Au MIT, le centre Stone place l’IA et les inégalités au cœur de l’avenir du travail
Le département d’économie du MIT accueillera en juillet 2025 le centre James M. et Cathleen D. Stone. Dirigé par Daron Acemoglu avec David Autor et Simon Johnson, il étudiera le lien entre technologies, inégalités de richesse et avenir du travail, avec l’ambition d’éclairer le débat public comme les politiques économiques.

Le débat sur l’intelligence artificielle se résume souvent à une question spectaculaire : les machines vont-elles remplacer les travailleurs ? Pour le Massachusetts Institute of Technology, ou MIT, la question décisive est plus large. Il faut aussi comprendre qui bénéficie des gains de productivité, quels emplois évoluent, et comment les transformations technologiques peuvent accentuer ou réduire les écarts de richesse et d’opportunités.
C’est dans cette perspective que le département d’économie du MIT annonce la création du centre James M. et Cathleen D. Stone sur les inégalités et l’avenir du travail. À compter de juillet 2025, cette structure rejoindra le département d’économie de l’université américaine. Son lancement public est prévu à l’automne 2025.
Financé par un don de la Fondation Stone, le centre ne se présente pas comme un laboratoire consacré uniquement à l’IA. Sa mission est plus vaste : examiner les changements structurels du marché du travail et leur lien avec la montée des inégalités économiques. L’IA et l’automatisation y occuperont naturellement une place importante, car elles modifient déjà la manière dont certaines tâches sont réalisées, organisées et rémunérées.
Un centre consacré aux inégalités et aux transformations de l’emploi
Le nouveau centre est nommé en l’honneur de James M. Stone et Cathleen D. Stone, dont la fondation soutient cette initiative. Le montant du don n’est pas précisé dans l’annonce. L’ambition, elle, est clairement formulée : renforcer la recherche sur les inégalités de richesse et sur l’évolution du travail, tout en faisant circuler les résultats au-delà du monde académique.
Le centre veut ainsi rapprocher plusieurs publics qui ne se parlent pas toujours assez : chercheurs, étudiants, responsables politiques, acteurs économiques et citoyens. Ce rôle de passerelle est particulièrement important dans un domaine où les intuitions prennent vite le pas sur les faits. L’IA peut, selon les métiers et les entreprises, automatiser une partie des tâches, assister les salariés, créer de nouveaux besoins de compétences ou modifier le partage de la valeur. Mesurer ces mécanismes demande donc des données précises et des comparaisons sur la durée.
| Élément | Ce qui est annoncé pour le centre Stone du MIT |
|---|---|
| Intégration au MIT | À partir de juillet 2025, au sein du département d’économie |
| Lancement public | Un événement est prévu à l’automne 2025 |
| Direction | Daron Acemoglu, avec David Autor et Simon Johnson comme codirecteurs |
| Axes de recherche | Inégalités de richesse, IA, automatisation, évolution du marché du travail |
| Méthode | Approche associant économie, sociologie et science politique |
| Public visé | Chercheurs, étudiants, décideurs politiques et grand public |
L’objectif n’est donc pas de prédire mécaniquement un nombre d’emplois supprimés ou créés par une technologie. Il s’agit de comprendre les conditions dans lesquelles l’innovation élargit les possibilités professionnelles, ou au contraire concentre les gains chez certains travailleurs, certaines entreprises ou les détenteurs de capital.
Trois économistes au cœur de la direction
Le centre sera dirigé par Daron Acemoglu, professeur au MIT. Il sera accompagné de David Autor et Simon Johnson comme codirecteurs. Cette équipe réunit des spécialistes dont les travaux éclairent directement les questions soulevées par le centre : conséquences de la technologie sur l’emploi, concentration de la richesse, institutions économiques et politiques publiques.
Daron Acemoglu et Simon Johnson ont reçu, avec James A. Robinson, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel en 2024 pour leurs travaux sur la formation des institutions et leur influence sur la prospérité. Ce rappel aide à situer l’orientation du projet : l’évolution économique ne dépend pas de la technologie seule. Elle dépend aussi des règles, de la concurrence, de la formation, de la fiscalité et de la capacité des institutions à répartir les opportunités.
David Autor est pour sa part une figure reconnue des recherches sur le marché du travail et les effets de l’automatisation. Ses travaux ont notamment contribué à déplacer le débat : plutôt que d’opposer simplement humains et machines, ils invitent à observer quelles tâches sont remplacées, lesquelles sont complétées par les outils numériques, et comment ces changements affectent différemment les catégories de travailleurs.
