Samsung Gauss2 : trois modèles d’IA pour accélérer l’écosystème Galaxy
À la SDC Korea 2024, Samsung a dévoilé Gauss2, la deuxième génération de son modèle d’intelligence artificielle. Décliné en trois versions, il doit répondre à des contraintes très différentes, du traitement économe à l’IA plus puissante, et soutenir à la fois les développeurs et les services connectés du groupe.

Samsung veut faire de ses propres modèles d’intelligence artificielle un élément central de ses logiciels, plutôt qu’un composant invisible réservé à ses laboratoires. Lors de la conférence SDC Korea 2024, organisée le 21 novembre 2024, le groupe sud-coréen a présenté Samsung Gauss2, deuxième génération de sa famille de modèles génératifs. L’annonce éclaire la manière dont le fabricant entend renforcer ses outils internes, ses appareils Galaxy et son univers d’objets connectés.
Gauss2 ne désigne pas une seule IA uniforme. Samsung le décline en trois modèles, conçus pour répondre à des compromis distincts entre rapidité, ressources informatiques et niveau de capacité. Ce choix est important dans un groupe qui fabrique aussi bien des smartphones que des téléviseurs, des appareils électroménagers et des services cloud : tous ces produits n’ont ni la même puissance disponible ni les mêmes besoins.
L’enjeu ne se limite donc pas à annoncer un modèle plus performant. Samsung cherche à bâtir une couche logicielle commune, susceptible d’aider ses salariés à programmer, résumer ou traduire des contenus, puis de nourrir à terme des expériences plus personnalisées pour les utilisateurs de ses produits.
Gauss2, la deuxième génération de l’IA maison de Samsung
Présenté à la Samsung Developer Conference Korea 2024, Gauss2 succède au modèle Samsung Gauss dévoilé en 2023. Le nom fait référence à Carl Friedrich Gauss, mathématicien dont les travaux ont marqué de nombreux domaines scientifiques. Dans le cas présent, il s’agit d’une famille de modèles d’IA générative capable de travailler avec le langage et le code.
Paul Kyungwhoon Cheun, président et directeur de la technologie de la division Device eXperience de Samsung, a mis en avant l’ambition du groupe de développer des logiciels de pointe. La division Device eXperience regroupe notamment les activités liées aux produits grand public, comme les mobiles, les téléviseurs et l’électroménager.
Pour le grand public, un modèle de langage est le moteur statistique qui permet à une interface conversationnelle de comprendre une demande formulée en langage courant et de produire une réponse, un résumé, une traduction ou une suggestion. Il prédit les éléments les plus pertinents à générer à partir du contexte qui lui est fourni. Il ne faut pas le confondre avec une application prête à l’emploi : Gauss2 est une technologie sous-jacente, que Samsung peut intégrer à plusieurs outils et services.
Samsung indique que Gauss2 prend en charge de neuf à quatorze langues selon les variantes, ainsi que différents langages de programmation. Cette couverture linguistique ne signifie pas nécessairement que toutes les fonctions sont proposées de la même manière dans chaque langue, ni que le modèle est disponible directement auprès de tous les consommateurs. L’annonce porte d’abord sur les fondations techniques et les usages mis en œuvre par Samsung.
Trois variantes pour trois contraintes de calcul
Le point le plus concret de l’annonce est cette segmentation. Au lieu de réserver les mêmes ressources à chaque requête, Samsung prévoit d’orienter les tâches vers le modèle le plus adapté. Une demande courte sur un appareil aux capacités limitées n’exige pas forcément le même système qu’une tâche complexe exécutée sur une infrastructure serveur.
| Variante | Positionnement annoncé par Samsung | Usage ou avantage recherché |
|---|---|---|
| Gauss2 Compact | Modèle optimisé pour les environnements aux ressources limitées | Conserver une exécution efficace lorsque la puissance de calcul est contrainte |
| Gauss2 Balanced | Compromis entre performance, vitesse et efficacité | Répondre à une grande variété de tâches courantes |
| Gauss2 Supreme | Modèle reposant sur une architecture Mixture of Experts | Maximiser l’efficacité tout en maîtrisant les coûts de calcul |
La version Compact est pensée pour les environnements où l’on doit ménager la mémoire, l’énergie ou la puissance de calcul. Ce type de modèle plus léger est particulièrement pertinent lorsque l’IA doit répondre vite sans mobiliser une infrastructure trop importante.
