Entreprises et marchés

Accenture restructure ses effectifs, l’IA ne suffit plus à soutenir la croissance

Accenture prévoit des départs là où la requalification des salariés n’est plus possible, tout en continuant à recruter dans certains métiers liés à l’IA. Son programme de restructuration représente 865 millions de dollars de charges, dans un contexte de croissance attendue entre 2 % et 5 % pour l’exercice 2026.

Des salariés d’un cabinet de conseil examinent des plans de requalification et de réorganisation liés à l’IA.
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle générative promet de nouveaux marchés aux grands cabinets de conseil. Mais elle ne protège pas mécaniquement ces entreprises d’un ralentissement de la demande. Accenture l’illustre avec une restructuration annoncée le 25 septembre 2025, associant suppressions de postes, redéploiement des compétences et cessions d’activités jugées moins stratégiques.

Le signal est important pour tout le secteur des services technologiques. Les entreprises clientes continuent d’explorer l’IA, le cloud et l’automatisation, mais elles arbitrent aussi leurs budgets avec davantage de prudence. Pour un groupe comme Accenture, qui vend des projets de transformation souvent longs et coûteux, l’enjeu n’est donc pas seulement de maîtriser les outils d’IA. Il s’agit de disposer, au bon moment, des compétences que les clients sont prêts à financer.

Ce qu’Accenture a réellement annoncé

Le chiffre de 865 millions de dollars mérite une clarification essentielle. Il ne désigne pas un montant de contrats abandonnés par Accenture. Il correspond aux charges prévues dans le cadre d’un programme d’optimisation de l’activité, comprenant des coûts liés aux départs de salariés ainsi que des ajustements d’actifs.

Cette distinction est loin d’être technique. Un contrat abandonné désignerait du chiffre d’affaires commercial perdu ou refusé. Une charge de restructuration est, elle, une dépense comptable et opérationnelle engagée pour modifier l’organisation du groupe. Dans ce cas précis, Accenture cherche à alléger certains coûts et à réallouer ses moyens vers des métiers considérés comme prioritaires.

Élément annoncéMontant ou prévisionCe que cela signifie
Programme d’optimisation865 millions de dollarsCharges associées aux départs et aux ajustements d’actifs
Charges attendues au premier trimestre 2026Environ 250 millions de dollarsPremière partie du coût du programme, selon la direction financière
Croissance des revenus prévue en 20262 % à 5 % en monnaie localePrévision plus modérée que lors de l’exercice précédent
Croissance de l’exercice précédent7 % en monnaie localePoint de comparaison cité par l’entreprise

Lors de la présentation des résultats du 25 septembre, la directrice générale Julie Sweet a indiqué que des départs seraient nécessaires dans les situations où une requalification ne paraît pas réalisable. Le groupe ne donne pas, à ce stade, de nombre total de postes appelés à disparaître.

Pourquoi l’IA ne compense pas immédiatement la baisse de la demande

L’essor de l’IA générative a créé une forte attente autour des entreprises capables d’aider les organisations à déployer ces technologies. Accenture fait partie des grands groupes qui proposent à la fois du conseil, de l’intégration informatique, de la cybersécurité, des services cloud et de l’accompagnement au changement. Cet éventail lui permet de répondre à de nombreux besoins, mais l’expose également aux ralentissements de budgets de ses clients.

Une expérimentation d’IA, par exemple, peut être relativement rapide à lancer. En revanche, son déploiement à grande échelle suppose souvent de connecter les outils aux données internes, de renforcer la sécurité, de former les équipes et de revoir certains processus de travail. Ces projets peuvent être reportés lorsque les directions financières imposent des restrictions, même si l’intérêt pour la technologie demeure fort.

C’est le paradoxe auquel se heurte Accenture : l’IA augmente les opportunités commerciales potentielles, sans garantir que les clients signeront assez vite et assez largement pour soutenir la croissance globale du groupe. La demande en services technologiques dépend aussi de la conjoncture, des priorités sectorielles et des cycles d’investissement des grandes organisations.

La prévision de croissance pour l’exercice fiscal 2026, comprise entre 2 % et 5 % en monnaie locale, reflète cette prudence. Elle se compare à une croissance de 7 % enregistrée l’exercice précédent. La monnaie locale est un indicateur suivi par les investisseurs car il vise à mesurer l’évolution de l’activité indépendamment des variations des taux de change.

