Culture et médias

À NFT Paris 2025, l’IA française nourrit les ambitions de la blockchain

À La Villette, NFT Paris 2025 a réuni des milliers de visiteurs autour de la blockchain, de l’art numérique et de l’intelligence artificielle. Dans le sillage des annonces françaises sur l’IA, le salon a mis en scène les promesses, mais aussi les questions de droits et d’authenticité, de cette convergence.

Visiteurs de NFT Paris découvrant des œuvres numériques et des démonstrations sur l’IA et la blockchain.
Illustration : Actu.ai

À quelques jours du sommet de Paris pour l’action sur l’intelligence artificielle, l’édition 2025 de NFT Paris a offert une photographie saisissante d’un écosystème numérique en recomposition. Dans les allées de La Villette, les conversations ne portaient plus seulement sur les cryptoactifs ou la collection d’images numériques. L’intelligence artificielle s’est imposée comme l’un des sujets les plus discutés, tant elle semble susceptible de modifier la création, la circulation et la gestion des NFT.

Cette rencontre entre deux technologies souvent associées à des promesses très différentes n’a rien d’automatique. L’IA produit, analyse et personnalise des contenus à grande vitesse. La blockchain enregistre des transactions et des informations dans un registre partagé, conçu pour être difficile à modifier. À NFT Paris, l’enthousiasme venait précisément de l’idée qu’elles pourraient se compléter, tout en soulevant des questions concrètes sur les droits des créateurs, la valeur des œuvres et la confiance des utilisateurs.

NFT Paris 2025, un rendez-vous entre art numérique et blockchain

Les 13 et 14 février 2025, des milliers de passionnés se sont retrouvés à La Villette pour NFT Paris. Le public mêlait artistes, collectionneurs, entrepreneurs, développeurs, investisseurs et simples curieux. Le salon s’inscrit dans un mouvement plus large : les NFT ont popularisé auprès d’un large public l’usage de la blockchain pour associer un objet numérique à un jeton échangeable.

Un NFT, pour « jeton non fongible », est un enregistrement numérique unique sur une blockchain. À la différence d’une unité monétaire interchangeable, il peut pointer vers un objet précis, par exemple une image, un morceau de musique, une carte de jeu ou un billet donnant accès à une expérience. Son intérêt technique tient à la possibilité de retracer des transactions et d’identifier le jeton concerné.

Cela ne signifie pas pour autant qu’un NFT transforme automatiquement un fichier en œuvre rare, ni qu’il garantit à lui seul la propriété intellectuelle de son contenu. Une même image peut être copiée à l’infini sur internet. Le jeton peut attester de l’existence d’un enregistrement sur une chaîne donnée et des échanges qui lui sont associés, mais les droits réellement cédés dépendent du contrat et du droit applicable.

C’est cette distinction, essentielle pour comprendre le marché, qui explique aussi l’intérêt des débats sur l’IA. Lorsqu’un contenu peut être généré en quelques secondes, la question ne se limite plus à savoir qui possède un jeton. Elle devient : qui a créé l’œuvre, à partir de quelles données, avec quelles autorisations et pour quels usages ?

Pourquoi l’intelligence artificielle a occupé une place centrale

Au salon, les acteurs de la crypto et de la blockchain ont accueilli favorablement la dynamique française autour de l’intelligence artificielle. Dans un secteur où les projets se construisent souvent à l’intersection de la finance, du logiciel et de la création, l’IA est perçue comme un outil susceptible de faire émerger de nouveaux usages plutôt que comme un thème isolé.

Les possibilités évoquées sont nombreuses. Les outils génératifs peuvent aider un artiste à explorer des variations visuelles ou sonores, tandis que des systèmes d’analyse peuvent faciliter l’organisation de collections importantes. Pour les plateformes, l’IA peut aussi servir à améliorer la recherche, la recommandation de contenus ou l’assistance aux utilisateurs. Le NFT, lui, peut être employé comme un élément de traçabilité, de collection ou d’accès à une communauté.

Cette complémentarité reste toutefois à examiner au cas par cas. Une œuvre générée avec une IA n’acquiert pas une valeur artistique ou juridique particulière parce qu’elle est liée à une blockchain. Inversement, un NFT ne résout pas les difficultés propres aux modèles d’IA, notamment l’origine de leurs données d’entraînement et la réutilisation possible de créations protégées.

