Culture et médias

Castle Walls, la série turque qui veut raconter Alamut avec l’intelligence artificielle

Ay Yapim annonce Castle Walls, une mini-série turque de trois épisodes de 15 minutes consacrée au château d’Alamut. Présentée comme une première entièrement conçue par intelligence artificielle, elle associe des outils comme ChatGPT, MidJourney et Runway à une ambition revendiquée : renouveler la manière de raconter des histoires.

Une forteresse de montagne inspirée d’Alamut associée à des outils de création audiovisuelle par IA
Illustration : Actu.ai

Castle Walls ne promet pas seulement une nouvelle fiction historique. Le projet, annoncé par la société turque Ay Yapim, entend tester une autre façon de fabriquer et de penser une série : l’intelligence artificielle y est présentée comme un moteur central de la création, de l’idée initiale à la mise en images. Avec son récit autour du château iranien d’Alamut, le programme se situe au croisement de l’histoire, de l’imaginaire et des outils génératifs.

L’annonce intervient dans un contexte où l’IA s’installe rapidement dans les métiers de l’image et de l’écriture. Génération de concepts visuels, rédaction d’ébauches de scénarios, création d’images animées, retouches : ces technologies permettent déjà d’accélérer certaines étapes. Castle Walls va plus loin dans son positionnement, puisqu’elle est présentée comme la première série conçue intégralement par intelligence artificielle. Une formule ambitieuse, dont le sens précis mérite toutefois d’être regardé de près.

Une mini-série annoncée pour la fin de 2025

Ay Yapim prévoit de proposer trois épisodes de 15 minutes chacun. La durée totale atteindrait ainsi environ 45 minutes, un format de mini-série court qui se prête à une expérience narrative resserrée. La diffusion est annoncée à la télévision en Turquie et sur une plateforme de streaming, mais le nom de cette plateforme n’a pas encore été communiqué au 10 octobre 2025.

Le choix d’épisodes brefs n’est pas anodin. Dans les productions audiovisuelles conçues avec des outils génératifs, une durée limitée peut aussi constituer un terrain d’expérimentation plus maîtrisable. Elle oblige à concentrer l’intrigue, l’univers visuel et les personnages dans un temps réduit. Elle permet surtout de juger concrètement ce que l’IA apporte à une œuvre suivie, au-delà d’une simple bande-annonce ou de quelques séquences virales.

ÉlémentCe qui est annoncéCe qui reste à préciser
TitreCastle WallsLe titre international éventuel
Format3 épisodes de 15 minutesLe calendrier détaillé de diffusion
SujetLe château d’Alamut, en IranLes personnages et le déroulé complet de l’intrigue
DiffusionTélévision turque et plateforme de streamingLe nom de la plateforme concernée
Outils citésChatGPT, MidJourney, Runway, Google Nano Banana et AI YapimLa répartition précise des tâches entre les outils

Pourquoi le château d’Alamut est-il au cœur de l’intrigue ?

Le cadre choisi donne à Castle Walls une dimension historique et mystérieuse. La série doit raconter l’histoire du château d’Alamut, situé en Iran. Ce lieu emblématique nourrit depuis longtemps un imaginaire fait de forteresses, de pouvoir et de légendes. Il offre donc à une fiction un décor naturellement propice à l’aventure, au secret et à la reconstitution d’une époque ancienne.

Le projet fait aussi écho à la culture populaire contemporaine. Le château d’Alamut est rapproché de l’univers du jeu vidéo Assassin’s Creed Mirage, développé par Ubisoft. Cette référence peut aider un public déjà familier des récits historiques et des univers d’assassins à situer l’ambiance recherchée, même si Castle Walls devra construire sa propre narration.

Pour l’heure, Ay Yapim n’a pas dévoilé de synopsis détaillé. Ni les protagonistes, ni le conflit principal, ni les éventuels choix de narration ne sont connus. Le cœur de l’annonce n’est donc pas encore l’intrigue elle-même, mais la méthode revendiquée pour la faire naître. C’est un point important : une série ne se résume pas à son décor ou à ses images. Elle se joue aussi dans la cohérence des personnages, le rythme des scènes et la capacité à susciter une émotion durable.

Que veut dire une série « conçue intégralement par IA » ?

