Outils et applications

Se repérer à l’intérieur : les applications qui aident les personnes aveugles

Dans un musée, un centre commercial ou un bâtiment administratif, se déplacer sans repères visuels reste un défi majeur. Des applications comme Aurizone, BlindSquare, Be My Eyes et Seeing AI proposent des formes d’aide complémentaires, du guidage vocal à la description d’une scène par caméra.

Une personne aveugle utilise son smartphone et une canne blanche pour s’orienter dans un hall intérieur.
Illustration : Actu.ai

Dans un espace fermé, le problème n’est pas seulement de savoir où l’on se trouve. Il faut aussi pouvoir identifier une entrée, un escalier, un comptoir d’accueil, une sortie ou le bon couloir, puis vérifier que l’itinéraire reste praticable. Pour les personnes aveugles et malvoyantes, cette succession de décisions peut rendre un lieu pourtant familier difficile à parcourir. À la date du 8 octobre 2024, plusieurs applications mobiles cherchent à alléger cette charge, avec des approches qui ne répondent pas toutes au même besoin.

L’enjeu est concret : l’autonomie ne consiste pas uniquement à atteindre une adresse. Elle suppose de pouvoir franchir la porte d’un bâtiment, s’y orienter, accéder à un service et en ressortir sans dépendre systématiquement d’un accompagnant. Dans cette perspective, un smartphone peut devenir un outil de repérage, de lecture et de communication, à condition que le lieu soit lui aussi pensé pour être accessible.

Pourquoi le GPS ne suffit pas dans les espaces intérieurs

Le GPS, au sens courant du terme, est surtout conçu pour localiser un appareil à l’extérieur grâce aux signaux satellitaires. Dans un bâtiment, ces signaux sont souvent fortement atténués ou imprécis. Même lorsqu’un téléphone estime correctement la position générale de son propriétaire, il ne connaît pas nécessairement l’étage, le couloir, la porte ou l’emplacement d’un ascenseur.

La navigation intérieure repose donc sur d’autres couches d’information. Un lieu peut mettre à disposition un plan numérique, définir des points d’intérêt, comme l’accueil ou les sanitaires, et installer des repères techniques, par exemple des balises Bluetooth. Le téléphone reçoit alors des indices de proximité et les traduit en consignes sonores ou vocales.

Élément nécessaireRôle dans le repérageLimite à connaître
Plan intérieur numériqueRelie les couloirs, pièces, étages et destinationsIl doit correspondre à l’aménagement réel du bâtiment
Points d’intérêtSignale l’accueil, les sorties, les ascenseurs ou les servicesLeur description doit être utile et actualisée
Balises BluetoothAident à estimer la proximité d’un emplacementElles doivent être installées et entretenues sur place
Instructions audioTransmettent les informations sans solliciter la vueElles doivent être claires et ne pas saturer l’écoute
Caméra du smartphoneLit un texte ou identifie un objet dans le champ de visionElle ne remplace pas une carte accessible du lieu

Cette distinction explique pourquoi les promesses doivent être lues avec précision. Une application qui guide dans un bâtiment équipé n’offre pas le même service qu’une application qui décrit un objet devant la caméra. Les deux peuvent être précieuses, mais à des moments différents du déplacement.

Aurizone, un GPS piéton pour des bâtiments équipés

Aurizone est présentée comme une application de navigation intérieure, disponible gratuitement sur Android et iOS. Son principe est celui d’un GPS piéton adapté aux lieux ayant été équipés pour fonctionner avec le service. Elle a vocation à guider une personne dans des environnements complexes, tels que les centres commerciaux ou les musées.

L’intérêt d’un tel outil est de transformer un lieu fermé en une suite de destinations exprimées de manière accessible. Au lieu de devoir demander où se trouve une boutique, une salle ou une sortie, l’utilisateur peut rechercher un point et suivre des indications. Cela peut aussi réduire l’incertitude au moment des bifurcations, qui est l’une des principales difficultés dans des espaces sans repères tactiles ou sonores constants.

