Société et emploi

Osez l’IA : le plan de 200 millions d’euros pour accélérer les entreprises

La France dispose de talents et d’infrastructures en intelligence artificielle, mais son tissu d’entreprises adopte encore peu ces outils. Avec « Osez l’IA », le gouvernement engage 200 millions d’euros pour sensibiliser, former et financer les projets, en ciblant d’abord les très petites entreprises et les PME.

Des dirigeants de petite entreprise découvrent des outils d’intelligence artificielle avec un conseiller.
Illustration : Actu.ai

Le défi français de l’intelligence artificielle ne se résume plus à la course aux modèles ou aux centres de calcul. Il se joue aussi dans les ateliers, les commerces, les cabinets, les bureaux d’études et les services administratifs. Alors que la France met en avant ses chercheurs, ses jeunes pousses et ses infrastructures, une large partie de ses entreprises n’utilise encore que peu, ou pas du tout, les outils d’IA dans son activité quotidienne.

Publié le 1er juillet 2025, le plan gouvernemental « Osez l’IA » entend répondre à ce décalage. Doté de 200 millions d’euros, il vise à rendre l’intelligence artificielle plus compréhensible, plus accessible et plus finançable, en particulier pour les très petites entreprises, les PME et les entreprises de taille intermédiaire. L’ambition est moins de promouvoir une technologie abstraite que d’aider les dirigeants à identifier des usages utiles à leur métier.

L’enjeu est considérable. L’IA peut servir, selon les besoins, à trier des documents, prévoir des volumes de vente, assister la relation client, analyser des données, détecter des anomalies ou aider à organiser des tâches répétitives. Mais entre la démonstration d’un outil et son déploiement effectif dans une entreprise, il reste des obstacles très concrets : manque de temps, difficulté à choisir une solution, compétences insuffisantes, coûts initiaux, qualité des données disponibles et interrogations sur la sécurité.

Un écart marqué entre grands groupes, PME et TPE

Le diagnostic posé par le gouvernement est clair : l’adoption de l’IA est très inégale selon la taille de l’entreprise. Plus de la moitié des grandes entreprises ont déjà intégré des solutions d’intelligence artificielle, tandis que les plus petites structures restent nettement à l’écart.

Type d’entreprisePart utilisant des solutions d’IA en 2025Objectif gouvernemental pour 2030
Grandes entreprisesPlus de 50 %100 %
PME13 %80 %
TPE8 %50 %

Cette différence ne traduit pas seulement un écart de budget. Les grandes organisations disposent généralement d’équipes informatiques, de données déjà structurées et de personnes dédiées à la transformation numérique. À l’inverse, dans une TPE, le dirigeant cumule souvent les fonctions commerciales, opérationnelles et administratives. Il lui est difficile de dégager du temps pour évaluer une nouvelle technologie, comparer des prestataires et conduire un projet.

Le plan relève également un problème de perception. Seuls 30 % des dirigeants de TPE considèrent l’IA comme une technologie stratégique. Beaucoup d’entre eux peuvent l’associer à des outils complexes, coûteux ou réservés aux grands groupes. Or, pour une petite structure, la valeur peut aussi venir d’applications plus modestes : gagner du temps sur des tâches administratives, retrouver plus facilement une information, préparer des documents ou mieux répondre à des demandes récurrentes.

« Osez l’IA », une stratégie en trois piliers

Le programme repose sur trois leviers complémentaires : la sensibilisation, la formation et l’accompagnement financier. Cette logique répond à une difficulté fréquente dans la transformation numérique. Une entreprise peut disposer d’une aide financière, mais ne pas savoir quel problème résoudre avec l’IA. Elle peut aussi connaître des outils, sans disposer des compétences nécessaires pour les intégrer à ses méthodes de travail.

Le premier pilier consiste donc à faire connaître des cas d’usage et à créer des points de contact simples pour les dirigeants. Le deuxième vise à développer les compétences à grande échelle. Le troisième doit réduire le risque financier et aider les entreprises à passer d’une intention à un projet construit.

La démarche doit s’appuyer sur les relais présents dans les territoires, notamment les Chambres de commerce et d’industrie, ou CCI, et Bpifrance. Cet ancrage régional est essentiel : une entreprise qui cherche à moderniser son activité a souvent besoin d’un interlocuteur capable de comprendre son secteur, sa taille et ses contraintes, plutôt que d’une réponse uniforme.

