Régulation et éthique

Confidentialité des données : les trois rendez-vous qui ont marqué 2024

À l’heure où 2024 s’achève, les Assises de la Protection des Données, la Journée RGPD et la Data Privacy Week éclairent les priorités du secteur. Derrière ces rendez-vous, une même question : comment entreprises, autorités et citoyens peuvent-ils concilier innovation numérique, conformité et maîtrise des informations personnelles ?

Participants à une conférence sur la protection des données et les règles de confidentialité
Illustration : Actu.ai

À mesure que les outils numériques s’installent dans le travail, les achats, les loisirs et les services publics, la confidentialité des données a cessé d’être une affaire réservée aux juristes et aux équipes informatiques. Elle touche directement la vie quotidienne : qui peut accéder à nos informations, dans quel but, combien de temps et avec quelles garanties ? En 2024, ces questions ont structuré les échanges entre entreprises technologiques, régulateurs, associations et professionnels de la cybersécurité.

Publié le 26 décembre 2024, ce bilan revient sur trois rendez-vous qui ont jalonné l’année : les Assises de la Protection des Données à Montpellier, la Journée RGPD et la Data Privacy Week. Ils ne résument pas à eux seuls le calendrier de la protection de la vie privée, mais ils donnent un aperçu utile des préoccupations centrales : appliquer le droit dans les organisations, anticiper les effets des nouvelles règles européennes et garder le contrôle sur des technologies de plus en plus gourmandes en données.

Pourquoi la confidentialité des données est devenue un sujet central

Une donnée personnelle est toute information se rapportant à une personne identifiée ou identifiable. Un nom, une adresse électronique, un numéro de téléphone, une photographie, une adresse IP ou encore des données de localisation peuvent entrer dans cette catégorie selon le contexte. Leur valeur économique et opérationnelle est considérable : elles permettent notamment de fournir un service, d’authentifier un utilisateur, de personnaliser une offre ou d’analyser des usages.

Mais cette utilité s’accompagne de risques. Une collecte excessive, un accès non autorisé, un partage mal encadré ou une conservation trop longue peuvent porter atteinte à la vie privée. La confidentialité ne consiste donc pas seulement à empêcher le piratage. Elle suppose aussi de limiter la collecte aux données nécessaires, d’informer les personnes de manière compréhensible et de leur permettre d’exercer leurs droits.

Le Règlement général sur la protection des données, ou RGPD, fournit depuis 2018 le cadre européen de référence. Il impose notamment un fondement légal pour traiter des données, une finalité déterminée, une durée de conservation justifiée et des mesures de sécurité adaptées. Il prévoit également des droits pour les personnes, tels que l’accès à leurs données, leur rectification, leur effacement dans certaines situations ou leur opposition à certains traitements.

Trois rendez-vous pour comprendre les priorités de 2024

Les événements professionnels ne créent pas eux-mêmes les règles. Leur intérêt est ailleurs : ils permettent de traduire des textes juridiques en pratiques concrètes, de confronter les retours d’expérience et de sensibiliser des publics qui n’ont pas tous la même culture de la protection des données.

Rendez-vousCadre présenté pour 2024Principaux sujets abordés
Assises de la Protection des DonnéesOrganisées à Montpellier, avec des professionnels de la cybersécuritéÉvolutions législatives, sécurité et bonnes pratiques de protection des informations personnelles
Journée RGPDPrévue le 4 décembre 2024Mise en œuvre du RGPD dans les ressources humaines et les pratiques commerciales
Data Privacy WeekRendez-vous international annoncé au début de novembreMenaces sur la vie privée, droits des citoyens, ateliers, conférences et tables rondes

Les Assises de la Protection des Données ont placé la cybersécurité au cœur de la réflexion. C’est un point essentiel : une règle de confidentialité reste théorique si les comptes utilisateurs sont mal protégés, si les accès internes ne sont pas contrôlés ou si les données sont exposées à la suite d’une faille. Pour les organisations, les meilleures pratiques recouvrent aussi bien la gestion des mots de passe et des droits d’accès que la formation des équipes, l’encadrement des prestataires et la préparation d’une réponse en cas d’incident.

La Journée RGPD, le 4 décembre, a choisi un angle particulièrement concret en s’intéressant aux ressources humaines et au commerce. Ce sont deux domaines où les données personnelles circulent en grand nombre : candidatures, évaluations, absences, coordonnées, historiques d’achat, programmes de fidélité ou demandes adressées au service client. Les obligations ne se limitent pas à l’affichage d’une politique de confidentialité. Elles doivent être intégrées aux procédures, aux outils et aux décisions quotidiennes.

