Recherche et science

Comment l’IA générative peut accélérer la recherche et développement

L’IA générative s’invite dans la recherche et développement pour traiter la littérature, structurer les connaissances et alléger certaines tâches de documentation. Elle peut accélérer les premières phases d’un projet, à condition de préserver la validation scientifique, la confidentialité des données et la responsabilité humaine.

Une équipe de recherche analyse des documents, des données et des échantillons autour d’un poste de travail.
Illustration : Actu.ai

La recherche et développement repose sur une ressource rare : le temps des équipes capables de formuler une hypothèse, d’interpréter un résultat et de décider si une piste mérite d’être poursuivie. Or une part considérable de ce temps est absorbée par la lecture de publications, la recherche d’informations, la mise en forme de données ou la rédaction de comptes rendus. C’est dans ces tâches que l’intelligence artificielle générative commence à trouver sa place.

À la date de publication de cet article, le 4 février 2025, ces outils ne constituent ni un laboratoire autonome ni une garantie de découverte. Ils peuvent en revanche résumer un corpus, mettre en relation des documents, produire une première trame de rapport ou aider à formaliser des pistes de travail. Bien intégrés, ils permettent surtout aux équipes de concentrer davantage leur attention sur ce que la machine ne sait pas établir seule : la qualité d’une hypothèse, la pertinence d’un protocole et la validité d’un résultat.

La R&D, un levier pour l’économie et l’emploi

La recherche et développement, souvent désignée par l’acronyme R&D, rassemble les activités par lesquelles une entreprise ou un organisme crée, améliore ou valide un produit, un procédé ou un service. Elle peut concerner un logiciel, un matériau, un médicament, un procédé industriel ou une technologie environnementale. Son issue est par définition incertaine : un projet peut déboucher sur une innovation, révéler une impasse ou nécessiter plusieurs années de maturation.

Cette incertitude explique l’importance de mieux organiser les connaissances produites au fil des projets. Lorsqu’un résultat, une décision ou une expérience reste difficile à retrouver, l’organisation risque de refaire des travaux déjà menés ou de perdre le raisonnement ayant conduit à un choix. La promesse de l’IA générative est précisément de rendre ces informations plus accessibles, à partir de documents et de données auxquels l’outil a été autorisé à accéder.

L’enjeu dépasse les seuls laboratoires. Les entreprises innovantes participent aussi à la vitalité de l’emploi technologique. D’après le baromètre de Numeum, réalisé avec Motherbase sur les six premiers mois de 2024, la GreenTech a généré environ 2 800 emplois en France, soit 21 % du total national relevé par l’étude. Les start-ups de l’industrie ont, de leur côté, contribué à près de 2 700 emplois. Ces chiffres ne mesurent pas l’effet propre de l’IA générative, mais ils illustrent le poids des secteurs où recherche, ingénierie et innovation se croisent.

Pourquoi les projets de recherche sont-ils si longs à faire avancer ?

Avant d’expérimenter, une équipe doit comprendre l’état des connaissances. Elle effectue une veille technologique, recherche des publications, compare des méthodes, rassemble des jeux de données et identifie les limites des résultats existants. Ensuite viennent la conception des essais, la collecte, l’analyse, la revue des résultats et la documentation du travail réalisé.

Aucune de ces étapes n’est secondaire. Dans un projet rigoureux, il faut pouvoir expliquer d’où vient une donnée, quelle méthode a été appliquée et pourquoi une décision a été prise. Cette exigence de traçabilité est particulièrement forte dans les domaines réglementés ou lorsque les conclusions sont appelées à guider des investissements importants.

Les difficultés se situent souvent dans l’abondance, plutôt que dans l’absence, d’information. Un chercheur peut devoir consulter des centaines de documents aux formats hétérogènes : articles scientifiques, notes internes, comptes rendus de réunions, rapports d’essais, brevets ou fichiers techniques. Chercher un fait précis dans cet ensemble, sans perdre son contexte, est une tâche exigeante.

Étape de R&DCe que l’IA générative peut aider à faireCe qui reste sous responsabilité humaine
Veille et littératureRésumer des documents, extraire des thèmes, comparer des approchesVérifier les sources, apprécier la qualité des preuves
Cadrage d’un problèmeReformuler une question, suggérer des angles d’analyseDéfinir l’objectif scientifique et les contraintes réelles
Analyse documentaireClasser, structurer et retrouver des informations pertinentesInterpréter les données et détecter les erreurs
DocumentationProduire un brouillon de compte rendu ou une synthèse de réunionValider le contenu, dater les décisions et conserver les preuves
Dossier de financementOrganiser une première trame et reformuler le projetGarantir l’exactitude, l’originalité et la conformité du dossier

Ce que l’IA générative apporte concrètement aux équipes de R&D

L’IA générative est capable de produire du texte, du code, des images ou d’autres contenus à partir des données sur lesquelles elle a été entraînée ou des informations qu’on lui fournit. Dans la R&D, son usage le plus immédiat est souvent conversationnel : une équipe interroge un outil sur un ensemble de documents, lui demande d’en dégager les notions clés ou de produire une synthèse adaptée à un public donné.