La direction du centre reflète ainsi une idée essentielle : les effets de l’IA ne sont pas prédéterminés. Une même innovation peut produire des résultats très différents selon son déploiement, l’organisation du travail et les choix collectifs qui l’accompagnent.
Pourquoi l’IA peut-elle creuser ou réduire les inégalités ?
L’intelligence artificielle générative rend cette interrogation plus visible. Des outils capables de rédiger, résumer, programmer, analyser des documents ou produire des images peuvent aider certains professionnels à réaliser plus vite une partie de leur travail. Mais leur diffusion soulève aussi des questions sur la répartition des gains de productivité et sur les emplois accessibles à celles et ceux qui n’ont pas de diplôme universitaire.
Le centre Stone prévoit précisément d’étudier les possibilités de travail offertes aux personnes sans diplôme de l’enseignement supérieur et les transitions sur le marché de l’emploi. Ce point est central : lorsqu’un poste évolue ou disparaît, la difficulté ne consiste pas seulement à retrouver un emploi. Elle concerne aussi le temps de formation, le niveau de salaire, la mobilité géographique, les droits sociaux et la possibilité de construire une trajectoire professionnelle stable.
Plusieurs mécanismes peuvent être observés dans ce type de recherche :
- une technologie peut automatiser des tâches répétitives et diminuer la demande pour certains savoir-faire ;
- elle peut aussi compléter le travail humain, en permettant à un salarié de produire davantage ou d’accéder à de nouvelles missions ;
- les bénéfices peuvent être distribués largement, ou se concentrer dans les entreprises les mieux équipées et chez les travailleurs les plus qualifiés ;
- les politiques de formation et d’accompagnement peuvent faciliter, ou non, les transitions des personnes les plus exposées.
Ces mécanismes ne sont pas de simples débats théoriques. Ils déterminent la manière dont les ménages ressentent les transformations économiques dans leur vie quotidienne : perspectives d’embauche, pouvoir de négociation, sécurité des revenus et accès à la formation.
Une recherche qui dépasse les seules statistiques économiques
Le MIT annonce une démarche interdisciplinaire associant notamment l’économie, la sociologie et la science politique. Cette méthode répond à une limite fréquente des discussions sur le travail : les chiffres globaux de l’emploi ne suffisent pas à rendre compte des effets concrets d’une transformation.
Deux personnes peuvent, par exemple, conserver un emploi tout en vivant une situation très différente. L’une peut gagner en autonomie et en compétences grâce à de nouveaux outils. L’autre peut voir ses tâches fragmentées, son rythme de travail intensifié ou ses perspectives d’évolution réduites. L’analyse des inégalités doit donc observer à la fois les revenus, les conditions de travail, l’accès aux études et aux formations, ainsi que les rapports de force dans les organisations.
Le soutien de la Fondation Stone doit permettre de créer de nouvelles données sur l’interaction entre technologie et inégalités. Le centre entend aussi expérimenter des réponses innovantes et diffuser ses résultats auprès d’un public élargi. Dans le vocabulaire de la recherche, cela implique de ne pas s’arrêter à un constat : il faut pouvoir tester, comparer et évaluer les effets de dispositifs ou de politiques, tout en rendant les méthodes et les résultats compréhensibles pour les non-spécialistes.
Former des chercheurs et éclairer les décisions publiques
La création du centre comporte également une dimension de formation. Cynthia Barnhart, provost du MIT, a souligné la volonté de développer un vivier d’étudiants et de chercheurs sur ces sujets considérés comme essentiels. L’enjeu est de donner une place durable à l’étude des inégalités et de l’avenir du travail dans la formation économique.
Cette ambition répond à un besoin pratique. Les décideurs publics sont régulièrement confrontés à des arbitrages complexes : faut-il privilégier l’investissement dans la formation initiale ou la reconversion des adultes ? Comment encourager l’innovation sans laisser certains territoires ou groupes sociaux à l’écart ? Quelles protections faut-il adapter lorsque les carrières deviennent moins linéaires ?
La recherche ne peut pas trancher seule ces choix politiques, qui relèvent aussi de priorités démocratiques. En revanche, elle peut distinguer les intuitions des résultats observables, mesurer les effets d’une réforme et rendre visibles les publics qui risquent d’être oubliés dans une moyenne nationale ou sectorielle.
