DeepSeek : une base exposée, l’UE sanctionne trois agents russes
Une base de données de DeepSeek, accessible sans authentification, a exposé des historiques de requêtes et des clés secrètes. Au même moment, l’Union européenne a inscrit trois agents russes sur sa liste de sanctions cyber. Deux dossiers distincts qui illustrent la pression croissante sur la sécurité des données et des infrastructures numériques.

Une base de données laissée ouverte sur Internet peut suffire à transformer un service numérique très populaire en risque de confidentialité. C’est ce qu’a mis en lumière la découverte, fin janvier 2025, d’une instance de base de données associée à DeepSeek accessible sans authentification. Le cas est d’autant plus sensible que les assistants d’intelligence artificielle recueillent des requêtes qui peuvent contenir des éléments professionnels, personnels ou techniques.
Dans le même temps, l’Union européenne a renforcé sa réponse aux opérations informatiques attribuées à la Russie. Le 27 janvier 2025, elle a adopté des sanctions contre trois agents russes pour des cyberactivités malveillantes dirigées contre l’Estonie. Ces deux actualités n’ont pas de lien opérationnel entre elles, mais elles racontent une même réalité : les données et les systèmes informatiques sont devenus des cibles stratégiques, pour les criminels comme pour les États.
Une base DeepSeek accessible sans authentification
La faille a été signalée par Gal Nagli, chercheur en cybersécurité chez Wiz. Lors de ses recherches, il a identifié une instance de ClickHouse, un logiciel de base de données conçu pour traiter rapidement de grands volumes de données, qui pouvait être consultée sans qu’un identifiant ou un mot de passe soit demandé.
Le problème ne résidait donc pas dans une attaque sophistiquée menée contre un système verrouillé. L’accès au service concerné était ouvert : toute personne capable de le localiser pouvait potentiellement consulter les informations qui y étaient stockées. Les chercheurs de Wiz ont rapporté que la base exposait notamment des historiques de requêtes, des clés secrètes et des éléments relatifs au fonctionnement interne du service.
Les historiques de requêtes méritent une attention particulière. À la différence d’un simple journal technique, une conversation avec un assistant IA peut contenir une question de santé, un extrait de code, un document de travail, une idée de produit, des informations sur une entreprise ou encore des données à caractère personnel. Tout dépend de l’usage fait par chaque utilisateur, mais la variété même de ces contenus rend une exposition particulièrement préoccupante.
Les clés secrètes constituent un autre enjeu majeur. Dans l’univers logiciel, une clé peut permettre à une application de s’identifier auprès d’un service ou d’accéder à une interface de programmation. Exposée, elle peut devenir un point d’entrée vers d’autres ressources, selon ses droits et selon la rapidité avec laquelle elle est révoquée puis remplacée.
Selon Wiz, les données visibles comprenaient plus d’un million de lignes de journaux. Ce volume ne correspond pas nécessairement à un million de personnes : une même utilisation peut générer plusieurs lignes techniques et plusieurs requêtes. Il donne toutefois une idée de l’ampleur potentielle de l’exposition.
Pourquoi une base ClickHouse ouverte représente un risque élevé
ClickHouse est couramment utilisé pour analyser rapidement des événements, des statistiques d’usage ou des journaux informatiques. Sa vitesse et sa capacité à traiter de gros volumes en font un outil apprécié des entreprises. Mais, comme toute base de données, il doit être placé derrière des mécanismes de protection adaptés : authentification, contrôle des accès réseau, chiffrement et surveillance des activités inhabituelles.
Dans le cas signalé chez DeepSeek, l’absence d’authentification supprimait une première barrière élémentaire. Une telle configuration peut résulter d’un oubli, d’un environnement de test trop facilement exposé ou d’une erreur dans le déploiement d’un service. Quelle qu’en soit l’origine, les conséquences peuvent être importantes lorsque les journaux contiennent des informations sensibles.
| Élément exposé ou potentiellement exposé | Pourquoi c’est sensible | Risque principal |
|---|---|---|
| Historiques de requêtes | Ils peuvent contenir des échanges personnels, des données de travail ou du code | Atteinte à la confidentialité |
| Clés secrètes | Elles servent à authentifier des services ou des applications | Accès non autorisé à des ressources techniques |
| Journaux techniques | Ils renseignent sur les serveurs, les requêtes et le fonctionnement du service | Repérage de faiblesses supplémentaires |
| Informations de configuration | Elles peuvent révéler l’architecture d’un environnement informatique | Facilitation d’attaques ciblées |
Une fuite de ce type rappelle aussi que l’IA générative ne pose pas uniquement la question des réponses produites par un modèle. Elle pose celle de toute la chaîne technique : collecte des requêtes, conservation des journaux, gestion des comptes, interfaces de programmation, hébergement et administration des serveurs.
Les entreprises qui déploient rapidement des outils d’IA font face à une difficulté particulière. Elles doivent absorber une forte demande, améliorer leurs modèles et maintenir une infrastructure fiable, tout en appliquant des règles de cybersécurité rigoureuses. La croissance d’un service ne dispense jamais de ces contrôles, elle les rend au contraire plus urgents.