L’expression peut prêter à confusion. L’intelligence artificielle générative ne forme pas un bloc unique qui produirait seule un programme achevé. Il s’agit d’un ensemble de systèmes, chacun spécialisé dans certaines tâches : produire du texte à partir d’instructions, générer des images, transformer une image en séquence animée, proposer des variantes visuelles ou faciliter la postproduction.

Dans le cas de Castle Walls, Ay Yapim ne présente pas l’IA comme un auteur autonome, mais comme un ensemble d’outils intégré au processus de création. La société a notamment développé AI Yapim, un outil propriétaire destiné à associer l’imagination humaine et les capacités de l’IA. Le dirigeant de l’entreprise a expliqué que cette démarche visait à redéfinir les standards du genre et à proposer une nouvelle perspective sur l’art de raconter des histoires.

Derrière une telle formulation, plusieurs réalités peuvent coexister. Des personnes doivent définir l’orientation artistique, sélectionner les propositions des modèles, corriger les incohérences et décider de la version finale. L’IA peut multiplier les pistes à une vitesse inédite, mais elle ne remplace pas automatiquement le jugement nécessaire pour bâtir un récit compréhensible et singulier.

Ce que recouvre la promesse d’une série conçue avec l’IA

Ce que les outils peuvent accélérer

  • Explorer rapidement des pistes de récit et de dialogues.
  • Générer de nombreuses propositions d’images et de décors.
  • Produire des variations visuelles à partir d’instructions.
  • Faciliter certaines étapes de création ou de postproduction.

Ce qui exige toujours un choix humain

  • Définir l’intention artistique et les limites du projet.
  • Garantir la cohérence d’une intrigue sur plusieurs épisodes.
  • Sélectionner, corriger et assembler les propositions générées.
  • Assumer les questions de droits, de crédits et de responsabilité.

Plusieurs outils pour bâtir un même univers

Parmi les technologies citées figurent ChatGPT, MidJourney, Runway et Google Nano Banana, auxquels s’ajoute AI Yapim. Leur présence illustre la logique actuelle de nombreux projets de création assistée : plutôt qu’un logiciel unique, la production s’appuie sur une chaîne d’outils aux fonctions complémentaires.

ChatGPT appartient à la famille des assistants conversationnels capables de générer et de retravailler du texte. Dans un cadre créatif, ce type de système peut être sollicité pour explorer des idées, organiser une scène ou formuler des dialogues, sans que les usages exacts retenus pour Castle Walls aient été détaillés. MidJourney est connu pour la génération d’images à partir de descriptions écrites. Runway propose, de son côté, des outils consacrés à la création et à la manipulation de contenus visuels, notamment animés.

Il serait toutefois hâtif d’en déduire que chaque outil a été assigné à une étape précise de la série. Ay Yapim a communiqué la liste des technologies mobilisées, mais n’a pas encore documenté leur rôle respectif, ni la part de travail effectuée par les équipes humaines. Cette transparence sera déterminante pour évaluer le projet : une œuvre réalisée avec de l’IA peut recouvrir des méthodes très différentes, de l’assistance ponctuelle à l’automatisation de pans entiers de la fabrication.

Un test pour l’industrie audiovisuelle

La force de Castle Walls réside autant dans son ambition industrielle que dans son format. Si l’expérience trouve son public, elle pourrait encourager d’autres producteurs à employer l’IA plus largement dans l’élaboration de séries courtes, de formats expérimentaux ou de contenus destinés aux plateformes. Les coûts, les délais de production et les nouveaux modes de collaboration entre auteurs, artistes et outils numériques deviendront alors des sujets centraux.

Mais qualifier un programme de première mondiale appelle aussi de la prudence. Depuis plusieurs années, des créations audiovisuelles expérimentales utilisent des modèles génératifs pour l’écriture, les images ou l’animation. La singularité de Castle Walls tient à la manière dont Ay Yapim présente son projet : une série où l’IA serait mobilisée de façon intégrée et déterminante. Sans détail public sur la fabrication, il est impossible de mesurer avec précision le degré d’automatisation atteint.

La réception par les spectateurs sera un autre indicateur. Le public ne jugera pas seulement la prouesse technique. Il cherchera un récit clair, une émotion, un univers reconnaissable et des personnages auxquels s’attacher. L’IA peut faciliter l’exploration de nombreuses directions esthétiques, mais le risque existe de produire des images impressionnantes sans cohésion dramatique. C’est dans cette tension entre démonstration technologique et œuvre de fiction que Castle Walls sera attendue.