David Autor estime que l’initiative devrait élargir considérablement les perspectives de recherche sur la création d’emplois et la sécurité économique. Daron Acemoglu insiste, de son côté, sur la nécessité de mieux comprendre ces questions. Cette double priorité, produire des connaissances solides et les rendre utiles au débat collectif, est au centre du projet.
Le MIT rejoint un réseau international de centres Stone
Le centre du MIT s’inscrit dans un réseau mondial de centres consacrés aux inégalités de richesse, également soutenus par la Fondation Stone. Cette appartenance doit encourager les collaborations transnationales et le partage de connaissances entre chercheurs travaillant sur des contextes économiques différents.
Cette dimension internationale est pertinente pour étudier le travail à l’ère de l’IA. Les mêmes outils peuvent être adoptés dans plusieurs pays, mais leurs effets ne sont jamais totalement identiques. Les règles du marché du travail, les systèmes éducatifs, le niveau de protection sociale, la structure industrielle et la représentation des salariés changent d’un pays à l’autre. Comparer ces situations peut aider à déterminer quelles réponses sont transférables et lesquelles dépendent d’un contexte local.
Le réseau doit aussi favoriser l’organisation d’événements et de temps de partage des résultats. Pour un centre universitaire, cette circulation des connaissances compte autant que la publication de travaux spécialisés : une recherche sur les inégalités atteint davantage son objectif lorsqu’elle peut nourrir une discussion compréhensible et documentée dans la société.
Ce qu’il faut surveiller d’ici à l’automne 2025
L’annonce fixe un cadre ambitieux, mais ne préjuge pas encore des premiers résultats scientifiques ni des programmes précis qui seront lancés. Les éléments les plus concrets à suivre seront donc l’événement public de lancement prévu à l’automne 2025, les premiers projets de recherche, les données produites et les collaborations mises en place avec les autres centres du réseau Stone.
Il faudra aussi observer la place réellement donnée aux travailleurs sans diplôme universitaire, un axe explicitement mentionné par le MIT. Dans les débats sur l’IA, les professions les plus visibles sont souvent les métiers qualifiés de bureau. Pourtant, la question de l’avenir du travail concerne tout autant les emplois de services, les métiers manuels et les activités où l’adoption technologique dépend fortement de l’organisation locale.
Le centre Stone du MIT ne promet pas une solution unique aux inégalités. Il crée en revanche un lieu dédié à une question qui devient incontournable : à mesure que les technologies progressent, quelles institutions, quelles formations et quelles politiques permettront de faire de cette transformation un facteur d’opportunités plus largement partagées ?
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le centre James M. et Cathleen D. Stone du MIT ?
Le centre James M. et Cathleen D. Stone est une nouvelle structure du département d’économie du MIT, intégrée à partir de juillet 2025. Il est consacré à l’étude des inégalités économiques et de l’avenir du travail, notamment sous l’effet de l’intelligence artificielle, de l’automatisation et des mutations du marché de l’emploi.
Qui dirige le centre Stone sur les inégalités et l’avenir du travail ?
Le centre est dirigé par Daron Acemoglu, professeur au MIT. David Autor et Simon Johnson en sont les codirecteurs. Leurs travaux portent notamment sur les institutions économiques, les effets de la technologie sur l’emploi, l’automatisation, les salaires et les inégalités de richesse.
Quand le centre Stone du MIT sera-t-il officiellement lancé ?
Le centre doit rejoindre le département d’économie du MIT en juillet 2025. Son lancement officiel est prévu lors d’un événement public à l’automne 2025. L’annonce ne précise pas encore la date exacte de cet événement ni le détail des premiers programmes de recherche.
Quels sujets liés à l’intelligence artificielle seront étudiés au MIT ?
Le centre s’intéressera à l’interaction entre les technologies, dont l’intelligence artificielle et l’automatisation, et les inégalités économiques. Il étudiera aussi les changements structurels du marché du travail, les transitions professionnelles et les opportunités d’emploi pour les personnes sans diplôme universitaire.
Pourquoi le centre Stone travaille-t-il avec un réseau international ?
Le centre du MIT rejoint un réseau mondial de centres sur les inégalités soutenus par la Fondation Stone. Cette organisation doit faciliter les échanges entre chercheurs, les comparaisons entre pays et la diffusion des résultats. Elle permet d’étudier comment des technologies similaires produisent des effets différents selon les contextes économiques et sociaux.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Département d’économie du MIT, informations institutionnelles et actualitéseconomics.mit.edu
- MIT, site institutionnelwww.mit.edu
- James M. and Cathleen D. Stone Foundationwww.stonefoundation.org



