Amazon face aux droits de douane : des résultats solides, mais des prévisions qui inquiètent
Amazon a réalisé un deuxième trimestre 2025 meilleur qu’attendu, porté par son commerce en ligne et AWS. Mais une prévision de résultat opérationnel très large, dans un contexte de droits de douane américains, a fait reculer le titre. Le groupe poursuit parallèlement ses investissements géants dans l’IA.

Amazon a beau avoir dépassé les attentes de chiffre d’affaires au deuxième trimestre 2025, cela n’a pas suffi à rassurer Wall Street. Le 31 juillet, au moment de publier ses comptes, le groupe a présenté une activité en croissance et un cloud toujours dynamique. Mais les investisseurs ont surtout retenu une perspective plus incertaine pour les mois suivants, alors que les droits de douane décidés par l’administration de Donald Trump font planer un risque sur les coûts et les marges du commerce en ligne.
Le contraste est révélateur de la position singulière d’Amazon. L’entreprise reste à la fois un géant de la distribution, dépendant de chaînes d’approvisionnement mondiales, et l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’infrastructures pour l’intelligence artificielle via Amazon Web Services, ou AWS. Or ces deux activités n’obéissent pas aux mêmes cycles économiques, ni aux mêmes attentes des marchés.
Un deuxième trimestre au-dessus des attentes
Au deuxième trimestre 2025, Amazon a enregistré 167,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires, une hausse de 13,3 % par rapport à la même période de 2024. Ce niveau dépasse les prévisions d’analystes alors situées autour de 162 milliards de dollars, pour une croissance anticipée d’environ 9 %.
AWS, la division de cloud computing du groupe, demeure l’un des moteurs les plus surveillés. Ses ventes ont atteint 30,9 milliards de dollars, en hausse de 17,5 % sur un an. Cette activité loue notamment de la puissance de calcul, du stockage et des outils logiciels aux entreprises, aux administrations et aux développeurs. Avec l’essor de l’IA générative, les besoins en centres de données et en puces de calcul renforcent son importance stratégique.
Amazon a aussi indiqué un résultat opérationnel de 19,2 milliards de dollars au deuxième trimestre, contre 14,7 milliards un an plus tôt. Le résultat opérationnel mesure le profit dégagé par l’activité courante avant les éléments financiers et fiscaux. C’est un indicateur particulièrement suivi pour une entreprise qui consent des dépenses logistiques et technologiques considérables.
| Indicateur | Deuxième trimestre 2025 | Évolution ou prévision |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires total | 167,7 milliards de dollars | +13,3 % sur un an |
| Ventes d’AWS | 30,9 milliards de dollars | +17,5 % sur un an |
| Résultat opérationnel trimestriel | 19,2 milliards de dollars | Contre 14,7 milliards un an plus tôt |
| Chiffre d’affaires prévu au troisième trimestre | 174 à 179,5 milliards de dollars | Prévision d’Amazon |
| Résultat opérationnel prévu au troisième trimestre | 15,5 à 20,5 milliards de dollars | Prévision d’Amazon |
Ces chiffres illustrent la solidité de l’activité, mais ils ne résument pas la réaction des marchés. Dans le cas d’Amazon, les investisseurs regardent autant la croissance présente que les coûts futurs nécessaires pour la maintenir.
Pourquoi les prévisions ont-elles fait reculer l’action Amazon ?
Le point de crispation se situe dans les perspectives pour le troisième trimestre. Amazon prévoit un résultat opérationnel compris entre 15,5 et 20,5 milliards de dollars. Cette fourchette de 5 milliards de dollars est large. Elle signale que le groupe identifie plusieurs facteurs susceptibles de peser sur ses coûts ou sur son activité, sans pouvoir encore en chiffrer précisément l’effet.
La publication a été suivie d’un recul de plus de 3 % de l’action lors des échanges après la clôture. Cette réaction intervient après un premier trimestre déjà marqué par la nervosité liée aux politiques tarifaires. Avant l’annonce des résultats, le titre Amazon affichait toutefois une progression d’environ 6 % depuis le début de l’année.
Il ne faut pas confondre chiffre d’affaires et rentabilité. Amazon peut augmenter ses ventes tout en voyant son résultat opérationnel soumis à pression si le transport, l’entreposage, l’approvisionnement ou les investissements technologiques coûtent davantage. C’est précisément ce décalage qui explique que des résultats supérieurs aux attentes puissent coexister avec une déception boursière.
Comment les droits de douane peuvent-ils toucher Amazon ?
