Recherche et science

Le MIT finance des bourses postdoctorales pour croiser IA, sciences et musique

Le MIT Schwarzman College of Computing lance le Tayebati Postdoctoral Fellowship Program, un dispositif pour rapprocher l’IA de six disciplines, de la biologie à la musique. Financé par un don de 20 millions de dollars, il accueillera jusqu’à six chercheurs avec un double mentorat, scientifique et informatique.

Des chercheurs postdoctoraux croisent biologie, physique, matériaux et musique autour d’outils d’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle ne progresse pas seulement dans les laboratoires d’informatique. Elle devient aussi un outil de recherche pour étudier le vivant, concevoir des matériaux, explorer le cerveau ou renouveler la création musicale. C’est sur cette idée que s’appuie le MIT Schwarzman College of Computing, qui annonce le 29 octobre 2024 la création du Tayebati Postdoctoral Fellowship Program, un nouveau programme de bourses postdoctorales centré sur les croisements entre IA et autres disciplines.

Le dispositif est doté de 20 millions de dollars, grâce à un don de Parviz Tayebati, entrepreneur et dirigeant expérimenté dans les technologies et les startups. Son ambition est claire : donner à de jeunes chercheurs les moyens de travailler là où les frontières académiques sont traditionnellement les plus difficiles à franchir, entre la maîtrise des méthodes d’IA et la connaissance approfondie d’un domaine scientifique ou artistique.

Jusqu’à six postdoctorants pourront être sélectionnés. Ils rejoindront le MIT pour une première période d’un an, qui pourra être renouvelée une année supplémentaire. L’enjeu ne consiste pas simplement à appliquer des algorithmes existants à de nouveaux jeux de données. Le programme veut faire émerger des travaux menés conjointement par des spécialistes de l’intelligence artificielle et des experts de domaines aussi différents que la biologie et la musique.

Un programme pour sortir l’IA de son seul cadre informatique

Un postdoctorat est une période de recherche réalisée après l’obtention d’un doctorat. Il permet à de jeunes scientifiques de développer un projet autonome, de publier leurs résultats et de s’insérer dans une communauté académique. Dans le cas du programme Tayebati, cette étape de carrière est pensée comme un point de rencontre entre plusieurs cultures de recherche.

L’intelligence artificielle recouvre ici un ensemble de méthodes informatiques capables notamment d’apprendre à partir de données, de repérer des régularités, de faire des prédictions ou de générer de nouveaux contenus. Mais un modèle, aussi performant soit-il, ne définit pas seul les bonnes questions scientifiques. Il faut savoir quelles données sont pertinentes, comment les mesurer, quelles hypothèses tester et comment interpréter un résultat. Ces décisions exigent l’expertise des chercheurs du domaine concerné.

C’est pourquoi le MIT veut associer l’IA non seulement aux sciences expérimentales, mais également aux sciences cognitives et à la création musicale. Dans une telle organisation, un chercheur ne travaille pas à côté d’un autre département : son projet est conçu dès l’origine avec plusieurs disciplines.

Quels domaines de recherche sont concernés ?

Le Tayebati Postdoctoral Fellowship Program cible six domaines disciplinaires. Cette sélection couvre des questions qui vont de la compréhension des organismes vivants à l’étude des lois physiques, en passant par la manière dont le cerveau traite l’information ou dont une œuvre musicale est composée et interprétée.

Domaine retenuCe que l’IA peut apporter dans ce type de recherche
Biologie et bio-ingénierieL’analyse de données complexes et l’identification de structures ou de relations difficiles à observer manuellement.
Sciences cérébrales et cognitivesDes outils pour étudier la cognition, les comportements et les mécanismes de traitement de l’information.
Chimie et ingénierie chimiqueL’exploitation de données expérimentales et l’exploration de problèmes de conception ou de modélisation.
Sciences et ingénierie des matériauxL’aide à l’étude et à la découverte de propriétés ou de combinaisons de matériaux.
MusiqueDes recherches sur la composition, la performance artistique et les interactions entre créativité humaine et outils computationnels.
PhysiqueDes méthodes pour traiter des données, modéliser des phénomènes et orienter certaines explorations scientifiques.

Cette liste donne une idée de l’ampleur du programme. La biologie, la chimie et la physique sont souvent associées aux usages scientifiques de l’IA, car elles produisent de grands volumes de données et reposent sur des modèles complexes. La présence de la musique est tout aussi significative. Elle rappelle que les méthodes computationnelles ne concernent pas uniquement la prédiction ou l’optimisation : elles peuvent aussi nourrir l’étude de la création, de l’interprétation et de la perception artistique.