Ce que la fuite DeepSeek permet d’établir, et ce qu’elle ne permet pas d’affirmer
Face à une fuite de données, il est essentiel de distinguer les faits observés des conclusions hâtives. L’existence d’une base ouverte et la nature des informations qui y figuraient justifient une vigilance sérieuse. En revanche, il ne faut pas en déduire sans preuve que chaque utilisateur a été visé, que tous les contenus ont été copiés ou qu’un compte précis a été détourné.
Fuite DeepSeek : ce qui est établi et ce qui reste inconnu
Éléments établis
- Une instance ClickHouse liée à DeepSeek était accessible sans authentification.
- Des historiques de requêtes, des clés secrètes et des données techniques étaient exposés.
- Wiz a signalé l’exposition après l’avoir découverte fin janvier 2025.
- La configuration ouverte créait un risque d’accès non autorisé aux données stockées.
Éléments non établis
- Le nombre exact de personnes dont les données ont été consultées n’est pas connu.
- Une exposition ne prouve pas que chaque donnée visible a été copiée ou exploitée.
- Il n’est pas établi que tous les comptes DeepSeek aient été compromis.
- L’impact précis sur chaque utilisateur dépend du contenu qu’il avait confié au service.
Cette distinction est importante pour les utilisateurs. Une réaction adaptée ne consiste pas à céder à la panique, mais à réduire les risques immédiats et à surveiller les signes inhabituels. Les personnes ayant utilisé un assistant IA doivent notamment garder en tête que le contenu confié à un tel outil ne doit pas être traité comme un coffre-fort numérique.
Trois agents russes sanctionnés par l’Union européenne
L’autre actualité majeure de cette séquence concerne la réponse diplomatique et économique de l’Union européenne aux cyberopérations attribuées à des acteurs étatiques. Le 27 janvier 2025, le Conseil de l’Union européenne a ajouté trois personnes à son régime de sanctions contre les cyberattaques.
Selon l’Union européenne, ces personnes sont liées à des activités malveillantes visant les systèmes d’information de l’Estonie. La campagne concernée a permis un accès non autorisé à des informations classifiées et à des données sensibles détenues par plusieurs ministères estoniens. Les individus visés sont présentés comme des agents du renseignement militaire russe, le GRU.
Les sanctions européennes répondent à un objectif de dissuasion et de protection. Elles peuvent comprendre un gel des avoirs détenus dans l’Union européenne, une interdiction d’entrée ou de transit sur le territoire européen et l’interdiction, pour les citoyens et entreprises de l’Union, de mettre des fonds à disposition des personnes inscrites sur la liste.
| Date | Décision ou constat | Portée |
|---|---|---|
| Fin janvier 2025 | Wiz identifie une base DeepSeek non protégée | Exposition possible de requêtes, de clés et de journaux techniques |
| 27 janvier 2025 | L’UE sanctionne trois agents russes | Réponse à des cyberactivités visant des systèmes estoniens |
| 2 février 2025 | Les deux affaires alimentent le débat sur la sécurité numérique | Les entreprises comme les pouvoirs publics sont concernés |
Les sanctions ne réparent pas une infrastructure attaquée et ne rendent pas automatiquement les données dérobées. Elles constituent toutefois un instrument politique et juridique : elles rendent publiques les attributions réalisées par l’Union, limitent les possibilités financières des personnes visées et signalent que les opérations informatiques hostiles peuvent avoir un coût diplomatique.
L’intelligence artificielle ajoute une pression sur les défenses numériques
L’essor de l’IA générative modifie déjà certaines pratiques de cybersécurité. Les outils capables de générer du texte peuvent aider des attaquants à rédiger des messages frauduleux plus crédibles, à adapter leur communication à différentes langues ou à automatiser certaines tâches. Ils peuvent aussi, à l’inverse, aider les équipes de défense à analyser des alertes, trier des journaux et détecter des comportements anormaux.
Le ministre de l’Intérieur britannique a évoqué l’usage croissant de l’intelligence artificielle par les cybercriminels. Cette évolution ne signifie pas qu’une IA remplace l’expertise humaine ou qu’elle rend toutes les attaques inévitables. Elle peut néanmoins réduire le temps nécessaire pour préparer des campagnes de fraude et augmenter le volume de tentatives.
Pour les organisations, la réponse ne se limite donc pas à acheter un nouvel outil de sécurité. Elle repose sur plusieurs pratiques complémentaires : savoir quelles données sont collectées, limiter leur conservation, vérifier régulièrement les accès, séparer les environnements de test et de production, et prévoir une procédure claire en cas d’incident.
La coopération entre entreprises, chercheurs et autorités publiques est également déterminante. Le signalement responsable d’une vulnérabilité permet souvent à une organisation de corriger une faille avant qu’elle ne soit largement exploitée. Les sanctions, les enquêtes et les échanges d’informations entre États jouent un rôle différent, mais tout aussi nécessaire, face aux opérations attribuées à des groupes organisés ou à des services de renseignement.
Que peuvent faire les utilisateurs de services d’IA ?