Les artistes face aux inquiétudes sur les droits et l’emploi

L’essor des outils génératifs suscite une inquiétude profonde chez de nombreux professionnels de la création. Illustrateurs, scénaristes, comédiens, monteurs et techniciens s’interrogent sur l’utilisation de leurs œuvres ou de leurs données pour entraîner des modèles, ainsi que sur les conséquences de l’automatisation pour leurs métiers.

En France, le texte de présentation de Castle Walls rappelle que plus de 34 000 artistes ont signé une tribune alertant sur le risque de pillage de leurs œuvres. Ce chiffre traduit une préoccupation qui dépasse le cas d’une seule série. La question ne porte pas uniquement sur la possibilité de créer plus vite : elle concerne aussi l’autorisation, la rémunération, l’attribution des contributions et la capacité des créateurs à conserver un contrôle sur leur travail.

Pour une production comme Castle Walls, les interrogations sont concrètes. Quelles données et quels contenus ont servi de base aux outils employés ? Quels créateurs interviennent dans les choix finaux ? Comment seront crédités les différents métiers ? Et quelle place restera-t-il aux équipes artistiques si ces procédés se généralisent ? L’annonce d’Ay Yapim ne répond pas encore à ces questions, mais elle les rend difficiles à ignorer.

Ce qu’il faudra surveiller avant la diffusion

D’ici la fin de 2025, plusieurs éléments permettront de mieux cerner la portée de Castle Walls. Le premier sera l’annonce de sa plateforme de streaming et de son calendrier de diffusion. Le deuxième concernera le contenu : une bande-annonce ou des extraits permettront de voir comment le projet articule récit historique et images générées. Enfin, les crédits et les explications de production seront essentiels pour comprendre le rôle réel de chaque technologie et celui des équipes humaines.

Castle Walls pourrait devenir un jalon dans l’adoption de l’IA par la fiction télévisée, non parce qu’elle prouverait que les machines peuvent raconter seules, mais parce qu’elle rend visible une nouvelle organisation possible de la création. Son intérêt se mesurera donc à la fois dans ses images et dans les réponses qu’elle apportera aux questions artistiques, économiques et éthiques qu’elle soulève.

Questions fréquentes

De quoi parle la série Castle Walls ?

Castle Walls s’inspire de l’histoire du château d’Alamut, situé en Iran. Ay Yapim présente ce lieu comme le cadre d’une fiction mêlant histoire, mystère et technologies de création contemporaines. Au 10 octobre 2025, l’entreprise n’a pas encore détaillé les personnages, les enjeux ni le déroulement complet de l’intrigue.

Quand et où Castle Walls sera-t-elle diffusée ?

La diffusion est attendue d’ici la fin de 2025. Ay Yapim prévoit une programmation à la télévision en Turquie ainsi qu’une disponibilité sur une plateforme de streaming. Le nom de cette plateforme, la date exacte de lancement et les éventuelles conditions d’accès hors de Turquie n’ont pas été annoncés.

Combien d’épisodes compte Castle Walls et quelle est sa durée ?

La mini-série doit comprendre trois épisodes de 15 minutes chacun. Sa durée totale sera donc d’environ 45 minutes. Ce format court permet de proposer une histoire condensée et constitue aussi un terrain d’expérimentation adapté à une production faisant appel à plusieurs outils d’intelligence artificielle.

Quelles intelligences artificielles ont été utilisées pour Castle Walls ?

Ay Yapim cite ChatGPT, MidJourney, Runway et Google Nano Banana parmi les outils mobilisés. La société mentionne également AI Yapim, un outil propriétaire développé pour combiner imagination humaine et intelligence artificielle. Les fonctions précises de chaque outil dans l’écriture, les images ou le montage n’ont pas été rendues publiques.

Castle Walls est-elle vraiment la première série entièrement créée par IA ?

Ay Yapim présente Castle Walls comme la première série conçue intégralement par intelligence artificielle. Cette formule doit être comprise à la lumière des informations disponibles : des outils génératifs sont placés au centre du processus, tandis que l’entreprise revendique aussi une association avec l’imagination humaine. Le détail complet de la production reste à connaître.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Ay Yapım, site officiel de la société de productionwww.ayyapim.com
  2. OpenAI, présentation officielle de ChatGPTopenai.com/chatgpt/overview
  3. Midjourney, site officielwww.midjourney.com
  4. Runway, site officiel des outils de création générativerunwayml.com