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Infomaniak intègre une IA souveraine pour rédiger et répondre aux e-mails

Infomaniak déploie progressivement un assistant de rédaction fondé sur son IA souveraine dans kSuite et son application Mail. Il peut générer, corriger, raccourcir ou reformuler des e-mails en quatre langues, tandis que l’entreprise suisse met en avant un traitement local des données et une infrastructure pensée pour limiter son empreinte environnementale.

Une personne rédige un e-mail assisté par IA, devant un ordinateur relié à un centre de données.
Illustration : Actu.ai

Un message de bienvenue, une réponse délicate à un client, une relance trop longue ou une faute d’orthographe à corriger : autant de tâches souvent modestes, mais répétées, qui occupent une part réelle de la journée de travail. Infomaniak entend les simplifier en intégrant un assistant de rédaction générative à ses outils de communication. La promesse de l’hébergeur suisse ne porte pas seulement sur le gain de temps : elle s’accompagne d’un choix d’infrastructure et de traitement des données présenté comme souverain.

À compter du 12 novembre 2023, le déploiement concerne progressivement les utilisateurs de kSuite, l’offre collaborative d’Infomaniak. L’entreprise prévoit également de rendre l’assistant disponible à l’ensemble de ses utilisateurs d’ici la fin de l’année, y compris pour les adresses e-mail gratuites. L’outil est accessible dans le service de messagerie et dans l’application mobile gratuite Infomaniak Mail.

Un assistant directement placé dans la rédaction des e-mails

L’intelligence artificielle est intégrée à la fenêtre où l’utilisateur compose son message. L’idée est de ne pas imposer un outil séparé, ni de demander de copier-coller le contenu d’un e-mail dans une autre application. Depuis l’espace de rédaction, l’utilisateur peut solliciter l’assistant pour produire un nouveau texte, préparer une réponse dans une conversation existante ou corriger des fautes d’orthographe.

La fonction ne se limite pas à générer un e-mail à partir d’une consigne. Elle peut aussi retravailler un brouillon déjà écrit. Infomaniak indique qu’il est possible de demander une reformulation plus professionnelle ou, à l’inverse, plus amicale, de raccourcir un message ou de l’enrichir avec davantage de détails.

Le principe est illustré par une consigne très simple : « Bienvenue Max dans l’équipe UX/Design ». L’IA peut alors proposer une version plus développée, que l’utilisateur reste libre de modifier avant l’envoi. Cette dernière étape est importante : l’assistant fournit une proposition de texte, il ne décide ni du destinataire, ni de l’intention, ni de l’envoi du message.

Fonction proposéeCe que l’assistant peut faireExemple d’usage
Rédaction d’un nouveau messageGénérer un e-mail à partir d’une demande courtePréparer un message de bienvenue pour un nouveau collègue
Réponse à une discussionProposer un texte en réaction à un échange existantRépondre à une demande de rendez-vous
CorrectionCorriger les fautes d’orthographeRelire un brouillon avant son envoi
Reformulation du tonRendre un message plus professionnel ou plus amicalAdapter une réponse à un client ou à une équipe
Ajustement de la longueurRaccourcir ou détailler un texteTransformer une note brève en e-mail explicatif

Ces usages correspondent à ce que les modèles de langage font le mieux : prédire et organiser des suites de mots plausibles à partir d’une instruction et du contexte fourni. Ils peuvent accélérer la mise en forme d’une idée, mais ils ne garantissent pas, à eux seuls, l’exactitude des informations, le bon niveau de confidentialité ou la pertinence d’une formulation dans une situation sensible.

Quelles langues et quelles actions sont prises en charge ?

L’assistant conversationnel d’Infomaniak est annoncé en français, anglais, espagnol et allemand. Cette couverture répond aux besoins d’équipes qui alternent entre plusieurs langues ou doivent adapter le ton d’un message à un interlocuteur international.

Dans la pratique, l’intérêt ne consiste pas nécessairement à déléguer entièrement la rédaction. Un utilisateur peut écrire une première phrase avec les informations qu’il souhaite communiquer, puis faire intervenir l’IA sur un point précis : retirer des répétitions, rendre une phrase plus diplomatique, condenser une explication ou donner une forme plus complète à une note rapide.

Cette approche réduit aussi un écueil fréquent des assistants génératifs : une consigne trop vague produit facilement un texte générique. Plus l’utilisateur fournit des éléments concrets et vérifiés, plus il a de chances d’obtenir un brouillon utile. À l’inverse, une information confidentielle ne doit être insérée dans une requête qu’après avoir compris quelles règles de traitement s’appliquent au service utilisé.