Les droits de douane sont des taxes appliquées à certains produits importés. Leur coût direct dépend de l’importateur officiel, du type de produit, de son pays d’origine et des règles en vigueur. Dans les faits, ce coût peut être absorbé par le fabricant, l’importateur, le distributeur, le vendeur ou, en partie, répercuté sur le consommateur final.
Amazon est exposé à cette question par plusieurs canaux. Le groupe vend des produits sous ses propres marques et commercialise également des produits de nombreux vendeurs tiers sur sa place de marché. Une partie de ces vendeurs s’approvisionne à l’international ou fait fabriquer des biens hors des États-Unis. Si les coûts d’importation augmentent, cela peut réduire les marges, compliquer la gestion des stocks ou entraîner des ajustements de prix.
L’exposition réelle n’est toutefois pas uniforme. Tous les produits ne sont pas soumis aux mêmes droits, et tous les vendeurs internationaux n’importent pas leurs marchandises de la même façon. Amazon dispose en outre d’une vaste infrastructure logistique et d’un pouvoir de négociation considérable. Ces atouts peuvent amortir une partie du choc, sans le faire disparaître.
Les critiques publiques de l’administration américaine envers Amazon ont aussi nourri les interrogations sur l’environnement commercial dans lequel le groupe doit évoluer. Pour les marchés, le risque ne tient donc pas uniquement à un surcoût immédiatement mesurable. Il concerne également la difficulté à prévoir l’évolution des règles, les réactions des fournisseurs et le comportement des consommateurs.
Amazon n’a pas annoncé de hausse généralisée et significative des prix sur sa plateforme en réponse à ces inquiétudes tarifaires. Mais l’absence d’annonce ne signifie pas qu’aucun ajustement ne puisse intervenir produit par produit, selon les fournisseurs et les catégories concernées.
Les signaux contrastés derrière la réaction des marchés
Des résultats qui soutiennent Amazon
- Chiffre d’affaires trimestriel de 167,7 milliards de dollars, supérieur aux attentes.
- Croissance de 13,3 % des ventes sur un an.
- AWS atteint 30,9 milliards de dollars de ventes, en hausse de 17,5 %.
- Résultat opérationnel trimestriel de 19,2 milliards de dollars.
- Investissements dans l’IA susceptibles de soutenir la croissance future.
Les facteurs qui inquiètent
- Prévision de résultat opérationnel comprise entre 15,5 et 20,5 milliards de dollars.
- Droits de douane susceptibles d’augmenter les coûts d’approvisionnement.
- Dépendance d’une partie de la place de marché à des vendeurs internationaux.
- Jusqu’à 100 milliards de dollars d’investissements prévus en 2025.
- Recul de plus de 3 % de l’action après la publication des comptes.
AWS et l’IA, les deux leviers de la stratégie Amazon
Face aux incertitudes du commerce mondial, Amazon met en avant un autre relais de croissance : l’intelligence artificielle. Andy Jassy, directeur général du groupe, insiste sur l’intégration croissante de services d’IA dans les produits Amazon et dans les outils proposés aux entreprises.
Le cœur de cette stratégie se trouve chez AWS. Les modèles d’IA générative exigent d’importantes capacités de calcul pour leur entraînement et leur utilisation. Les entreprises ont besoin de serveurs, de stockage, de réseaux et de logiciels capables d’exécuter ces charges de travail. AWS vend précisément ces ressources à la demande, ce qui place Amazon en concurrence avec les plateformes cloud de Microsoft et Google.
Amazon prévoit d’investir jusqu’à 100 milliards de dollars en 2025 afin de renforcer ses capacités, en particulier ses infrastructures liées à l’IA. Ce niveau d’investissement répond à une logique industrielle : les centres de données, les puces et les réseaux doivent être construits avant de pouvoir être loués aux clients. Mais il soulève aussi une question financière immédiate : à quel rythme ces dépenses se traduiront-elles en revenus et en profits ?
Ces investissements ne servent pas uniquement AWS. L’IA peut aussi améliorer les recommandations de produits, l’assistance aux vendeurs, la publicité, la gestion des entrepôts, la prévision de la demande ou les assistants vocaux. Dans le commerce en ligne, une meilleure anticipation des volumes et des stocks peut contribuer à réduire certains coûts. Cela ne compense pas automatiquement un droit de douane, mais peut rendre l’organisation plus efficace à long terme.
Anthropic et le New York Times, deux accords révélateurs
Amazon ne mise pas sur l’IA seulement par la construction de centres de données. Le groupe a également noué un partenariat stratégique avec Anthropic, une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle générative. Amazon a déjà investi 8 milliards de dollars dans Anthropic.
