Cybersécurité

Deepfake visant France 24 : la fausse tentative d’assassinat contre Emmanuel Macron

Une vidéo truquée imitant France 24 a prétendu annoncer une tentative d’assassinat contre Emmanuel Macron en Ukraine. Relayée par des canaux de communication pro-russes, cette intox rappelle combien l’IA peut fragiliser l’information. Voici ce que l’on sait, les réflexes à adopter et les enjeux de régulation.

Un smartphone affiche une fausse vidéo d’actualité tandis qu’une rédaction vérifie son authenticité.
Illustration : Actu.ai

Une alerte attribuée à un média reconnu peut se propager en quelques minutes, surtout lorsqu’elle touche à la sécurité d’un chef d’État. C’est le ressort de la vidéo truquée qui a usurpé l’identité visuelle de France 24 pour annoncer une prétendue tentative d’assassinat contre Emmanuel Macron en Ukraine. La nouvelle était fausse, mais sa fabrication exploitait un réflexe très humain : accorder du crédit à une information dès lors qu’elle semble provenir d’une rédaction connue.

L’épisode, relayé par des canaux de communication présentés comme pro-russes, ne se résume pas à une simple rumeur en ligne. Il montre comment des extraits de journal télévisé peuvent être détournés pour donner une apparence de sérieux à un récit inventé. Dans un contexte international tendu autour de la guerre en Ukraine, l’objectif d’une telle manipulation peut être double : susciter l’inquiétude et fragiliser la confiance envers les médias comme envers les institutions.

Une fausse alerte utilisant l’habillage de France 24

La vidéo mise en circulation reprenait et modifiait des extraits d’un journal télévisé de France 24. Elle prétendait rapporter qu’Emmanuel Macron avait été visé par un complot ou une tentative d’assassinat en Ukraine. Cette affirmation ne reposait sur aucun fait établi.

Le mécanisme est particulièrement efficace parce qu’il ne demande pas au public de croire un compte inconnu. Il lui présente à la place les codes d’un média d’information : un plateau, un présentateur, un format de journal télévisé, un ton d’urgence et une annonce politique majeure. L’ensemble peut suffire à déclencher des partages avant même que les internautes aient pris le temps de chercher la diffusion originale.

France 24 a rapidement démenti que cette vidéo provenait de ses rédactions. Les éléments rapportés indiquent également que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a publié un communiqué face à la circulation de cette intox. Ces démentis sont essentiels, mais ils interviennent dans un environnement où une vidéo mensongère peut déjà avoir été recopiée, commentée et rediffusée sur de multiples comptes.

ÉlémentCe que suggérait la vidéo truquéeCe qui est établi au 10 mars 2025
Origine de l’informationUne annonce éditoriale de France 24France 24 a indiqué que la vidéo ne venait pas de ses rédactions
Sujet annoncéUne tentative d’assassinat contre Emmanuel Macron en UkraineCette allégation est fausse et ne correspond à aucun événement établi
Procédé employéDes images présentées comme un journal télévisé authentiqueDes extraits de journal ont été modifiés pour fabriquer un faux contenu
DiffusionUne information paraissant provenir d’un média reconnuLa circulation est attribuée à des canaux de communication pro-russes
Réponse institutionnelleUne nouvelle apparemment confirmée par son habillageUn démenti médiatique et une réaction du Quai d’Orsay ont été signalés

Deepfake : de quoi parle-t-on exactement ?

Le mot deepfake désigne un contenu audio, visuel ou audiovisuel manipulé à l’aide de techniques informatiques, souvent fondées sur l’intelligence artificielle. Ces systèmes peuvent, par exemple, reproduire une voix, modifier les mouvements d’un visage, changer les paroles apparentes d’une personne ou générer un passage vidéo entièrement artificiel.

Dans la pratique, le terme recouvre des montages de niveaux très différents. Certains reposent sur une synthèse avancée par IA, d’autres combinent des images réelles, une voix ajoutée et un montage classique. Dans cette affaire, la certitude porte sur le caractère trompeur de la vidéo et sur l’utilisation d’extraits modifiés de France 24. La qualification de deepfake ne permet pas, à elle seule, de déterminer avec précision quelle part du contenu a été générée ou altérée par une intelligence artificielle, en l’absence d’analyse technique publique détaillée.

Cette nuance est importante. Pour le public, le danger ne dépend pas seulement de la sophistication du procédé. Un montage relativement simple, s’il s’appuie sur la réputation d’un média et s’il traite d’un événement grave, peut obtenir une forte crédibilité apparente. L’IA abaisse toutefois les barrières : elle rend plus rapide la création d’une voix plausible, d’un faux habillage ou d’une séquence adaptée à plusieurs langues et publics.

Le résultat brouille un repère fondamental : longtemps, une vidéo a été spontanément perçue comme un indice solide. Or l’image animée n’est plus une preuve suffisante de l’authenticité d’un événement. Elle doit être replacée dans son contexte, confrontée à sa source et vérifiée comme n’importe quelle autre information.