La version Balanced vise, comme son nom l’indique, un équilibre. Elle est destinée aux tâches qui demandent à la fois une réponse de qualité, une vitesse suffisante et une consommation de ressources raisonnable. Dans une stratégie de produits très large, ce compromis peut être le plus polyvalent.
Enfin, Gauss2 Supreme s’appuie sur une technique appelée Mixture of Experts, ou mélange d’experts. L’idée est de répartir le travail entre plusieurs sous-modèles spécialisés. Plutôt que d’activer toute la capacité du système pour chaque requête, le modèle sélectionne les « experts » les plus utiles. L’objectif annoncé par Samsung est de réduire les coûts tout en conservant une forte efficacité.
Cette approche est devenue importante pour les grands modèles de langage : leurs capacités peuvent progresser, mais leur entraînement et leur fonctionnement coûtent cher en calcul. L’architecture Mixture of Experts cherche précisément à mieux employer les ressources disponibles, à condition d’être correctement conçue et orchestrée.
Quels gains de vitesse Samsung annonce-t-il ?
Samsung affirme que Gauss2 peut fournir des réponses 1,5 à 3 fois plus rapidement que des modèles open source couramment utilisés. Le groupe attribue ces progrès à des techniques d’entraînement adaptées et à un tokenizer optimisé.
Le tokenizer est une étape essentielle, mais souvent méconnue, du fonctionnement d’un modèle de langage. Avant de traiter une phrase, l’IA la découpe en unités appelées tokens. Un token peut correspondre à un mot entier, à une partie de mot, à un signe de ponctuation ou à un caractère selon la langue et la méthode employée. Un découpage plus pertinent peut aider le modèle à traiter le texte plus efficacement.
Ces chiffres doivent cependant être lus avec méthode. La vitesse d’un modèle dépend de nombreux paramètres : la longueur de la demande, la longueur de la réponse, le matériel, le nombre d’utilisateurs connectés, la langue, les réglages de génération et le modèle de comparaison retenu. Samsung ne présente pas ici un classement indépendant universel de Gauss2 face à l’ensemble du marché, mais un résultat communiqué dans le cadre de sa présentation.
La promesse reste néanmoins stratégique. Dans un assistant de code, un outil de traduction ou une interface de service client, quelques secondes de moins à chaque interaction peuvent modifier l’expérience ressentie et accroître l’adoption. Pour une entreprise qui traite de nombreuses requêtes, une meilleure efficacité peut aussi diminuer les dépenses informatiques.
code.i et Gauss Portal, les premiers usages concrets
Samsung utilise déjà Gauss2 dans code.i, son assistant de programmation. Cet outil aide les développeurs dans leurs tâches quotidiennes de code. Selon l’entreprise, il est utilisé régulièrement par jusqu’à 60 % de ses développeurs. Dans une organisation technologique de grande taille, cet indicateur donne une idée de l’intérêt interne pour les assistants génératifs, même s’il ne précise pas à lui seul le gain de productivité obtenu.
Un assistant de code peut notamment proposer des morceaux de programme, expliquer une fonction, aider à naviguer dans une base de code ou accélérer certaines tâches répétitives. Ses suggestions restent toutefois du code à relire. Une proposition apparemment correcte peut contenir une erreur logique, une faiblesse de sécurité ou ne pas respecter les règles propres à un projet.
L’autre outil cité par Samsung est le Gauss Portal. Il propose des fonctions de productivité comme le résumé de documents et la traduction. Samsung indique que son utilisation s’est aussi étendue aux centres d’appels, où l’IA peut contribuer à catégoriser et à synthétiser les communications.
Pour ces usages, l’intérêt est assez direct. Un conseiller ou un superviseur peut avoir besoin de retrouver le motif principal d’un échange, d’en produire une synthèse ou de traiter des documents dans plusieurs langues. L’IA peut réduire une partie du travail manuel, sans supprimer la nécessité de règles de confidentialité, de contrôle humain et de qualité des données traitées.
Galaxy, SmartThings et la stratégie « AI for All »
La présentation de Gauss2 s’inscrit dans la stratégie « AI for All » de Samsung. Son principe est d’intégrer plus largement des services fondés sur l’intelligence artificielle dans l’ensemble des gammes de produits du groupe. Les smartphones Galaxy constituent une vitrine naturelle de cette ambition, mais Samsung mentionne également son écosystème SmartThings, qui relie ses appareils et objets connectés.
