Robotique et matériel

Aisprid lève 10 millions d’euros pour automatiser l’effeuillage des tomates

La start-up malouine Aisprid annonce une levée de fonds de 10 millions d’euros pour industrialiser son robot d’effeuillage des plants de tomates. Déjà déployée dans des serres françaises, sa machine vise à répondre au manque de main-d’œuvre pour une opération répétitive, précise et importante dans la conduite des cultures.

Robot autonome d’effeuillage d’Aisprid au travail entre deux rangs de plants de tomates sous serre
Illustration : Actu.ai

L’automatisation agricole ne se joue pas uniquement au moment de la récolte. Dans les serres de tomates, l’effeuillage est une opération discrète mais très concrète, qui consiste à retirer certaines feuilles pour accompagner la conduite des plants. C’est sur cette tâche répétitive et minutieuse que se concentre Aisprid, une start-up installée à Saint-Malo. Le 21 janvier 2025, elle a annoncé avoir réuni 10 millions d’euros pour passer à l’échelle.

Ce financement en série A doit permettre à l’entreprise bretonne d’augmenter ses capacités de production et de préparer une nouvelle génération de robots. Son pari est ciblé : au lieu de chercher immédiatement à automatiser toutes les étapes de la culture sous serre, Aisprid s’attaque à un geste précis, chronophage et difficile à pourvoir en main-d’œuvre.

Une série A de 10 millions d’euros pour changer d’échelle

Le tour de table de 10 millions d’euros est mené par Innovacom. Bpifrance y participe par l’intermédiaire de son fonds French Tech Seed, aux côtés des investisseurs historiques et de business angels d’Aisprid. La somme succède à une première levée de 4,6 millions d’euros, réalisée en juin 2021.

Fondée en 2020, l’entreprise entend utiliser ce nouveau capital pour répondre à deux impératifs qui vont de pair : produire davantage de machines et améliorer encore leur fonctionnement dans les serres. Pour une jeune société qui développe à la fois un robot mobile, des systèmes de vision et des outils de coupe, le passage de prototypes ou de petites flottes à une production plus importante est une étape décisive.

DateÉtape annoncée par AispridCe qu’elle révèle
2020Création d’Aisprid à Saint-MaloL’entreprise se spécialise dans la robotique pour le maraîchage sous serre.
Juin 2021Première levée de 4,6 millions d’eurosLes premiers développements technologiques sont financés.
Avril 2024Feu vert reçu pour construire une usine de 3 000 m²Aisprid prépare une montée en capacité industrielle.
Janvier 2025Série A de 10 millions d’euros annoncéeLa société veut accélérer la production et développer de nouveaux robots.

L’accord obtenu en avril 2024 pour construire une usine de 3 000 m² s’inscrit dans la même trajectoire. Aisprid ne présente donc pas cette levée comme une simple enveloppe dédiée à la recherche : il s’agit aussi de donner une dimension industrielle à sa solution.

Pourquoi l’effeuillage est-il un sujet pour les producteurs de tomates ?

Une serre de tomates n’est pas un environnement figé. Les plants poussent, les rangs sont denses et les opérations d’entretien se succèdent pendant la culture. L’effeuillage fait partie de ces tâches de conduite : il faut reconnaître les feuilles concernées, se positionner correctement puis réaliser une coupe précise, sans perturber le reste du plant.

Ce travail requiert de la régularité et mobilise des équipes dans un contexte où les producteurs font face à un déficit de main-d’œuvre machiniste, selon Aisprid. C’est ce besoin qui structure le positionnement de l’entreprise : son robot n’a pas vocation à remplacer indistinctement tous les métiers de la serre, mais à automatiser une opération pénible et répétitive afin de réduire la dépendance à la disponibilité immédiate de personnel.

L’intérêt d’une telle automatisation dépend naturellement de l’organisation de chaque exploitation. Les méthodes de conduite, le rythme de travail et les contraintes agronomiques varient d’une serre à l’autre. Mais la logique est simple : confier à une machine une tâche standardisable, tandis que les équipes humaines conservent les interventions qui réclament jugement, surveillance et adaptation.

Le modèle économique annoncé par Aisprid est lui aussi conçu pour s’ajuster à l’usage. La facturation repose sur le temps d’utilisation de la machine et sur le nombre de feuilles effeuillées. Pour un producteur, cette formule lie le coût du service à l’activité réellement réalisée, plutôt qu’à l’acquisition d’un équipement dont il faudrait assumer seul l’investissement et l’exploitation.

