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Siri : la réunion interne qui expose le retard d’Apple face à l’IA

Apple a reporté les fonctions de Siri les plus ambitieuses, pourtant au cœur de sa stratégie Apple Intelligence. Le contenu d’une réunion interne décrit un retard jugé embarrassant par les équipes. Voici ce qui est réellement repoussé, ce qui fonctionne déjà et les conséquences pour les utilisateurs.

Un smartphone et des fenêtres d’applications illustrant les défis de Siri avec le contexte personnel et les tâches.
Illustration : Actu.ai

Le problème ne tient pas à une simple nouvelle voix ou à une interface plus élégante. Pour Apple, Siri est censé devenir la porte d’entrée pratique d’Apple Intelligence sur l’iPhone, l’iPad et le Mac : un assistant capable de comprendre une demande, de connaître le contexte autorisé par son propriétaire et d’agir dans plusieurs applications. Or, le 7 mars 2025, Apple a confirmé le report de cette partie essentielle de sa feuille de route.

Le 14 mars 2025, le contenu d’une réunion interne consacrée à Siri a renforcé l’impression d’urgence. Robby Walker, alors responsable de l’équipe Siri, aurait reconnu devant ses collaborateurs le caractère difficile du report, qualifié d’« embarrassant ». Ce vocabulaire tranche avec la communication habituellement très maîtrisée d’Apple. Il ne signifie pas que Siri disparaît ni que l’ensemble d’Apple Intelligence est abandonné. Il montre en revanche que l’entreprise n’est pas encore en mesure de livrer avec la fiabilité attendue les fonctions qu’elle avait mises en avant en juin 2024.

Ce qui a été reporté dans la nouvelle génération de Siri

Lors de la présentation d’Apple Intelligence, Apple n’avait pas seulement promis un Siri plus conversationnel. La firme décrivait un assistant capable de relier trois éléments : les informations personnelles de l’utilisateur, ce qui est affiché sur son écran et les applications installées sur l’appareil.

C’est précisément ce trio qui est repoussé. Dans son communiqué du 7 mars, Apple a indiqué que ces fonctions prendraient « plus de temps que prévu » et arriveraient « au cours de l’année à venir ». Cette formulation ne fixe donc pas de date précise. Les informations internes rapportées le 14 mars laissent entendre que le déploiement pourrait ne pas intervenir avant 2026, mais Apple n’a pas annoncé publiquement de calendrier plus détaillé à cette date.

Les fonctions concernées doivent notamment permettre à Siri de :

  • s’appuyer sur un contexte personnel pertinent, par exemple retrouver une information dans un échange ou un document lorsque l’utilisateur l’y autorise ;
  • comprendre le contenu affiché à l’écran, afin de répondre à une demande liée à une photo, un message ou une page ouverte ;
  • réaliser des actions entre applications, comme chercher une information puis l’intégrer dans une autre app, avec les autorisations nécessaires.

Ces usages semblent évidents sur le papier. En pratique, ils imposent de faire coopérer une reconnaissance du langage, des données personnelles, les règles de confidentialité d’iOS et les interfaces de nombreuses applications. Un assistant qui se trompe de rendez-vous, transmet une mauvaise information ou déclenche une action non souhaitée est plus problématique qu’un simple moteur de réponses textuelles imprécis.

Ce que Siri sait déjà faire en mars 2025

Apple a commencé à déployer Apple Intelligence à partir d’octobre 2024, sur certains appareils compatibles et dans des langues prises en charge. Siri a déjà reçu plusieurs évolutions visibles. L’assistant peut notamment adopter une nouvelle présentation, recevoir des requêtes tapées plutôt que dictées et conserver le fil d’une demande à l’autre dans certains échanges.

Apple a également intégré l’accès à ChatGPT à Siri. Cette passerelle n’équivaut pas à une fusion des deux services : lorsqu’une requête peut être utilement traitée par ChatGPT, Siri peut le proposer et demander l’accord de l’utilisateur avant de transmettre la demande. Apple présente ce mécanisme comme un moyen d’étendre les réponses de l’assistant tout en conservant un contrôle explicite sur l’envoi d’informations.

Le tableau ci-dessous distingue les nouveautés déjà engagées des capacités qui restent à venir.

Éléments de SiriSituation au 14 mars 2025Ce que cela change pour l’utilisateur
Nouvelle interface et saisie au clavierDéployées sur les appareils et versions compatiblesIl est possible d’interagir avec Siri sans parler à voix haute
Suivi d’une demande dans une même conversationDisponible dans le cadre des fonctions déjà lancéesLes reformulations peuvent être mieux comprises
Intégration optionnelle de ChatGPTDisponible sur les appareils compatiblesSiri peut orienter certaines requêtes vers un modèle conversationnel externe avec autorisation
Compréhension du contexte personnelReportéeSiri ne peut pas encore exploiter de façon généralisée les données personnelles autorisées pour accomplir une tâche complexe
Conscience de ce qui s’affiche à l’écranReportéeLes demandes liées à un contenu ouvert ne bénéficient pas encore de l’assistance annoncée
Actions croisées entre applicationsReportéesLes automatisations personnelles les plus ambitieuses restent à construire

Cette distinction est importante : une amélioration d’interface ou une connexion à un chatbot ne résout pas à elle seule le défi d’un assistant personnel. Le second doit comprendre l’intention, respecter les permissions, identifier les bonnes données et produire une action fiable dans l’application adéquate.

