, automatiser certaines tâches ou détecter des anomalies. La blockchain peut contribuer à tracer des opérations ou à certifier des informations. Toutefois, l’association de ces technologies ne constitue pas une solution universelle. Elle implique des choix exigeants en matière de cybersécurité, de gouvernance des données, de compétences et de responsabilité humaine.

Le rôle exact que pourraient prendre les institutions militaires dans le développement d’initiatives civiles de finance numérique n’est pas détaillé. À ce stade, la rencontre indique surtout que les technologies émergentes sont considérées au Pakistan comme des sujets stratégiques, à la fois économiques et institutionnels.

Ce qu’il faut surveiller

Au 25 mai 2025, le signal le plus important n’est pas l’existence d’un partenariat réglementaire entre Washington et Islamabad, mais la convergence de plusieurs chantiers : dialogue avec des responsables américains, projet d’autorité nationale dédiée et réflexion sur le minage, la tokenisation et les services financiers numériques.

Pour transformer cette ambition en résultats, quatre éléments seront déterminants :

  • la publication de règles précises pour les plateformes, les émetteurs de jetons et la protection des épargnants ;
  • la capacité de la PDAA à disposer de compétences techniques et de moyens de contrôle effectifs ;
  • la transparence sur les réserves et les risques liés aux stablecoins ;
  • la cohérence entre l’innovation numérique, la vie privée, la cybersécurité et les besoins énergétiques du pays.

La rencontre avec Bill Hagerty et Rick Scott souligne que la réglementation des cryptoactifs est désormais un enjeu international. Pour le Pakistan, le défi consistera à convertir cet intérêt politique en un cadre suffisamment clair pour protéger les citoyens, assez solide pour inspirer confiance et assez ouvert pour ne pas bloquer les usages utiles de la finance numérique.

Questions fréquentes

Pourquoi le Pakistan Crypto Council a-t-il rencontré des sénateurs américains ?

Les échanges avec Bill Hagerty et Rick Scott visaient à approfondir la coopération sur la finance numérique et la réglementation des cryptomonnaies. Le Pakistan cherche notamment à construire des règles compatibles avec les standards internationaux. Il ne s’agit pas d’un accord réglementaire entre les deux pays, mais d’un dialogue sur les modèles et les enjeux à prendre en compte.

Qu’est-ce que le GENIUS Act 2025 évoqué dans ces discussions ?

Le GENIUS Act 2025 est un texte américain porté notamment par le sénateur Bill Hagerty autour de l’encadrement des stablecoins. Dans le cadre de ces échanges, l’accent est mis sur la nécessité que ces jetons soient intégralement soutenus par des actifs. L’objectif est de renforcer la confiance des utilisateurs et de limiter les risques liés à une promesse de valeur stable.

Quel rôle pourrait avoir l’Autorité pakistanaise des actifs numériques ?

La PDAA, dont la création a été annoncée, aurait vocation à encadrer les actifs virtuels au Pakistan. Ses missions envisagées couvrent la réglementation des cryptoactifs, la tokenisation d’actifs publics et l’accompagnement du minage de bitcoin utilisant l’énergie excédentaire. Son efficacité dépendra toutefois de ses pouvoirs réels, de ses règles et de ses moyens de contrôle.

Le Pakistan va-t-il utiliser l’énergie excédentaire pour miner du bitcoin ?

Le projet présenté consiste à promouvoir le minage de bitcoin en utilisant l’énergie excédentaire. Le minage mobilise des équipements informatiques pour valider des opérations sur le réseau Bitcoin et peut être très énergivore. La faisabilité dépendra donc de la disponibilité effective de l’électricité, de son coût, des infrastructures nécessaires et des règles qui seront finalement adoptées.

Quel rapport entre intelligence artificielle, blockchain et cryptomonnaies au Pakistan ?

Bilal Bin Saqib a évoqué ces trois technologies avec le Field Marshal Asim Munir dans une réflexion sur la croissance économique et les perspectives offertes aux jeunes. Elles restent distinctes : l’intelligence artificielle analyse ou génère des informations, tandis que la blockchain enregistre des opérations de manière vérifiable. Leur combinaison éventuelle exige des garanties de sécurité et de gouvernance.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Congrès des États-Unis, fiche du GENIUS Act 2025www.congress.gov/bill/119th-congress/senate-bill/1582
  2. Site officiel du sénateur Bill Hagertywww.hagerty.senate.gov
  3. Site officiel du sénateur Rick Scottwww.rickscott.senate.gov
  4. Ministère pakistanais des financeswww.finance.gov.pk