Entreprises et marchés

Thunder Code, les fondateurs d’Expensya lèvent 9 millions de dollars pour l’IA

Karim Jouini et Jihed Othmani, connus pour Expensya, reviennent avec Thunder Code, une plateforme de tests logiciels fondée sur des agents d’IA. La jeune pousse a levé 9 millions de dollars et teste déjà son produit auprès de clients dans quatre pays.

Une équipe de développement examine des tests automatisés d’interface sur plusieurs écrans.
Illustration : Actu.ai

Les tests logiciels sont souvent l’étape invisible qui ralentit le lancement d’une application. Avant de publier une nouvelle fonctionnalité, il faut vérifier qu’elle fonctionne dans de nombreux scénarios, sur différents écrans et sans dégrader l’expérience des utilisateurs. C’est sur ce terrain, à la fois technique et coûteux, que Karim Jouini et Jihed Othmani veulent installer leur nouvelle entreprise, Thunder Code. Au 4 juin 2025, la jeune pousse annonce avoir réuni 9 millions de dollars pour développer une plateforme de test appuyée sur des agents d’intelligence artificielle.

L’annonce marque le retour à l’entrepreneuriat des deux cofondateurs d’Expensya. Leur ambition n’est pas de créer un assistant de code de plus, mais d’automatiser une partie du contrôle qualité qui précède la mise en ligne d’un produit numérique. Thunder Code promet ainsi d’aider les équipes à détecter plus vite des défauts parfois discrets, notamment dans l’interface ou le parcours utilisateur.

D’Expensya à Thunder Code, un retour rapide à la création d’entreprise

Karim Jouini et Jihed Othmani ne partent pas de zéro. Ils avaient cofondé Expensya, une entreprise spécialisée dans la gestion des dépenses professionnelles. En 2023, cette société a été acquise par le groupe suédois Medius dans une opération évaluée à plus de 120 millions de dollars.

Après cette acquisition, Karim Jouini est devenu directeur technique, ou CTO, de Medius. L’intégration de plusieurs entreprises à l’échelle internationale lui a donné une vision plus large des difficultés rencontrées par les organisations logicielles. C’est aussi dans ce contexte qu’il a vu le potentiel de l’intelligence artificielle générative pour transformer la manière dont les produits numériques sont développés, vérifiés et livrés.

Le calendrier de Thunder Code illustre cette volonté de revenir à un rythme entrepreneurial. Les fondateurs ont choisi de confronter très tôt leur idée au marché, plutôt que de passer de longs mois à bâtir un outil complet sans retours extérieurs. Le parcours peut se résumer ainsi :

RepèreÉvénementCe que cela signifie pour Thunder Code
2023Medius acquiert Expensya pour plus de 120 millions de dollarsLes cofondateurs disposent d’une expérience de création puis de cession d’entreprise technologique
2025Création de Thunder CodeLe projet se concentre sur l’automatisation des tests logiciels par l’IA
Six semainesLancement d’un produit minimum viable, ou MVPLes fondateurs privilégient des retours d’utilisateurs rapides
Fin 2025Extension envisagée au mobile, au bureau et aux APILe produit doit dépasser son périmètre initial centré sur le web

Cette expérience antérieure explique aussi l’attention portée par les investisseurs à la nouvelle aventure. Dans les jeunes entreprises technologiques, le produit reste déterminant, mais une équipe ayant déjà construit une société à grande échelle rassure souvent les financeurs sur sa capacité à recruter, vendre et ajuster sa stratégie.

Comment Thunder Code veut automatiser les tests logiciels

Lorsqu’une équipe ajoute une fonction à un site ou à une application, elle doit vérifier que cette modification ne casse pas un élément déjà existant. Un bouton peut ne plus répondre, un formulaire peut échouer dans une configuration particulière, une page peut s’afficher de manière incorrecte ou un parcours d’achat peut devenir confus. Ces vérifications peuvent être réalisées manuellement, par des spécialistes de l’assurance qualité, ou au moyen de scripts automatisés.

Thunder Code propose une autre approche : utiliser des agents d’IA capables de reproduire certaines étapes d’un processus de contrôle qualité. L’idée est de simuler les actions qu’effectuerait un testeur humain, puis d’identifier des problèmes dans l’interface et l’expérience utilisateur. La plateforme s’intéresse donc autant au fait qu’une fonction réponde correctement qu’à la façon dont elle se présente et se parcourt.

Le mot « agent » désigne ici un logiciel à qui l’on confie un objectif et qui peut enchaîner des actions pour l’atteindre. Dans le cas d’un test, l’agent peut naviguer dans une application, remplir des champs, cliquer sur des éléments et comparer ce qu’il observe avec le comportement attendu. Cela ne signifie pas que tous les contrôles deviennent autonomes ou que l’expertise humaine disparaît. Les équipes doivent toujours définir ce qui compte pour leur produit, examiner les anomalies les plus complexes et décider si une version est prête à être livrée.

