Robotique et matériel

OPPO revendique un premier MoE sur appareil pour l’IA mobile

OPPO affirme avoir porté une architecture Mixture of Experts, ou MoE, directement sur un appareil. Le constructeur y voit un levier pour rendre l’IA mobile plus efficace, notamment dans ses smartphones. Voici ce que cette annonce recouvre, et les éléments techniques qu’elle ne détaille pas encore.

Smartphone illustrant le routage d’une requête vers plusieurs experts d’IA exécutés sur l’appareil
Illustration : Actu.ai

OPPO veut faire de l’intelligence artificielle une composante plus discrète, mais aussi plus présente, du smartphone. Le 25 octobre 2024, le fabricant chinois affirme avoir réalisé la première implémentation mondiale d’une architecture Mixture of Experts, ou MoE, directement sur un appareil. Cette approche pourrait aider les téléphones à traiter certaines demandes d’IA avec davantage d’efficacité, sans faire reposer systématiquement l’expérience sur des serveurs distants.

L’annonce mérite toutefois d’être lue avec précision. Le terme MoE désigne une famille d’architectures de modèles, pas une fonction unique visible dans un menu. OPPO ne fournit pas, à ce stade, le nombre d’experts utilisés, la taille du modèle embarqué, les appareils précisément compatibles ni des résultats de test chiffrés. L’intérêt de la démarche est réel, mais ses bénéfices concrets dépendront autant de l’intégration logicielle et matérielle que de l’architecture elle-même.

Qu’est-ce qu’une architecture Mixture of Experts ?

Dans un modèle d’IA classique dit dense, la même grande partie du réseau de neurones est mobilisée pour chaque requête. Qu’il s’agisse de résumer un texte, de comprendre une commande vocale ou d’améliorer une photo, le modèle sollicite un ensemble très large de calculs. Cette méthode peut être performante, mais elle devient coûteuse à mesure que les modèles gagnent en taille.

Une architecture Mixture of Experts repose sur une autre logique. Le modèle contient plusieurs sous-modèles spécialisés, appelés experts. Un mécanisme de sélection, parfois nommé routeur, évalue la requête puis active seulement les experts qu’il juge les plus pertinents. Les autres ne sont pas sollicités pour cette opération.

L’objectif est simple : disposer d’un modèle aux compétences variées sans devoir mobiliser toute sa puissance de calcul à chaque demande. À taille globale comparable, un MoE peut donc réduire le volume de calcul effectivement activé. C’est un avantage particulièrement intéressant dans un smartphone, où les ressources sont limitées par la puce, la mémoire, la batterie et la chaleur dégagée.

Le principe ne signifie pas qu’un expert correspond nécessairement à une tâche visible et isolée, comme la traduction ou la retouche photo. Ces experts sont des composants internes du modèle. Leur spécialisation est apprise au cours de l’entraînement et peut porter sur des motifs linguistiques, visuels ou contextuels très variés.

Ce qu’OPPO annonce, et ce qui reste à préciser

OPPO présente son implémentation MoE comme une première mondiale sur appareil. La promesse est d’exécuter des tâches d’intelligence artificielle complexes et diversifiées de manière plus adaptée au format mobile. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large : le groupe veut étendre les usages de l’IA générative dans ses produits et rendre ces fonctions accessibles à un public plus large.

L’annonce donne plusieurs repères, mais elle ne permet pas encore de mesurer précisément le gain obtenu face aux architectures déjà utilisées dans les smartphones. Elle ne communique notamment ni taux d’accélération, ni consommation d’énergie, ni comparaison avec un modèle dense de référence. Ces données seront importantes pour déterminer si le MoE apporte un changement perceptible au quotidien.

ÉlémentInformations communiquées au 25 octobre 2024Précisions non communiquées dans l’annonce
Architecture IAOPPO revendique une implémentation MoE exécutée sur appareilNombre d’experts, taille du modèle local et tâches associées à chaque expert
Déploiement de l’IA générativeLe constructeur indique l’avoir intégrée dans la majorité de ses gammes de smartphonesListe exhaustive des modèles, marchés et versions logicielles concernés
Diffusion des capacités IAPrès d’un smartphone OPPO sur trois commercialisé disposerait de capacités d’IAPériode de calcul exacte et définition détaillée de ces capacités
Série Reno12OPPO cite ses modèles récents, dont la série Reno12, parmi les appareils dotés d’IA avancéeMesures d’autonomie, de rapidité et de qualité attribuables au MoE

Cette distinction est essentielle. Dire qu’un téléphone possède des capacités d’IA ne veut pas automatiquement dire que toutes ses fonctions reposent sur un modèle génératif local, ni que chacune utilise une architecture MoE. Dans les smartphones modernes, différentes briques coexistent : algorithmes de traitement d’image, fonctions de reconnaissance, assistants, modèles embarqués plus compacts et, selon les usages, services accessibles en ligne.

