Entreprises et marchés

Anduril et Rheinmetall s’allient pour accélérer la défense autonome en Europe

La start-up américaine Anduril, fondée par Palmer Luckey, s’allie au groupe allemand Rheinmetall pour viser le marché européen de la défense. Drones de combat, missiles de croisière, logiciels d’intelligence artificielle et production rapide sont au cœur de cette stratégie, présentée au Salon du Bourget en juin 2025.

Drone de combat exposé sur un salon aéronautique, devant des installations de production européennes.
Illustration : Actu.ai

L’arrivée d’Anduril en Europe ne se résume pas à la présence d’un exposant américain de plus au Salon du Bourget. En s’alliant au groupe allemand Rheinmetall, la jeune entreprise californienne entend rapprocher ses logiciels et ses systèmes autonomes des capacités de fabrication européennes. L’ambition est claire : proposer des drones de combat et des missiles de croisière produits sur le continent, à un moment où les États européens cherchent à renforcer plus vite leurs moyens de défense.

Fondée en 2017 par Palmer Luckey, Anduril s’est imposée en quelques années comme l’un des symboles de la « defense tech » américaine, ces entreprises technologiques qui veulent moderniser une industrie longtemps dominée par de grands groupes établis. Son modèle repose sur l’intégration de l’intelligence artificielle, des capteurs et de logiciels dans des systèmes de surveillance ou des appareils autonomes, mais aussi sur une promesse industrielle : concevoir et produire plus rapidement.

Anduril, une start-up devenue acteur majeur de la défense américaine

Anduril développe des solutions pour la surveillance, la détection et les opérations militaires, ainsi que des drones de combat. L’entreprise a notamment attiré l’attention d’institutions américaines telles que le Pentagone, dans un secteur où les cycles de développement, les procédures de qualification et les contrats publics s’étendent traditionnellement sur de longues périodes.

Le positionnement d’Anduril consiste à importer dans la défense certains réflexes issus du monde du logiciel : développer rapidement, améliorer régulièrement les systèmes et exploiter les données remontées par les capteurs. Dans les faits, cela peut recouvrir des logiciels capables d’agréger des informations issues de plusieurs équipements, d’aider à détecter des objets ou de faciliter la coordination d’un système autonome. L’intelligence artificielle n’est donc pas un produit isolé : elle devient une couche logicielle intégrée à des drones, à des dispositifs de surveillance ou à d’autres équipements.

Cette approche ne signifie pas que la technologie remplace automatiquement les décisions militaires. Les conditions d’emploi d’un système, le contrôle exercé par les opérateurs et les règles d’engagement restent des questions centrales, particulièrement lorsqu’un équipement est susceptible d’être armé.

La croissance revendiquée par l’entreprise illustre néanmoins son changement d’échelle. En 2024, Anduril a atteint 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires. Ce montant témoigne de l’intérêt suscité par ses produits, sans permettre à lui seul de juger de sa rentabilité, de son carnet de commandes ou de la maturité opérationnelle de chaque programme.

RepèreCe qu’il faut retenir
2017Palmer Luckey fonde Anduril Industries aux États-Unis.
2024L’entreprise atteint 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires.
Juin 2025Anduril expose son drone de combat Fury au 55e Salon international de l’aéronautique et de l’espace, au Bourget.
Juin 2025Anduril et Rheinmetall concluent un accord pour viser la production européenne de systèmes de défense autonomes.

Que prévoit l’accord entre Anduril et Rheinmetall ?

Le partenariat avec Rheinmetall constitue l’étape la plus visible de l’implantation européenne d’Anduril. Le groupe allemand apporte une présence industrielle établie sur le continent, ainsi qu’une connaissance des marchés et des exigences du secteur de la défense en Europe. Anduril apporte pour sa part ses systèmes, son expertise logicielle et son approche de la production accélérée.

L’objectif annoncé est de produire sur le sol européen des drones de combat et des missiles de croisière. Parmi les équipements mis en avant figure Fury, le drone de combat présenté par Anduril au Bourget. L’enjeu ne se limite donc pas à commercialiser en Europe des produits conçus aux États-Unis : il s’agit aussi de créer une capacité de fabrication au plus près des clients potentiels.