L’entreprise précise que sa nouvelle IA générative est en cours de déploiement dans ses services de messagerie instantanée et d’e-mails. Les fonctionnalités détaillées ici concernent avant tout la rédaction et la réponse aux e-mails dans Mail.

Que signifie l’expression « IA souveraine » chez Infomaniak ?

Le terme « souveraine » est fréquemment employé dans le débat européen sur le numérique. Il ne désigne pas une propriété magique de l’intelligence artificielle, mais renvoie généralement à la maîtrise de l’infrastructure, de l’hébergement et du cadre juridique dans lequel les données sont traitées.

Dans le cas présenté par Infomaniak, l’assistant utilise par défaut l’IA propre à l’entreprise. Celle-ci est conçue à partir d’une version améliorée de Falcon LLM, un modèle de langage open source. Un LLM, pour « large language model », est un système entraîné à manipuler le langage : il peut notamment générer, résumer ou reformuler du texte.

Pour Infomaniak, l’élément central est la localisation du traitement. L’entreprise affirme que les demandes adressées à l’assistant et les données des utilisateurs sont traitées exclusivement en Suisse lorsque son IA souveraine est utilisée. Elle rattache ce choix à la LPD, la loi suisse sur la protection des données, et au RGPD, le règlement général sur la protection des données applicable dans l’Union européenne.

Cette précision compte particulièrement pour l’e-mail. Un brouillon peut contenir des noms, des informations professionnelles, des éléments commerciaux ou des données personnelles. Le lieu où les requêtes sont traitées, ainsi que le cadre juridique applicable, font donc partie des critères concrets de choix d’un assistant de rédaction.

Infomaniak permet aussi de basculer vers ChatGPT afin de tester la solution d’OpenAI. La promesse de traitement en Suisse formulée pour l’IA souveraine d’Infomaniak doit ainsi être distinguée de cette option alternative. Les utilisateurs qui choisissent de changer de service ont intérêt à vérifier les règles de traitement associées au fournisseur sélectionné.

La confidentialité ne dispense pas de relire les messages

Le traitement localisé en Suisse répond à une préoccupation importante, mais il ne transforme pas un assistant génératif en outil autonome infaillible. La confidentialité d’un service et la qualité d’un e-mail sont deux sujets différents.

Avant de cliquer sur « envoyer », quelques vérifications restent particulièrement utiles :

  • contrôler les faits, les dates, les chiffres et les noms propres ;
  • s’assurer que le ton correspond à la relation avec le destinataire ;
  • retirer les informations inutiles ou trop sensibles de la requête ;
  • relire les réponses générées dans une discussion complexe, conflictuelle ou contractuelle ;
  • vérifier que le texte n’ajoute pas une promesse, un engagement ou une interprétation non souhaités.

Cette vigilance ne contredit pas l’intérêt de l’outil. Elle le replace dans son rôle : l’IA est un accélérateur de rédaction, pas une autorité capable de connaître l’intention de l’expéditeur ni les règles internes de son organisation. Infomaniak présente d’ailleurs cette technologie comme un accompagnement de l’intelligence humaine, non comme un remplacement.

Une infrastructure présentée comme plus sobre

L’autre volet de l’annonce concerne l’infrastructure qui fait fonctionner l’IA. Infomaniak indique que ses serveurs et ses processeurs graphiques, ou GPU, sont alimentés exclusivement par de l’énergie renouvelable. Les GPU sont des composants particulièrement utilisés pour les calculs nécessaires aux modèles d’intelligence artificielle.

L’entreprise précise également recourir à de l’air filtré pour refroidir les serveurs et les GPU, sans climatisation. Le refroidissement est un enjeu concret pour les centres de données : les équipements informatiques dégagent de la chaleur en continu et leur fonctionnement implique donc aussi de gérer cette chaleur.

Infomaniak prévoit qu’à partir de mars 2024, la chaleur dégagée par son nouveau centre de données soit injectée dans le réseau de chauffage urbain de Genève. Ce projet constitue une forme de valorisation de la chaleur fatale, c’est-à-dire une chaleur produite par une activité technique et habituellement perdue.

L’annonce ne chiffre pas l’économie d’énergie ou les émissions évitées grâce à ce dispositif. Elle met toutefois en lumière un aspect souvent moins visible des assistants génératifs : derrière une fonction de reformulation dans une boîte mail, il existe une infrastructure de calcul qui doit être alimentée, refroidie et entretenue.