300 ambassadeurs pour démystifier l’intelligence artificielle

Le volet de sensibilisation prévoit la création d’un réseau de 300 ambassadeurs. Issus de secteurs variés, ils auront pour rôle d’expliquer les usages et les bénéfices possibles de l’IA auprès des entreprises. Parmi les personnalités citées figurent Christelle Eidemann et Maurice Lévy.

L’objectif n’est pas seulement de vanter les performances de l’IA générative, c’est-à-dire des outils capables de produire du texte, des images ou du code à partir d’une instruction. Il s’agit aussi de montrer que l’intelligence artificielle recouvre de nombreuses techniques, dont certaines sont déjà utilisées depuis longtemps dans la prévision, l’analyse de données ou l’automatisation de processus.

Les CCI piloteront une opération nationale visant à sensibiliser 20 000 entreprises d’ici la fin de l’année 2025. Des rencontres sectorielles, baptisées « matchmaking IA », doivent également mettre en relation des entreprises et des fournisseurs de solutions. Pour un dirigeant de PME, cette étape peut être décisive : il ne s’agit pas d’acheter une IA en général, mais de trouver un outil ou un accompagnement adapté à un besoin précis.

Un cabinet comptable ne recherchera pas les mêmes fonctionnalités qu’un industriel, un artisan du bâtiment, un professionnel de santé ou un commerce de proximité. L’approche sectorielle doit donc permettre de partir de situations concrètes : traitement de factures, planification, maintenance, gestion de stocks, qualité, service après-vente ou recherche d’informations dans une documentation interne.

L’Académie de l’IA pour rendre les formations visibles

Le deuxième pilier est celui des compétences. Le gouvernement prévoit de lancer, d’ici la fin de l’année 2025, une plateforme en ligne appelée Académie de l’IA. Elle doit rassembler et rendre plus visibles des formations adaptées à des publics très différents, des artisans aux membres de comités exécutifs.

Cette précision est importante : tous les professionnels n’ont pas besoin de devenir spécialistes des algorithmes ou ingénieurs en données. Un dirigeant doit surtout être en mesure d’évaluer l’intérêt d’un projet, ses coûts, ses risques et son retour potentiel. Un salarié peut avoir besoin de savoir utiliser un outil de façon efficace et prudente. Les équipes techniques, elles, peuvent nécessiter des compétences plus poussées pour intégrer une solution à un système d’information ou contrôler la qualité des données.

L’objectif affiché est de former 15 millions de professionnels d’ici 2030. Le plan prévoit de mobiliser des dispositifs existants tels que le compte personnel de formation, ou CPF, et France Travail. La reconnaissance des acquis doit aussi passer par des certifications référencées, afin que les compétences liées à l’IA puissent être identifiées et valorisées.

Former ne consiste toutefois pas uniquement à apprendre à rédiger de bonnes requêtes dans un assistant conversationnel. Une utilisation professionnelle exige aussi de savoir vérifier une réponse, protéger les informations confidentielles, distinguer un contenu fiable d’une erreur plausible et respecter les règles internes de l’entreprise. L’enjeu de l’Académie de l’IA sera donc autant l’acculturation aux usages que le développement de compétences techniques.

Des diagnostics financés pour transformer une idée en projet

Le troisième pilier porte sur l’accompagnement économique. Le gouvernement financera 5 000 diagnostics Data-IA, à hauteur de 4 000 euros par diagnostic, soit 40 % de leur coût total. Ces diagnostics doivent aider les entreprises à faire le point avant de se lancer.

Cette phase préparatoire est souvent négligée. Pourtant, un projet d’IA n’est utile que s’il répond à un objectif clairement défini et s’appuie sur des données exploitables. Un diagnostic peut permettre d’identifier les tâches prioritaires, l’état des données de l’entreprise, les contraintes juridiques ou de cybersécurité, les compétences à mobiliser et les solutions les plus adaptées.

Le plan mentionne aussi un fonds de garantie bancaire destiné à soutenir des projets d’IA pouvant aller jusqu’à 500 000 euros. Pour des entreprises qui hésitent à engager un investissement, ce mécanisme vise à faciliter l’accès au financement.

L’adoption de l’IA : situation de départ et cible pour 2030

En 2025

  • Plus de 50 % des grandes entreprises utilisent déjà des solutions d’IA.
  • 13 % des PME ont adopté des outils d’intelligence artificielle.
  • 8 % des TPE utilisent l’IA dans leur activité.
  • 30 % des dirigeants de TPE jugent l’IA stratégique.

Objectifs pour 2030

  • 100 % des grandes entreprises doivent utiliser l’IA.
  • 80 % des PME sont visées par le plan gouvernemental.
  • 50 % des TPE doivent adopter des solutions d’IA.
  • 15 millions de professionnels doivent être formés à l’IA.