Étape d’un projet créatifCe que l’IA peut apporterCe que la blockchain ou le NFT peut apporterPoint de vigilance
Création d’une œuvreGénérer des pistes, des images, du texte ou du sonAssocier une édition numérique à un jetonIdentifier l’auteur humain, les outils et les droits utilisés
Gestion d’une collectionTrier, décrire ou classer de nombreux contenusConserver l’historique des transferts du jetonLa traçabilité du jeton ne vaut pas preuve automatique de droits
Relation avec le publicPersonnaliser une expérience ou répondre aux utilisateursDonner accès à un espace, un événement ou un contenuProtéger les données personnelles des membres
Mise en marchéAnalyser des tendances ou aider à présenter une offreOrganiser l’échange de jetons numériquesÉviter les promesses de rendement et informer clairement les acheteurs

Une ambition française portée par le contexte politique

La tonalité du salon s’explique aussi par le calendrier. Les 10 et 11 février 2025, Paris a accueilli le sommet pour l’action sur l’IA, un rendez-vous international destiné à débattre des capacités technologiques, de la recherche, des infrastructures et de la gouvernance de l’intelligence artificielle.

Dans ce contexte, le chiffre de 109 milliards d’euros a été largement commenté. Il correspond à des annonces de projets d’investissement en France dans l’IA. Il ne faut pas le confondre avec une enveloppe budgétaire unique versée directement par l’État : il s’agit d’un signal d’ampleur sur les capitaux et les infrastructures que les promoteurs de ces projets entendent mobiliser.

La présence du député Paul Midy à NFT Paris a renforcé cette lecture politique. Pour les professionnels présents, le rapprochement entre blockchain et IA s’inscrit dans une volonté plus générale de faire de la France un territoire attractif pour les entreprises technologiques, les talents et les projets de recherche.

L’enjeu dépasse le seul marché des NFT. Pour un pays qui cherche à développer ses capacités en IA, les questions sont aussi industrielles : disponibilité des infrastructures de calcul, accès à l’énergie, formation des ingénieurs, financement des jeunes entreprises et adoption des outils par les organisations. Les communautés rassemblées autour de la blockchain y voient une occasion de remettre leurs technologies au centre des échanges sur le numérique.

De la démonstration technique à l’expérience culturelle

NFT Paris n’était pas seulement un espace de conférences. Le salon a aussi conservé l’atmosphère créative et communautaire qui caractérise la culture blockchain. Des œuvres numériques côtoyaient des créations originales, tandis que des t-shirts aux slogans pro-crypto apportaient une note d’autodérision. La musique rap américaine participait à l’ambiance décontractée de l’événement.

La présence signalée d’exposants tels que Tesla, aux côtés de marques connues, témoigne de la volonté du salon de dépasser le cercle restreint des collectionneurs de NFT. Cette ouverture ne signifie pas que la blockchain est devenue une technologie grand public dans tous ses usages. Elle montre plutôt que ses codes visuels, ses communautés et ses promesses d’innovation continuent d’attirer au-delà de son noyau historique.

Pour les artistes, la question est particulièrement concrète. Les générateurs d’images, de textes et de musique rendent la production numérique plus accessible, mais ils déplacent la valeur vers la direction artistique, le choix des outils, le récit autour de l’œuvre et la relation avec le public. Dans ce cadre, un NFT peut devenir un support de collection ou d’adhésion à une communauté, à condition que son intérêt soit clair pour l’acheteur.

IA et NFT : des promesses utiles, mais pas de solution magique

Ce que l’IA peut apporter

  • Accélérer l’exploration créative et la production de variations.
  • Aider à classer, décrire et rechercher de grandes collections.
  • Personnaliser des expériences pour une communauté ou des visiteurs.
  • Faciliter certaines tâches d’assistance et d’analyse pour les plateformes.

Ce qu’elle ne résout pas

  • Elle ne prouve pas que les droits d’auteur ont été obtenus.
  • Elle ne garantit ni la qualité artistique ni la valeur d’un NFT.
  • Elle ne rend pas automatiquement les données personnelles conformes ou protégées.
  • Elle ne remplace pas des informations claires sur l’auteur, la licence et l’usage du jeton.

Authenticité, droits d’auteur et transparence, les questions incontournables

L’enthousiasme autour de l’IA et des NFT ne dispense pas d’un examen rigoureux. Les discussions du salon ont notamment porté sur la gouvernance et l’éthique. Ces sujets sont centraux, car les deux univers reposent sur la confiance, mais ne la construisent pas de la même manière.

Dans le domaine de l’IA générative, le premier enjeu concerne les données utilisées pour entraîner les modèles. Les créateurs peuvent légitimement demander si leurs œuvres ont été exploitées, dans quelles conditions et s’ils conservent la maîtrise de leurs droits. Lorsqu’une image produite avec une IA est vendue sous forme de NFT, il devient utile d’informer clairement le public sur la part prise par l’outil, la personne à l’origine de la démarche et les droits attachés au jeton.

La blockchain peut enregistrer une date, une transaction ou une référence technique. Elle ne vérifie pas spontanément qu’une personne détient bien les droits sur le contenu qu’elle associe à un NFT. Une information inscrite sur une chaîne peut être persistante, mais elle n’est pas nécessairement exacte au moment de son inscription. La vérification humaine, les conditions contractuelles et les mécanismes de signalement restent donc indispensables.