Cette approche s’appuie notamment sur le traitement automatique du langage naturel, parfois désigné par l’acronyme anglais NLP. Ces technologies permettent de traiter des contenus écrits ou transcrits, de repérer des termes, de catégoriser des documents et d’en extraire des éléments utiles. Couplées à une base documentaire correctement structurée, elles peuvent éviter de longues recherches manuelles.

L’IA générative ne doit pas être confondue avec l’automatisation robotisée des processus, ou RPA. La RPA exécute des opérations répétitives et définies à l’avance, par exemple déplacer des données d’un outil vers un autre. L’IA générative, elle, traite plus facilement des contenus non structurés et formule des réponses. Les deux peuvent être complémentaires : l’une prépare ou fait circuler l’information, l’autre aide à l’exploiter sous une forme lisible.

Quelques usages se dégagent :

  • préparer une synthèse des publications ou documents internes relatifs à un sujet ;
  • transformer la transcription d’une réunion en compte rendu structuré ;
  • proposer un plan de rapport, de protocole ou de dossier de candidature à un financement ;
  • faciliter la recherche d’informations dans des archives techniques ;
  • aider à expliciter les incertitudes, les hypothèses et les questions à investiguer.

Le gain potentiel est important parce qu’il porte sur de nombreuses micro-tâches. L’étude Valoir AI and Automation Survey 2023 estime que l’IA générative pourrait automatiser jusqu’à 40 % d’une journée de travail standard. Il s’agit d’une estimation générale, pas d’une mesure spécifique à tous les métiers de la R&D. Elle ne signifie pas non plus que 40 % des emplois ou des projets peuvent être supprimés. Dans un laboratoire ou un bureau d’études, une grande partie du travail implique des expériences, des arbitrages, des échanges et une expertise qui ne se résument pas à la production d’un texte.

De la documentation à la mémoire collective de l’entreprise

L’un des apports les plus concrets de ces outils concerne la capitalisation des connaissances. Dans de nombreuses organisations, une information utile peut rester dans le carnet d’un ingénieur, dans une messagerie, dans un fichier mal nommé ou dans l’enregistrement d’une réunion. Elle est alors difficile à retrouver, notamment lorsque les équipes changent ou qu’un projet est repris plusieurs mois plus tard.

La combinaison de la transcription automatique de la parole, ou speech-to-text, et d’un assistant génératif peut aider à structurer cette matière. Un échange oral peut devenir une note de réunion, avec les décisions, les questions ouvertes et les actions à mener. Un ensemble de notes peut être regroupé par thème. Une équipe peut aussi demander une chronologie des choix faits sur un projet.

Mais la traçabilité ne se limite pas à générer une synthèse. Pour qu’elle soit fiable, l’organisation doit conserver les documents originaux, identifier les auteurs et les dates, contrôler les droits d’accès et signaler ce qui a été produit ou reformulé avec l’aide d’une IA. Sans ces précautions, une synthèse agréable à lire peut fragiliser la rigueur documentaire au lieu de la renforcer.

L’adoption de l’IA change l’organisation du travail

L’usage de l’intelligence artificielle dans les entreprises s’est fortement développé. Selon McKinsey, son adoption a plus que doublé depuis 2017 et se situait entre 50 et 60 % en 2023. Cette progression englobe des usages très variés, de l’analyse de données à l’automatisation de processus, et ne se limite donc pas à l’IA générative ou à la recherche scientifique.

Pour une équipe de R&D, l’enjeu n’est pas seulement de choisir un outil. Il faut déterminer les tâches où l’assistance est réellement utile, définir les données qu’il est acceptable de lui confier et former les collaborateurs à évaluer ses productions. Un résultat de qualité dépend autant de la question posée, du contexte fourni et du contrôle exercé que du modèle lui-même.

L’intégration doit aussi tenir compte de la confidentialité. Les documents de R&D peuvent contenir des informations sensibles : stratégie produit, données expérimentales, savoir-faire, éléments brevetables ou informations sur des partenaires. Avant d’utiliser un service, les organisations doivent savoir où vont les données, qui peut les consulter, combien de temps elles sont conservées et si elles peuvent contribuer à entraîner le système. Ces questions sont déterminantes pour la propriété intellectuelle comme pour la sécurité.

L’IA, un outil parmi d’autres pour la souveraineté technologique

La maîtrise de la R&D est également un enjeu de souveraineté. Dépendre de fournisseurs, de technologies ou de capacités de production situés hors d’Europe peut créer des vulnérabilités lorsque les chaînes d’approvisionnement sont sous tension. Le secteur pharmaceutique l’a montré : en 2020, 80 % des principes actifs dans l’industrie pharmaceutique européenne provenaient d’Asie.

L’IA générative ne corrige pas à elle seule une dépendance industrielle ou sanitaire. Elle ne remplace ni les sites de production, ni les compétences scientifiques, ni les financements de long terme. Elle peut néanmoins aider à mieux exploiter les connaissances disponibles, à raccourcir certaines phases de préparation et à documenter les projets dans lesquels entreprises, laboratoires académiques et institutions publiques coopèrent.

