Robotique et matériel

Qualcomm renforce sa stratégie pour la voiture connectée et définie par logiciel

Qualcomm place ses puces et logiciels au centre de la transformation des véhicules connectés. Avec Snapdragon Ride Flex, la référence QWM2290 et des collaborations avec Alphabet, Renault Group, Stellantis ou Salesforce, le groupe californien vise l’infodivertissement, l’assistance à la conduite et les services numériques embarqués.

Habitacle de voiture connectée avec écran central, données de conduite et deux-roues visible à l’extérieur
Illustration : Actu.ai

L’automobile ne se résume plus à un moteur, un châssis et un habitacle. Elle devient aussi un ensemble de calculateurs, d’écrans, de capteurs, de connexions réseau et de logiciels mis à jour au fil du temps. Dans cette mutation, Qualcomm entend faire de ses plateformes électroniques une brique centrale. Le groupe californien met en avant deux références, Snapdragon Ride Flex et QWM2290, ainsi qu’une série d’alliances avec des constructeurs et des éditeurs de logiciels.

Cette stratégie ne consiste pas à fabriquer des voitures. Qualcomm fournit plutôt les composants et les fondations logicielles sur lesquels les marques peuvent bâtir leur propre expérience de conduite. Son ambition est de rapprocher des domaines longtemps séparés : l’infodivertissement, la connectivité, l’assistance à la conduite et les services numériques accessibles depuis le véhicule.

Qualcomm veut devenir un fournisseur central de l’automobile connectée

Le terme « automobile connectée » recouvre plusieurs réalités. Il peut désigner un écran central relié à des applications, un système de navigation capable d’afficher des informations en ligne, un véhicule qui communique avec une application mobile, ou encore une voiture recevant de nouvelles fonctions par mise à jour logicielle. À cela s’ajoutent les aides à la conduite, qui exploitent des caméras et d’autres capteurs pour assister le conducteur.

Qualcomm se positionne à l’intersection de ces usages. L’entreprise s’appuie sur le Snapdragon Digital Chassis, un ensemble de solutions destinées aux véhicules. Cette appellation regroupe l’idée d’une architecture numérique embarquée : des puces pour le cockpit, des moyens de connexion et des composants pouvant contribuer aux systèmes d’assistance à la conduite.

L’intérêt, pour un constructeur, est de ne pas devoir concevoir seul chaque couche technologique. Il peut s’appuyer sur une plateforme matérielle, puis développer l’interface, les services et les fonctions qui différencient sa marque. Pour les automobilistes, le résultat attendu est une expérience plus cohérente entre les écrans de bord, les fonctions connectées et les outils d’aide à la conduite.

Élément mis en avantRôle décritPublic ou véhicule concernéEnjeu principal
Snapdragon Ride FlexRéunir l’infodivertissement et des fonctions avancées d’assistance à la conduite dans un même système sur puceVoitures connectéesLimiter la séparation entre les calculateurs embarqués
QWM2290Étendre la plateforme numérique de Qualcomm à la mobilité sur deux rouesDeux-roues connectésPorter la connectivité au-delà de l’automobile
Android Automotive OSSystème d’exploitation automobile que Qualcomm cherche à optimiser avec AlphabetVéhicules dotés d’un système Google embarquéRendre l’environnement logiciel plus adapté à la voiture
Snapdragon Digital ChassisEnsemble de technologies numériques de Qualcomm pour les véhiculesConstructeurs et partenaires de servicesServir de socle aux expériences connectées

Snapdragon Ride Flex, une même puce pour plusieurs fonctions

Le produit le plus directement associé à cette orientation est Snapdragon Ride Flex. Qualcomm le présente comme un système sur puce, ou SoC, acronyme de l’anglais system on a chip. Au lieu de n’être qu’un processeur isolé, ce type de composant rassemble plusieurs capacités de calcul dans une même puce.

L’objectif annoncé est de prendre en charge à la fois les fonctions d’infodivertissement et les systèmes avancés d’assistance à la conduite. L’infodivertissement concerne notamment les écrans, la navigation, les contenus audio et les interfaces utilisées par les passagers. Les systèmes d’assistance à la conduite, souvent désignés par l’acronyme ADAS, regroupent des fonctions qui épaulent le conducteur dans certaines situations.