Les données personnelles constituent un autre point de vigilance. Les services d’IA peuvent traiter des requêtes et des comportements d’utilisateurs. Les blockchains publiques, elles, sont conçues pour rendre visibles certaines informations de transaction. Croiser ces deux logiques exige de limiter les données collectées et d’éviter d’inscrire sur une blockchain des éléments personnels qui ne pourraient pas être facilement effacés.

L’authenticité à l’épreuve des contenus générés

La multiplication des contenus produits avec des outils algorithmiques nourrit un débat plus large sur l’authenticité. Dans l’édition, l’art, la musique et les plateformes de publication, les internautes sont de plus en plus souvent confrontés à des textes ou des images dont l’origine humaine, automatisée ou hybride n’est pas immédiatement visible.

Pour la communauté blockchain, ce défi est paradoxal. Le secteur a beaucoup mis en avant la provenance numérique et la possibilité de suivre l’historique d’un actif. Mais un historique de transaction ne répond pas, à lui seul, à la question de la provenance créative. Pour qu’un système soit utile, il faut que les informations initiales soient renseignées de façon fiable et compréhensible : auteur, date, licence, outil utilisé, éventuelles sources ou collaborations.

Cette transparence pourrait devenir un élément de différenciation pour les projets les plus sérieux. Elle permettrait aux collectionneurs de savoir ce qu’ils acquièrent et aux artistes de valoriser leur travail plutôt que de laisser l’outil technique occuper toute la place dans le récit.

Ce qu’il faut surveiller après NFT Paris

NFT Paris 2025 a montré que la blockchain cherche à se relier à la vague de l’intelligence artificielle, alors que l’intérêt général pour les NFT a connu des cycles d’euphorie et de recul. Pour les porteurs de projets, l’enjeu sera désormais de dépasser les démonstrations et de proposer des usages compréhensibles : une œuvre réellement enrichie par l’interactivité, un accès communautaire pertinent, une licence lisible ou un service qui répond à un besoin identifié.

La capacité de l’écosystème à répondre aux exigences de transparence sera tout aussi déterminante. En Europe, le cadre réglementaire de l’IA est en cours de déploiement et les débats sur le droit d’auteur demeurent vifs. Les entreprises qui combinent IA et blockchain devront rendre leurs choix techniques plus explicites, notamment sur les données, les contenus générés et les droits cédés.

L’énergie observée à La Villette ne garantit donc pas l’adoption de tous les projets annoncés ou imaginés. Elle révèle en revanche une évolution nette : pour une partie des passionnés de blockchain, l’avenir des NFT ne se joue plus seulement dans la rareté numérique ou les échanges de jetons. Il pourrait se jouer dans la capacité à construire des expériences créatives, interactives et dignes de confiance, à l’intersection de l’IA, de la culture et du web décentralisé.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que NFT Paris 2025 ?

NFT Paris 2025 est un salon consacré à la blockchain, aux NFT et à la création numérique. Organisé à La Villette les 13 et 14 février 2025, il a rassemblé des milliers de visiteurs, parmi lesquels des artistes, des entrepreneurs, des investisseurs et des passionnés des technologies décentralisées.

Comment l’intelligence artificielle peut-elle être utilisée avec les NFT ?

L’IA peut aider à concevoir des œuvres, générer des variations, classer des collections ou personnaliser des expériences destinées aux détenteurs de NFT. Le NFT peut ensuite servir de support de collection, de preuve d’historique du jeton ou de clé d’accès à un contenu. Ces usages ne règlent toutefois pas seuls les questions de droits.

Un NFT garantit-il l’authenticité et les droits d’auteur d’une œuvre créée par IA ?

Non. Un NFT peut enregistrer l’existence d’un jeton et l’historique de ses transactions sur une blockchain, mais il ne vérifie pas automatiquement que le vendeur détient les droits sur l’œuvre. Pour une création assistée par IA, il est important de préciser l’auteur, les outils employés, la licence et les droits effectivement transmis.

À quoi correspondent les 109 milliards d’euros annoncés pour l’IA en France ?

Le montant de 109 milliards d’euros évoqué en février 2025 renvoie à des annonces de projets d’investissement dans l’intelligence artificielle en France, mises en avant lors du sommet parisien sur l’IA. Il ne correspond pas à une seule dépense publique de l’État, mais à un ensemble de projets et d’engagements d’investissement.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. NFT Paris, site officiel de l’événementwww.nftparis.xyz
  2. Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, site officielwww.ai-actionsummit.fr
  3. Présidence de la République, informations sur le sommet pour l’action sur l’IAwww.elysee.fr
  4. Assemblée nationale, fiche du député Paul Midywww.assemblee-nationale.fr
  5. Commission européenne, cadre réglementaire européen sur l’intelligence artificielledigital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/regulatory-framework-ai