Pourquoi exécuter l’IA sur le smartphone ?

Le traitement directement sur l’appareil, souvent qualifié d’IA embarquée, répond à plusieurs contraintes très concrètes. D’abord, il peut réduire le délai de réponse. Une fonction qui ne doit pas envoyer une requête à un serveur puis attendre le résultat peut paraître plus immédiate. C’est utile, par exemple, pour l’amélioration d’une image dans l’interface photo ou pour une suggestion affichée pendant la rédaction d’un texte.

Ensuite, une exécution locale peut rendre certains usages moins dépendants de la qualité du réseau. Un smartphone reste alors capable d’effectuer une partie des traitements même si la connexion est absente ou instable. Elle peut aussi limiter les données qui doivent quitter l’appareil, selon la manière dont chaque fonction est conçue.

Ces avantages ne doivent pas être confondus avec une garantie absolue de confidentialité ou de fonctionnement hors ligne. Une application peut combiner traitement local et services distants. De même, l’existence d’un MoE sur l’appareil ne suffit pas, à elle seule, à prouver que toutes les requêtes restent sur le téléphone. Il faut examiner fonction par fonction le parcours des données et les conditions de connexion requises.

Modèle dense et architecture MoE sur un smartphone

Modèle dense classique

  • Une large partie du réseau est sollicitée pour chaque requête.
  • Le fonctionnement est plus direct à appréhender, mais les calculs peuvent être plus nombreux.
  • L’augmentation de la taille du modèle accroît les contraintes de calcul et d’énergie.
  • Il peut être adapté à des tâches ciblées et à des modèles compacts embarqués.

Architecture MoE

  • Un routeur sélectionne des experts spécialisés selon la requête.
  • Seule une partie des experts est activée pour une opération donnée.
  • L’approche vise à concilier compétences variées et calcul plus sélectif.
  • Ses gains réels dépendent de l’implémentation, de la puce et du logiciel du téléphone.

L’IA générative au cœur de la stratégie produits d’OPPO

En juin 2024, OPPO avait déjà affiché son intention de rendre l’IA générative plus accessible. Le fabricant indique avoir intégré ces capacités dans la majorité de ses gammes de smartphones. Cette formulation concerne les gammes de produits et ne constitue pas une liste de modèles disponibles dans chaque pays : les fonctionnalités peuvent varier selon l’appareil, le logiciel, la langue ou le marché.

OPPO avance aussi qu’environ un smartphone sur trois qu’il commercialise possède des capacités d’intelligence artificielle. Les deux indicateurs ne mesurent pas exactement la même chose. Le premier porte sur l’étendue des gammes concernées par des fonctions génératives, le second sur la part des smartphones vendus ou commercialisés avec des capacités d’IA. Ils témoignent néanmoins d’une volonté d’étendre l’IA au-delà des seuls appareils les plus coûteux.

Les usages cités autour de cette stratégie couvrent des tâches variées : reconnaissance d’image, traduction en temps réel, recommandations personnalisées et optimisation de paramètres photo ou vidéo. Dans un téléphone, l’IA n’est donc pas uniquement un assistant conversationnel. Elle agit aussi comme une couche de calcul susceptible d’ajuster une exposition, de distinguer des éléments dans une scène, de stabiliser un rendu vidéo ou de proposer une action adaptée au contexte.

La série Reno12, vitrine des fonctions photo et vidéo

OPPO met en avant sa série Reno12 parmi ses modèles récents dotés de capacités d’IA avancées. Le constructeur associe cette génération à un travail sur le design et l’efficacité énergétique, deux critères directement liés à la possibilité d’utiliser régulièrement des traitements intelligents sans dégrader l’expérience générale du téléphone.

La photographie computationnelle illustre bien cet enjeu. Lorsqu’un utilisateur appuie sur le déclencheur, le résultat final ne dépend pas seulement du capteur. Le téléphone peut analyser la lumière, les contours, les visages, le mouvement ou le bruit numérique, puis appliquer des corrections. Pour la vidéo, l’IA peut de la même façon participer à l’optimisation du rendu.

Ces mécanismes sont déjà devenus courants dans le secteur du smartphone. Ce qui distingue la promesse d’OPPO est l’idée d’employer une architecture plus sélective dans l’exécution de certaines tâches d’IA. Mais l’annonce ne fournit pas de comparaison permettant d’isoler l’effet du MoE sur la qualité d’une image, la fluidité d’une vidéo ou l’autonomie de la série Reno12.