Des compétences à requalifier, mais pas toutes

Le terme de « requalification » recouvre une idée simple : former un salarié à de nouvelles compétences afin qu’il puisse exercer un métier différent ou adapté à l’évolution des besoins. Dans le numérique, cela peut passer par l’apprentissage des outils d’IA générative, de l’ingénierie des données, de la cybersécurité, du cloud ou encore de la gouvernance des systèmes automatisés.

Accenture affirme vouloir conserver cette logique dans les domaines prioritaires. Le groupe prévoit de poursuivre le recrutement et les efforts de formation, particulièrement aux États-Unis et en Europe, où son effectif pourrait encore augmenter au cours de l’exercice 2026. Cette coexistence de recrutements et de licenciements peut sembler contradictoire, mais elle est devenue fréquente dans les grandes entreprises technologiques.

Elle traduit un décalage entre les compétences disponibles et celles recherchées. Un poste supprimé dans une activité où les missions diminuent n’est pas automatiquement transférable vers un métier en forte demande. La formation demande du temps, l’aptitude des personnes concernées et l’existence de besoins opérationnels réels. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, l’entreprise peut choisir la séparation plutôt qu’une reconversion incertaine.

Au cours du dernier trimestre de l’exercice 2025, Accenture avait déjà réduit ses effectifs d’environ 7 000 personnes, pour un total d’environ 770 000 salariés selon les éléments communiqués. Cette échelle donne la mesure du défi : dans un groupe mondial de cette taille, faire évoluer les profils est une opération industrielle autant qu’une politique de ressources humaines.

Une réorganisation qui dépasse les seuls effectifs

Le programme présenté par Accenture ne porte pas uniquement sur les salariés. Il repose sur deux orientations : accélérer la rotation des talents afin de maîtriser les coûts des départs, et se désengager de deux acquisitions jugées non alignées avec les priorités stratégiques du groupe.

La rotation des talents désigne ici la capacité à faire évoluer rapidement la composition des équipes. Dans le conseil, la valeur de l’entreprise dépend largement de ses compétences disponibles, de leur spécialisation et de leur adéquation avec les projets vendus aux clients. Une réorganisation peut donc viser à réduire des effectifs dans certaines fonctions tout en renforçant d’autres expertises.

Les désinvestissements répondent à une logique comparable. Lorsqu’une activité acquise ne correspond plus aux priorités du moment, la conserver peut mobiliser du capital, de l’encadrement et des moyens commerciaux sans contribuer suffisamment à la stratégie recherchée. Accenture entend ainsi accroître sa flexibilité dans un marché où les priorités technologiques changent rapidement.

La stratégie d’Accenture face au ralentissement

Ce que l’IA peut apporter

  • De nouveaux projets de conseil, d’intégration et de transformation des métiers.
  • Des besoins renforcés en données, cloud, cybersécurité et gouvernance.
  • Des recrutements ciblés et des programmes de requalification dans les activités prioritaires.
  • Une possibilité de redéployer les équipes vers des prestations à plus forte demande.

Ce que la conjoncture impose

  • Des budgets clients plus contraints et des décisions d’investissement parfois différées.
  • Une croissance attendue entre 2 % et 5 % en monnaie locale en 2026.
  • Des départs lorsque la requalification des compétences n’est pas considérée comme viable.
  • 865 millions de dollars de charges de restructuration et d’ajustement d’actifs.

Le secteur public américain, une source particulière d’incertitude

Parmi les facteurs pesant sur les perspectives d’Accenture figure l’environnement du secteur public américain. Les réformes liées au Département de l’Efficacité Gouvernementale, ou DOGE, associé à Elon Musk, ont contribué à accroître l’incertitude autour des achats de technologies par les administrations fédérales.

Les contrats publics sont souvent importants pour les grands intégrateurs et cabinets de conseil. Ils peuvent porter sur la modernisation de systèmes informatiques, la gestion de données, la cybersécurité ou le fonctionnement de services administratifs. Or, lorsque les procédures d’achat sont revues, que les dépenses sont examinées plus strictement ou que les priorités politiques changent, les projets peuvent être ralentis, réduits ou décalés.

Il serait simpliste d’attribuer la situation d’Accenture à ce seul facteur. La direction décrit un environnement plus large de croissance modérée et de contraintes budgétaires chez ses clients. Mais l’exposition au secteur public américain ajoute une difficulté spécifique, dans un moment où le groupe cherche justement à accélérer la demande liée à l’IA.