La Data Privacy Week a, quant à elle, rappelé la dimension internationale du sujet. Les données traversent facilement les frontières, tandis que les règles et les autorités de contrôle restent largement organisées à l’échelle nationale ou régionale. Les ateliers et tables rondes consacrés aux menaces contemporaines ont ainsi une fonction pédagogique : expliquer aux professionnels comme aux citoyens les conséquences de leurs choix numériques et les moyens de faire valoir leurs droits.

RH et commerce : où le RGPD devient très concret

Dans une entreprise, la conformité se joue souvent dans des gestes ordinaires. Une direction des ressources humaines qui conserve indéfiniment les CV reçus, un responsable commercial qui réutilise un fichier de clients pour une campagne imprévue, ou un service qui donne des accès trop larges à un logiciel peuvent créer un risque, même sans intention malveillante.

Les échanges consacrés aux ressources humaines sont particulièrement importants parce que la relation entre employeur et salarié est déséquilibrée. Dans ce contexte, le consentement du salarié ne suffit pas toujours à garantir que son choix est véritablement libre. Les entreprises doivent donc examiner avec attention la base juridique de chaque traitement et veiller à ne pas collecter plus d’informations que nécessaire.

Côté commercial, la transparence est décisive. Une personne doit pouvoir comprendre pourquoi ses coordonnées sont utilisées, recevoir les informations utiles au moment opportun et, lorsque cela s’applique, s’opposer à la prospection ou modifier ses préférences. Une bonne conformité ne consiste pas à multiplier les cases à cocher. Elle repose sur une organisation capable de répondre clairement à des questions simples : quelles données sont collectées ? Pour quelle finalité ? Qui y accède ? Combien de temps sont-elles conservées ?

Pour les petites structures, ces exigences peuvent sembler lourdes. Elles sont pourtant aussi une occasion de remettre de l’ordre dans les fichiers, de réduire les données inutiles et de mieux connaître les outils utilisés. Les délégués à la protection des données, souvent désignés par l’acronyme DPO, jouent ici un rôle d’accompagnement, de conseil et de contrôle interne.

Le Digital Markets Act change-t-il les règles de confidentialité ?

L’année 2024 a aussi été marquée par l’application de nouvelles règles européennes, parmi lesquelles le Digital Markets Act, ou DMA. Ce règlement vise les très grandes plateformes désignées comme contrôleurs d’accès, c’est-à-dire les entreprises dont les services constituent un passage difficilement contournable pour les utilisateurs et les entreprises.

Le DMA poursuit un objectif différent de celui du RGPD. Là où le RGPD encadre la protection des données personnelles de manière générale, le DMA cherche surtout à rendre les marchés numériques plus équitables et plus ouverts. Il prévoit des obligations pour certains grands acteurs, notamment autour de leurs pratiques de plateforme et de l’accès à leurs services.

Cette distinction ne signifie pas que les deux textes évoluent dans des mondes séparés. Lorsqu’une entreprise modifie ses choix techniques, ses interfaces ou les conditions d’utilisation de ses services pour se conformer au DMA, ces changements peuvent avoir des effets sur la circulation des informations et sur les choix proposés aux utilisateurs. Les équipes juridiques, produit, marketing et sécurité doivent donc travailler ensemble plutôt que traiter la conformité comme un dossier isolé.

Associations et actions collectives : le rôle croissant de Noyb

La protection des données ne dépend pas uniquement des autorités publiques et des entreprises. Les associations jouent également un rôle grandissant dans l’application effective des règles. L’organisation Noyb, connue pour son action en faveur de la vie privée, illustre cette mobilisation à travers sa veille, ses plaintes et ses procédures concernant le respect des droits des consommateurs.

Son statut d’entité qualifiée lui permet d’engager des actions collectives afin de défendre les intérêts des consommateurs. Ce mécanisme est important car une personne isolée ne dispose pas toujours du temps, des connaissances ou des moyens nécessaires pour contester une pratique qu’elle estime contraire à ses droits. Une action portée par une organisation peut contribuer à faire examiner un problème qui affecte un grand nombre d’utilisateurs.

Il ne faut toutefois pas confondre action associative et pouvoir de contrôle. Les autorités compétentes conservent leurs missions d’enquête et de sanction dans le cadre prévu par le droit. Les recours collectifs, les plaintes individuelles, le dialogue avec les entreprises et le contrôle des régulateurs forment un ensemble de leviers complémentaires.

Cette dynamique rappelle aussi que la conformité ne peut pas reposer uniquement sur des déclarations de principe. Les organisations doivent être capables de documenter leurs choix, de justifier leurs traitements et de corriger leurs pratiques lorsque des lacunes sont identifiées.