La contrepartie est essentielle : le bâtiment doit être équipé. L’application ne peut pas inventer seule une cartographie détaillée ni connaître l’emplacement de chaque élément d’un lieu qui ne lui transmet aucune donnée. Sa disponibilité sur un téléphone ne garantit donc pas qu’elle sera utilisable dans tous les établissements. Avant un déplacement, il est pertinent de vérifier si le site visité est référencé et de prévoir une solution alternative.

BlindSquare, des informations de proximité pour se déplacer

BlindSquare constitue une autre approche de la mobilité. Cette application GPS conçue pour les personnes déficientes visuelles transmet des informations sur les points d’intérêt situés à proximité à partir de données de localisation. L’objectif n’est pas seulement de suivre une ligne sur une carte, information peu adaptée à une personne qui ne peut pas la consulter visuellement, mais de faire remonter les éléments utiles de l’environnement.

Dans la pratique, entendre qu’un point d’intérêt se trouve près de soi peut aider à construire une représentation mentale d’un quartier ou d’un parcours. Ce type d’information peut aussi faciliter la préparation d’un trajet : savoir qu’une entrée, un arrêt ou un commerce est proche donne un contexte qui manque souvent aux outils de navigation généralistes.

Il faut toutefois distinguer la localisation de proximité et le guidage très fin à l’intérieur d’un bâtiment. Connaître les lieux alentour est utile pour arriver à destination et comprendre son environnement immédiat. Se diriger ensuite jusqu’à une porte précise dans un vaste équipement exige généralement un niveau de cartographie ou de balisage supplémentaire.

Be My Eyes et Seeing AI, deux aides qui ne guident pas de la même façon

Les outils d’accessibilité ne se limitent pas à calculer un itinéraire. Dans la vie quotidienne, une difficulté peut aussi consister à lire une étiquette, reconnaître un emballage, vérifier un panneau ou comprendre ce qui se trouve devant soi. Seeing AI répond à ce besoin en utilisant la caméra du smartphone pour identifier des objets ou lire du texte.

Cette fonction peut être particulièrement utile dans un lieu inconnu. Une personne arrivée à proximité d’un comptoir ou d’une porte peut avoir besoin de déchiffrer un écriteau, d’identifier un numéro de salle ou de reconnaître un produit. Seeing AI apporte alors une information ponctuelle sur la scène filmée. Son rôle est celui d’une assistance visuelle par caméra, pas celui d’un système complet de navigation intérieure.

Be My Eyes repose, lui, sur l’intervention humaine. L’application met en relation des utilisateurs déficients visuels avec des bénévoles capables de les aider à distance au moyen d’un échange visuel en temps réel. Cette assistance peut servir à lire une étiquette ou à se repérer dans un environnement inconnu lorsqu’une explication humaine est plus appropriée qu’une reconnaissance automatisée.

Le service peut faire la différence dans une situation ambiguë, par exemple lorsqu’un panneau est mal éclairé, que plusieurs portes se ressemblent ou qu’un objet est difficile à identifier. Il dépend néanmoins de la disponibilité d’une connexion et de la nature de la demande. Pour suivre un itinéraire de manière autonome dans un bâtiment, une carte et des repères accessibles restent préférables.

Guidage dans un lieu ou aide pour comprendre l’environnement

Navigation et repérage

  • Indique un chemin vers une destination ou un point d’intérêt.
  • Repose sur la qualité des cartes et des données de localisation.
  • Peut nécessiter des balises ou un bâtiment spécifiquement équipé.
  • Est particulièrement utile dans les musées et les grands centres commerciaux.

Caméra et assistance humaine

  • Lit un texte ou aide à identifier un objet et une scène.
  • Peut fonctionner sans carte intérieure détaillée du bâtiment.
  • Répond bien à une question ponctuelle ou à une situation ambiguë.
  • Ne remplace pas un itinéraire accessible ni la détection des obstacles.

