Société et emploi

Zizians : ce que l’on sait du groupe lié à plusieurs affaires criminelles aux États-Unis

Les Zizians sont un petit groupe américain gravitant autour de Jack LaSota, dite Ziz, et de communautés en ligne préoccupées par l’éthique, les animaux et l’intelligence artificielle. Plusieurs personnes présentées comme proches du mouvement ont été impliquées dans de graves affaires criminelles aux États-Unis. Voici ce que les éléments connus permettent, et ne permettent pas, d’affirmer au 2 mars 2025.

Enquêteurs américains près d’un poste-frontière, avec des schémas numériques évoquant un réseau en ligne.
Illustration : Actu.ai

Le nom des Zizians a émergé dans la presse américaine à la faveur de plusieurs affaires criminelles graves, réparties entre la Californie, la Pennsylvanie, le Vermont et le Maryland. Le groupe intrigue parce qu’il est associé à des idées très éloignées des clichés habituels sur les mouvements violents : véganisme militant, réflexion sur la souffrance animale, identité de genre, informatique et inquiétudes liées à l’intelligence artificielle.

Cette combinaison ne suffit évidemment pas à expliquer des actes criminels. Elle ne permet pas non plus de réduire les personnes concernées à leurs convictions, à leur identité ou à leur parcours. Au 2 mars 2025, l’essentiel consiste donc à séparer trois choses : les écrits et les idées attribués aux Zizians, les liens personnels entre certains individus, et les faits examinés par la justice américaine.

D’où vient le nom des Zizians ?

Les Zizians tirent leur nom de Ziz, le pseudonyme en ligne de Jack LaSota, une femme transgenre américaine. Elle a publié des textes sur Internet et a constitué, au fil du temps, un petit cercle de personnes partageant certaines de ses références intellectuelles et éthiques. Son nom est devenu le point de repère commode d’un réseau dont les contours exacts, la taille et l’organisation restent mal définis.

Les personnes décrites comme proches de ce milieu ont notamment évolué dans l’environnement de la baie de San Francisco, où se croisent des communautés informatiques, des militants de diverses causes et des forums consacrés à la philosophie, aux sciences cognitives et aux risques technologiques. Certains profils possèdent une formation technique ou une expérience dans le secteur numérique. Cela ne signifie pas que la Silicon Valley constitue une organisation homogène, ni que les professionnels de la technologie partagent les idées du groupe.

Le mot « Zizians » ne correspond pas, à ce stade, à une structure officiellement enregistrée, dotée d’une hiérarchie documentée, d’un programme unique ou d’un nombre connu d’adhérents. Il désigne plutôt une constellation de relations, de textes et de pratiques rapportées autour de Ziz.

Quelles idées sont associées aux Zizians ?

Les récits consacrés au groupe font ressortir plusieurs thèmes : une défense radicale des animaux, le véganisme, une forte méfiance envers certaines institutions et une vision très pessimiste de l’avenir. Les textes et discussions associés à Ziz abordent aussi l’intelligence artificielle et la possibilité que des technologies puissantes aggravent la souffrance ou les déséquilibres de pouvoir.

L’IA n’apparaît donc pas uniquement comme un outil à promouvoir. Dans cet univers intellectuel, elle est également perçue comme un risque majeur, susceptible de transformer profondément les sociétés. Cette préoccupation rejoint, de manière très éloignée dans la forme et les méthodes, un débat réel dans le secteur technologique : celui de la sécurité de l’IA.

La sécurité de l’IA consiste à chercher comment concevoir et déployer des systèmes informatiques qui restent contrôlables, fiables et compatibles avec des objectifs humains. Des chercheurs, des entreprises et des responsables publics s’interrogent notamment sur les biais, la désinformation, la cybersécurité, l’autonomie des systèmes et les usages militaires. Ces discussions sont légitimes et largement partagées, y compris par des institutions très différentes.

Ce qui distingue les Zizians dans les descriptions qui en sont faites tient moins au fait de s’intéresser à l’IA qu’à l’assemblage de ces réflexions avec des convictions morales très radicales et une vision conflictuelle du monde. Il serait néanmoins abusif d’assimiler toute personne préoccupée par les risques de l’IA, engagée pour les animaux ou transgenre à ce mouvement. Aucun de ces traits ne préjuge d’un comportement violent.

Pourquoi ce groupe est-il associé à plusieurs décès ?

L’attention nationale s’est intensifiée parce que plusieurs affaires distinctes ont été reliées, par les enquêteurs ou par les éléments rapportés dans la presse, à des personnes présentées comme proches des Zizians. Ces dossiers ne doivent pas être confondus : les lieux, les victimes, les personnes mises en cause et les qualifications pénales diffèrent.

La chronologie ci-dessous permet de situer les principaux épisodes connus au début de mars 2025.