Dans cette perspective, les outils employés, les infrastructures qui les hébergent, la localisation des données et les compétences internes deviennent des choix stratégiques. La souveraineté ne signifie pas nécessairement tout développer seul. Elle suppose plutôt de conserver la capacité de comprendre, d’évaluer et de maîtriser les technologies cruciales pour son activité.

Le financement et les agents IA, deux pistes à examiner avec prudence

La préparation d’un dossier de subvention ou d’appel à projets représente un autre domaine où les assistants génératifs peuvent faire gagner du temps. Ils peuvent organiser une première version, reformuler une présentation technique pour différents lecteurs ou aider à vérifier que les rubriques demandées ont été abordées. Les cabinets de conseil en innovation peuvent également accompagner les entreprises dans la structuration de ces démarches.

Ici encore, l’outil ne doit pas fabriquer le fond du dossier. Un projet de financement doit refléter des travaux réels, des objectifs crédibles et des résultats correctement attribués. L’usage d’un système génératif doit donc rester une aide à la rédaction et à l’organisation, non un moyen de contourner les exigences d’évaluation.

À plus long terme, l’émergence d’agents IA capables d’enchaîner plusieurs tâches pourrait modifier l’organisation des projets. Un agent pourrait, par exemple, rechercher des documents, les classer, produire une synthèse et signaler les points qui demandent un examen. Mais plus le système agit de façon autonome, plus la question du contrôle devient centrale : qui valide ses actions, comment retracer son raisonnement, et que se passe-t-il en cas d’erreur ?

Ce qu’il faut surveiller

L’IA générative peut devenir un accélérateur crédible de la R&D si elle est insérée dans une méthode de travail solide. Les organisations qui en tireront le meilleur parti ne seront pas nécessairement celles qui automatisent le plus de tâches, mais celles qui sauront distinguer les tâches administratives ou documentaires des décisions scientifiques, techniques et éthiques.

Quatre conditions paraissent essentielles : choisir des cas d’usage précis, protéger les données sensibles, conserver une trace des sources et soumettre les résultats à une validation humaine. La formation des équipes est tout aussi importante. Savoir dialoguer avec un assistant ne suffit pas : il faut savoir lui donner un contexte, reconnaître ses limites et repérer une réponse invérifiable.

La promesse est moins celle d’une innovation produite sans chercheurs que celle d’équipes mieux outillées pour explorer, documenter et partager leurs connaissances. Dans un contexte de compétition technologique et de recherche de souveraineté, cette capacité à transformer des informations dispersées en savoir exploitable peut devenir un avantage décisif.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’IA générative appliquée à la R&D ?

L’IA générative désigne des systèmes capables de produire notamment du texte, du code ou des synthèses à partir d’informations fournies. En recherche et développement, elle peut aider à explorer la littérature, structurer des notes, retrouver des éléments dans une base documentaire ou préparer un premier brouillon de rapport. Elle ne remplace pas la validation menée par les spécialistes.

Comment l’IA générative accélère-t-elle un projet de recherche ?

Elle peut réduire le temps consacré à des tâches répétitives ou documentaires : résumer des publications, classer des notes, transcrire une réunion, rechercher un terme dans des archives ou organiser un dossier. Le gain dépend de la qualité des données et du processus mis en place. Les choix méthodologiques, les essais et l’interprétation des résultats restent sous responsabilité humaine.

L’IA générative peut-elle remplacer les chercheurs et ingénieurs en R&D ?

Non. Un outil génératif peut assister la préparation, la recherche d’information et la rédaction, mais il ne démontre pas la validité d’une hypothèse et ne réalise pas à lui seul la démarche scientifique. Les chercheurs et ingénieurs restent indispensables pour concevoir les protocoles, interpréter les résultats, évaluer les risques et assumer les décisions prises.

Quels sont les risques de l’IA générative pour les données de R&D ?

Les principaux risques concernent la confidentialité, la propriété intellectuelle et les erreurs de contenu. Des documents techniques, résultats d’essais ou informations brevetables ne doivent pas être versés dans un outil sans règles claires sur l’hébergement, la conservation et l’accès aux données. Toute réponse doit également être vérifiée, car un modèle peut fournir une information fausse ou non sourcée.

L’IA générative peut-elle aider à obtenir des financements pour un projet innovant ?

Elle peut aider à structurer un dossier, à reformuler une présentation ou à vérifier qu’une première trame répond aux rubriques d’un appel à projets. En revanche, elle ne garantit pas l’obtention d’une subvention. Le dossier doit reposer sur des travaux réels, des informations exactes et des objectifs crédibles, soumis aux règles de l’organisme financeur.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Numeum, baromètre de l’emploi dans les start-ups de la French Tech au premier semestre 2024numeum.fr/actu-informatique/lemploi-dans-la-french-tech-progresse-de-4-sur-le-premier-semestre-2024
  2. Article scientifique accessible sur PubMed Central concernant les dépendances de l’approvisionnement pharmaceutiquepmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7245273
  3. McKinsey, analyses sur l’adoption de l’intelligence artificielle en entreprisewww.mckinsey.com
  4. Valoir, AI and Automation Survey 2023www.valoir.com