« Pionniers de l’IA », 100 millions d’euros pour les projets innovants

En parallèle de l’accompagnement des entreprises utilisatrices, le gouvernement lance un appel à projets France 2030 intitulé « Pionniers de l’IA », doté de 100 millions d’euros. Il a pour ambition de soutenir les innovations à fort potentiel, notamment dans des domaines tels que la robotique et la santé.

Cette partie du dispositif répond à une autre facette de la stratégie : favoriser non seulement l’usage de l’IA dans l’économie, mais aussi l’émergence d’entreprises capables de développer des solutions et de grandir sur des marchés internationaux. Le gouvernement évoque la recherche des futures « licornes », terme employé pour désigner des jeunes entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars.

Le lien entre les deux volets est direct. Une économie qui adopte davantage l’IA crée des débouchés pour les fournisseurs de logiciels, les intégrateurs, les sociétés de conseil et les entreprises innovantes. Inversement, une offre française forte ne peut se développer durablement sans clients capables d’expérimenter, d’acheter et de déployer ses solutions.

Ce qu’il faut surveiller d’ici 2030

Les objectifs fixés sont ambitieux : parvenir en 2030 à 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME et 50 % des TPE utilisant des solutions d’intelligence artificielle. Le passage de 8 % à 50 % pour les TPE, et de 13 % à 80 % pour les PME, implique un changement d’échelle considérable.

Le succès d’« Osez l’IA » se mesurera donc moins au nombre d’annonces qu’à plusieurs résultats concrets. Les dirigeants devront pouvoir accéder facilement aux diagnostics et aux formations. Les rencontres entre entreprises et fournisseurs devront déboucher sur des projets pertinents. Les aides devront atteindre les structures les moins équipées, y compris hors des grands centres économiques.

Il faudra également observer la qualité des usages déployés. Adopter l’IA n’est pas une fin en soi. Une entreprise tire un bénéfice durable d’un outil si elle a défini le problème à résoudre, préparé ses équipes, encadré les données utilisées et conservé un contrôle humain sur les décisions importantes. C’est à cette condition que l’ambition affichée par le gouvernement, faire de l’IA un levier concret de compétitivité pour l’ensemble du tissu économique, pourra se traduire dans le quotidien des entreprises françaises.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le plan Osez l’IA du gouvernement ?

« Osez l’IA » est une initiative gouvernementale publiée le 1er juillet 2025 pour accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises françaises. Doté de 200 millions d’euros, le plan combine sensibilisation, formation et accompagnement financier, avec une attention particulière aux TPE et aux PME, aujourd’hui moins équipées que les grands groupes.

Quelles entreprises peuvent bénéficier d’Osez l’IA ?

Le plan s’adresse à l’ensemble des entreprises, mais il cible particulièrement les très petites entreprises, les PME et les entreprises de taille intermédiaire. Les CCI et Bpifrance doivent contribuer au déploiement territorial. Les 5 000 diagnostics Data-IA sont conçus pour aider les entreprises à déterminer quels usages de l’IA correspondent réellement à leurs besoins.

Comment fonctionne le diagnostic Data-IA financé par l’État ?

Le diagnostic Data-IA doit permettre à une entreprise d’évaluer son potentiel d’usage de l’intelligence artificielle avant d’investir. Il peut aider à identifier les besoins prioritaires, les données disponibles, les contraintes et les solutions adaptées. Le gouvernement prévoit d’en financer 5 000 à hauteur de 4 000 euros chacun, soit 40 % du coût total.

Qu’est-ce que l’Académie de l’IA ?

L’Académie de l’IA est une plateforme en ligne dont le lancement est prévu avant la fin de l’année 2025. Elle doit rendre les formations à l’intelligence artificielle plus accessibles et plus visibles, pour des publics allant des artisans aux comités exécutifs. L’objectif national annoncé est de former 15 millions de professionnels d’ici 2030.

Quels objectifs Osez l’IA fixe-t-il pour 2030 ?

Le gouvernement vise l’utilisation de solutions d’intelligence artificielle par 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME et 50 % des TPE à l’horizon 2030. Ces cibles partent d’une situation très contrastée en 2025 : plus de la moitié des grands groupes utilisent l’IA, contre 13 % des PME et 8 % des TPE.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numériquewww.economie.gouv.fr
  2. France 2030, programme d’investissement et d’innovationwww.france2030.gouv.fr
  3. Chambres de commerce et d’industrie Francewww.cci.fr
  4. Bpifrancewww.bpifrance.fr