Pourquoi usurper l’identité d’un média reconnu ?

Une opération de désinformation ne cherche pas toujours à faire croire durablement à une version précise des faits. Elle peut aussi viser à installer le doute. En ciblant une marque médiatique identifiée, les auteurs du montage cherchent à emprunter sa crédibilité, tout en exposant cette même marque à la confusion du public.

Le choix d’une annonce concernant le président de la République française augmente encore la charge émotionnelle. Une prétendue tentative d’assassinat contre Emmanuel Macron aurait des conséquences politiques et diplomatiques considérables. Associer de surcroît cette fausse annonce à l’Ukraine donne au récit une dimension géopolitique, susceptible d’alimenter des interprétations ou des spéculations sans fondement.

Les effets possibles se situent à plusieurs niveaux :

  • créer un moment de peur ou de sidération propice au partage impulsif ;
  • mobiliser les démentis des autorités et des médias, qui doivent consacrer du temps à réfuter une fabrication ;
  • faire naître la méfiance à l’égard des journalistes, y compris lorsque leurs véritables reportages sont exacts ;
  • alimenter l’idée trompeuse selon laquelle aucune information audiovisuelle ne serait vérifiable.

Ce dernier effet est particulièrement corrosif. Face à la multiplication des manipulations, certains internautes peuvent être tentés de rejeter indistinctement les contenus authentiques et les faux. Or l’objectif n’est pas de renoncer à croire toute information, mais d’apprendre à identifier les preuves les plus solides.

Comment vérifier une vidéo qui semble venir d’un média ?

Face à une annonce aussi grave, la première règle est de suspendre son jugement. Ne pas partager immédiatement n’est pas une forme de passivité : c’est la meilleure façon de ne pas devenir un maillon involontaire de la diffusion.

Il faut ensuite chercher la publication à sa source. Si une vidéo est attribuée à une chaîne de télévision, l’information devrait pouvoir être retrouvée sur ses canaux éditoriaux habituels, dans une émission identifiable ou dans ses publications officielles. Une capture d’écran, un extrait isolé ou une vidéo téléchargée par un compte tiers ne permettent pas de vérifier l’origine du contenu.

Plusieurs indices doivent alerter, sans constituer à eux seuls une preuve de trucage :

  • une information spectaculaire qui n’apparaît dans aucun autre média fiable ;
  • une vidéo sans date, sans contexte précis ou sans référence à une émission identifiable ;
  • un compte qui imite le nom, le logo ou l’habillage d’un média sans être son compte officiel ;
  • un montage qui pousse à partager immédiatement au nom de l’urgence ;
  • des défauts éventuels de synchronisation entre la bouche et la voix, ou un son inhabituel.

Les détails visuels peuvent aider, mais ils ne suffisent pas. Les manipulations les plus convaincantes peuvent ne présenter aucun défaut évident sur un écran de téléphone. À l’inverse, une compression vidéo médiocre peut faire paraître suspect un contenu réel. La vérification doit donc d’abord porter sur la chaîne de publication et sur la confirmation indépendante du fait annoncé.

Une vidéo crédible en apparence, une information à vérifier

Ce que la vidéo imite

  • Le format et les codes d’un journal télévisé
  • L’identité apparente d’un média connu
  • Le ton sérieux d’une annonce d’actualité
  • La force émotionnelle d’un événement politique grave

Ce qui permet de la vérifier

  • La publication sur les canaux officiels du média
  • La présence de la séquence dans l’émission d’origine
  • La confirmation par plusieurs sources fiables
  • Les démentis explicites du média et des autorités compétentes

Les outils de détection ne remplacent pas la vérification éditoriale

Des outils cherchent à repérer des traces de génération ou de retouche dans les images, les voix et les vidéos. Ils peuvent analyser la cohérence d’un visage, les artefacts de compression, les métadonnées disponibles ou certains signaux laissés par les systèmes de génération. Ces approches sont utiles pour les rédactions, les chercheurs et les plateformes, mais elles ne délivrent pas un verdict infaillible.

Leurs limites sont concrètes. Une vidéo peut être recadrée, recompressée ou filmée à nouveau depuis un autre écran, ce qui efface ou masque certains indices techniques. Surtout, la qualité des systèmes de génération et de montage progresse. Une détection automatisée doit donc être complétée par le travail humain : retrouver la séquence d’origine, comparer les versions, analyser le compte diffuseur et vérifier les déclarations attribuées à des personnes ou institutions.

Dans le cas de la fausse vidéo visant France 24, le point le plus accessible à tous ne réside pas dans une expertise informatique complexe. Il consiste à vérifier si France 24 a réellement publié la séquence et si l’événement évoqué est confirmé par des sources indépendantes. Ce sont des gestes simples, mais ils sont souvent plus robustes que la recherche d’un détail suspect dans une image.

