Société et emploi

Emploi en IA : cinq métiers recherchés, entre expertise et travail à distance

En décembre 2023, le marché de l’emploi lié à l’intelligence artificielle élargit ses besoins bien au-delà des seuls laboratoires technologiques. Data scientists, ingénieurs et chefs de produit figurent parmi les profils les plus recherchés, tandis que le travail à distance et les compétences transversales redessinent les parcours professionnels.

Professionnels collaborant à distance sur un projet d’intelligence artificielle et d’analyse de données
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement les produits et les services : elle recompose aussi les besoins de recrutement. Au 1er décembre 2023, les offres liées à l’IA ne se limitent plus aux entreprises technologiques ou aux équipes de recherche. L’administration, la vente au détail et la fabrication font partie des secteurs cités comme recruteurs de profils capables de déployer, d’exploiter ou de piloter ces outils.

Cette évolution nourrit l’intérêt pour des métiers souvent associés à de hauts niveaux de qualification et, dans certains cas, à des possibilités de travail à distance. L’enjeu n’est toutefois pas de croire qu’il existe un unique « métier de l’IA ». Derrière cette expression se trouvent des fonctions très différentes : certaines construisent les fondations techniques, d’autres analysent les données, évaluent des modèles ou organisent leur intégration dans l’activité d’une entreprise.

Ce que recouvre la promesse de salaires supérieurs à 120 000 €

Le panorama évoqué met en avant cinq métiers parmi les mieux rémunérés de l’IA : scientifique des données, ingénieur logiciel, ingénieur de données, chercheur scientifique et chef de produit. Il indique que les salaires de ces carrières peuvent commencer à 120 000 € ou plus pour des professionnels qualifiés.

Ce chiffre doit être interprété avec prudence. Il ne constitue pas une grille salariale applicable à toute offre d’emploi, ni à tous les pays. Le document d’origine ne précise ni la devise de référence initiale, ni la localisation des emplois, ni le niveau d’expérience correspondant à chaque poste. Dans la pratique, une rémunération dépend notamment du pays, de l’employeur, de la rareté du profil, des responsabilités confiées et de l’ancienneté.

L’enseignement principal est donc moins un montant garanti qu’un signal de marché : les compétences qui permettent de concevoir et d’intégrer l’IA sont considérées comme stratégiques par les organisations qui en ont besoin.

Les cinq métiers qui concentrent l’attention

Ces intitulés peuvent se recouper d’une entreprise à l’autre. Une petite structure peut réunir plusieurs responsabilités au sein d’une même équipe, alors qu’une grande organisation les sépare nettement. Le tableau ci-dessous aide à comprendre la contribution habituelle de chacun dans un projet d’intelligence artificielle.

MétierRôle dans un projet d’IACompétence centrale associée
Scientifique des donnéesExplore les données, construit des analyses et développe des modèles pour répondre à une question métierScience des données
Ingénieur logicielTransforme des fonctionnalités et des modèles en applications utilisables et maintenablesDéveloppement logiciel
Ingénieur de donnéesOrganise la collecte, la circulation, la qualité et la disponibilité des donnéesGestion des données
Chercheur scientifiqueÉtudie de nouvelles méthodes, teste des hypothèses et évalue les performances de systèmes d’IARecherche scientifique
Chef de produitDéfinit les priorités, coordonne les parties prenantes et relie la technologie aux besoins des utilisateursGestion de produit

Le scientifique des données arrive en tête de la demande dans le panorama cité. Son travail commence souvent par une question concrète : prévoir une tendance, mieux classer une information, détecter un signal dans un grand volume de données ou mesurer la performance d’un système. Ce métier demande à la fois une compréhension statistique et la capacité à expliquer les résultats à des interlocuteurs non spécialistes.

L’ingénieur logiciel joue un rôle tout aussi décisif. Un modèle performant dans un environnement de test ne devient pas, par lui-même, un service fiable. Il faut l’intégrer à un produit, gérer ses échanges avec d’autres systèmes, assurer sa maintenance et tenir compte des contraintes de sécurité, de rapidité ou de coût.

L’ingénieur de données intervient en amont. L’IA dépend de données accessibles et exploitables. Si les données sont incomplètes, incohérentes ou mal organisées, les analyses et les modèles qui en découlent le seront aussi. Ce rôle est moins visible du grand public, mais il constitue une infrastructure essentielle des projets.

