Marché des ordinateurs portables : reprise timide, l’IA encore loin du décollage
Les ventes mondiales d’ordinateurs portables ont légèrement rebondi début 2024, sans effacer les fragilités du marché. Les entreprises pourraient redevenir un moteur de croissance, tandis que les PC intégrant de l’IA suscitent l’intérêt. Mais les consommateurs restent prudents et la production demeure très concentrée en Chine.

Le retour à la croissance du marché des ordinateurs portables ne ressemble pas à un redémarrage spectaculaire. En 2024, les chiffres dessinent plutôt une stabilisation progressive après une période de demande hésitante. Les entreprises renouent plus vite avec l’investissement que les ménages, les fabricants misent sur les fonctions d’intelligence artificielle pour renouveler leurs gammes, et la chaîne de production mondiale demeure très dépendante de la Chine.
À la date du 27 novembre 2024, cette reprise doit donc être lue avec prudence. L’ordinateur portable reste un équipement central, pour le travail comme pour les études et les loisirs, mais il se remplace moins vite qu’un smartphone. Pour relancer les achats, les constructeurs doivent convaincre que les nouveaux modèles apportent un bénéfice concret, qu’il s’agisse d’autonomie, de puissance, de durabilité ou, désormais, de capacités d’IA.
Des indicateurs de marché modestes et parfois contradictoires
Au premier trimestre 2024, les ventes mondiales d’ordinateurs portables ont atteint environ 59,8 millions d’unités, soit une hausse de 1,5 %. Ce mouvement positif est significatif après une phase de ralentissement, mais son ampleur reste limitée. Il ne suffit pas à conclure que l’ensemble du secteur est entré dans un nouveau cycle de forte expansion.
Les estimations disponibles ne racontent d’ailleurs pas exactement la même histoire. Gartner évoque une croissance de 0,3 % seulement, tandis qu’IDC observe une légère diminution des expéditions. En septembre 2024, une baisse de 2,4 % des expéditions de PC est également relevée. Ces écarts ne sont pas nécessairement incompatibles : les cabinets peuvent mesurer des périodes différentes, couvrir des catégories de produits distinctes ou s’appuyer sur les livraisons aux distributeurs plutôt que sur les achats finaux.
| Indicateur cité pour 2024 | Donnée | Ce qu’il faut comprendre |
|---|---|---|
| Ventes mondiales au premier trimestre | 59,8 millions d’unités | Le volume demeure considérable, malgré une reprise limitée. |
| Évolution des ventes au premier trimestre | +1,5 % | Un rebond modeste, qui ne traduit pas encore une accélération généralisée. |
| Estimation de Gartner | +0,3 % | Une quasi-stagnation à l’échelle du marché suivi. |
| Observation d’IDC | Léger recul des expéditions | Les livraisons de fabricants vers les canaux de vente restent fragiles. |
| Expéditions de PC en septembre | -2,4 % | Un rappel que la reprise peut varier fortement selon la période observée. |
La distinction entre ventes et expéditions est importante. Une expédition correspond généralement à un produit envoyé par un fabricant vers un distributeur ou un revendeur. Elle peut précéder de plusieurs semaines, voire davantage, l’achat par une entreprise ou un particulier. Quand les distributeurs écoulent leurs stocks avec prudence, les expéditions peuvent se contracter même si la demande finale résiste localement.
Pourquoi les entreprises pourraient soutenir la reprise
Le contraste entre marché professionnel et marché grand public est l’un des enseignements les plus importants. Le segment commercial pourrait enregistrer une croissance de plus de 7 % d’ici 2025. Pour les organisations, un ordinateur n’est pas seulement un objet personnel : c’est un outil de production, de communication, de gestion des données et de sécurité.
Les entreprises renouvellent aussi leurs parcs informatiques selon des calendriers plus structurés que les particuliers. Elles doivent maintenir des machines compatibles avec leurs logiciels, adaptées au travail hybride et suffisamment robustes pour leurs collaborateurs. Une décision d’achat peut donc concerner des dizaines, des centaines ou des milliers d’appareils à la fois.
Dans ce contexte, les fonctions d’IA deviennent un argument commercial. Microsoft, notamment, présente des stratégies reposant sur l’intelligence artificielle afin d’améliorer la productivité des équipes professionnelles. L’intérêt ne porte pas uniquement sur la génération de texte ou la synthèse de réunions. Il concerne aussi l’automatisation de tâches répétitives, la recherche dans les documents et l’assistance intégrée aux logiciels de travail.
Cela ne garantit pas que chaque entreprise remplacera immédiatement ses machines. Une fonction logicielle d’IA peut parfois être utilisée depuis le cloud, sans matériel neuf. Mais lorsqu’une organisation prévoit déjà un renouvellement, l’arrivée de processeurs plus récents et de fonctions locales peut peser dans la décision.
Des consommateurs plus attentifs au prix et à la durée de vie
Du côté du grand public, la dynamique est nettement moins vive. L’évolution attendue, de l’ordre de 3 % d’ici 2025, reste loin des perspectives du segment professionnel. Les incertitudes économiques poussent de nombreux ménages à reporter un achat qui n’apparaît pas indispensable, surtout si l’ordinateur actuel fonctionne encore correctement.