DateLieu et affaireÉléments connus au 2 mars 2025
Novembre 2022Vallejo, CalifornieLe propriétaire Curtis Lind est grièvement blessé lors d’une agression. Des personnes associées dans la presse au milieu des Zizians sont poursuivies dans ce dossier.
Décembre 2022Chester Heights, PennsylvanieRichard et Alice Angell sont retrouvés morts. L’enquête sur ce double homicide est devenue l’un des dossiers les plus souvent rapprochés du groupe.
Janvier 2025Coventry, VermontUne fusillade coûte la vie à l’agent de la patrouille frontalière David Maland et à Felix Bauckholt. Teresa Youngblut est arrêtée et poursuivie dans le cadre de cette affaire.
Février 2025MarylandJack LaSota, Michelle Zajko et Daniel Blank sont interpellés. Ces arrestations renforcent l’attention portée aux liens entre plusieurs affaires en cours.

L’affaire du Vermont a particulièrement marqué les esprits. Le 20 janvier 2025, lors d’un contrôle de la patrouille frontalière américaine près de la frontière canadienne, une fusillade a fait deux morts, dont l’agent David Maland. Teresa Youngblut a été arrêtée après avoir été blessée. Les autorités fédérales ont traité l’affaire comme une procédure pénale distincte, dans un contexte où les liens entre certaines personnes et les Zizians faisaient déjà l’objet d’une attention accrue.

En Californie, l’agression de Curtis Lind en 2022 avait déjà conduit à des poursuites contre plusieurs individus. Sa mort ultérieure, en janvier 2025, a encore renforcé l’intérêt médiatique pour ce réseau, sans pour autant effacer la nécessité de distinguer les événements, les preuves et les chefs d’accusation propres à chaque procédure.

Ce que les affaires permettent d’affirmer, et ce qu’elles ne prouvent pas

Éléments documentés

  • Plusieurs personnes présentées comme proches des Zizians ont été arrêtées ou poursuivies dans des dossiers distincts.
  • Des affaires graves en Californie, Pennsylvanie, Vermont et Maryland ont attiré l’attention des enquêteurs fédéraux.
  • Ziz est le pseudonyme de Jack LaSota et constitue le repère central du réseau décrit dans la presse.
  • Les thèmes de l’éthique animale, de la technologie et de l’IA sont associés aux écrits et au milieu du groupe.

Raccourcis à éviter

  • Le terme « secte » n’est pas une qualification juridique ni une preuve d’organisation criminelle.
  • Les procédures en cours ne permettent pas de déclarer coupable une personne avant le jugement.
  • Le véganisme, la transidentité ou l’intérêt pour la sécurité de l’IA ne sont pas des facteurs de violence.
  • Des liens entre individus ne démontrent pas automatiquement une chaîne de commandement ou un mobile unique.

Ce que les enquêtes permettent d’établir, et leurs limites

Les enquêtes américaines cherchent à déterminer si ces affaires procèdent de décisions individuelles, de liens personnels, d’une éventuelle coordination ou d’un cadre idéologique commun. Cette question est centrale, mais elle ne peut pas être tranchée par des ressemblances de profil, des fréquentations en ligne ou l’usage d’un même vocabulaire.

Dans une affaire pénale, une proximité supposée avec un groupe ne remplace jamais la démonstration d’un acte, d’une intention et, selon les cas, d’une participation concrète. Les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à une décision de justice définitive. De même, le fait qu’un groupe soit qualifié de « culte » ou de « secte » dans un récit journalistique ne prouve pas l’existence d’une chaîne de commandement ni d’une responsabilité collective.

Les autorités locales, les services fédéraux et le FBI apparaissent dans différents volets de ces dossiers, notamment lorsque les investigations concernent des armes, des déplacements entre États ou des homicides. Leur travail consiste aussi à reconstituer les relations entre les protagonistes, les communications, les motifs éventuels et le déroulement matériel des faits.

Une affaire qui ne résume ni le véganisme ni la sécurité de l’IA

L’un des risques de cette histoire est de transformer des convictions très diverses en signes de dangerosité. Le véganisme est un choix éthique et alimentaire pratiqué par des millions de personnes, sans rapport avec la violence. De même, s’inquiéter du bien-être animal, de l’impact social des technologies ou des dérives possibles de l’IA relève de débats publics parfaitement légitimes.

La question des identités de genre appelle la même prudence. Jack LaSota est une femme transgenre, mais cette information ne permet pas d’expliquer les faits qui lui sont attribués, ni de caractériser le groupe dans son ensemble. L’utiliser comme grille de lecture principale reviendrait à confondre un élément biographique avec une cause.

L’histoire des Zizians montre plutôt comment des communautés en ligne très restreintes peuvent favoriser l’entre-soi. Lorsqu’un cercle social se ferme, que la défiance envers l’extérieur augmente et que les désaccords sont interprétés comme des menaces existentielles, les garde-fous ordinaires peuvent s’affaiblir. Ce constat vaut pour de nombreux mouvements idéologiques et ne se limite ni aux technologies ni à une cause politique particulière.