Cette nuance est importante. Un partenariat industriel n’équivaut pas à une commande ferme passée par un État. À la date du 19 juin 2025, aucun calendrier détaillé de lancement, de livraison ou de déploiement n’est précisé dans les éléments disponibles. De même, l’accord ne désigne pas de client européen ni de volume de production. Il fixe une direction stratégique, dont la concrétisation dépendra des décisions d’achat, des procédures de certification et des besoins exprimés par les pays concernés.

Pourquoi le marché européen intéresse-t-il autant Anduril ?

Les tensions géopolitiques et la remontée des préoccupations sécuritaires ont replacé les capacités de défense au centre des priorités européennes. Les armées cherchent des moyens de mieux surveiller leurs espaces, de détecter des menaces plus rapidement et de renouveler certains équipements. Elles s’intéressent aussi à la disponibilité des matériels, à la résilience des chaînes d’approvisionnement et à la capacité de produire en quantité.

Pour Anduril, l’Europe représente donc à la fois un débouché commercial et une occasion de diversifier ses revenus au-delà du marché américain. Mais ce marché est exigeant. Les États européens n’achètent pas seulement une technologie : ils évaluent sa compatibilité avec leurs équipements, sa fiabilité, sa maintenance, sa sécurité et les conditions dans lesquelles elle pourra être utilisée.

Rheinmetall peut faciliter cette entrée en fournissant un ancrage industriel et commercial. Le partenariat illustre aussi une évolution plus large : les entreprises de défense historiques cherchent à s’associer à des acteurs du numérique et de l’autonomie, tandis que les start-up technologiques ont besoin de partenaires capables de répondre aux contraintes de production, de certification et de soutien à long terme.

Fury au Bourget, une vitrine pour la stratégie européenne

La présentation du drone de combat Fury au 55e Salon international de l’aéronautique et de l’espace donne une dimension concrète à cette offensive européenne. Le Bourget reste un lieu stratégique pour rencontrer des industriels, des délégations publiques et des responsables militaires du monde entier. Pour une entreprise qui veut se faire une place face aux grands noms de l’aéronautique et de la défense, y exposer un appareil constitue un signal commercial et politique.

Fury est présenté comme un drone de combat. Ce type de système concentre plusieurs attentes : opérer sans pilote à bord, embarquer des capteurs et des logiciels avancés, et potentiellement compléter les moyens aériens existants. Pour les armées, l’intérêt ne tient pas seulement à l’absence de pilote. Il dépend également de l’intégration du drone dans les communications, de son utilisation avec d’autres appareils et de la capacité à l’employer de façon sûre dans des environnements complexes.

La présence de Fury au Bourget ne vaut pas adoption par une armée européenne. Elle permet en revanche à Anduril de démontrer son offre auprès d’acheteurs potentiels et de matérialiser le lien entre sa technologie américaine et son projet industriel avec Rheinmetall.

L’intelligence artificielle change-t-elle vraiment la production militaire ?

Anduril met en avant l’intelligence artificielle pour optimiser ses systèmes et ses processus de production, avec l’objectif de réduire les coûts et d’accélérer la fabrication. Cette promesse répond à une préoccupation forte dans l’industrie de défense : pouvoir adapter rapidement des équipements face à l’évolution des menaces, sans attendre des années entre la conception d’un produit et sa disponibilité.

Il faut toutefois distinguer plusieurs niveaux d’autonomie. Un système peut automatiser la collecte d’informations, suivre un objet détecté ou assister un opérateur, sans pour autant décider seul de l’usage d’une arme. Dans le débat public, ces nuances sont essentielles : le mot « autonome » peut désigner une fonction technique limitée comme une capacité beaucoup plus étendue.

Les gains de vitesse annoncés par les entreprises technologiques ne font pas disparaître les contraintes propres au militaire. Un drone ou un missile doit être testé, évalué, intégré à des systèmes existants et maintenu pendant toute sa durée de vie. La rapidité de développement est un avantage potentiel, mais elle doit composer avec les impératifs de sûreté, de fiabilité et de souveraineté.

Une percée commerciale qui soulève aussi des questions éthiques

L’ascension d’Anduril s’inscrit dans une transformation plus large du marché de la défense. L’entreprise cherche à bousculer un secteur historiquement dominé par des groupes comme Boeing ou Lockheed Martin, en faisant valoir l’agilité d’une start-up et la rapidité de ses cycles technologiques. Cette stratégie, ainsi que son approche commerciale volontariste, suscite des interrogations.