Des technologies complémentaires, pas une solution universelle

Les applications citées répondent à trois besoins distincts : savoir où aller, comprendre ce qui est proche et obtenir de l’aide lorsqu’une information manque. Les confondre conduirait à surestimer leurs capacités. Une description d’objet ne garantit pas un parcours sans obstacle, de même qu’un guidage vers un point d’intérêt ne permet pas forcément de lire une consigne affichée sur une porte.

La publication d’origine évoque aussi le travail de chercheurs canadiens sur une application mobile décrite comme un système de « radar » pour aider les personnes aveugles à se repérer dans les contextes urbains. L’ambition est de fournir des repères plus immédiats que ceux d’une simple application GPS. Faute de détails techniques sur ce projet, il serait hasardeux d’en déduire la nature exacte des capteurs ou les performances réelles du dispositif. Le terme de radar doit ici être compris comme l’image d’une aide de proximité, et non comme la preuve qu’un téléphone embarque nécessairement un radar au sens technique.

D’autres pistes de recherche portent sur l’utilisation de sons en temps réel pour signaler des éléments de l’environnement. L’idée consiste à exploiter l’ouïe comme un canal de spatialisation et d’orientation. Cette voie est prometteuse, mais elle pose une exigence de conception élevée : les indications doivent informer sans masquer les bruits essentiels de la rue, les annonces d’un lieu ou les échanges avec les autres personnes.

L’accessibilité passe aussi par l’apprentissage et la conception des lieux

Le smartphone ne remplace ni les techniques de déplacement, ni les aides utilisées par chaque personne selon ses habitudes. Une canne blanche, par exemple, apporte des informations immédiates sur le sol et les obstacles proches que la cartographie numérique ne peut pas toujours refléter. Les applications peuvent compléter ces repères, notamment pour préparer un trajet ou interpréter un environnement difficile à lire.

La prise en main compte autant que la technologie. Une interface utile doit être compatible avec les lecteurs d’écran des téléphones, proposer des boutons clairement nommés, fonctionner avec des gestes simples et délivrer des retours sonores compréhensibles. Pour une personne qui découvre une application, un test dans un lieu connu, avec l’aide d’un proche ou d’une association, peut éviter de transformer un premier déplacement en situation stressante.

L’apprentissage du braille bénéficie également d’applications dédiées, mentionnées parmi les outils d’assistance. Ces services ne sont pas des systèmes de navigation, mais ils participent au même objectif d’autonomie : permettre d’accéder à l’information par plusieurs canaux, selon les besoins et les préférences de chaque utilisateur.

La responsabilité ne doit pas reposer uniquement sur les personnes concernées. Un musée, un centre commercial, une gare ou un établissement public peut améliorer l’expérience en installant une signalétique tactile et lisible, en tenant ses plans numériques à jour et en formant son personnel à l’accueil des personnes handicapées. Une application est d’autant plus efficace qu’elle s’inscrit dans cet environnement accessible.

Vie privée, connexion et assistance : les précautions utiles

Ces outils peuvent traiter des données sensibles. Une application de navigation a besoin d’accéder à la localisation. Une application utilisant la caméra peut traiter les images d’un environnement privé. Une mise en relation vidéo avec un bénévole suppose, elle, de montrer en direct une scène qui peut contenir des documents, un domicile ou d’autres personnes.

Avant d’utiliser un service, il est raisonnable de consulter ses réglages et sa politique de confidentialité, puis de n’accorder que les autorisations nécessaires. Il convient aussi d’éviter de filmer ou de transmettre sans précaution des informations confidentielles, comme un code, un document médical, une pièce d’identité ou des coordonnées bancaires.