Comment fonctionne le robot d’Aisprid ?

La machine développée par Aisprid associe un bras robotisé à plusieurs caméras. Celles-ci scrutent l’environnement de travail afin de guider le geste du robot et de lui permettre d’effectuer les coupes annoncées comme précises. Dans une serre, ce couple entre perception et mouvement est essentiel : le robot doit évoluer au plus près de végétaux qui ne sont ni parfaitement identiques ni parfaitement immobiles.

L’intelligence artificielle évoquée par l’entreprise sert ici à donner au système une capacité de perception et de décision adaptée à son environnement. Concrètement, la caméra ne coupe rien par elle-même. Elle fournit des informations visuelles, le logiciel les interprète, puis le bras robotisé exécute l’action. La valeur de la solution tient à cette chaîne complète, de l’observation du plant au geste mécanique.

Aisprid indique disposer d’une flotte de 30 robots autonomes, déjà déployés dans les serres de grandes coopératives françaises, parmi lesquelles Prince de Bretagne et Savéol. Ces déploiements sont importants pour une entreprise de robotique agricole : les conditions réelles d’une serre permettent de confronter les machines à la diversité des plants, au rythme de production et aux exigences quotidiennes des exploitants.

L’effeuillage manuel et l’approche robotisée d’Aisprid

Travail manuel

  • Mobilise de la main-d’œuvre pour une opération répétitive et précise.
  • Dépend de la disponibilité des équipes dans les serres.
  • Le déplacement et l’exécution de l’effeuillage sont réalisés par des opérateurs.
  • Reste au cœur de la surveillance et de l’adaptation aux pratiques de culture.

Robot Aisprid

  • Associe plusieurs caméras à un bras robotisé pour guider les coupes.
  • Vise à automatiser spécifiquement l’effeuillage des plants de tomates.
  • Doit pouvoir travailler de nuit et changer de rang de manière autonome début 2025.
  • Est facturé selon le temps d’utilisation et le nombre de feuilles effeuillées.

Ce que les nouvelles fonctions doivent changer début 2025

Aisprid annonce qu’au début de 2025, la productivité de son robot doit avoir plus que doublé. L’entreprise ne communique pas de valeur de référence détaillée dans son annonce, mais l’objectif illustre l’enjeu central de la robotique agricole : une machine ne devient utile à grande échelle que si elle peut accomplir suffisamment de travail, avec une qualité régulière, dans un temps compatible avec l’exploitation.

Deux évolutions sont particulièrement mises en avant. La première est la capacité à effectuer l’effeuillage de nuit. Une telle possibilité peut étendre les plages d’utilisation de la flotte et rendre le robot moins dépendant des heures de présence des équipes. La seconde est le changement de rang autonome. Cette fonction vise à éviter qu’un opérateur ait à déplacer manuellement la machine entre deux lignes de culture.

Ces améliorations ne sont pas de simples options de confort. Dans un environnement de production, les temps d’arrêt, les déplacements et les interventions humaines nécessaires autour d’un robot comptent autant que son geste de coupe. Une machine capable d’enchaîner davantage d’opérations de manière autonome peut mieux s’intégrer dans l’organisation d’une serre.

Un créneau distinct de la récolte robotisée

La robotique agricole attire souvent l’attention lorsqu’elle promet de récolter des fruits ou des légumes. C’est une tâche spectaculaire, mais aussi particulièrement complexe : il faut identifier le bon produit, apprécier son état, le saisir sans l’abîmer et le déposer au bon endroit. Aisprid a choisi un terrain différent en se spécialisant dans l’effeuillage des tomates sous serre.

Selon la start-up, les autres acteurs du secteur s’intéressent davantage à la récolte, tandis que le marché des solutions d’effeuillage sous serre reste encore peu exploré. Cette spécialisation lui donne une place identifiable dans la chaîne de production. Elle lui impose aussi de démontrer que sa machine est fiable, suffisamment productive et compatible avec les pratiques des producteurs.

Cette approche par une tâche précise peut faciliter le déploiement de la robotique. Plutôt que de promettre une serre entièrement autonome, l’entreprise propose un outil répondant à un besoin immédiatement identifiable. C’est également une manière de recueillir des retours d’usage concrets avant d’élargir les capacités de la plateforme robotique.