Cette prudence bénéficie aux modèles d’entrée de gamme, dont le prix reste un critère décisif. Mais elle oblige aussi les fabricants à mieux répondre à une exigence devenue centrale : la durabilité. Pour un acheteur, un ordinateur durable ne se résume pas à un châssis solide. Il doit aussi conserver une autonomie satisfaisante, recevoir des mises à jour logicielles, offrir une capacité de stockage suffisante et, idéalement, pouvoir être entretenu plus facilement.
Les usages ont également changé. Un même ordinateur peut servir à suivre des cours, travailler à distance, consulter des contenus, gérer des démarches administratives ou jouer occasionnellement. Cette polyvalence réduit parfois l’urgence de remplacer l’appareil, car un modèle de quelques années peut encore répondre aux besoins ordinaires. À l’inverse, elle augmente les attentes au moment de l’achat : les consommateurs cherchent une machine capable de durer sans payer pour des performances qu’ils n’utiliseront pas.
Le marché professionnel et le grand public ne suivent pas le même rythme
Entreprises
- Croissance attendue de plus de 7 % d’ici 2025.
- Renouvellements de parcs informatiques organisés et planifiés.
- L’IA est valorisée pour la productivité et les logiciels de travail.
- Les achats peuvent porter sur de nombreux appareils à la fois.
Grand public
- Évolution limitée à environ 3 % d’ici 2025.
- Les achats peuvent être différés si l’ordinateur actuel reste fonctionnel.
- Le prix et les modèles d’entrée de gamme demeurent décisifs.
- La durabilité et la polyvalence pèsent fortement dans le choix.
Les PC IA peuvent-ils vraiment relancer les ventes ?
Les ordinateurs portables intégrant des fonctions d’intelligence artificielle attirent une attention croissante, mais leur poids reste encore limité. Au deuxième trimestre 2024, les PC IA ont représenté 14 % des ventes. Ce chiffre montre que la catégorie commence à s’installer dans les catalogues et dans les choix d’achat, sans constituer pour autant la majorité du marché.
L’expression PC IA recouvre des réalités diverses. Elle désigne généralement des ordinateurs équipés de composants capables d’exécuter certaines tâches d’intelligence artificielle directement sur l’appareil, en complément du processeur et de la puce graphique. Ces composants, souvent appelés unités de traitement neuronal, peuvent prendre en charge des traitements tels que la transcription, l’amélioration d’image, la traduction ou certains assistants, sans envoyer systématiquement toutes les données vers des serveurs distants.
Cette promesse soulève deux questions simples pour le public. La première est celle de l’utilité : les fonctions proposées font-elles réellement gagner du temps au quotidien ? La seconde est celle du prix : l’écart avec un ordinateur conventionnel est-il justifié pour l’usage envisagé ? Tant que les réponses resteront variables selon les logiciels et les profils d’utilisateurs, l’IA ne suffira probablement pas, à elle seule, à déclencher un vaste cycle de remplacement.
Il faut également éviter d’assimiler automatiquement un PC IA à un ordinateur radicalement différent. L’appareil reste avant tout un ordinateur portable. Ses qualités fondamentales, écran, clavier, autonomie, poids, connectique, réparabilité et performances générales, continuent de compter. L’IA peut devenir un critère supplémentaire, mais elle ne fait pas disparaître ces attentes très concrètes.
Une fabrication toujours très concentrée en Chine
La chaîne d’approvisionnement constitue l’autre grande variable du marché. La Chine représente environ 89 % de la capacité totale de fabrication d’ordinateurs portables. Cette concentration reflète la présence d’usines, de fournisseurs de composants, de spécialistes de l’assemblage, de réseaux logistiques et de savoir-faire accumulés au fil des années.
Les fabricants de conception et de production pour le compte des marques, souvent désignés par l’acronyme ODM, envisagent d’étendre certaines lignes de production au Vietnam, en Thaïlande, en Inde et au Mexique. Cette diversification peut répondre à des impératifs de résilience industrielle et de proximité avec certains marchés. Elle ne se décrète toutefois pas par l’ouverture d’une seule usine.
Produire un ordinateur portable suppose de coordonner de très nombreux éléments : cartes électroniques, écrans, batteries, mémoire, stockage, boîtiers, connecteurs, contrôles qualité et transport. Installer une nouvelle chaîne d’assemblage exige donc du temps et des investissements, mais aussi un écosystème local de sous-traitants et de partenaires logistiques. La part très élevée de capacité concentrée en Chine ne se transforme pas rapidement.
La notion de capacité mérite elle aussi une nuance. Elle décrit ce que les installations peuvent produire, pas nécessairement ce qu’elles produisent effectivement à un instant donné. En période de demande hésitante, la question n’est pas seulement de savoir où les ordinateurs peuvent être assemblés, mais aussi à quel rythme les marques choisissent de lancer leurs commandes.