La première règle est de ne pas saisir dans un assistant IA des informations qui ne devraient pas sortir d’un cadre strictement privé ou professionnel. Cela inclut les mots de passe, les clés d’accès, les coordonnées bancaires, les documents confidentiels, les données médicales détaillées et les informations non publiques sur une entreprise.
Il est aussi prudent de ne jamais réutiliser le même mot de passe sur plusieurs plateformes. Si un mot de passe est propre à un service, une fuite sur ce service ne donne pas directement accès à la messagerie, aux réseaux sociaux ou aux outils professionnels de la même personne. L’activation de l’authentification à deux facteurs, lorsqu’elle est disponible, ajoute une protection utile.
Après l’annonce d’une exposition de données, il faut se méfier des messages qui prétendent offrir une indemnisation, demander une vérification de compte ou proposer un lien de sécurité. Les fraudeurs exploitent régulièrement l’inquiétude liée à une fuite pour envoyer de faux courriels de support. Il est préférable de se connecter directement au service concerné, sans passer par le lien reçu dans un message inattendu.
Enfin, les développeurs et les entreprises qui utilisent des interfaces de programmation doivent révoquer et remplacer toute clé qui aurait pu être exposée. Changer une clé est souvent plus efficace que d’attendre de déterminer avec certitude si elle a été utilisée par un tiers.
Ce qu’il faut surveiller
L’affaire DeepSeek pose une question qui dépassera largement cette entreprise : les acteurs de l’IA seront-ils capables d’aligner la vitesse de leur déploiement sur le niveau de protection exigé par la quantité et la sensibilité des données qu’ils manipulent ? Les audits de sécurité, la transparence sur les incidents et la limitation de la conservation des requêtes seront des indicateurs importants.
Du côté géopolitique, les sanctions adoptées par l’Union européenne confirment que les cyberopérations sont désormais traitées comme un sujet de politique étrangère et de sécurité collective. L’attribution reste complexe, car elle s’appuie sur des informations techniques, du renseignement et des procédures juridiques. Mais la publication de mesures ciblées montre que l’Union entend répondre publiquement aux activités qu’elle juge hostiles.
Pour les citoyens, la leçon est plus directe : l’IA est un outil pratique, mais elle ne doit pas devenir un lieu où l’on dépose sans précaution toutes ses informations. La confiance dans ces services dépend autant de la qualité de leurs réponses que de leur capacité à protéger ce que leurs utilisateurs leur confient.
Questions fréquentes
Quelles données ont été exposées dans la fuite DeepSeek ?
La base de données signalée par Wiz contenait notamment des historiques de requêtes, des clés secrètes et des informations techniques liées au fonctionnement du service. La présence de plus d’un million de lignes de journaux ne permet pas de connaître le nombre exact d’utilisateurs concernés, car une même personne peut générer de nombreuses entrées techniques.
Une base de données DeepSeek ouverte veut-elle dire que mon compte a été piraté ?
Non, pas automatiquement. Une base accessible sans authentification signifie que des données stockées pouvaient être consultées sans autorisation, ce qui constitue un risque sérieux. Cela ne démontre pas, à lui seul, qu’un compte particulier a été utilisé frauduleusement ni que toutes les informations exposées ont été copiées par des tiers.
Que faire si j’ai utilisé DeepSeek après l’annonce de la fuite ?
Évitez de cliquer sur des messages prétendant vous contacter au sujet de l’incident. Vérifiez que votre mot de passe DeepSeek est unique, changez-le s’il est réutilisé ailleurs et activez l’authentification à deux facteurs si elle est proposée. Si vous avez partagé une clé technique, révoquez-la et remplacez-la immédiatement.
Pourquoi l’Union européenne a-t-elle sanctionné trois agents russes ?
L’Union européenne a inscrit trois personnes sur sa liste de sanctions cyber le 27 janvier 2025, en réponse à des activités malveillantes visant l’Estonie. Selon le Conseil de l’Union européenne, ces opérations ont conduit à un accès non autorisé à des informations classifiées et à des données sensibles de plusieurs ministères estoniens.
Quelles sanctions l’UE peut-elle appliquer pour des cyberattaques ?
Le régime européen de sanctions cyber peut prévoir un gel des avoirs détenus dans l’Union européenne, une interdiction d’entrée ou de transit sur le territoire de l’Union et une interdiction de fournir des fonds aux personnes visées. Ces mesures cherchent à limiter les capacités d’action des responsables identifiés et à renforcer la dissuasion.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Wiz Research, analyse de la base de données DeepSeek exposéewww.wiz.io/blog/wiz-research-uncovers-exposed-deepseek-database-leak
- Conseil de l’Union européenne, sanctions contre trois personnes pour des cyberactivités visant l’Estoniewww.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2025/01/27/cyber-attacks-eu-lists-three-individuals-in-response-to-malicious-cyber-activities-against-estonia
- Adresse du service DeepSeek mentionnée dans l’article d’archiveoauth2callback.deepseek.com:9000
- CNIL, informations générales sur la protection des données personnelleswww.cnil.fr/fr/comprendre-le-rgpd