Pourquoi l’IA apparaît-elle dans cette histoire ?

L’intelligence artificielle est devenue, depuis les années 2010, un sujet de réflexion philosophique autant que technique. Le développement rapide de systèmes capables de générer du texte, des images ou du code a rendu les questions de contrôle, de responsabilité et de concentration du pouvoir plus visibles auprès du grand public.

Dans les communautés rationalistes et technologiques de Californie, ces enjeux sont discutés depuis longtemps. Certains s’intéressent aux risques à long terme qu’une IA très avancée pourrait poser à l’humanité. D’autres se concentrent sur les risques immédiats : discrimination algorithmique, surveillance, manipulation de l’information ou automatisation du travail.

Les Zizians ont puisé dans cet environnement de débats, mais ils ne le représentent pas. La sécurité de l’IA est un champ de recherche et de gouvernance qui réunit des universitaires, des ingénieurs, des associations et des pouvoirs publics. Le rapprochement entre ce domaine et des affaires criminelles risque d’entretenir une confusion : une inquiétude sur les conséquences de l’IA ne mène pas, en elle-même, à la radicalité ou à la violence.

Ce qu’il faut surveiller dans les procédures en cours

Au début de mars 2025, les éléments les plus importants à suivre sont judiciaires. Les audiences, les actes d’accusation, les preuves présentées contradictoirement et les décisions des tribunaux permettront de préciser le rôle de chaque personne dans les différents dossiers. Ils diront aussi si les liens avancés entre les affaires relèvent d’une proximité idéologique, de relations personnelles, d’une organisation plus structurée ou d’une combinaison de ces facteurs.

Cette séquence rappelle aussi la responsabilité des médias et du public. Face à un groupe obscur, à des récits en ligne parfois déroutants et à des crimes graves, la prudence dans les mots est indispensable. Employer les qualifications adéquates, distinguer les personnes accusées des personnes condamnées, et ne pas transformer des identités ou des idées générales en preuves de culpabilité sont des exigences essentielles.

Le dossier des Zizians soulève enfin une question plus large : comment des discussions sur l’éthique, la technologie et le futur peuvent-elles basculer, dans certains cercles fermés, vers une vision du monde où l’affrontement paraît acceptable ? Répondre à cette question demande des faits établis, du recul et une attention constante aux mécanismes d’isolement, plutôt que des amalgames.

Questions fréquentes

Qui est Ziz, associée aux Zizians ?

Ziz est le pseudonyme employé en ligne par Jack LaSota, une femme transgenre américaine. Ses textes et ses échanges ont contribué à rassembler un petit réseau partageant des préoccupations sur les animaux, l’éthique, la technologie et l’intelligence artificielle. Au 2 mars 2025, les contours précis de cette communauté restent flous et les procédures la concernant sont toujours en cours.

Les Zizians sont-ils réellement une secte ?

Le mot « secte » est employé dans une partie de la couverture médiatique pour décrire un groupe perçu comme fermé et radical. Il ne s’agit toutefois pas d’une qualification juridique. Les informations publiques décrivent davantage un réseau informel autour de personnes, de textes en ligne et de liens personnels qu’une organisation dont la hiérarchie et le nombre de membres seraient clairement établis.

Quel est le lien entre les Zizians et les morts aux États-Unis ?

Plusieurs personnes décrites comme proches des Zizians ont été mises en cause dans différentes affaires violentes, dont la fusillade du Vermont en janvier 2025 et des dossiers plus anciens en Californie et en Pennsylvanie. Chaque affaire possède ses propres victimes, preuves et chefs d’accusation. Les tribunaux doivent établir les responsabilités individuelles et l’éventuelle coordination entre les protagonistes.

Pourquoi parle-t-on d’intelligence artificielle à propos des Zizians ?

L’IA fait partie de l’environnement intellectuel dont le groupe est issu. Des communautés rationalistes et technologiques de Californie débattent depuis longtemps des risques liés à des systèmes d’IA très puissants. Les Zizians sont décrits comme ayant mêlé ces inquiétudes à des convictions éthiques radicales. Ils ne sont pas connus pour avoir créé ou dirigé un système d’intelligence artificielle.

Le véganisme ou la transidentité ont-ils un lien avec les crimes reprochés ?

Non. Le véganisme est un choix éthique et alimentaire très largement pratiqué, tandis que la transidentité relève de l’identité d’une personne. Aucun de ces éléments ne permet d’expliquer un acte criminel ou d’en déduire une dangerosité. Dans les dossiers liés aux Zizians, seules les preuves concernant les actes, les intentions et les responsabilités de chaque accusé peuvent fonder une décision de justice.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Associated Press, couverture des Zizians et des enquêtes américaines en février 2025apnews.com
  2. Département de la justice des États-Unis, bureau du procureur fédéral du Vermontwww.justice.gov/usao-vt
  3. FBI, informations institutionnelles sur les enquêtes fédéraleswww.fbi.gov