AndesGPT et les 180 milliards de paramètres : un autre niveau de l’écosystème

La stratégie d’OPPO repose également sur AndesGPT, son grand modèle de langage. Le constructeur indique que ce modèle peut intégrer jusqu’à 180 milliards de paramètres. Les paramètres sont les coefficients numériques ajustés pendant l’entraînement d’un réseau de neurones : ils contribuent à sa capacité à repérer des relations dans les données et à générer des réponses.

Ce chiffre ne doit toutefois pas être interprété comme la taille d’un modèle nécessairement exécuté dans son intégralité sur un smartphone. L’annonce distingue l’existence d’AndesGPT, présenté comme un grand modèle de langage, de l’implémentation MoE sur appareil. Elle ne précise pas quelle version de modèle, quelle quantité de paramètres ou quelle part des capacités d’AndesGPT est mobilisée localement dans les différents téléphones.

Un nombre de paramètres élevé ne constitue d’ailleurs pas, à lui seul, une note de qualité. La pertinence d’un assistant dépend aussi des données d’entraînement, des méthodes d’alignement, de la compréhension du contexte, des garde-fous et de la façon dont le logiciel présente ses réponses. Pour l’utilisateur, l’enjeu reste surtout de savoir quelles tâches sont réellement améliorées et dans quelles conditions.

Ce qu’il faut surveiller après cette annonce

La mise en avant du MoE sur appareil place OPPO dans une compétition de plus en plus intense autour de l’IA mobile. Les constructeurs cherchent à faire tourner davantage de fonctions directement dans les terminaux, tout en conservant une expérience rapide et une autonomie acceptable. Dans ce contexte, l’architecture des modèles compte autant que la capacité des puces et l’optimisation du système.

Plusieurs éléments permettront d’évaluer la portée de l’annonce dans les mois suivants :

  • les modèles de smartphones qui recevront effectivement cette architecture ;
  • les fonctions précises qui fonctionneront grâce au MoE, en photo, vidéo, texte, traduction ou assistant ;
  • les performances constatées en matière de vitesse, de consommation et de chauffe ;
  • la part des traitements réalisés localement et celle qui nécessitera une connexion ;
  • les modalités de déploiement selon les pays et les versions logicielles.

OPPO a posé un marqueur stratégique en revendiquant cette première implémentation sur appareil. La prochaine étape sera de transformer ce choix d’architecture en bénéfices identifiables pour les utilisateurs, sans opacité sur les limites techniques ni confusion entre les promesses d’un grand modèle de langage et les fonctions réellement disponibles sur un smartphone.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une architecture MoE dans un smartphone ?

Une architecture Mixture of Experts regroupe plusieurs sous-modèles spécialisés. Pour chaque demande, un mécanisme de sélection active seulement les experts les plus pertinents au lieu de solliciter tout le réseau. Sur un smartphone, cette approche vise à réduire les calculs actifs, un point important pour la vitesse de réponse, la chauffe et l’autonomie.

Le MoE d’OPPO permet-il d’utiliser toute l’IA sans connexion Internet ?

Pas nécessairement. L’exécution d’une architecture MoE sur appareil signifie qu’au moins certaines tâches peuvent être traitées localement. Cela ne prouve pas que toutes les fonctions d’IA d’un téléphone OPPO fonctionneront hors ligne. Une même expérience peut associer des traitements embarqués et des services distants, selon la fonction utilisée.

AndesGPT à 180 milliards de paramètres tourne-t-il entièrement sur un téléphone OPPO ?

L’annonce mentionne AndesGPT, qui peut atteindre 180 milliards de paramètres, et une implémentation MoE sur appareil. Elle ne précise pas qu’un modèle de 180 milliards de paramètres est exécuté intégralement sur un smartphone. La taille d’AndesGPT et les modèles réellement déployés localement doivent donc être distingués.

Quels smartphones OPPO disposent de fonctions d’IA générative en octobre 2024 ?

OPPO indique avoir intégré des fonctions d’IA générative dans la majorité de ses gammes de smartphones et cite notamment la série Reno12 parmi ses modèles récents dotés d’IA avancée. L’annonce ne fournit cependant pas de liste exhaustive par modèle, pays ou version logicielle. La disponibilité peut donc varier selon le marché et l’appareil.

Quels bénéfices l’IA sur appareil peut-elle apporter à la photo et à la vidéo ?

L’IA embarquée peut aider un smartphone à analyser la scène et à optimiser certains réglages, par exemple la lumière, les détails, le bruit numérique ou le rendu vidéo. Le bénéfice attendu est une réaction plus immédiate et moins dépendante du réseau. OPPO ne publie toutefois pas de mesures chiffrées isolant l’effet du MoE sur ces fonctions.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OPPO, newsroom et communications officielles sur la stratégie IAwww.oppo.com/en/newsroom
  2. Article de recherche sur les réseaux Mixture of Experts à sélection parcimonieusearxiv.org/abs/1701.06538