Ce rapprochement permet à Amazon de renforcer son offre auprès des entreprises clientes d’AWS. Dans le cloud, la compétition ne porte pas seulement sur les serveurs. Elle concerne aussi l’accès aux modèles d’IA, aux outils de développement et aux garanties de sécurité ou de confidentialité demandées par les organisations. Disposer de partenariats technologiques forts est donc un avantage commercial important.
Amazon a par ailleurs conclu plus tôt en 2025 un accord de licence avec le New York Times pour utiliser une partie de ses contenus à des fins liées à l’IA. Selon les montants évoqués, l’accord pourrait représenter entre 20 millions et 25 millions de dollars par an. Cette logique de licence répond à un enjeu majeur de l’IA générative : les entreprises qui développent ou déploient des modèles cherchent des contenus de qualité dont les conditions d’utilisation sont clairement définies.
Pour Amazon, de tels accords peuvent contribuer à enrichir des produits et services fondés sur l’IA, y compris dans son écosystème grand public comme Alexa. Ils montrent aussi que la course technologique passe désormais par les infrastructures, les modèles, les données et les droits d’usage associés.
Ce que les investisseurs vont surveiller
Dans les prochains mois, les marchés observeront d’abord la concrétisation des prévisions du troisième trimestre. L’élément déterminant ne sera pas seulement le montant des ventes, mais la capacité d’Amazon à préserver son résultat opérationnel dans un contexte de coûts potentiellement plus élevés.
Ils suivront également le rythme de croissance d’AWS. Avec 30,9 milliards de dollars de ventes trimestrielles, le cloud est devenu un pilier majeur d’Amazon. Une poursuite de la demande en IA pourrait justifier les investissements annoncés, tandis qu’un ralentissement rendrait leur rentabilité plus difficile à démontrer rapidement.
Enfin, l’évolution des droits de douane et leurs effets sur les vendeurs, les fournisseurs et les prix resteront un facteur de volatilité. Amazon possède l’échelle, la trésorerie et la diversification nécessaires pour absorber une partie des chocs. Mais la réaction boursière du 31 juillet rappelle une réalité : en août 2025, les investisseurs demandent au groupe de prouver simultanément qu’il peut protéger ses marges dans le commerce et financer sans excès sa prochaine phase de croissance dans l’intelligence artificielle.
Questions fréquentes
Pourquoi l’action Amazon a-t-elle baissé malgré de bons résultats au deuxième trimestre 2025 ?
Les investisseurs ont surtout réagi aux perspectives. Amazon a dépassé les attentes de chiffre d’affaires, mais sa prévision de résultat opérationnel pour le troisième trimestre, comprise entre 15,5 et 20,5 milliards de dollars, laisse une forte incertitude. Les risques liés aux droits de douane et aux dépenses massives dans l’IA ont renforcé cette prudence.
Quels effets les droits de douane de Donald Trump peuvent-ils avoir sur Amazon ?
Les droits de douane peuvent augmenter le coût de certains produits importés. Amazon est concerné à travers ses propres ventes et celles des vendeurs tiers présents sur sa place de marché. Selon les cas, ces coûts peuvent réduire les marges, modifier les approvisionnements ou être partiellement répercutés dans les prix payés par les clients.
Combien Amazon investit-il dans l’intelligence artificielle en 2025 ?
Amazon prévoit d’investir jusqu’à 100 milliards de dollars en 2025, notamment dans les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle. Ces dépenses couvrent en particulier les centres de données et les capacités de calcul d’AWS. Elles doivent permettre de répondre à la demande des entreprises, mais leur rentabilité sera surveillée de près.
Quel est le lien entre Amazon, AWS et Anthropic ?
AWS est l’activité de cloud computing d’Amazon, essentielle au déploiement de l’intelligence artificielle pour les entreprises. Amazon a investi 8 milliards de dollars dans Anthropic, une entreprise d’IA générative. Ce partenariat aide Amazon à proposer des modèles et outils d’IA plus complets aux clients de sa plateforme cloud.
Amazon va-t-il augmenter ses prix à cause des droits de douane ?
Au 1er août 2025, Amazon n’a pas annoncé de hausse généralisée et significative des prix sur sa plateforme en raison des droits de douane. L’effet peut néanmoins varier selon les produits, les fournisseurs et les catégories. Une entreprise peut absorber une partie des coûts ou les répartir entre vendeurs, distributeurs et consommateurs.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Amazon, résultats du deuxième trimestre 2025ir.aboutamazon.com
- Amazon, actualités de l’entreprise et partenariats IAwww.aboutamazon.com/news/company-news
- The New York Times Company, communiqués de pressewww.nytco.com/press
- Reuters, rubrique technologiewww.reuters.com/technology



