Entreprises et marchés

Databricks vise 10 milliards de dollars et une valorisation de 62 milliards

Databricks prépare une opération de financement pouvant atteindre 10 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation de 62 milliards. Menée par Thrive Capital, elle doit financer les produits d’IA, des acquisitions et l’expansion internationale, tout en donnant de la liquidité à certains salariés.

Des équipes analysent des flux de données et des outils d’intelligence artificielle dans un centre d’opérations.
Illustration : Actu.ai

La course à l’intelligence artificielle ne se joue pas seulement entre les créateurs de modèles conversationnels. Elle se joue aussi dans les entreprises qui permettent de stocker, préparer, analyser et exploiter les données nécessaires à ces modèles. C’est sur ce terrain que Databricks veut changer d’échelle : l’entreprise envisage un tour de financement pouvant atteindre 10 milliards de dollars, pour une valorisation de 62 milliards de dollars.

À cette date du 18 décembre 2024, l’opération placerait Databricks parmi les sociétés technologiques privées les mieux valorisées. Au-delà d’un montant spectaculaire, elle éclaire l’appétit persistant des investisseurs pour les infrastructures de données et les outils qui rendent l’IA utilisable dans les grandes organisations. Car sans données structurées, accessibles et gouvernées, les promesses des systèmes d’IA restent souvent difficiles à concrétiser.

Une opération financière hors norme pour Databricks

Databricks prévoit de réunir jusqu’à 10 milliards de dollars lors de ce financement. Les informations disponibles font également état de 8,6 milliards de dollars déjà collectés dans le cadre de cette série. La différence est importante : le premier chiffre correspond au montant total envisagé pour l’opération, tandis que le second renvoie aux fonds déjà réunis au moment de l’annonce.

La valorisation annoncée, 62 milliards de dollars, représente l’estimation de la valeur de l’entreprise retenue par les investisseurs privés à l’occasion de l’opération. Elle ne doit pas être confondue avec une capitalisation boursière : Databricks n’est pas cotée en Bourse et son prix n’est donc pas fixé quotidiennement sur un marché public.

ÉlémentDonnée annoncéeCe que cela signifie
Montant viséJusqu’à 10 milliards de dollarsTaille totale envisagée pour le tour de financement
Fonds déjà collectés8,6 milliards de dollarsPartie du financement déjà réunie selon les éléments disponibles
Valorisation62 milliards de dollarsValeur attribuée à Databricks dans cette opération privée
Croissance des revenusPlus de 60 % sur un an au troisième trimestreIndicateur de la dynamique commerciale de l’entreprise
Acquisition récentePlus de 1 milliard de dollars pour TabularRenforcement de l’offre de gestion des données

Ce type de levée ne signifie pas qu’une somme équivalente viendra nécessairement alimenter le compte bancaire de l’entreprise. Dans les opérations de cette ampleur, une partie des titres peut être achetée à des actionnaires existants, notamment des salariés. Databricks a précisément indiqué que ce financement devait aussi permettre à certains employés de monétiser leurs actions et d’acquitter les impôts associés.

Que vend Databricks et pourquoi ses outils comptent-ils pour l’IA ?

Databricks est spécialisée dans l’analyse de données et l’intelligence artificielle. Son rôle consiste à fournir aux organisations un environnement où elles peuvent réunir de grands volumes de données, les traiter, les analyser et développer des usages d’IA à partir de ces informations.

Cette fonction peut paraître moins visible qu’un assistant conversationnel, mais elle est déterminante. Une banque, un opérateur télécoms, un industriel ou un distributeur possède généralement des données dispersées dans de nombreux systèmes : transactions, stocks, capteurs, service client, factures ou informations logistiques. Pour en tirer des prédictions ou entraîner des modèles, il faut d’abord rendre ces données exploitables, cohérentes et suffisamment fiables.

Le positionnement de Databricks s’inscrit dans l’idée de « lakehouse », qui cherche à rapprocher deux usages traditionnellement séparés : le stockage de très grandes quantités de données brutes et l’analyse structurée employée par les équipes métiers. L’objectif est d’éviter que les données, les outils d’analyse et les projets d’IA ne soient cloisonnés dans des environnements distincts.

Pour les entreprises clientes, l’enjeu est pratique : réduire le temps nécessaire pour passer d’une information dispersée à une application concrète, qu’il s’agisse de détecter une anomalie, d’anticiper une demande ou de mettre à disposition des équipes un outil fondé sur leurs propres données. C’est aussi un marché stratégique, car les dépenses liées à l’IA ne concernent pas uniquement les modèles eux-mêmes, mais toute la chaîne technique qui les entoure.