Réunir ces deux univers dans une même plateforme est significatif. Les véhicules modernes embarquent un nombre grandissant de calculateurs, chacun dédié à une tâche précise. Une architecture plus intégrée peut aider les constructeurs à concevoir des systèmes moins fragmentés et à mieux coordonner les différents services numériques de l’habitacle.

Il faut toutefois distinguer assistance et autonomie. Une plateforme capable de traiter des fonctions liées à l’aide à la conduite ne signifie pas, à elle seule, qu’un véhicule peut se conduire sans conducteur. La nature exacte des fonctions proposées dépend ensuite du constructeur, du modèle, des capteurs installés et des conditions d’utilisation prévues.

Dans le cas de Snapdragon Ride Flex, la promesse porte donc surtout sur la flexibilité : une base matérielle susceptible d’accueillir plusieurs applications automobiles, plutôt qu’un composant limité à un seul écran ou à une seule fonction.

Pourquoi l’accord avec Alphabet compte pour Android Automotive OS

Qualcomm souligne aussi sa collaboration avec Alphabet, maison mère de Google, autour d’Android Automotive OS. Il s’agit de la version d’Android conçue pour fonctionner directement dans le véhicule. Elle peut alimenter le système central de la voiture, ses écrans et certaines applications compatibles.

Android Automotive OS ne doit pas être confondu avec Android Auto. Android Auto s’appuie sur un smartphone pour afficher certaines applications sur l’écran du véhicule. Android Automotive OS est, lui, installé dans la voiture elle-même. Cette différence est importante : le constructeur peut intégrer plus profondément le système à l’interface de bord et aux fonctions numériques qu’il choisit de proposer.

La coopération évoquée vise à optimiser ce système d’exploitation pour les plateformes automobiles de Qualcomm. L’enjeu est à la fois technique et commercial. À mesure que les interfaces embarquées gagnent en importance, les constructeurs doivent faire cohabiter les exigences de l’automobile, comme la fiabilité et la continuité de fonctionnement, avec les attentes numériques des usagers : applications, commandes vocales, navigation et services connectés.

L’intelligence artificielle est appelée à prendre davantage de place dans cette évolution, notamment pour rendre les interactions plus réactives et contextualisées. Mais l’IA embarquée ne se réduit pas à un assistant conversationnel. Dans l’automobile, elle peut aussi servir à interpréter des données issues de l’environnement du véhicule ou à adapter certains services à une situation donnée.

Le Digital Chassis s’étend aussi aux deux-roues

L’un des aspects notables de la stratégie de Qualcomm est l’extension de son Digital Chassis aux deux-roues. La référence QWM2290 est mise en avant dans ce cadre. Cette ouverture montre que la course à la connectivité ne concerne pas uniquement les voitures particulières haut de gamme.

Les attentes ne sont pas exactement les mêmes selon le type de véhicule. Dans une automobile, la technologie embarquée peut s’appuyer sur plusieurs écrans et une architecture électronique complexe. Pour un deux-roues, l’enjeu peut davantage porter sur la connexion, l’accès à des services numériques et l’intégration de fonctions adaptées à une mobilité différente.

Cette diversification est également stratégique pour Qualcomm. Plus les véhicules, quels qu’ils soient, intègrent des logiciels, des interfaces et des connexions, plus les fournisseurs de composants électroniques cherchent à proposer des solutions réutilisables sur plusieurs marchés.

Des partenariats avec Renault Group, Stellantis, Mercedes et Salesforce

Les plateformes n’ont d’intérêt que si elles trouvent leur place dans des véhicules et des services concrets. Qualcomm met ainsi en avant un réseau de partenaires comprenant Renault Group, Stellantis, Mercedes et Salesforce.

Avec Renault Group, le projet s’inscrit dans la perspective de véhicules plus interconnectés et définis par logiciel. Les produits du Snapdragon Digital Chassis doivent se situer au cœur de cette approche. Pour le constructeur, le sujet ne relève pas seulement de l’ajout de nouvelles fonctions à l’écran central : il s’agit de préparer une architecture capable d’accompagner l’évolution des usages numériques dans ses futurs modèles.