La question la plus sensible concerne l’usage de technologies autonomes dans des contextes militaires. Plus une machine participe à la détection, à l’identification, au suivi ou à l’emploi d’une force, plus se posent les questions du contrôle humain, de la responsabilité en cas d’erreur et de la traçabilité des décisions. Ces sujets dépassent Anduril et Rheinmetall : ils concernent l’ensemble des industriels qui développent des drones, des systèmes de surveillance et des logiciels destinés aux forces armées.

En Europe, les systèmes développés ou utilisés exclusivement à des fins militaires, de défense ou de sécurité nationale ne relèvent pas directement du champ d’application général de l’AI Act. Cela ne crée pas pour autant une zone sans règles. Les États, les autorités militaires, les procédures d’acquisition et le droit international humanitaire encadrent les conditions d’emploi des armements. Les exigences éthiques et de transparence dépendront donc aussi des choix faits par les acheteurs publics.

Ce qu’il faut surveiller après l’accord

La coopération entre Anduril et Rheinmetall ouvre une perspective, mais son importance réelle se mesurera à plusieurs indicateurs concrets. Le premier sera la définition précise des produits effectivement développés et fabriqués en Europe. Le deuxième concernera les éventuelles commandes d’États européens, qui transformeront ou non l’accord en activité industrielle durable.

Il faudra également suivre la capacité des deux partenaires à tenir leur promesse de production rapide, sans compromis sur la fiabilité et la sécurité. Dans ce secteur, un prototype visible lors d’un salon ne suffit pas : l’enjeu est de produire, livrer, maintenir et intégrer les équipements dans la durée.

Enfin, le débat sur l’autonomie militaire va s’intensifier à mesure que les logiciels d’intelligence artificielle prendront davantage de place dans les systèmes de défense. L’expansion européenne d’Anduril montre que cette discussion n’est plus seulement américaine. Elle devient un sujet industriel, stratégique et démocratique pour les pays européens.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’Anduril Industries ?

Anduril Industries est une entreprise américaine de technologies de défense fondée en 2017 par Palmer Luckey. Elle développe notamment des systèmes de surveillance, des logiciels intégrant l’intelligence artificielle et des drones de combat. En 2024, elle a atteint un chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars, selon les informations communiquées dans la publication d’origine.

Quel est le partenariat entre Anduril et Rheinmetall ?

Anduril et Rheinmetall ont conclu un accord pour produire en Europe des systèmes de défense, dont des drones de combat et des missiles de croisière. Rheinmetall apporte son implantation industrielle européenne, tandis qu’Anduril fournit son expertise dans les systèmes autonomes et les logiciels. L’accord ne correspond pas encore à l’annonce d’une commande militaire précise.

Quel drone Anduril a-t-il présenté au Salon du Bourget 2025 ?

Anduril a présenté son drone de combat Fury lors du 55e Salon international de l’aéronautique et de l’espace, au Bourget, en juin 2025. Cette exposition a permis à l’entreprise de montrer son offre aux acteurs européens de l’aéronautique et de la défense, dans le contexte de son alliance avec Rheinmetall.

L’intelligence artificielle peut-elle décider seule d’utiliser une arme ?

Le terme autonomie recouvre des réalités très différentes. Une intelligence artificielle peut, par exemple, traiter des données de capteurs ou aider à détecter et suivre un objet. Cela ne signifie pas automatiquement qu’elle décide seule de l’usage d’une arme. Le niveau de contrôle humain et les règles d’engagement constituent des enjeux majeurs pour les armées et les autorités publiques.

Anduril va-t-il fabriquer ses équipements en Europe ?

C’est l’objectif affiché du partenariat avec Rheinmetall : produire sur le sol européen des drones de combat et des missiles de croisière. À la date du 19 juin 2025, aucun calendrier détaillé, volume de production ou contrat avec un État européen n’est précisé. La mise en œuvre dépendra notamment des commandes et des procédures de qualification.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Rheinmetall, actualités et communiqués du groupewww.rheinmetall.com
  2. Anduril, actualités de l’entreprisewww.anduril.com/news
  3. Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourgetwww.siae.fr/en