Des investisseurs réputés pour accompagner une phase d’expansion

Le tour est mené par Thrive Capital. Il réunit également, parmi ses co-leaders, Andreessen Horowitz, DST Global et Insight Partners. L’Ontario Teachers’ Pension Plan participe à l’opération, aux côtés de nouveaux investisseurs cités comme Wellington Management et ICONIQ Growth.

La liste rassemble des fonds de capital-risque, des investisseurs de croissance et un grand régime de retraite. Cette diversité n’est pas anodine. Les fonds de capital-risque cherchent généralement à accompagner des entreprises innovantes à fort potentiel, tandis que les investisseurs institutionnels peuvent mobiliser des montants importants sur des horizons plus longs. Pour Databricks, cet ensemble offre à la fois des ressources financières et des partenaires habitués aux entreprises technologiques à forte croissance.

La présence de ces investisseurs traduit surtout une conviction : les outils de données restent une porte d’entrée essentielle vers les usages d’IA dans les organisations. Dans un contexte où de nombreuses entreprises cherchent encore à transformer des démonstrations d’IA en déploiements réels, les plateformes capables de relier données, ingénierie et modèles représentent un maillon recherché.

Où iront les milliards levés ?

Ali Ghodsi, directeur général de Databricks, a indiqué que les ressources devaient servir au développement de nouveaux produits d’intelligence artificielle, à des acquisitions stratégiques et à l’expansion internationale. Ces trois axes se complètent.

D’abord, l’investissement produit est indispensable dans un secteur où les attentes évoluent rapidement. Les clients demandent des outils capables d’intégrer l’IA dans leurs processus, sans devoir reconstruire l’ensemble de leur infrastructure de données. Ensuite, les acquisitions permettent d’ajouter plus vite des technologies, des équipes spécialisées ou des compétences qui seraient longues à développer en interne. Enfin, l’expansion internationale vise à transformer une forte dynamique technologique en présence commerciale durable dans davantage de marchés.

Databricks prévoit aussi un dispositif de liquidité pour certains salariés détenteurs d’actions. Dans une entreprise non cotée, les actions attribuées aux employés peuvent représenter une part importante de leur rémunération, tout en restant difficiles à vendre. Une opération secondaire leur permet de convertir une partie de ces titres en argent disponible, notamment pour faire face aux impôts déclenchés par l’exercice ou la vente de leurs actions.

Des revenus en forte hausse, avec un objectif de trésorerie positive

Databricks met en avant une croissance de ses revenus de plus de 60 % sur un an au cours de son troisième trimestre. L’entreprise anticipe également un chiffre d’affaires dépassant 3 milliards de dollars pour la période se terminant le 31 janvier 2025, présenté comme un niveau de revenus annuel attendu.

Ces données constituent un élément central pour comprendre la confiance des investisseurs. Une valorisation élevée repose rarement sur la seule popularité de l’IA : les financeurs scrutent aussi la capacité à vendre des produits, à conserver les clients et à faire progresser les marges. Databricks souligne à ce titre une évolution vers une rentabilité positive des flux de trésorerie.

Les flux de trésorerie correspondent, en termes simples, à l’argent qui entre et sort effectivement de l’entreprise. Une activité proche de l’équilibre ou positive sur ce plan peut rassurer les investisseurs : elle indique que la croissance ne dépend pas exclusivement de nouveaux apports de capitaux. Il faut toutefois distinguer cette notion de la rentabilité comptable globale, qui obéit à d’autres critères et n’est pas détaillée dans les informations communiquées.

L’enjeu est particulièrement important pour les sociétés de logiciels et de données. Elles doivent financer l’innovation, les infrastructures et les équipes commerciales, tout en faisant face à des clients qui exigent de plus en plus de garanties sur le retour sur investissement des projets d’IA.

Face à Snowflake, une rivalité qui dépasse les chiffres de valorisation

Avec une valorisation de 62 milliards de dollars, Databricks se situe, selon les données de CB Insights citées, derrière des entreprises privées comme SpaceX et OpenAI. Sa principale concurrente mentionnée est Snowflake, dont la capitalisation boursière atteint 57 milliards de dollars.

La comparaison appelle toutefois à la prudence. Snowflake est une entreprise cotée : sa capitalisation dépend du cours de son action et varie avec les marchés. Databricks est valorisée dans le cadre d’un financement privé, à une date et selon les termes négociés avec ses investisseurs. Les deux chiffres donnent un ordre de grandeur utile, mais ne constituent pas un classement parfaitement comparable.