De l’effeuillage à d’autres tâches maraîchères

Les ambitions d’Aisprid ne s’arrêtent pas à l’effeuillage. L’entreprise prévoit de diversifier sa gamme afin de couvrir d’autres besoins d’automatisation dans les exploitations maraîchères. La levée de fonds doit précisément lui donner les moyens de préparer cette extension, tout en continuant d’industrialiser son produit actuel.

La perspective est cohérente avec la nature même de la robotique sous serre. Une fois qu’un acteur maîtrise le déplacement autonome dans les rangs, la perception par caméra et l’action d’un bras robotisé dans un environnement végétal, ces briques peuvent servir de point de départ à d’autres usages. Chaque nouvelle tâche reste toutefois un problème technique et agronomique à part entière : elle demande des outils adaptés, des données de terrain et des essais au contact des cultures.

Pour les producteurs, l’enjeu dépasse donc la seule machine actuellement disponible. Il concerne la possibilité de disposer, à terme, d’outils robotisés capables de prendre en charge plusieurs opérations bien définies, au moment où le manque de personnel rend plus difficile l’exécution de certains travaux.

Ce qu’il faut surveiller

Le premier indicateur sera la concrétisation de la montée en production annoncée. Le projet d’usine de 3 000 m² et les 10 millions d’euros levés donnent à Aisprid les moyens d’accélérer, mais l’industrialisation reste une phase exigeante pour tout fabricant de robots : il faut produire des machines reproductibles, les déployer et assurer leur fonctionnement chez les clients.

Il faudra également observer les performances de la nouvelle génération de robots en conditions réelles. Le travail nocturne, le changement de rang autonome et le doublement annoncé de la productivité répondent directement aux attentes opérationnelles des serres. Leur adoption dépendra de leur régularité sur la durée, de leur facilité d’intégration et de l’équilibre économique permis par la facturation à l’usage.

Enfin, l’évolution d’Aisprid apportera un éclairage sur une tendance plus large : l’agriculture robotisée pourrait progresser moins par une machine universelle que par la multiplication d’équipements spécialisés. Dans ce scénario, l’effeuillage des tomates constitue pour la jeune entreprise malouine un premier marché, à la fois étroit, concret et potentiellement structurant.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’Aisprid ?

Aisprid est une start-up de robotique agricole fondée en 2020 et installée à Saint-Malo. Elle développe des robots autonomes destinés aux exploitations maraîchères sous serre. Son premier domaine de spécialisation est l’effeuillage des plants de tomates, une tâche répétitive qui demande précision et main-d’œuvre.

Combien Aisprid a-t-elle levé en janvier 2025 ?

Aisprid a annoncé le 21 janvier 2025 une levée de fonds de 10 millions d’euros en série A. Le tour est mené par Innovacom, avec la participation de Bpifrance via French Tech Seed, d’investisseurs historiques et de business angels. Il fait suite à une levée de 4,6 millions d’euros en juin 2021.

Comment fonctionne le robot d’effeuillage des tomates d’Aisprid ?

Le robot d’Aisprid embarque un bras robotisé et plusieurs caméras qui observent son environnement dans la serre. Les informations visuelles servent à guider les coupes sur les plants de tomates. La machine est conçue pour automatiser cette opération d’entretien, que les producteurs réalisent habituellement avec de la main-d’œuvre.

Où les robots d’Aisprid sont-ils déjà utilisés ?

Au moment de l’annonce, Aisprid indiquait exploiter une flotte de 30 robots autonomes. Ces machines étaient déjà déployées dans des serres de grandes coopératives françaises, dont Prince de Bretagne et Savéol. Ces installations permettent d’utiliser la solution directement dans les conditions réelles de production sous serre.

Quels sont les projets d’Aisprid après cette levée de fonds ?

Aisprid prévoit d’accroître sa capacité de production et de développer une nouvelle génération de robots. La société a aussi obtenu en avril 2024 le feu vert pour construire une usine de 3 000 m². Début 2025, elle annonce notamment le travail de nuit, le changement de rang autonome et une productivité plus que doublée.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Aisprid, site officiel de la start-up de robotique agricolewww.aisprid.com
  2. Innovacom, société de capital-risque ayant mené le tour de tablewww.innovacom.com
  3. Bpifrance, investisseur via le fonds French Tech Seedwww.bpifrance.fr