Un mouvement qui dépasse Accenture

Le cas d’Accenture s’inscrit dans une évolution plus générale de l’industrie technologique. Les entreprises du secteur ajustent leurs effectifs alors même qu’elles investissent dans l’IA. Tata Consultancy Services, présentée comme la plus grande entreprise informatique d’Inde, a ainsi annoncé des suppressions de postes dépassant 12 000 salariés en 2025, sur fond de baisse de la demande et de décalage de compétences.

Ces annonces ne prouvent pas que l’IA détruit directement tous les emplois du numérique. Elles montrent plutôt que la technologie modifie la répartition de la valeur et des compétences recherchées. Les tâches standardisées peuvent être automatisées ou assistées, tandis que les entreprises recherchent davantage de profils capables de concevoir les systèmes, de les sécuriser, de contrôler leurs résultats et de les intégrer dans un métier.

Pour les salariés, le risque est donc double. Les postes les plus exposés ne sont pas nécessairement ceux remplacés immédiatement par une machine, mais aussi ceux dont la demande baisse parce que les clients attendent d’acheter autrement, avec des équipes plus petites ou des prestations redéfinies. À l’inverse, l’IA peut créer de nouveaux besoins, sans que ceux-ci soient accessibles à tous les professionnels au même rythme.

Ce qu’il faut surveiller en 2026

La première question sera l’ampleur effective des départs chez Accenture. Le groupe a confirmé le principe d’une réduction d’effectifs là où la requalification n’est pas viable, mais n’a pas indiqué de volume précis. Les conditions d’exécution du programme, son calendrier et la répartition entre métiers et zones géographiques seront donc déterminants.

La deuxième sera la capacité d’Accenture à convertir l’intérêt pour l’IA générative en revenus récurrents. Les annonces, démonstrations et projets pilotes peuvent alimenter la visibilité d’un acteur du conseil. À plus long terme, la réussite se mesurera à la signature de déploiements concrets, à leur ampleur et à leur rentabilité.

Enfin, les recrutements annoncés aux États-Unis et en Europe constitueront un indicateur à suivre. Ils diront si l’entreprise parvient réellement à remplacer certaines compétences devenues moins demandées par de nouvelles expertises. Dans cette période de transition, l’IA apparaît moins comme une garantie de croissance automatique que comme un accélérateur de la transformation des métiers et des modèles économiques.

Questions fréquentes

Pourquoi Accenture licencie-t-elle alors que l’IA est en plein essor ?

Accenture explique faire face à une croissance plus modérée et à une demande client moins dynamique dans certains segments. L’IA générative ouvre des opportunités, mais ne compense pas immédiatement les reports de projets et les restrictions budgétaires. Le groupe prévoit donc des départs lorsque les salariés ne peuvent pas être requalifiés vers les métiers jugés prioritaires.

Accenture a-t-elle abandonné 865 millions de dollars de contrats ?

Non. Les 865 millions de dollars annoncés correspondent à des charges liées au programme d’optimisation de l’activité, notamment aux coûts de départ et aux ajustements d’actifs. Il ne s’agit pas d’un montant de contrats clients abandonnés. La différence est importante : une charge de restructuration n’est pas du chiffre d’affaires perdu.

Combien de salariés Accenture va-t-elle licencier en 2026 ?

Accenture n’a pas communiqué de nombre total de suppressions de postes pour son programme annoncé en septembre 2025. Julie Sweet a indiqué que des départs interviendraient là où la requalification ne semble pas possible. Le groupe avait déjà réduit son effectif d’environ 7 000 personnes au dernier trimestre de l’exercice 2025.

Accenture continuera-t-elle à recruter malgré les suppressions de postes ?

Oui. Accenture prévoit de maintenir des recrutements et des actions de requalification dans les domaines prioritaires. L’entreprise estime même que ses effectifs pourraient augmenter aux États-Unis et en Europe durant l’exercice fiscal 2026. Cette stratégie vise à remplacer ou à développer certaines compétences, plutôt qu’à réduire uniformément tous les métiers.

Quelle croissance Accenture prévoit-elle pour l’exercice 2026 ?

Accenture table sur une croissance de ses revenus comprise entre 2 % et 5 % en monnaie locale pour l’exercice fiscal 2026. Cette fourchette est inférieure à la croissance de 7 % enregistrée l’exercice précédent. Elle reflète les incertitudes sur la demande des clients, y compris dans le secteur public américain.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Accenture, espace relations investisseurs et résultats financiersinvestor.accenture.com
  2. Accenture, salle de presse officiellenewsroom.accenture.com