Le chercheur scientifique se concentre davantage sur les méthodes et leur évaluation. Il peut travailler sur les capacités, les limites ou la robustesse de systèmes d’IA. Enfin, le chef de produit ne remplace pas les spécialistes techniques : il veille à ce que le projet réponde à un besoin réel, fixe un cap et arbitre les priorités. C’est pourquoi ses compétences sont présentées comme particulièrement précieuses pour conduire des projets d’IA.

Pourquoi les métiers non techniques sont aussi concernés

La diffusion de l’IA dans les entreprises ne crée pas seulement une demande de programmeurs ou de chercheurs. Elle modifie également des fonctions de coordination, de stratégie, d’analyse, d’achat, de conformité ou de relation avec les utilisateurs. Dans ces métiers, il ne s’agit pas nécessairement de créer un modèle. Il peut s’agir de savoir formuler un besoin, évaluer la pertinence d’un outil, comprendre ses limites et organiser son usage de façon responsable.

Trey Causey, présenté comme responsable de l’IA responsable chez Indeed, résume l’enjeu ainsi : « L’expertise en science des données et en gestion de produits est dorénavant récompensée par une rémunération qui souligne l’importance stratégique de ces métiers au sein de l’écosystème de l’IA. »

Cette citation met en lumière une réalité souvent mal comprise : un projet d’IA ne se réduit pas à une démonstration technique. Pour créer de la valeur, il faut aussi identifier une situation où l’outil est utile, vérifier que les données employées sont adaptées, définir des critères de réussite et accompagner les personnes qui l’utiliseront.

Dans un service de vente au détail, par exemple, l’enjeu peut être d’améliorer l’organisation d’un catalogue ou l’analyse de la demande. Dans la fabrication, il peut concerner l’exploitation de données issues de la production. Dans l’administration, la question peut être celle de l’accès à l’information ou de l’amélioration d’un processus. Les besoins varient, mais ils font apparaître des fonctions de liaison entre technologie, organisation et métiers.

Deux familles de compétences dans les emplois liés à l’IA

Construire et exploiter la technologie

  • Scientifique des données, ingénieur logiciel, ingénieur de données et chercheur scientifique.
  • Travail centré sur les données, les modèles, les logiciels ou leur évaluation.
  • Exige une expertise technique approfondie et une pratique régulière des outils.
  • Participe directement à la conception, à l’intégration ou à la fiabilité des systèmes.

Orienter les usages et les projets

  • Chef de produit et fonctions de coordination ou d’analyse métier.
  • Travail centré sur les besoins des utilisateurs et les priorités de l’organisation.
  • Exige de comprendre les possibilités et les limites de l’IA sans nécessairement développer les modèles.
  • Relie les équipes techniques, les décideurs et les utilisateurs finaux.

Le télétravail élargit le marché, sans abolir les contraintes

Le développement de postes à distance fait partie des évolutions associées à l’emploi en IA. Pour les candidats, cette possibilité peut élargir le nombre d’entreprises accessibles. Pour les employeurs, elle peut permettre de recruter au-delà d’un bassin d’emploi local. Les fonctions fondées sur le code, les données, la recherche ou la coordination numérique s’y prêtent souvent plus facilement que les activités nécessitant une présence permanente sur un site de production.

Il faut néanmoins distinguer un emploi réalisable à distance d’un emploi librement accessible depuis n’importe quel pays. Une offre peut imposer une résidence dans une zone donnée, des horaires compatibles avec une équipe, une maîtrise linguistique particulière ou des modalités précises de contrat. Les règles fiscales, sociales et de protection des données peuvent également limiter le travail transfrontalier.

Pour un candidat, la mention « remote » ou « à distance » ne doit donc pas être lue comme le seul critère de sélection. Il convient de vérifier :

  • le pays ou les zones géographiques autorisés ;
  • le caractère totalement à distance ou hybride du poste ;
  • la langue de travail attendue ;
  • le niveau d’expérience demandé ;
  • la part réelle du poste consacrée à l’IA.

Comment développer un profil utile dans l’IA ?