Pourquoi ces fonctions sont-elles si difficiles à fiabiliser ?

Siri existe depuis 2011. Pendant longtemps, les assistants vocaux ont surtout répondu à des commandes relativement circonscrites : lancer un minuteur, appeler un contact, envoyer un message ou donner la météo. L’IA générative a changé les attentes. Les utilisateurs comparent désormais leur assistant à des services capables de rédiger, résumer, raisonner sur un texte et dialoguer de manière plus naturelle.

Mais ajouter un grand modèle de langage à un assistant ne suffit pas. Un modèle peut formuler une réponse plausible mais erronée. Pour un assistant qui accède à un calendrier, à des messages ou à des fichiers, cette imprécision pose une question de confiance. Il faut aussi résoudre plusieurs difficultés concrètes :

  • Comprendre les références ambiguës : « envoie-le à Julie » suppose de savoir de quel document, de quelle Julie et de quelle application il est question.
  • Respecter les autorisations : l’assistant ne doit consulter ou utiliser que les données auxquelles l’utilisateur lui a donné accès.
  • Agir correctement dans les apps : une action doit fonctionner malgré les différences entre applications et les changements de leurs interfaces.
  • Éviter les erreurs coûteuses : créer un rendez-vous, modifier une note ou transmettre un message demande un niveau de fiabilité supérieur à une simple suggestion de texte.

Apple a fait de l’exécution sur l’appareil, lorsque cela est possible, et du traitement protégé dans le cloud pour les requêtes plus complexes, des piliers de son approche. Cette architecture peut limiter l’exposition des données, mais elle ne dispense pas de résoudre le problème central : donner à Siri une compréhension utile, fiable et vérifiable du contexte.

Siri en mars 2025 : fonctions déjà disponibles et promesses reportées

Déjà engagé

  • Nouvelle interface de Siri sur les appareils compatibles.
  • Saisie des requêtes au clavier, sans commande vocale.
  • Meilleur suivi de certaines demandes successives.
  • Accès optionnel à ChatGPT après accord de l’utilisateur.

Encore reporté

  • Compréhension généralisée du contexte personnel.
  • Interprétation fiable des contenus affichés à l’écran.
  • Actions en chaîne entre plusieurs applications.
  • Calendrier précis de déploiement communiqué par Apple.

Ce que révèle réellement la réunion interne

La réunion rapportée le 14 mars met surtout en lumière l’écart entre une démonstration de produit et une livraison à grande échelle. Les équipes de Siri doivent transformer des scénarios présentés sur scène en une fonction qui fonctionne dans un grand nombre de langues, d’applications et de situations quotidiennes. C’est un changement d’échelle considérable.

Les propos attribués à Robby Walker traduisent une pression interne forte. Apple avait placé la version plus personnelle de Siri au centre de sa stratégie d’IA, en particulier pour différencier ses appareils d’un simple accès à un chatbot. Le report oblige donc l’entreprise à gérer une attente qu’elle a elle-même créée auprès des acheteurs d’iPhone, d’iPad et de Mac compatibles.

Il faut néanmoins séparer les informations établies des extrapolations. La fuite ne prouve pas l’existence d’une « crise » financière chez Apple, ne fixe pas une date de sortie définitive et ne démontre pas que Siri actuel ne fonctionne plus. Elle ne permet pas non plus d’établir un lien avec une prétendue amende de 40 milliards d’euros. À la date du 14 mars 2025, Apple a publiquement confirmé un décalage de calendrier, pas une sanction de ce montant liée à Siri.

La confidentialité, un enjeu distinct mais indissociable

La confiance ne dépend pas uniquement de la qualité des réponses. Siri a déjà fait l’objet de critiques sur le traitement d’enregistrements audio issus d’activations accidentelles. En janvier 2025, Apple a accepté un accord transactionnel proposé de 95 millions de dollars aux États-Unis dans une action collective portant sur ces accusations. L’entreprise a contesté avoir commis une faute.

Cette affaire est distincte du report des fonctions d’Apple Intelligence. Elle rappelle toutefois pourquoi un assistant plus personnel sera scruté de près. Pour comprendre une requête portant sur un e-mail, un rendez-vous ou une photo, Siri doit pouvoir manipuler des informations sensibles. Même lorsque les traitements sont conçus pour rester locaux ou protégés, l’utilisateur doit savoir ce qui est consulté, dans quel but et avec quelle possibilité de refus.