La fiabilité pratique doit également être anticipée. Batterie faible, absence de réseau, bruit ambiant, changement de plan ou balise défaillante peuvent réduire l’utilité d’une application au moment où elle est le plus nécessaire. Préparer l’itinéraire, emporter une batterie externe et connaître l’emplacement de l’accueil constituent des précautions simples. Elles ne diminuent pas l’intérêt de ces outils, elles permettent de les utiliser avec davantage de sérénité.

Ce qu’il faut surveiller pour une navigation réellement inclusive

Le développement d’applications de navigation intérieure ouvre une perspective importante : celle de lieux où l’information spatiale ne serait plus réservée aux personnes capables de lire des panneaux ou de suivre une carte visuelle. Mais cette promesse se jouera moins sur l’accumulation de fonctions que sur leur fiabilité dans des situations ordinaires.

Les points décisifs seront la couverture réelle des bâtiments, la qualité des cartes, la compatibilité avec les technologies d’assistance des smartphones et l’entretien des infrastructures telles que les balises. Il faudra aussi évaluer les outils avec les personnes aveugles et malvoyantes, car elles sont les mieux placées pour identifier une instruction imprécise, un parcours peu sûr ou une information manquante.

À court terme, Aurizone, BlindSquare, Be My Eyes et Seeing AI illustrent surtout une évolution utile : l’assistance numérique devient plus diversifiée. À long terme, le progrès le plus concret sera de faire en sorte qu’un bâtiment accessible le soit dès sa conception, avec ou sans téléphone en main.

Questions fréquentes

Quelles applications peuvent aider une personne aveugle à se repérer dans un bâtiment ?

Aurizone est présentée comme une solution de guidage dans des bâtiments équipés. BlindSquare fournit des informations sur les points d’intérêt proches. Be My Eyes permet de solliciter l’aide visuelle d’un bénévole, tandis que Seeing AI lit du texte et identifie des objets via la caméra. Ces services sont complémentaires plutôt qu’interchangeables.

Comment fonctionne la navigation intérieure pour les personnes aveugles ?

Le GPS seul est souvent peu précis à l’intérieur. Les systèmes de navigation peuvent combiner un plan numérique du bâtiment, des points d’intérêt et, lorsque le site est équipé, des balises Bluetooth. Le téléphone transforme ensuite ces informations en indications vocales ou sonores. La précision dépend directement de la qualité et de l’actualisation des données du lieu.

Faut-il installer des équipements dans un bâtiment pour utiliser Aurizone ?

Oui, Aurizone est conçue pour des bâtiments équipés. Cela signifie que le lieu doit mettre à disposition les éléments nécessaires à la navigation, comme une cartographie intérieure et des repères techniques adaptés. L’application ne garantit donc pas un guidage dans n’importe quel établissement. Il est préférable de vérifier la couverture du lieu avant le déplacement.

Be My Eyes peut-il remplacer un GPS pour se déplacer dans un lieu inconnu ?

Non. Be My Eyes sert à obtenir l’aide d’un bénévole au moyen d’un échange visuel en temps réel. Cela peut être très utile pour lire un panneau, reconnaître une porte ou lever un doute ponctuel. En revanche, un échange avec une personne à distance ne remplace pas une cartographie intérieure, un itinéraire vocal ou des repères accessibles dans le bâtiment.

Ces applications de navigation et d’assistance sont-elles gratuites ?

L’article indique qu’Aurizone est disponible gratuitement sur Android et iOS. Pour les autres services, les conditions d’accès, les fonctions incluses et l’éventuelle présence d’options payantes doivent être vérifiées directement dans les boutiques d’applications ou auprès de leurs éditeurs. Ces modalités peuvent évoluer selon les versions et les plateformes.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. BlindSquare, site officiel de l’application de navigation pour personnes déficientes visuelleswww.blindsquare.com
  2. Be My Eyes, site officiel du service d’assistance visuelle à distancewww.bemyeyes.com
  3. Microsoft Seeing AI, présentation officielle de l’application d’assistance visuellewww.microsoft.com/en-us/garage/wall-of-fame/seeing-ai