Quel rôle pour les plateformes et la régulation européenne ?

La lutte contre les contenus manipulés ne peut pas reposer uniquement sur les internautes. Les plateformes qui hébergent et recommandent des vidéos ont une responsabilité particulière, car leurs mécanismes de diffusion peuvent amplifier un contenu émotionnel et sensationnel. La rapidité est ici déterminante : une correction qui arrive après la vague initiale de partages ne touche pas nécessairement les mêmes personnes.

Dans l’Union européenne, plusieurs textes structurent progressivement ce terrain. Le règlement sur les services numériques, ou DSA, encadre notamment les obligations de certaines plateformes en matière de risques systémiques et de transparence. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, est entré en vigueur le 1er août 2024 et son application est échelonnée dans le temps. Il prévoit notamment des exigences de transparence pour certains contenus générés ou manipulés par IA, dont la mise en œuvre se déploie progressivement.

Ces règles ne font pas disparaître les opérations malveillantes. Elles peuvent néanmoins créer des obligations de prévention, de signalement et de traitement des risques, ainsi qu’encourager l’identification des contenus artificiels. Leur efficacité dépendra de leur application concrète, de la coopération entre plateformes, médias, chercheurs et autorités, mais aussi de la capacité à préserver la liberté d’expression et le droit à l’information.

L’enjeu n’est donc pas d’interdire toute retouche ou tout usage de l’IA dans l’audiovisuel. Ces technologies ont également des usages légitimes dans la création, l’accessibilité, le doublage ou la production. La ligne de partage est la tromperie : faire passer un contenu fabriqué pour le reportage authentique d’un média, ou attribuer à une personne des paroles et des actes qu’elle n’a jamais tenus.

Ce qu’il faut surveiller

L’affaire de France 24 rappelle que la désinformation audiovisuelle évolue moins par une rupture unique que par l’addition de plusieurs facteurs : outils de création plus accessibles, diffusion instantanée sur les réseaux sociaux, circulation transfrontalière et climat politique propice aux récits anxiogènes.

Il faudra observer la manière dont les médias renforcent l’authentification de leurs contenus, dont les plateformes réagissent aux usurpations de marques éditoriales et dont les autorités expliquent leurs démentis au public. Une communication claire, rapide et vérifiable limite la place laissée aux récits inventés, sans garantir à elle seule leur disparition.

Pour chacun, le réflexe le plus utile reste le même : lorsqu’une vidéo annonce un événement grave, vérifier avant de relayer. Ce principe ne demande ni logiciel spécialisé ni compétence technique. Il protège à la fois les personnes visées par l’intox, les médias dont l’identité est usurpée et le débat public lui-même.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le deepfake qui a visé France 24 ?

Il s’agit d’une vidéo trompeuse reprenant des extraits modifiés d’un journal de France 24. Elle prétendait annoncer une tentative d’assassinat contre Emmanuel Macron en Ukraine. France 24 a démenti être à l’origine de ce contenu. La vidéo a été relayée par des canaux de communication présentés comme pro-russes.

Emmanuel Macron a-t-il été victime d’une tentative d’assassinat en Ukraine ?

Non. L’affirmation diffusée dans la vidéo usurpant France 24 était fausse. Aucun événement de cette nature n’était établi au 10 mars 2025. Une annonce aussi grave doit toujours être recherchée dans les publications originales des médias cités et confirmée par plusieurs sources d’information fiables.

Comment savoir si une vidéo attribuée à France 24 est authentique ?

Commencez par chercher la vidéo ou l’article sur les canaux officiels de France 24, puis vérifiez si la séquence appartient à une émission identifiable. Comparez aussi avec d’autres médias reconnus et les communications des autorités. Un logo, un décor de plateau ou une voix de journaliste ne suffisent pas à prouver l’authenticité.

Un deepfake est-il toujours créé entièrement par intelligence artificielle ?

Pas nécessairement. Le terme désigne largement des contenus audio ou vidéo manipulés, souvent avec l’aide de l’IA. Une intox peut mélanger de vraies images, un montage trompeur, une voix synthétique ou des séquences générées. Dans tous les cas, l’élément décisif est l’intention de faire passer une fabrication pour une information authentique.

Que faire si je reçois une fausse vidéo sur les réseaux sociaux ?

Évitez de la partager, même pour la dénoncer, car cela peut accroître sa diffusion. Vérifiez d’abord la publication originale auprès du média ou de l’institution cités. Si le contenu est manifestement trompeur, utilisez les fonctions de signalement de la plateforme et partagez, si nécessaire, un démenti clair provenant de sources fiables.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. France 24, site officiel de la chaîne d’informationwww.france24.com/fr
  2. Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, site officielwww.diplomatie.gouv.fr/fr
  3. Commission européenne, cadre réglementaire européen sur l’intelligence artificielledigital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/regulatory-framework-ai
  4. Commission européenne, règlement sur les services numériquesdigital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/digital-services-act-package