Une compétition qui ne se limite plus aux assistants vocaux

Apple fait face à plusieurs concurrents, mais la comparaison est devenue plus large que le seul marché historique des assistants vocaux. Google fait évoluer ses produits autour de Gemini. Amazon a présenté Alexa+ en février 2025, avec l’ambition d’un assistant plus conversationnel et plus apte à accomplir des tâches. ChatGPT a, de son côté, installé dans le grand public l’habitude de dialoguer longuement avec une IA.

Cette concurrence ne se mesure pas seulement au nombre de bonnes réponses. Elle porte sur la capacité à devenir un intermédiaire quotidien : préparer un message, organiser des informations, lancer une tâche ou accompagner une recherche. Apple dispose d’un avantage potentiel, celui d’intégrer Siri au système d’exploitation et à ses applications. Mais cet avantage ne vaut que si l’expérience est plus simple et plus fiable que l’ouverture manuelle de chaque application.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

La première question est celle du calendrier. Apple devra préciser à quel moment les capacités de contexte personnel, de compréhension de l’écran et d’actions entre applications seront réellement accessibles. Une mention générale d’un lancement « au cours de l’année à venir » laisse une marge importante, alors que les attentes sont déjà élevées.

La deuxième concerne le périmètre. Il faudra vérifier quels appareils, pays, langues et applications bénéficieront des fonctions reportées. Une promesse peut être convaincante lors d’une présentation, mais son intérêt concret dépend de sa disponibilité dans la langue de l’utilisateur et des services qu’il emploie chaque jour.

Enfin, le test décisif sera la fiabilité. Pour rattraper son retard perçu, Apple ne devra pas seulement enrichir Siri de réponses génératives. L’entreprise devra montrer que l’assistant comprend correctement les demandes, demande une confirmation lorsque c’est nécessaire et accomplit les tâches sans créer de nouvelles frustrations. C’est sur ce terrain, plus que sur les effets d’annonce, que se jouera la crédibilité de la nouvelle génération de Siri.

Questions fréquentes

Pourquoi Apple a-t-il reporté les nouvelles fonctions de Siri ?

Apple a indiqué le 7 mars 2025 que le développement des fonctions Siri plus personnalisées prendrait davantage de temps que prévu. Ces capacités doivent comprendre le contexte personnel de l’utilisateur, ce qui s’affiche à l’écran et les interactions entre applications. Leur fiabilité et la gestion des autorisations posent des difficultés techniques plus importantes qu’une simple amélioration des réponses vocales.

Quelles nouveautés de Siri sont reportées par Apple ?

Les reports concernent principalement trois promesses d’Apple Intelligence : l’usage du contexte personnel autorisé, la compréhension de contenus visibles à l’écran et l’exécution d’actions entre différentes applications. Ce sont les fonctions qui doivent permettre à Siri d’aider concrètement à accomplir une tâche, plutôt que de se limiter à répondre à une question ou lancer une commande simple.

Quand les fonctions Siri reportées seront-elles disponibles ?

Au 14 mars 2025, Apple ne donne pas de date exacte. L’entreprise affirme que ces fonctions arriveront au cours de l’année à venir. Les informations internes rapportées à cette date suggèrent une disponibilité qui pourrait glisser jusqu’en 2026, mais ce calendrier n’a pas été formellement détaillé par Apple.

Siri peut-il déjà utiliser ChatGPT ?

Oui, sur les appareils compatibles avec Apple Intelligence et dans les configurations prises en charge. Siri peut proposer de faire appel à ChatGPT pour certaines demandes. Apple prévoit que l’utilisateur soit sollicité avant l’envoi de la requête à ce service. Cette intégration complète Siri, mais ne remplace pas les fonctions de contexte personnel qu’Apple a reportées.

Le retard de Siri est-il lié aux problèmes de confidentialité d’Apple ?

Le report des fonctions d’Apple Intelligence et les controverses passées sur les enregistrements Siri sont deux sujets distincts. Ils se rejoignent toutefois sur la confiance : un assistant qui exploite davantage d’informations personnelles doit être précis sur les données utilisées, les autorisations demandées et les protections appliquées. Apple devra convaincre à la fois sur l’utilité et sur le respect de la vie privée.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Informations sur la réunion interne et le report de Siri, Bloomberg, 14 mars 2025www.bloomberg.com/news/articles/2025-03-14/apple-executives-acknowledge-delays-to-siri-ai-features-are-ugly-and-embarrassing
  2. Présentation officielle d’Apple Intelligence et de la nouvelle génération de Siri, Apple Newsroom, juin 2024www.apple.com/newsroom/2024/06/introducing-apple-intelligence-for-iphone-ipad-and-mac
  3. Disponibilité initiale d’Apple Intelligence, Apple Newsroom, octobre 2024www.apple.com/newsroom/2024/10/apple-intelligence-is-available-today-on-iphone-ipad-and-mac
  4. Informations d’Apple sur les données liées à Siri et Dictéewww.apple.com/legal/privacy/data/en/ask-siri-dictation