Un déploiement progressif dans kSuite et Mail

L’assistant est, à cette date, déployé progressivement auprès des personnes ayant souscrit à kSuite. Cette suite regroupe les outils de productivité et de collaboration d’Infomaniak. L’accès depuis l’application mobile Infomaniak Mail doit permettre d’utiliser les mêmes fonctions de rédaction en déplacement, et pas seulement depuis un ordinateur.

Le calendrier annoncé fixe un objectif : rendre l’assistant disponible pour tous les utilisateurs d’Infomaniak d’ici fin 2023, y compris ceux qui utilisent une adresse gratuite. La formulation est celle d’un objectif de déploiement, pas d’un constat déjà achevé au 12 novembre.

Cette progression par étapes est cohérente avec l’intégration d’une nouvelle fonction dans une messagerie utilisée au quotidien. Elle permet de l’introduire au sein d’un environnement existant, où l’utilisateur retrouve ses dossiers, ses conversations et ses habitudes de rédaction, plutôt que de lui demander d’adopter un nouvel outil pour chaque e-mail.

Ce qu’il faut surveiller

L’arrivée d’un assistant de rédaction souverain dans une messagerie pose une question simple aux utilisateurs : quelle part de leur travail d’écriture souhaitent-ils automatiser, et dans quelles conditions ? L’utilité sera facile à apprécier sur les tâches répétitives, telles que les messages d’accueil, les réponses courtes ou la révision d’un brouillon. Les limites apparaîtront davantage lorsqu’un e-mail exige une connaissance fine d’un dossier, une décision humaine ou une prudence particulière.

Pour Infomaniak, le défi consiste à faire évoluer les possibilités de son IA tout en conservant les garanties mises en avant sur la vie privée, la localisation suisse des traitements et l’infrastructure. L’option de basculer vers ChatGPT souligne aussi que les utilisateurs pourront comparer différentes approches : un service intégré à kSuite et présenté comme souverain par défaut, ou une solution externe proposée à des fins de test.

Au-delà de cette annonce, la messagerie devient un terrain majeur pour l’IA générative. C’est l’un des endroits où les utilisateurs écrivent le plus, où les gains de temps peuvent être immédiats et où les données manipulées sont souvent sensibles. C’est précisément pourquoi l’ergonomie, la transparence sur le traitement des requêtes et la relecture humaine devront rester au centre de l’expérience.

Questions fréquentes

Que peut faire l’IA d’Infomaniak dans les e-mails ?

L’assistant peut générer un nouveau message, proposer une réponse à une conversation existante, corriger les fautes d’orthographe et reformuler un brouillon. Il peut notamment rendre le texte plus professionnel ou plus amical, le raccourcir ou ajouter des détails. L’utilisateur peut ensuite personnaliser la proposition avant l’envoi.

Les données de l’assistant e-mail Infomaniak restent-elles en Suisse ?

Infomaniak indique que les requêtes adressées à son IA souveraine et les données des utilisateurs sont traitées exclusivement en Suisse. Cette affirmation concerne l’assistant d’Infomaniak utilisé par défaut. L’entreprise permet aussi de basculer vers ChatGPT : dans ce cas, les utilisateurs doivent consulter les conditions de traitement propres au service choisi.

L’IA d’Infomaniak est-elle disponible sur mobile ?

Oui. L’assistant de rédaction est accessible dans l’application mobile gratuite Infomaniak Mail, en plus de son intégration dans le service de messagerie. Au 12 novembre 2023, son déploiement est progressif pour les utilisateurs de kSuite. Infomaniak vise un accès étendu à tous ses utilisateurs d’ici la fin de 2023.

Dans quelles langues l’assistant de rédaction Infomaniak fonctionne-t-il ?

L’outil est annoncé en français, en anglais, en espagnol et en allemand. Il peut ainsi aider à rédiger ou retravailler des e-mails dans ces quatre langues. Comme avec tout assistant génératif, une relecture demeure nécessaire, notamment pour contrôler les informations factuelles, les noms propres et le ton du message.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Infomaniak, site officiel et actualités de l’entreprisenews.infomaniak.com
  2. Infomaniak, présentation de kSuitewww.infomaniak.com/fr/ksuite
  3. Commission européenne, informations sur la protection des données dans l’Union européennecommission.europa.eu/law/law-topic/data-protection/data-protection-eu_fr
  4. Fedlex, loi fédérale suisse sur la protection des donnéeswww.fedlex.admin.ch/eli/cc/2022/491/fr