Le choix de domaines définis a une conséquence pratique. Les candidats ne sont pas invités à proposer n’importe quel projet lié, de près ou de loin, à l’intelligence artificielle. Leur travail doit se situer au croisement de l’IA et de l’un de ces six champs, avec une collaboration crédible entre les compétences nécessaires.

Comment fonctionneront les bourses ?

La première cohorte comprendra au maximum six boursiers postdoctoraux. Chaque mandat durera un an et pourra être reconduit pour une seconde année. Cette durée laisse le temps de lancer une recherche ambitieuse, de construire des collaborations et d’obtenir des résultats, sans transformer la bourse en poste permanent.

L’élément central du dispositif est le double mentorat. Chaque lauréat sera accompagné par un membre du corps enseignant spécialiste de sa discipline d’accueil, ainsi que par un mentor compétent en intelligence artificielle. Ce binôme doit éviter deux écueils fréquents des projets interdisciplinaires : une utilisation superficielle de l’IA, ou, à l’inverse, une approche informatique qui ne tiendrait pas assez compte des méthodes, des contraintes et des objectifs du domaine étudié.

Ce cadre est particulièrement utile pour les chercheurs dont le parcours se situe déjà entre plusieurs spécialités. Un biologiste qui souhaite employer des techniques d’apprentissage automatique, par exemple, doit pouvoir échanger avec des informaticiens sur la conception et l’évaluation de ses modèles. Mais il doit aussi conserver un ancrage fort dans les questions propres à la biologie. Le principe vaut de la même façon pour un physicien, un chimiste, un spécialiste des sciences cognitives ou un chercheur travaillant sur la musique.

Les candidatures sont ouvertes à des chercheurs internationaux répondant aux critères d’admissibilité du MIT. Les modalités précises de candidature doivent être consultées auprès du MIT Schwarzman College of Computing.

Pourquoi le don de 20 millions de dollars compte

Le programme repose sur un don de 20 millions de dollars de Parviz Tayebati. Ce financement donne une base durable à l’initiative et permet au MIT d’inscrire le soutien aux postdoctorants dans une stratégie de long terme, plutôt que dans un appel ponctuel.

Parviz Tayebati présente ce programme comme un soutien à la recherche interdisciplinaire et à la collaboration entre départements. Son objectif est de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs capables de faire avancer les connaissances et l’innovation en travaillant au-delà des cloisonnements institutionnels.

Le financement des carrières de début de parcours est un levier important dans la recherche. Les postdoctorants jouent souvent un rôle direct dans les expériences, le développement de nouvelles méthodes et la publication des travaux. Ils se trouvent également à un moment où ils peuvent prendre des risques intellectuels, explorer une nouvelle spécialité ou faire évoluer leur profil scientifique.

Dans le domaine de l’IA, cette capacité à circuler entre les disciplines est devenue particulièrement recherchée. Les avancées ne dépendent pas uniquement de modèles plus grands ou de capacités de calcul accrues. Elles reposent aussi sur la qualité des problèmes posés, la fiabilité des données, les protocoles d’évaluation et l’interprétation des résultats. Autant d’éléments pour lesquels l’expertise métier est déterminante.

L’IA peut-elle vraiment accélérer les découvertes ?

Le doyen du MIT Schwarzman College of Computing, Dan Huttenlocher, souligne le potentiel de l’intelligence artificielle pour « accélérer les découvertes scientifiques » et « stimuler la créativité humaine ». Ces deux objectifs résument l’équilibre recherché par le programme.

Accélérer une découverte ne signifie pas que l’IA remplace la démarche scientifique. Dans un laboratoire, un outil d’apprentissage automatique peut aider à trier des observations, à détecter des configurations inhabituelles, à proposer des pistes ou à automatiser certaines étapes d’analyse. Les chercheurs doivent ensuite vérifier les résultats, les confronter aux connaissances existantes et, lorsque cela est nécessaire, les tester expérimentalement.

La même prudence s’applique aux activités créatives. En musique, l’IA peut devenir un objet d’étude ou un instrument de composition et de performance. Elle n’efface pas les choix artistiques, l’interprétation ni les connaissances musicales. Le rôle du chercheur est justement d’examiner comment ces outils transforment, ou non, les pratiques et les possibilités de création.

Le Tayebati Postdoctoral Fellowship Program ne promet donc pas une solution universelle aux problèmes de recherche. Il met en place les conditions pour que des chercheurs spécialisés puissent évaluer les usages de l’IA avec rigueur, dans leurs propres domaines.

Un dispositif qui complète METEOR et SERC

Le nouveau programme ne part pas de zéro. Il s’insère dans un ensemble plus large d’initiatives postdoctorales portées par le MIT Schwarzman College of Computing et ses partenaires.