La coopération avec Stellantis porte elle aussi sur l’intégration de solutions Snapdragon Digital Chassis dans de nouvelles plateformes de véhicules. Mercedes figure également parmi les marques citées dans la stratégie de Qualcomm. Ces collaborations illustrent une tendance de fond : les constructeurs automobiles travaillent avec des spécialistes des puces et des logiciels pour accélérer la conception de leurs expériences embarquées.

Le partenariat avec Salesforce ajoute une autre dimension. Il concerne une plateforme destinée à connecter les véhicules à des services internet via le châssis numérique Snapdragon. Salesforce est connu pour ses outils destinés à la gestion de la relation client et aux services numériques. Dans l’automobile, ce type de rapprochement peut aider les marques à concevoir de nouveaux parcours pour les conducteurs, par exemple autour des services connectés proposés pendant la vie du véhicule.

Ces annonces ne constituent pas, à elles seules, la garantie d’une fonction identique dans toutes les voitures d’une marque. Le contenu final dépend des programmes de chaque constructeur, de leurs calendriers et des choix effectués pour chaque modèle. Elles révèlent néanmoins une volonté partagée de rapprocher matériel, système d’exploitation et services.

Voiture traditionnelle et véhicule défini par logiciel

Approche traditionnelle

  • Fonctions largement fixées au moment de la fabrication du véhicule.
  • Calculateurs souvent dédiés à des usages séparés, comme l’écran ou l’assistance.
  • Évolutions principalement liées aux nouveaux millésimes et équipements.
  • Relation numérique plus limitée entre le constructeur et le conducteur après l’achat.

Approche définie par logiciel

  • Plateformes matérielles conçues pour accueillir plusieurs fonctions numériques.
  • Possibilité de faire évoluer certaines expériences grâce au logiciel.
  • Infodivertissement, connectivité et assistance davantage rapprochés dans l’architecture.
  • Services connectés susceptibles d’accompagner le véhicule sur la durée.

De la voiture à la plateforme numérique : ce qui change concrètement

Le passage à une automobile davantage définie par logiciel change la manière dont les fonctions peuvent être pensées. Dans une approche plus traditionnelle, une grande partie des équipements est figée au moment où le véhicule quitte l’usine. Dans une approche numérique, les constructeurs cherchent à faire évoluer certaines expériences au cours de la vie du véhicule.

Cela peut concerner l’interface du tableau de bord, des services de navigation, des applications embarquées ou l’organisation de certaines fonctions numériques. Pour les marques, l’enjeu est aussi de garder une relation plus continue avec leurs clients après la vente du véhicule.

Cette évolution comporte néanmoins des contraintes importantes. Une voiture est un objet durable, exposé à des températures, vibrations et usages très différents de ceux d’un téléphone ou d’un ordinateur. Les technologies numériques qui y sont intégrées doivent s’inscrire dans des exigences automobiles spécifiques. Elles doivent aussi rester compréhensibles : un écran plus vaste ou un assistant plus sophistiqué ne doivent pas rendre la conduite plus distraite ou les réglages essentiels plus difficiles à trouver.

La centralisation de plusieurs fonctions sur une même plateforme, comme le propose Snapdragon Ride Flex, peut faciliter l’intégration. Mais elle renforce aussi l’importance de la conception logicielle. Un système puissant ne suffit pas : la qualité de l’expérience dépend de l’interface choisie par le constructeur et de sa capacité à faire fonctionner l’ensemble de façon fiable.

Connectivité, données et sécurité : les conditions de la confiance

Plus un véhicule est connecté, plus la question des données devient visible. Les services embarqués peuvent traiter des informations liées à l’usage du véhicule, à sa position ou aux préférences associées à l’expérience numérique. Les constructeurs et leurs partenaires doivent donc veiller à la protection de ces données et à la sécurité des communications.

La publication d’origine met en avant l’intégration de solutions de sécurité des données et de connectivité dans les nouvelles offres de Qualcomm. L’objectif affiché est de réduire les risques d’usages malveillants et de sécuriser la communication entre le véhicule et les infrastructures auxquelles il se relie. Dans les faits, cette sécurité dépend toujours d’un ensemble : le composant, le logiciel embarqué, les services en ligne et les pratiques de mise à jour.