Une concurrence intense, sans lecture uniforme selon les marques
Dans un marché peu dynamique, chaque point de part de marché compte davantage. Les grandes marques sont soumises à la concurrence des fabricants historiques, des spécialistes de l’entrée de gamme et des acteurs qui cherchent à valoriser de nouvelles fonctionnalités. Apple est cité parmi les groupes exposés à cette compétition intense.
Le recul global de 2,4 % des expéditions de PC relevé en septembre 2024 ne permet toutefois pas, à lui seul, de mesurer la trajectoire précise de chaque marque. Pour cela, il faudrait comparer les volumes, les gammes de prix et les régions, fabricant par fabricant. Un marché globalement en baisse peut dissimuler des progressions locales, tandis qu’un marché en hausse peut ne pas bénéficier à tous les acteurs.
Les investissements liés à l’IA ajoutent une dimension à cette concurrence. Le secteur attire des capitaux et alimente l’émergence d’alternatives technologiques, parmi lesquelles TSS est présenté comme un acteur prometteur. Sans éléments chiffrés sur son activité ou sur son rôle exact dans la filière des ordinateurs portables, il serait toutefois imprudent d’en déduire un effet direct sur les ventes de machines.
Le lien entre investissement dans l’IA et marché du PC est indirect mais réel. Des outils plus performants peuvent créer de nouveaux besoins matériels. À l’inverse, si les services d’IA restent principalement accessibles en ligne et fonctionnent sur des appareils existants, ils pourraient limiter l’urgence d’un renouvellement. C’est précisément cette tension qui rend les prévisions incertaines.
Ce qu’il faut surveiller en 2025
L’année 2025 permettra de vérifier si la reprise modeste de 2024 se consolide. Plusieurs signaux devront être observés plutôt qu’un seul chiffre trimestriel :
- la capacité du segment professionnel à atteindre une croissance supérieure à 7 % ;
- l’évolution effective de la demande grand public autour de 3 % ;
- la part des PC IA dans les ventes et, surtout, l’utilité réelle de leurs fonctions ;
- la vitesse à laquelle le Vietnam, la Thaïlande, l’Inde et le Mexique peuvent accueillir davantage de production ;
- la capacité des marques à concilier prix abordable, longévité et innovations visibles.
Le marché des ordinateurs portables ne manque ni de produits ni de technologies. Son défi est plutôt de transformer l’innovation en raison d’achat claire. Pour les entreprises, la productivité et la gestion des parcs informatiques peuvent jouer ce rôle. Pour les particuliers, le rapport entre prix, durée de vie et usages quotidiens restera déterminant. La progression du marché dépendra de cet équilibre, bien davantage que de la seule présence du mot IA sur une fiche technique.
Questions fréquentes
Le marché des ordinateurs portables est-il en croissance en 2024 ?
Oui, mais la reprise reste faible. Au premier trimestre 2024, les ventes mondiales ont progressé de 1,5 % pour atteindre environ 59,8 millions d’unités. D’autres mesures sont plus prudentes : Gartner évoque 0,3 % de croissance et IDC constate un léger recul des expéditions. La tendance dépend donc aussi de l’indicateur et de la période retenus.
Pourquoi les ordinateurs portables professionnels se vendent-ils mieux que les modèles grand public ?
Les entreprises remplacent leurs équipements selon des cycles organisés et doivent tenir compte de la sécurité, des logiciels, du travail hybride et de la productivité. Le segment commercial pourrait progresser de plus de 7 % d’ici 2025. Les particuliers, eux, peuvent plus facilement reporter un achat lorsque leur appareil reste utilisable, surtout dans un contexte économique incertain.
Qu’est-ce qu’un PC IA et quelle est sa part du marché ?
Un PC IA est généralement un ordinateur équipé de composants capables d’exécuter certaines tâches d’intelligence artificielle directement sur l’appareil. Ces usages peuvent concerner la transcription, l’image, la traduction ou des assistants logiciels. Au deuxième trimestre 2024, cette catégorie représentait 14 % des ventes d’ordinateurs portables : elle progresse, mais reste minoritaire.
Pourquoi la Chine fabrique-t-elle la majorité des ordinateurs portables ?
La Chine concentre environ 89 % des capacités de fabrication de portables grâce à un écosystème industriel complet : assemblage, fournisseurs de composants, logistique et savoir-faire. Des productions sont envisagées au Vietnam, en Thaïlande, en Inde et au Mexique. Cependant, bâtir une chaîne d’approvisionnement complète dans un nouveau pays demande des investissements importants et du temps.
Les PC équipés d’IA vont-ils faire baisser le prix des ordinateurs portables ?
Rien ne permet de l’affirmer en novembre 2024. Les PC IA peuvent justifier un renouvellement s’ils offrent des fonctions réellement utiles, mais ils reposent aussi sur des composants récents. Pour les consommateurs, le prix, l’autonomie, la durabilité et les performances générales resteront probablement plus déterminants que la seule présence de fonctions d’intelligence artificielle.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Gartner, salle de presse et analyses du marché des PCwww.gartner.com/en/newsroom
- IDC, analyses et données sur le marché mondial des appareils informatiqueswww.idc.com
- Microsoft, présentation de ses solutions d’intelligence artificiellewww.microsoft.com/en-us/ai