Thunder Code vise d’abord les applications web. C’est un choix pragmatique : les services accessibles depuis un navigateur sont nombreux, leurs mises à jour sont fréquentes et leurs interfaces évoluent rapidement. Pour les entreprises, l’intérêt potentiel est de raccourcir la période entre une modification du code et son déploiement, sans multiplier proportionnellement les tâches répétitives de vérification.

Tests logiciels : méthodes classiques et approche par agents d’IA

Approche classique

  • Les équipes exécutent des scénarios manuels ou maintiennent des scripts de test.
  • Les vérifications répétitives peuvent ralentir les cycles de livraison.
  • Les scripts peuvent nécessiter des mises à jour à chaque évolution de l’interface.
  • Le regard humain reste central pour explorer les parcours et juger l’expérience utilisateur.

Approche de Thunder Code

  • Des agents d’IA sont conçus pour simuler certaines actions d’un testeur.
  • La plateforme vise à détecter des défauts d’interface et d’expérience utilisateur.
  • L’objectif est d’accélérer les tests des applications web et les déploiements.
  • Les résultats doivent toujours être examinés dans le contexte du produit par les équipes.

Une méthode fondée sur la vitesse et les retours du terrain

Le lancement du MVP en six semaines résume la méthode revendiquée par Karim Jouini. L’enseignement tiré d’Expensya est clair : attendre d’avoir un produit jugé parfait peut faire perdre du temps, alors qu’une première version utilisable permet de recueillir rapidement les réactions de clients réels.

Cette logique n’implique pas de négliger la fiabilité, un sujet central dans les outils de test. Elle consiste plutôt à isoler un besoin précis, à le traiter avec une version initiale, puis à améliorer l’outil au contact des utilisateurs. Pour Thunder Code, l’enjeu est de démontrer que les agents repèrent des problèmes utiles, avec suffisamment de rapidité et de précision pour s’intégrer aux habitudes d’équipes déjà très sollicitées.

La société indique disposer déjà de clients payants et mener des programmes pilotes aux États-Unis, au Canada, en France et en Tunisie. Elle cible notamment les responsables de livraison de produits numériques et les équipes de développement. Ces profils cherchent à accélérer les cycles de test et de déploiement sans sacrifier la stabilité de leurs applications.

Dans le développement logiciel, la rapidité est un objectif partagé, mais elle peut entrer en tension avec le contrôle qualité. Publier trop vite une mise à jour défaillante peut provoquer des interruptions de service, des erreurs pour les utilisateurs ou une accumulation de corrections urgentes. La promesse de Thunder Code repose précisément sur la possibilité de réduire cette tension grâce à l’automatisation.

9 millions de dollars pour construire face à des acteurs établis

Le premier financement de Thunder Code atteint 9 millions de dollars. Le tour de table réunit des investisseurs déjà présents au capital d’Expensya, dont Silicon Badia et Jaango Capital, ainsi que Titan Seed Fund. Des investisseurs individuels, parmi lesquels Roxanne Varza et Karim Beguir, participent également à l’opération.

Un autre signal retient l’attention : d’anciens employés d’Expensya ont choisi de réinvestir dans la nouvelle société. Leur participation ne préjuge pas du succès commercial de Thunder Code, mais elle traduit une confiance dans les deux fondateurs et dans leur capacité à former une équipe autour d’un nouveau produit.

La somme levée doit donner à l’entreprise les moyens de développer sa technologie et d’accélérer son déploiement. Dans ce domaine, lever des fonds ne suffit toutefois pas. Un outil de test doit prouver qu’il s’intègre aux pratiques de développement existantes, qu’il comprend des interfaces changeantes et qu’il limite les alertes inutiles. Une solution qui signale trop de faux problèmes risque en effet de faire perdre le temps qu’elle prétend économiser.

Un marché vaste, mais déjà très concurrentiel

Le marché des tests logiciels est évalué à plus de 100 milliards de dollars d’ici 2027. Cette estimation donne la mesure de l’enjeu, mais elle rappelle aussi que Thunder Code s’attaque à un secteur où les besoins sont nombreux et les concurrents installés.

Des plateformes telles que Tricentis et BrowserStack occupent déjà une place importante dans l’écosystème. Elles répondent à des besoins différents, depuis l’automatisation de scénarios jusqu’au test d’un site sur une grande diversité de navigateurs et d’appareils. Les entreprises clientes ne remplaceront pas nécessairement tous leurs outils par une seule solution : elles peuvent aussi chercher à ajouter une couche d’automatisation à leur environnement existant.