La rivalité entre les deux sociétés illustre néanmoins un mouvement de fond. Les données constituent la matière première de nombreux projets d’IA, et les entreprises cherchent des plateformes capables de répondre simultanément aux besoins des analystes, des ingénieurs et des équipes qui développent des applications fondées sur l’intelligence artificielle. La compétition se joue sur la technologie, mais aussi sur la simplicité de déploiement, la confiance des clients et la capacité à accompagner de très grands volumes de données.

Des clients variés et le rachat de Tabular

Databricks cite parmi ses clients Block, l’entreprise dirigée par Jack Dorsey, ainsi que Comcast, Rivian et Shell. Cette diversité compte : elle montre que les besoins d’analyse de données et d’IA ne se limitent pas à un seul secteur. Paiement, médias, automobile et énergie présentent des contraintes différentes, mais ont en commun la nécessité de traiter des volumes importants d’informations.

L’entreprise a également acquis Tabular, spécialisée dans la gestion des données, pour plus de 1 milliard de dollars. Cette acquisition s’inscrit directement dans la stratégie annoncée. En renforçant ses capacités autour de la gestion des données, Databricks cherche à consolider la base technique sur laquelle reposent ses outils analytiques et ses offres d’IA.

Les acquisitions de ce type peuvent accélérer une feuille de route, mais elles comportent aussi un défi : intégrer la technologie achetée, conserver les équipes et faire en sorte que les clients comprennent clairement ce que la nouvelle offre leur apporte. Pour Databricks, l’intérêt de Tabular se mesurera donc moins au montant de la transaction qu’à sa capacité à enrichir concrètement la plateforme.

Ce qu’il faut surveiller après cette annonce

La première question sera la finalisation effective du financement jusqu’au montant de 10 milliards de dollars envisagé. La deuxième concernera l’utilisation de ce capital : les produits d’IA, les acquisitions et l’expansion internationale devront se traduire par des avancées visibles pour les clients.

Il faudra également suivre le rythme de croissance des revenus et la trajectoire des flux de trésorerie. Une progression de plus de 60 % est un signal puissant, mais une entreprise valorisée 62 milliards de dollars sera attendue sur sa capacité à maintenir sa dynamique tout en maîtrisant ses dépenses.

Enfin, la concurrence dans les plateformes de données restera déterminante. La vague de l’IA crée des opportunités considérables, mais elle renforce aussi les exigences des entreprises clientes : elles veulent des outils utiles, intégrables à leurs systèmes et capables de générer des résultats mesurables. C’est sur cette exécution, bien davantage que sur le seul montant de la levée, que se jouera la prochaine étape de Databricks.

Questions fréquentes

Combien Databricks veut-elle lever en décembre 2024 ?

Databricks envisage une levée de fonds pouvant atteindre 10 milliards de dollars. Les éléments disponibles indiquent que 8,6 milliards de dollars ont déjà été collectés dans cette série. Le montant de 10 milliards correspond donc à la taille totale envisagée pour l’opération, et non nécessairement aux fonds déjà finalisés.

Quelle est la valorisation de Databricks après cette levée de fonds ?

La valorisation retenue pour Databricks dans cette opération est de 62 milliards de dollars. Il s’agit d’une valorisation privée négociée avec les investisseurs. Elle ne correspond pas à une capitalisation boursière, puisque Databricks n’est pas cotée en Bourse.

Qui investit dans la levée de fonds de Databricks ?

Le financement est mené par Thrive Capital. Andreessen Horowitz, DST Global et Insight Partners sont cités comme co-leaders. L’Ontario Teachers’ Pension Plan participe également, ainsi que Wellington Management et ICONIQ Growth, présentés parmi les nouveaux investisseurs de l’opération.

À quoi serviront les fonds levés par Databricks ?

Databricks prévoit d’investir dans de nouveaux produits d’intelligence artificielle, des acquisitions stratégiques et son expansion internationale. Une partie de l’opération doit aussi permettre à certains employés de vendre des actions et de régler les impôts liés à ces titres, dans le cadre d’un mécanisme de liquidité.

Databricks est-elle plus grande que Snowflake ?

Les deux chiffres ne sont pas strictement comparables. Databricks est valorisée 62 milliards de dollars dans un financement privé, tandis que Snowflake affiche une capitalisation boursière de 57 milliards de dollars. La première est une valeur négociée entre investisseurs, la seconde dépend du cours de Bourse de Snowflake.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. CB Insights, classement et données sur les licornes technologiqueswww.cbinsights.com/research-unicorn-companies
  2. Databricks, salle de presse officiellewww.databricks.com/company/newsroom