Le programme METEOR, lancé en 2021 par le laboratoire d’informatique et d’intelligence artificielle du MIT, connu sous le nom de CSAIL, vise à élargir la participation dans le domaine de l’IA et à soutenir des chercheurs d’exception. Son existence rappelle qu’une politique de recherche ne porte pas seulement sur les thèmes étudiés : elle concerne aussi les personnes qui accèdent aux opportunités scientifiques.

Le programme SERC, pour Social and Ethical Responsibilities of Computing, s’intéresse quant à lui aux responsabilités sociales et éthiques de l’informatique. Ses postdoctorants dirigent des équipes interdisciplinaires d’étudiants pour travailler sur des questions telles que la gouvernance de l’IA et la propriété des données.

ProgrammeFinalité principaleExemples d’enjeux abordés
Tayebati Postdoctoral Fellowship ProgramRelier l’IA à six disciplines scientifiques et artistiquesBiologie, matériaux, chimie, musique, physique, cognition
METEORÉlargir la participation et soutenir des chercheurs remarquables en IAParcours et accès à la recherche en IA
SERCÉtudier les responsabilités sociales et éthiques de l’informatiqueGouvernance de l’IA, propriété des données

Ces programmes poursuivent des objectifs distincts, mais complémentaires. L’un finance l’interdisciplinarité appliquée à des champs précis, l’autre s’attache à la participation dans l’écosystème de l’IA, tandis que le troisième examine les conséquences sociales de l’informatique. Ensemble, ils montrent que la recherche en intelligence artificielle ne se réduit pas à la performance technique.

Ce qu’il faut surveiller

Le premier point à suivre sera la nature des projets sélectionnés. Les six domaines annoncés sont très vastes, et les futurs travaux permettront de voir comment les boursiers concrétisent la rencontre entre IA et expertise disciplinaire. La qualité des collaborations, autant que les résultats eux-mêmes, sera un indicateur de la réussite du dispositif.

Il faudra également observer l’effet du double mentorat. L’interdisciplinarité est souvent présentée comme une évidence, mais elle demande du temps, un langage commun et une compréhension mutuelle des méthodes. En réunissant un mentor de domaine et un mentor en IA autour de chaque postdoctorant, le MIT cherche à répondre directement à cette difficulté.

Enfin, l’initiative illustre une tendance de fond : les questions les plus importantes posées à l’intelligence artificielle se trouvent de plus en plus hors des départements d’informatique. Qu’il s’agisse de comprendre le cerveau, de concevoir de nouveaux matériaux, d’explorer la chimie ou d’interroger la création musicale, l’IA devient utile lorsqu’elle est mise au service d’une expertise humaine solide. Le programme Tayebati entend précisément former et soutenir les chercheurs capables de construire ce dialogue.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Tayebati Postdoctoral Fellowship Program du MIT ?

Le Tayebati Postdoctoral Fellowship Program est un programme de bourses du MIT Schwarzman College of Computing. Il soutient des chercheurs après leur doctorat pour mener des travaux à l’intersection de l’intelligence artificielle et de six disciplines : biologie, sciences cognitives, chimie, matériaux, musique et physique.

Combien de chercheurs seront sélectionnés par les bourses IA du MIT ?

La première cohorte du programme pourra accueillir jusqu’à six chercheurs postdoctoraux. Chaque bourse est prévue pour un an, avec la possibilité d’un renouvellement pour une deuxième année. Ce format doit permettre aux lauréats de développer un projet interdisciplinaire et des collaborations au sein du MIT.

Qui finance le programme de bourses postdoctorales Tayebati ?

Le programme est financé par un don de 20 millions de dollars de Parviz Tayebati. Cet entrepreneur et dirigeant dans le secteur technologique souhaite soutenir la recherche interdisciplinaire et la collaboration entre départements, afin de favoriser une nouvelle génération de chercheurs travaillant sur l’IA.

Quels domaines scientifiques sont éligibles au programme Tayebati du MIT ?

Les projets doivent associer l’intelligence artificielle à l’un des six domaines retenus : biologie et bio-ingénierie, sciences cérébrales et cognitives, chimie et ingénierie chimique, sciences et ingénierie des matériaux, musique, ou physique. La composition musicale et la performance artistique font explicitement partie des thèmes envisagés.

Les boursiers Tayebati auront-ils un encadrement en intelligence artificielle ?

Oui. Chaque boursier bénéficiera de deux mentors : un professeur expert dans sa discipline de recherche et un mentor spécialisé en intelligence artificielle. Cette double supervision est conçue pour relier les méthodes informatiques aux questions, données et pratiques propres à chaque domaine scientifique ou artistique.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. MIT Schwarzman College of Computing, site officielcomputing.mit.edu
  2. MIT News, actualités officielles du Massachusetts Institute of Technologynews.mit.edu
  3. MIT CSAIL, laboratoire d’informatique et d’intelligence artificiellewww.csail.mit.edu