La montée en puissance de l’IA peut donner l’impression qu’il faut devenir expert dans toutes ses dimensions. Ce n’est pas le cas. Le chemin pertinent dépend du métier visé. Une personne qui souhaite travailler comme ingénieur de données n’a pas les mêmes priorités qu’une personne qui vise la gestion de produit ou l’analyse métier.

Pour les rôles techniques, la progression repose généralement sur des bases solides : manipulation de données, raisonnement statistique, développement logiciel, compréhension des systèmes et capacité à évaluer les résultats. L’important est aussi d’apprendre à documenter son travail. Dans un contexte professionnel, un résultat utile doit pouvoir être compris, vérifié et maintenu par une équipe.

Pour les rôles de chef de produit, de coordination ou d’analyse, l’enjeu est différent. Il faut pouvoir dialoguer avec les équipes techniques sans prétendre les remplacer, formuler des objectifs mesurables et identifier les risques d’un usage inadapté. Comprendre les notions de données d’entraînement, d’erreurs possibles, de confidentialité ou de biais aide à poser les bonnes questions.

Dans tous les cas, un parcours convaincant gagne à démontrer une capacité à résoudre un problème réel. Un projet personnel, une étude de cas ou une expérience sectorielle peut être utile s’il explique clairement : quel besoin était traité, quelles données ou quels outils ont été mobilisés, comment le résultat a été évalué et quelles limites subsistent. Cette dernière étape est particulièrement importante en IA, où une réponse apparemment plausible n’est pas toujours exacte ou appropriée.

Ce qu’il faut surveiller sur le marché de l’emploi en IA

La tendance décrite en décembre 2023 est celle d’une diffusion des compétences en IA dans des secteurs de plus en plus nombreux. Elle favorise les profils spécialisés, mais aussi les personnes capables de faire le lien entre une technologie et une activité concrète. Le scientifique des données et le chef de produit incarnent bien ces deux dimensions, l’une analytique, l’autre organisationnelle.

La prochaine question ne sera pas seulement celle du nombre d’offres. Elle portera aussi sur la qualité des emplois proposés : niveau réel d’autonomie, formation fournie, conditions du télétravail, responsabilité dans l’usage des données et capacité des entreprises à transformer leurs expérimentations en outils réellement utiles.

Pour les candidats, la stratégie la plus durable consiste à combiner une expertise identifiable avec une compréhension du secteur visé. L’IA peut ouvrir des portes dans des domaines inattendus, mais ce sont les compétences appliquées, la rigueur et la capacité à travailler avec d’autres métiers qui permettent de les franchir.

Questions fréquentes

Quels sont les métiers de l’IA les mieux rémunérés en 2023 ?

Le panorama cité en décembre 2023 retient cinq métiers : scientifique des données, ingénieur logiciel, ingénieur de données, chercheur scientifique et chef de produit. Il évoque des salaires pouvant commencer à 120 000 € ou plus pour des professionnels qualifiés. Ce montant ne doit toutefois pas être généralisé à tous les pays, employeurs ou niveaux d’expérience.

Peut-on travailler dans l’intelligence artificielle sans être développeur ?

Oui. Les projets d’IA mobilisent aussi des chefs de produit, analystes, spécialistes métier et fonctions de coordination. Ces postes demandent de comprendre les possibilités et les limites de la technologie, de formuler un besoin concret et de dialoguer avec les équipes techniques. Ils ne dispensent pas d’acquérir une culture solide des données et des usages responsables.

Les emplois en IA sont-ils vraiment accessibles en télétravail ?

Certaines fonctions liées aux données, au développement, à la recherche ou à la gestion de produit peuvent être exercées à distance. Mais une offre en télétravail peut imposer un pays de résidence, des horaires précis, une langue de travail ou une présence ponctuelle. Il faut aussi distinguer le télétravail intégral d’une organisation hybride.

Quelles compétences faut-il apprendre pour travailler dans l’IA ?

Tout dépend du poste visé. Les rôles techniques reposent notamment sur les données, les statistiques, le développement logiciel et l’évaluation des systèmes. Les rôles non techniques demandent de savoir identifier un besoin, piloter un projet et comprendre les limites de l’IA. Dans tous les cas, la capacité à expliquer et vérifier son travail reste essentielle.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Indeed, plateforme d’emploi et d’information sur les carrièreswww.indeed.com
  2. Indeed Hiring Lab, analyses du marché du travailwww.hiringlab.org