Intelligence artificielle : l’innovation ne dispense pas de protéger les données

L’essor de l’intelligence artificielle a ajouté une difficulté supplémentaire au débat. Les systèmes d’IA peuvent nécessiter de très grands volumes de données pour être entraînés, évalués ou utilisés. Lorsqu’ils traitent des informations relatives à des personnes, les exigences de protection des données restent applicables.

Les solutions dites décentralisées suscitent un intérêt particulier. Leur principe est de répartir tout ou partie du traitement entre plusieurs appareils ou entités, plutôt que de tout concentrer sur un seul serveur. Cette architecture peut, dans certains cas, limiter la centralisation des informations. Elle ne garantit pas automatiquement le respect de la vie privée.

Une organisation doit toujours se demander si les données sont nécessaires, si leur utilisation est licite, si les accès sont sécurisés et si les personnes sont informées. La complexité technique ne réduit pas la responsabilité. Au contraire, elle peut rendre plus difficile l’identification de la personne ou de l’entité qui décide des finalités du traitement, ainsi que le contrôle des flux de données.

L’entrée en vigueur du règlement européen sur l’intelligence artificielle, le 1er août 2024, confirme que les législateurs cherchent à encadrer les risques liés à ces technologies. Ce texte ne remplace pas le RGPD. Pour les acteurs de l’IA, l’enjeu est donc de construire des systèmes qui prennent en compte simultanément la protection des données, la sécurité, la transparence et les exigences propres à chaque usage.

Ce qu’il faut surveiller après ces rendez-vous

Les enseignements de 2024 dépassent largement le cercle des spécialistes. Pour les entreprises, l’enjeu est de passer d’une conformité déclarative à une gouvernance réellement opérationnelle. Cela suppose de cartographier les traitements, d’encadrer les sous-traitants, de limiter les accès aux seules personnes qui en ont besoin et de préparer les équipes aux incidents.

Pour les citoyens, la première étape reste de lire les informations essentielles fournies par les services utilisés et d’exercer, lorsque cela est nécessaire, les droits prévus par la réglementation. Demander l’accès à ses données, corriger une information erronée ou s’opposer à certains usages sont des démarches concrètes qui donnent une portée réelle au droit à la vie privée.

Enfin, l’attention devra rester portée sur l’articulation entre les textes européens, les pratiques des plateformes et le développement rapide de l’IA. La confidentialité des données ne se résume pas à un obstacle réglementaire : elle constitue une condition de confiance. Sans règles compréhensibles, outils sécurisés et possibilités effectives de recours, l’innovation numérique risque de se construire au détriment du contrôle des individus sur leurs propres informations.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la confidentialité des données personnelles ?

La confidentialité des données vise à empêcher l’accès, l’utilisation ou la divulgation non autorisés d’informations liées à une personne. Elle implique des mesures de sécurité, mais aussi une collecte limitée, une information claire et des règles sur les personnes pouvant consulter les données. Elle fait partie des principes protégés par le RGPD.

Quelle est la différence entre RGPD et Digital Markets Act ?

Le RGPD encadre le traitement des données personnelles dans l’Union européenne et protège les droits des personnes. Le Digital Markets Act cible certaines très grandes plateformes désignées comme contrôleurs d’accès afin de rendre les marchés numériques plus équitables. Les deux règlements peuvent concerner une même entreprise, mais ils n’ont pas le même objectif.

Quelles données RH sont concernées par le RGPD ?

Les dossiers de candidature, coordonnées des salariés, données de paie, évaluations, absences ou informations liées à la gestion du personnel peuvent constituer des données personnelles. L’employeur doit les utiliser pour des finalités précises, limiter les accès, définir des durées de conservation et informer les personnes concernées.

Une IA décentralisée protège-t-elle automatiquement la vie privée ?

Non. Répartir un traitement entre plusieurs appareils ou entités peut limiter la centralisation des données, mais cela ne suffit pas à garantir la conformité. Il faut aussi vérifier la nécessité des données utilisées, la base juridique du traitement, la sécurité des accès, la transparence et les droits offerts aux personnes.

Quel rôle Noyb peut-elle jouer dans la protection des données ?

Noyb est une organisation de défense de la vie privée qui mène des actions afin de faire respecter les droits des utilisateurs. Son statut d’entité qualifiée lui permet d’engager des actions collectives pour défendre les consommateurs. Ces démarches complètent le travail des autorités de contrôle compétentes en matière de données personnelles.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. CNIL, le règlement européen sur la protection des donnéeswww.cnil.fr/fr/reglement-europeen-protection-donnees
  2. Commission européenne, Digital Markets Actdigital-markets-act.ec.europa.eu
  3. Commission européenne, cadre réglementaire pour l’intelligence artificielledigital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/regulatory-framework-ai
  4. Noyb, organisation européenne de défense de la vie privéenoyb.eu/en