L’entreprise veut combiner l’IA à des graphes de connaissances afin de renforcer la personnalisation. Un graphe de connaissances organise des informations sous forme de relations, par exemple entre des appareils, des préférences, des lieux, des contenus ou des actions. En théorie, cette structure peut aider un assistant à mieux contextualiser une demande qu’un modèle de langage travaillant sur une phrase isolée.
Cette personnalisation pose néanmoins une question centrale : quelles données sont utilisées, où sont-elles traitées et quel contrôle l’utilisateur conserve-t-il ? Samsung n’a pas détaillé, lors de cette annonce, toutes les modalités de déploiement de Gauss2 dans les produits commerciaux. Pour les utilisateurs, la valeur d’une IA intégrée dépendra donc autant de son utilité réelle que de la clarté des réglages et des garanties relatives aux données.
La SDC Korea a aussi donné lieu à des sessions techniques consacrées à la santé, à l’évolution de SmartThings et aux appareils électroménagers connectés. Cela illustre l’ampleur de la cible : Samsung ne présente pas Gauss2 comme un simple chatbot, mais comme une brique susceptible d’être mobilisée dans de nombreux services.
Ce qu’il faut surveiller après la SDC Korea 2024
Les prochaines étapes seront déterminantes pour juger la portée de Gauss2. Samsung prévoit de renforcer les fonctions de code.i et de sa plateforme Gauss afin d’améliorer son efficacité interne. Le groupe évoque aussi des opérations multimodales, c’est-à-dire la capacité de traiter ou de produire plusieurs types de contenus, au-delà du texte.
Parmi les exemples mentionnés figurent l’analyse de graphiques et la création d’images. Cette évolution est logique dans un marché où les assistants d’IA sont de plus en plus attendus sur du texte, des documents, des images et d’autres formats. Mais elle soulève aussi des exigences supplémentaires en matière de qualité, de sécurité et de respect des données.
Il faudra surtout observer la traduction de cette technologie dans les produits accessibles au public. Les questions les plus concrètes seront les suivantes : quelles fonctions arriveront sur les appareils Galaxy et dans SmartThings, dans quelles langues, sur quels appareils, avec quelles performances et quelles options de contrôle ? La réponse déterminera si Gauss2 devient une infrastructure discrète mais utile du quotidien, ou avant tout un outil interne destiné à accélérer le développement logiciel de Samsung.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Samsung Gauss2 ?
Samsung Gauss2 est la deuxième génération de modèles d’intelligence artificielle générative développés par Samsung. Présenté le 21 novembre 2024 lors de la SDC Korea, il est conçu pour traiter le langage et le code. Samsung prévoit de l’employer dans ses outils internes, puis dans son écosystème de produits et de services connectés.
Quelles sont les trois versions de Gauss2 ?
Gauss2 existe en trois variantes : Compact, Balanced et Supreme. Compact cible les environnements aux ressources limitées. Balanced cherche un compromis entre vitesse, performance et efficacité. Supreme utilise une architecture Mixture of Experts, qui sélectionne des sous-modèles spécialisés pour viser une bonne efficacité tout en limitant les coûts de calcul.
Gauss2 est-il disponible sur les smartphones Samsung Galaxy ?
L’annonce de la SDC Korea 2024 présente Gauss2 comme un modèle destiné à renforcer l’expérience dans l’écosystème Galaxy et SmartThings. Elle ne détaille pas un lancement immédiat d’une application Gauss2 pour tous les possesseurs de smartphones Galaxy. Les fonctions effectivement disponibles dépendront des futurs déploiements de Samsung.
Gauss2 est-il plus rapide que les modèles open source ?
Samsung affirme que Gauss2 génère des réponses 1,5 à 3 fois plus vite que des modèles open source couramment utilisés. Le groupe attribue ce résultat à ses méthodes d’entraînement et à un tokenizer optimisé. Cette comparaison doit être interprétée avec prudence, car la vitesse varie selon les tâches, le matériel et les paramètres employés.
À quoi sert l’assistant code.i de Samsung ?
code.i est un assistant de programmation utilisé par les développeurs de Samsung. Alimenté par Gauss2, il doit les aider dans les tâches quotidiennes de développement logiciel. Samsung indique que jusqu’à 60 % de ses développeurs l’utilisent régulièrement. Comme tout assistant de code, ses propositions doivent être revues avant une intégration dans un logiciel.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Samsung Newsroom, actualités et annonces officielles du groupenews.samsung.com/global
- Samsung Developers, informations sur la SDC Korea et les outils développeursdeveloper.samsung.com