Thunder Code entend se distinguer par une approche conçue autour de l’IA, plutôt que par une simple modernisation d’outils traditionnels fondés sur des scripts. L’argument est séduisant pour les équipes qui veulent éviter de consacrer trop de temps à écrire et maintenir des scénarios de test. Mais l’avantage devra être démontré concrètement : les agents doivent comprendre des interfaces réelles, rester efficaces lorsque le produit évolue et fournir des résultats interprétables.

La complémentarité des fondateurs constitue un autre atout revendiqué. Karim Jouini apporte son expérience de dirigeant et de responsable technique dans une entreprise logicielle en croissance. Jihed Othmani apporte son expertise dans l’intelligence artificielle. Dans un secteur où la technologie évolue vite, cette association entre connaissance opérationnelle des entreprises et maîtrise de l’IA peut compter autant que l’idée initiale.

Du web aux mobiles, aux logiciels de bureau et aux API

Le périmètre initial de Thunder Code concerne les applications web, mais la feuille de route annoncée est plus large. D’ici la fin de 2025, l’entreprise prévoit d’étendre ses services aux applications mobiles, aux logiciels de bureau et aux API, ces interfaces qui permettent à différents logiciels d’échanger des données et des commandes.

Cette extension est importante, car les parcours numériques ne s’arrêtent souvent pas au navigateur. Une même entreprise peut proposer un site web, une application sur téléphone, un logiciel interne installé sur ordinateur et des services connectés par API. Tester cet ensemble suppose de prendre en compte des environnements, des appareils et des comportements variés.

Passer du web à ces autres univers représente aussi un défi. Les interfaces mobiles ont leurs propres gestes et contraintes d’écran. Les logiciels de bureau ne fonctionnent pas toujours comme une page web. Les API, quant à elles, sont invisibles pour l’utilisateur final mais essentielles au bon fonctionnement des services. Thunder Code devra donc adapter son approche tout en conservant la simplicité et la rapidité promises au départ.

Ce qu’il faut surveiller

Les prochains mois permettront surtout de mesurer la capacité de Thunder Code à convertir ses pilotes en usages durables. Le nombre de clients ne sera pas le seul indicateur pertinent : la fréquence d’utilisation, le temps réellement économisé par les équipes et la qualité des défauts détectés compteront tout autant.

Il faudra également observer la progression de la feuille de route. L’arrivée effective des tests mobiles, de bureau et d’API avant la fin de 2025 constituerait une étape majeure, car elle élargirait le marché adressable de la plateforme. Enfin, dans un secteur où les acteurs historiques et les nouvelles entreprises intègrent rapidement l’IA à leurs produits, Thunder Code devra montrer que ses agents ne sont pas seulement une promesse technologique, mais un outil fiable pour livrer de meilleurs logiciels plus vite.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Thunder Code ?

Thunder Code est une startup qui développe une plateforme de tests logiciels alimentée par l’intelligence artificielle. Son produit utilise des agents capables de simuler certaines vérifications effectuées lors du contrôle qualité, notamment dans les interfaces et les parcours utilisateurs. L’entreprise cible d’abord les applications web et souhaite automatiser des tâches de test répétitives.

Qui a fondé Thunder Code ?

Thunder Code a été cofondée par Karim Jouini et Jihed Othmani. Les deux entrepreneurs avaient auparavant créé Expensya, une entreprise de gestion des dépenses professionnelles acquise par le groupe suédois Medius en 2023 pour plus de 120 millions de dollars. Karim Jouini est ensuite devenu CTO de Medius.

Comment les agents d’IA peuvent-ils tester une application ?

Dans ce contexte, un agent d’IA reçoit un objectif de test et enchaîne des actions, par exemple naviguer dans une interface, cliquer sur un élément ou remplir un formulaire. Thunder Code veut employer cette méthode pour repérer des anomalies d’interface ou d’expérience utilisateur. Les équipes humaines restent nécessaires pour définir les scénarios importants et interpréter les résultats.

Quels produits Thunder Code prévoit-elle de tester ?

Au 4 juin 2025, Thunder Code se concentre sur les applications web. La startup prévoit ensuite d’élargir son offre aux applications mobiles, aux logiciels de bureau et aux API d’ici la fin de l’année 2025. Cette évolution permettrait de couvrir davantage d’environnements utilisés par les entreprises numériques.

Qui a investi dans la levée de fonds de Thunder Code ?

Thunder Code a levé 9 millions de dollars auprès d’investisseurs parmi lesquels Silicon Badia, Jaango Capital et Titan Seed Fund. Roxanne Varza et Karim Beguir figurent aussi parmi les participants annoncés. Des anciens employés d’Expensya ont également réinvesti dans la nouvelle société, signe de leur confiance envers les fondateurs.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. TechCrunch, couverture de l’annonce de financement de Thunder Codetechcrunch.com
  2. Medius, informations institutionnelles sur le groupe acquéreur d’Expensyawww.medius.com