Pour les automobilistes, l’enjeu est concret. Il s’agit de savoir quelles données sont utilisées, pour quels services, avec quels réglages et pendant combien de temps. Pour les constructeurs, il s’agit de déployer des fonctions connectées sans créer une expérience opaque ni compromettre la confiance des utilisateurs.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains véhicules

La stratégie de Qualcomm dessine une direction claire : le véhicule devient une plateforme où se rencontrent électronique embarquée, logiciel, connectivité et services. Snapdragon Ride Flex illustre la recherche d’intégration entre cockpit numérique et assistance à la conduite. QWM2290 rappelle que cette logique peut s’étendre aux deux-roues. Les collaborations avec Alphabet, Renault Group, Stellantis, Mercedes et Salesforce montrent, enfin, qu’aucun acteur ne maîtrise seul toutes les briques nécessaires.

La question décisive sera désormais celle de la concrétisation. Il faudra observer les modèles qui adoptent effectivement ces solutions, les fonctions accessibles aux conducteurs et la façon dont les constructeurs différencient leurs interfaces. La promesse d’un véhicule plus intelligent ne se mesurera pas au nombre de processeurs ou d’applications disponibles, mais à la pertinence des services, à leur simplicité d’usage et à la confiance qu’ils inspirent.

Dans cette course, Qualcomm ne vend pas une voiture prête à rouler. L’entreprise cherche à fournir le socle invisible qui permettra aux marques automobiles de bâtir la leur. C’est précisément ce rôle, moins spectaculaire qu’un nouveau modèle mais déterminant pour l’expérience future, qui explique l’importance prise par les plateformes électroniques dans l’industrie automobile.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Snapdragon Ride Flex de Qualcomm ?

Snapdragon Ride Flex est un système sur puce présenté par Qualcomm pour l’automobile. Sa particularité est de pouvoir intégrer, sur une même plateforme, des fonctions d’infodivertissement et des systèmes avancés d’assistance à la conduite. Il fournit une base technique aux constructeurs, qui restent responsables des fonctions réellement proposées dans leurs véhicules.

Quelle différence entre Android Automotive OS et Android Auto ?

Android Auto utilise le smartphone pour afficher des applications compatibles sur l’écran de la voiture. Android Automotive OS, lui, est un système d’exploitation installé directement dans le véhicule. Qualcomm collabore avec Alphabet pour optimiser cette version automobile d’Android sur ses plateformes destinées aux constructeurs.

Qualcomm fabrique-t-il des voitures connectées ?

Non. Qualcomm fournit des composants électroniques, des plateformes de calcul, des solutions de connectivité et des fondations logicielles. Les constructeurs automobiles conçoivent ensuite les véhicules, choisissent les équipements, développent leur interface et déterminent les services mis à disposition des conducteurs sur chaque modèle.

À quoi sert le Snapdragon Digital Chassis ?

Le Snapdragon Digital Chassis désigne l’ensemble des technologies automobiles proposées par Qualcomm. Il sert de socle à des fonctions telles que le cockpit numérique, la connectivité et certaines aides à la conduite. Qualcomm étend également cette approche aux deux-roues, notamment avec la référence QWM2290 mentionnée dans ses annonces.

Les plateformes Qualcomm rendent-elles les voitures autonomes ?

Pas automatiquement. Une plateforme comme Snapdragon Ride Flex peut prendre en charge des fonctions liées à l’assistance à la conduite, mais cela ne signifie pas qu’un véhicule est autonome. Le niveau de capacité dépend des logiciels choisis par le constructeur, des capteurs présents, des règles d’usage et des fonctions autorisées sur le modèle concerné.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Qualcomm, informations et annonces officielles sur les technologies automobileswww.qualcomm.com/automotive
  2. Qualcomm, salle de presse officiellewww.qualcomm.com/news
  3. Android Open Source Project, documentation officielle d’Android Automotive OSsource.android.com/docs/automotive
  4. Renault Group, actualités officielles du groupewww.renaultgroup.com